Maria Luisa Lombardo, Il notaio romano tra sovranità pontificia e autonomia comunale (secoli xiv-xvi), Milan, Giuffrè editore, « Studi storici sul notariato italiano » 15, 2012, 442 p.
- Par Lucien Faggion
Pages 675k à 700k
Citer cet article
- FAGGION, Lucien,
- Faggion, Lucien.
- Faggion, L.
https://doi.org/10.3917/rhis.143.0675k
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- Faggion, L.
- Faggion, Lucien.
- FAGGION, Lucien,
https://doi.org/10.3917/rhis.143.0675k
1 Chargée par la Commissione per gli studi storici sul Notariato d’écrire une étude sur les notaires romains, Maria Luisa Lombardo s’est proposé d’analyser l’activité des praticiens de la justice civile à Rome entre 1348 et 1586. Contrairement à d’autres centres urbains de l’Italie du Moyen Âge et de la première modernité, une recherche consacrée à la seule ville de Rome et à ses notaires entre le xive siècle et le xvie siècle a, jusqu’à ce jour, fait défaut. Quoique l’historiographie sur Rome ait concerné, dès les années 1980, la société et l’économie, les documents assidument enregistrés par les notaires sont restés au cœur de l’attention des chercheurs, notamment dans le cadre de l’étude de l’espace social et politique, de la famille, des élites, des arts, du mécénat et de la vie marchande. Pourtant, les actes notariés eux-mêmes n’ont pas profité d’une approche nouvelle aussi bien du point de vue juridique que du point de vue institutionnel. En tant que producteur d’actes et en qualité d’acteur professionnel impliqué dans la vie sociale et dans des réseaux multiples (groupes marchands, cercles cardinalices, étrangers), le notaire mérite d’être considéré comme un véritable sujet d’analyse dans le cadre de la ville de Rome. L’étude s’étend de 1348 à 1586, année au terme de laquelle Sixte Quint décide, le 29 décembre, de réformer le nombre de notaires, devenu pléthorique au cours de la première moitié du siècle et réparti en deux groupes distincts (les curiaux et les capitolins), tenus à assister les deux collatéraux du Capitole (Campidoglio) – qui s’élève désormais à trente. La réforme est imposée par la seule autorité du pape, expression de l’absolutisme pontifical, et réalisée sans l’assentiment des autorités municipales. Dès lors, la fonction de notaire devient vénale au même titre que les autres offices.
2 Cette étude est composée de onze chapitres, de longueur parfois très inégale (uniquement dix pages pour le chapitre VII), ayant trait aux autorités antagonistes existantes (le pape et la commune, chap. I), à l’éducation et à la culture juridico-notariale (chap. II, III, IV), au métier de notaire (chap. V, VIII), à l’expérience historiographique des notaires-chroniqueurs (chap. VI), à l’origine du notariat (chap. VII), au Collège des notaires du Capitole (chap. IX), à la pratique diplomatique (chap. X) et, enfin, à la conservation de la mémoire « notariale » (chap. XI) : travail riche et ambitieux qui rend compte des études réalisées sur le notariat au Moyen Âge italien, présenté sous forme de synthèses claires, et des recherches originales conduites par M. L. Lombardo dans les archives romaines, celles de l’Archivio di Stato de Rome (registres notariés et fonds de l’Archivio del Collegio dei Notai capitolini, 1347-1628) et de l’Archivio Capitolino, les sources s’avérant fragmentaires. L’analyse et les résultats obtenus sont importants, car le centre de la chrétienté a été tôt caractérisé par une profonde dualité : d’une part, il est le siège de la papauté après le Grand Schisme et le retour du pape à Rome en 1420 (Martin V) ; d’autre part, il est l’espace de la commune qui figure comme une source de pouvoir opposé à celui détenu par le pape, d’où une forme de dyarchie, déjà soulignée entre 1836 et 1872 par l’érudit allemand Ferdinand Gregorovius. Les rapports de force changent entre 1420 et 1586, et modifient notamment le statut professionnel des notaires.
