Luc Ferran et l’association Histoire et Archéologie au Pays d’Aubazine (éd.), Espace et Territoire au Moyen Âge. Hommages à Bernadette Barrière, Bordeaux, 2012, 433 p.
Pages 935e à 946e
Citer cet article
- HÉLIAS-BARON, Marlène,
- Hélias-Baron, Marlène.
- Hélias-Baron, M.
https://doi.org/10.3917/rhis.134.0935e
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https://doi.org/10.3917/rhis.134.0935e
1 Bernadette Barrière, décédée en décembre 2004, s’est intéressée dès les années 1960 à trois grands axes de recherche. Le monde cistercien d’abord à travers ses travaux sur l’abbaye d’Obazine et son annexe féminine du Coyroux. Elle a d’abord édité le cartulaire en 1962 sous la direction de Charles-Marie Higounet puis a soutenu en 1975 une thèse sur les origines et le patrimoine de ce monastère (L’Abbaye cistercienne d’Obazine en Bas-Limousin. Les origines – Le patrimoine, 1977). Les cisterciens ayant joué un rôle considérable dans la mise en valeur des sols, l’étude du peuplement et l’occupation des sols sont devenus son deuxième centre d’intérêt. Enfin, elle s’est également consacrée à l’étude du monde religieux en général. Ce sont ces trois axes que l’on retrouve dans les 32 articles réunis dans Espace et territoire au Moyen Âge (colloque organisé en septembre 2006).
2 L’occupation cistercienne rassemble 14 interventions. On y trouve d’intéressantes études sur le patrimoine foncier d’Obazine (Pierre Flandin-Bléty, « La grange cistercienne de Saint-Palavy : structures foncières et société laïque », pp. 127-142), sur le tombeau du fondateur Étienne (Éric Sparhubert, « Une image de la sainteté cistercienne : le tombeau français d’Étienne d’Obazine », pp. 173-190), sur le mobilier (Bruno François et Nicole de Reyniès, « Une imposante armoire du xiie siècle », pp. 191-200), sur le village d’Aubazine enfin (Luc Ferran, « Aubazine, un bourg d’origine monastique », pp. 201-209). Les cisterciens et la maîtrise de l’eau font l’objet de trois articles, passage obligé lors d’un colloque sur le monde cistercien. Karine Berthier montre la parfaite maîtrise des moines dans l’élaboration de leurs réseaux d’adduction et d’évacuation des eaux ainsi que dans l’utilisation de la ressource hydraulique (moulins, étangs) (pp. 35-50). Le Canal des Moines d’Obazine ayant fait l’objet d’une campagne de restauration, Pierrick Stéphant et Bernard Leprêtre présentent leurs travaux (pp. 143-162), complétés par Stefan Manciulescu (pp. 163-172). Pour connaître l’histoire des abbayes et la constitution de leur patrimoine, les archives sont mises à contribution. Ainsi, Philippe Loy et Hélène Say décrivent les fonds des abbayes cisterciennes de la Creuse et proposent une édition des actes étudiés (pp. 89-118) ; Jean-Loup Lemaître met en lumière une charte originale de Bonlieu datée de 1348, connue pendant longtemps par une analyse moderne et réapparue en 2002 (pp. 119-126). Enfin, deux études menées par Claude Andrault-Schmitt (pp. 63-84) et Michel Aubrun (pp. 85-88) sont consacrées au patrimoine architectural cistercien du Sud-ouest de la France et de la péninsule Ibérique pour y détecter les influences bourguignonnes ou régionales. Trois articles attirent tout particulièrement l’attention : d’abord celui d’Armelle Bonis et Monique Wabont qui se sont intéressées aux monastères de l’Île de France, notamment féminins (pp. 19-34). À partir d’un corpus d’environ 530 monastères (fin xe – début xive siècle), elles ont cherché à savoir si les abbayes cisterciennes sont originales par rapport aux autres établissements et ont prouvé que les continuités sont plus fortes que les ruptures avant les bouleversements du xive siècle. Alexis Grelois fait un panorama de la situation des abbayes cisterciennes de part et d’autre des Pyrénées (pp. 51-62). Il rappelle que l’ordre s’est développé en grande partie grâce à l’affiliation d’anciens ermitages, que la chronologie des fondations retenue par les moines est relativement récente (fin xiie siècle au plus tôt) et qu’elle reflète des enjeux de préséance (donc de pouvoir) au sein de l’ordre. Enfin, Philippe Grandcoing étudie le discours tenu au xixe siècle sur le site d’Obazine (pp. 211-220). Il souligne l’évolution de la perception du site depuis l’époque romantique jusqu’à la reconnaissance de son statut patrimonial (à partir de 1850), avec des campagnes de restauration dans les années 1870-1880 et le classement du Canal des Moines en 1930. Malgré son intérêt artistique, les touristes et les historiens ont été peu attirés par lui – peut-être à cause de la réputation concurrente de Beaulieu. B. Barrière a mis fin à cet effacement.
