Christian Raffensperger, Reimagining Europe, Kievan Rus’ in the Medieval World, Cambridge (Mass.), Londres, Harvard University Press, 2012, 330 p.
Pages 385e à 395e
Citer cet article
- ARRIGNON, Jean-Pierre,
- Arrignon, Jean-Pierre.
- Arrignon, J.-P.
https://doi.org/10.3917/rhis.142.0385e
Citer cet article
- Arrignon, J.-P.
- Arrignon, Jean-Pierre.
- ARRIGNON, Jean-Pierre,
https://doi.org/10.3917/rhis.142.0385e
1 Dès l’introduction, Christian Raffensperger (Chr. R.) souligne combien la recherche historique concernant la Rus’ de Kiev est difficile tant les sources disponibles sont rares, fragmentaires et tardives (p. 1). L’auteur reprend à son compte l’affirmation de Simon Franklin : « Les historiens de la culture kiévienne passent l’essentiel de leur temps à essayer de rendre plausibles leurs hypothèses pour combler les vides entre des fragments épars d’évidences réelles, contemplant l’inconnu et l’inconnaissable. Tout récit organisé de la culture kiévienne est un conglomérat d’hypothèses. »
2 Pourtant, l’auteur parvient à nous offrir un livre de 330 p., réparties en cinq chapitres : « L’idéal byzantin », pp. 10-46 ; « Les liens qui rassemblent », pp. 47-70 ; « Les mariages dynastiques russes », pp. 71-114 ; « Kiev, centre du commerce européen », pp. 115-136 ; « La micro-chrétienté de la Rus’ », pp. 136-185 ; « Conclusions : la Rus’ dans un monde plus large », pp. 186-190. Appendices, notes, bibliographie et index, pp. 191-325. Une seule carte, au demeurant très peu explicite, p. 126.
3 Chr. R. souligne que les princes russes adoptèrent les regalia byzantins pour créer « l’image d’un royaume achevé et puissant » (p. 37) dans la continuité de la tradition romaine (p. 46). Parmi les liens forts qui rattachaient les princes de la Rus’ à la dynastie impériale byzantine, il y a le mariage dynastique qui, outre le fait d’unir deux familles, envoyait aussi une femme vivre dans un pays étranger (p. 57). Or ces femmes ne partaient jamais seules et gardaient toujours contact avec leur famille et parfois même s’en retournaient dans leur patrie (p. 58). Certes, ces mariages étrangers étaient organisés pour éviter les effets de la consanguinité. Les mariages entre proches parents étaient condamnés par les églises d’Orient et d’Occident. Toutefois, nous n’avons aucune dispense accordée par le patriarche de Constantinople pour un tel mariage ; il semble bien que les princes russes respectaient cette règle (p. 59). Quelques pages sont consacrées plus particulièrement au mariage d’Anne Jaroslavna avec Henri Ier de France. L’auteur s’intéresse particulièrement au choix du prénom de Philippe choisi pour leur fils et successeur d’Henri Ier (pp. 94-96). Il est incontestable que le choix du prénom de Philippe pour l’héritier du trône capétien marque une rupture avec la tradition ; il aurait dû s’appeler soit Robert soit Hugues, prénoms portés par les frères cadets, mais alors pourquoi ce choix de Philippe qui, de plus, ne s’inscrit absolument pas dans la tradition occidentale, ni d’ailleurs romaine ou byzantine ? Les hypothèses classiques sont présentées, mais peu satisfaisantes ; il est clair que cette question du prénom de Philippe doit faire l’objet d’analyses solides et approfondies. Le rôle de Kiev comme centre du commerce européen tant sur l’axe Nord-Sud, sur la célèbre « voie des Varègues aux Grecs » et selon l’axe Ouest-Est sur la voie radhanite aurait mérité de bien plus larges développements. Ces relations ne sont pas seulement à l’origine des « micro-chrétienté » (p. 155).
4 Le travail de Chr. R. n’est pas une thèse ; il s’attache surtout à évoquer différents aspects de la Rus’ de Kiev. En ce sens, ce travail peut être utile pour une initiation des étudiants à cet espace trop peu souvent étudié. Il faut aussi rappeler que la connaissance de la Rus’ de Kiev implique un champ linguistique ouvert. Nous ne pouvons que déplorer les innombrables lacunes de la bibliographie concernant les recherches récentes, voire plus anciennes, conduites en Allemagne, France, Russie et Ukraine. Ainsi sont absents les travaux de Vladimir Vodoff comme ceux de P. P. Tolo?ko, et ce ne sont que des exemples !
5 Jean-Pierre Arrignon