3 À l’instar des autres villes d’Italie, Rome est le centre de l’activité des notaires qui ont exercé dans la bureaucratie communale et, également, à titre privé, auprès des différents groupes citadins. Quoique ce trait soit habituel à tous les centres urbains, l’originalité de la situation romaine repose sur l’attitude des différents papes qui ont cherché à réduire l’autonomie communale en choisissant directement leurs propres fonctionnaires ; et sur l’agitation constante du monde communal qui était divisé par de puissantes factions, soucieuses de s’imposer dans l’espace politique local et tenant tête aux grandes familles de barons. Aussi une telle étude se trouve-t-elle inscrite dans la forte concurrence et opposition existant à Rome entre le pouvoir pontifical et le pouvoir communal, du bas Moyen Âge au début des temps modernes. La recherche prend en compte la figure du notaire et se fonde sur les sources laissées par ce dernier, car celles qui se rapportent au Collège des notaires, à leurs matricules et à leurs actes de nature institutionnelle, ont disparu. L’analyse des actes notariés et des statuts permet à M. L. Lombardo de reconstituer l’activité du praticien de la justice civile, les liens tissés, ainsi que les rapports de force éventuels, entre les deux pôles d’autorité existant à Rome. L’attention se porte sur les deux groupes de notaires : le premier est composé des notaires capitolins (capitolini), des Romains, détenteurs du titre de notarius palatinus, laïcs liés au Capitole (Campidoglio) et à la ville, qui témoignent de la vie urbaine des barons, des groupes émergents de la noblesse citadine, des marchands et des groupes moins favorisés ; le second est celui des notaires de la curie (curiali), au nombre de 3589 entre 1507 et 1587 – et de 1268 entre décembre 1507 et octobre 1519 (selon les recherches de J. Lesellier publiées en 1933) –, principalement des étrangers, souvent des clercs, une partie étant au service du pape et des magistratures de la curie (tribunaux de l’Auditor Camerae, de la Rota, du Vicariat), s’érigeant en véritable bureaucratie pontificale, et l’autre étant active auprès des cardinaux, de la famille du pape, des chapitres et des ordres religieux. Qu’ils soient capitolins ou curiaux, les notaires romains ont toujours été confrontés à ce double pouvoir et ont fini par créer une sorte de zone neutre, dans laquelle certains travaillèrent à la fois pour des représentants de la curie et de la commune. Par ailleurs, les notaires de ces deux groupes ne manquaient pas de se faire également inscrire dans l’un et l’autre collège de praticiens, car les notaires curiaux, dont le nombre était très élevé, n’avaient pas toujours la possibilité de vivre dignement, malgré leurs charges à la curie, ce qui explique leur volonté d’en obtenir d’autres auprès des institutions urbaines (confréries, hôpitaux) ; et les notaires capitolins cherchaient sans doute à se constituer une clientèle de prestige et à assumer des charges honorifiques. Cette confusion, qui rend perceptible des pratiques de favoritisme et des juxtapositions de responsabilité à la fois pour les curiaux et les capitolins, s’acheva avec la réforme de Sixte Quint en décembre 1586, lorsqu’il n’y eut qu’un seul collège des notaires appelé Collegium notariorum curie Capitoline.
4 Quelles sont la formation et la culture des notaires ? Ceux-ci ont souffert des jugements négatifs formulés au xixe siècle par F. Gregorovius sur l’image de Rome et sa culture. M. L. Lombardo se propose de considérer la culture des praticiens de la justice civile, soulève la possible existence d’écoles de grammaire, aussi signalées dans des villes telles que Plaisance, Milan ou Florence au xiiie siècle, et insiste sur l’importance du Studium Urbis, créé en 1303, de l’imprimerie et de la publication de textes à la fois juridiques et notariés (ars notariae). La création, sous Boniface VIII, du Studium Urbis permit en effet de combler une lacune dans le domaine culturel, quoique le titre de docteur ne fût attribué qu’en 1318, sous Jean XXII. Aussi, loin d’être mal formé, ce groupe de professionnels est envisagé dans le contexte de l’humanisme romain au xve siècle, lorsque se réalisèrent de nouvelles formes d’échanges culturels, notamment grâce aux cérémonies et aux conciles qui prévoyaient de nouvelles organisations politiques et religieuses, destinées à être ensuite diffusées dans toute la chrétienté.
5 Malgré des répétitions (notamment au sujet des notaires et de leur métier, ou de la situation politique bicéphale), le livre écrit par Maria Luisa Lombardo s’avère indispensable et permet d’élargir les connaissances sur le notariat urbain de l’Italie du bas Moyen Âge et de la première modernité. Il permet d’établir à la fois un bilan de la recherche conduite à ce jour sur ce groupe de professionnels actif à Rome et de l’état des analyses menées par Maria Luisa Lombardo elle-même. L’auteur est parvenue à combler de nombreuses lacunes sur la situation politique, sociale, institutionnelle et juridique du notariat à Rome, à souligner sa spécificité, ainsi que ses profondes transformations de nature politique : la formation, la culture, les liens entre les notaires et les différentes formes de pouvoir, la disponibilité des notaires curiaux et capitolins, tout comme leur ambiguïté en termes de statuts, auprès de leurs clients, quels qu’ils soient.
6 Lucien Faggion