3 Le deuxième axe de cet ouvrage porte sur le monde religieux (10 articles). On y trouve un bel examen du baptistère de Limoges par Julien Denis (pp. 223-230) ; une évocation par Patrice Conte du site de Lavinadière, prieuré de l’ordre du Saint-Sépulcre devenu une commanderie hospitalière (pp. 279-298) ; une étude par Martine Tandeau de Marsac de la diffusion du culte de Léonard, saint limousin, en Italie du Sud et en Sicile sous l’influence normande au cours du xiie siècle (pp. 299-308) ; une analyse bien illustrée du portail nord de l’église San Leonardo di Siponto dans les Pouilles par Marie-Thérèse Camus (pp. 309-324). Anne Massoni a relevé l’implantation des collégiales (de chanoines séculiers principalement) dans le diocèse de Limoges au Moyen Âge (pp. 247-252). Catherine Faure-Delhume et Nicole Raynaud ont travaillé à partir des archives sur les relations entre l’abbesse de Notre-Dame de la Règle et les autres seigneurs possessionnés dans la paroisse de Bussière-Boffy à la fin du xiiie siècle et ont montré l’implication abbatiale dans les conflits et le renforcement progressif de l’autorité du roi de France dans le diocèse de Limoges (pp. 253-263). Jean Verdon met en lumière les réactions du monde religieux face à la guerre en Poitou entre 1346 et 1375 (pp. 273-278). Jean-François Boyer quant à lui remet en cause la datation d’une suspension eucharistique en forme de colombe conservée à Saint-Yrieix-la-Perche (pp. 325-337). Les deux derniers articles sont des études plus larges que les précédentes. Ainsi, Robert Chanaud a réfléchi sur les donations aux établissements religieux à travers l’exemple du chapitre cathédral de Limoges (pp. 231-246). Sa réflexion est menée à partir du célèbre Essai sur le don de Marcel Mauss (1924) et montre que le don pieux est un « fait social total ». Jean-Marie Allard enfin a lu les chroniques limousines pour y chercher les allusions aux templiers et aux hospitaliers (pp. 265-272). Elles ne renseignent que peu sur l’implantation templière ou hospitalière dans la région, tout simplement parce que les possessions de ces deux ordres sont situées en pleine campagne et qu’elles sont de faible importance. De plus, les templiers et les hospitaliers ont peu de relations avec les autorités ecclésiastiques locales productrices de chroniques.
4 La dernière partie (Occupation des sols) rassemble 8 articles écrits par Marie-Françoise André et Bruno Phalip (« Regards croisés du géographe et de l’archéologue du bâti sur l’état de santé du patrimoine médiéval du Massif central », pp. 341-354) ; Joëlle Burnouf, Marie-Christine Marinval et Amandine Germain (« Des milieux et des hommes au Moyen Âge : les relations entre les sociétés médiévales et leur environnement », pp. 355-362) ; Geneviève Cantié (« Un habitat rural : le site de Roche-Bergère (Aubazine). Certitudes et hypothèses », pp. 363-368) ; Jean-Michel Poisson (« Recherches archéologiques sur le castrum de Montmayeur (Savoie) », pp. 369-384) ; Françoise Piponnier (« Un bourg castral montagnard : Essertines-Basses », pp. 385-392) ; Christian Remy (« Les vicomtes limousins et le roi au xiiie siècle », pp. 393-407) ; Luc Bourgeois (« Le castrum de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers aux xe et xie siècles », pp. 409-422) ; Martine Larigauderie-Beijeaud (« Saint-Sylvestre, enjeux d’un nouveau territoire paroissial proche de Grandmont », pp. 423-433).
5 Les travaux rassemblés dans Espace et territoires au Moyen Âge font de cet ouvrage un livre nécessaire pour ceux qui réfléchissent sur l’ordre cistercien et le monde religieux en général. C’est un bel hommage à Bernadette Barrière.
6 Marlène Helias-Baron