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Compte rendu

François Déroche et Jean Leclant (éd.), Enceintes urbaines, sites fortifiés, forteresses d’Afrique du Nord, Actes de la Ve Journée d’études nord-africaines, organisée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et la Société d’étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval (Palais de l’Institut), 19 mars 2010, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012, 224 p.

Pages 715a à 717a

Citer cet article


  • Bourgeois, A.
(2013). François Déroche et Jean Leclant (éd.), Enceintes urbaines, sites fortifiés, forteresses d’Afrique du Nord, Actes de la Ve Journée d’études nord-africaines, organisée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et la Société d’étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval (Palais de l’Institut), 19 mars 2010, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012, 224 p. Revue historique, 667(3), 715a-717a. https://doi.org/10.3917/rhis.133.0715a.

  • Bourgeois, Ariane.
« François Déroche et Jean Leclant (éd.), Enceintes urbaines, sites fortifiés, forteresses d’Afrique du Nord, Actes de la Ve Journée d’études nord-africaines, organisée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et la Société d’étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval (Palais de l’Institut), 19 mars 2010, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012, 224 p. ». Revue historique, 2013/3 n° 667, 2013. p.715a-717a. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2013-3-page-715a?lang=fr.

  • BOURGEOIS, Ariane,
2013. François Déroche et Jean Leclant (éd.), Enceintes urbaines, sites fortifiés, forteresses d’Afrique du Nord, Actes de la Ve Journée d’études nord-africaines, organisée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et la Société d’étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval (Palais de l’Institut), 19 mars 2010, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012, 224 p. Revue historique, 2013/3 n° 667, p.715a-717a. DOI : 10.3917/rhis.133.0715a. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2013-3-page-715a?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.133.0715a


1 Ce livre résulte d’une journée d’étude de la SEMPAM (Société d’étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval) tenue il y a trois ans. Le sujet était vaste, sur les plans géographique – du Maroc à la Libye – et chronologique – des Puniques au Moyen Âge islamique –, et il fut traité par sept communications, synthèses ou études ponctuelles, bien loin d’épuiser un sujet trop riche. Ajoutons que la réunion permit à nouveau d’associer chercheurs français et savants tunisiens ou marocains, universitaires et membres d’organismes de recherche. L’archéologie et l’épigraphie y tinrent un grand rôle et cela aboutit à des conclusions historiques essentielles.

2 La première communication (Mounir Fantar, « Les ouvrages de défense dans la cité punique de Kerkouane », pp. 9-24) portait sur un site punique bien connu et spectaculaire de la côte nord-est du Cap Bon, en Tunisie. Après une entrée en matière sur le vocabulaire phénicien des fortifications, sur les sources littéraires et numismatiques avec confirmation archéologique, qui évoquent diverses villes fortifiées, Carthage et Byrsa notamment, l’auteur aborde le cas de Kerkouane, définitivement détruite par Regulus en 255 au cours de la première guerre punique, après une première destruction vers 310 av. J.-C. La ville s’inscrit dans un double rempart semi-circulaire, le rivage complétant en partie le demi-cercle au nord-est. Ces deux murs séparés par un large couloir sont munis de tours, escaliers, entrepôts et casemates. Le mur interne, le plus ancien, est daté entre le vie et le ve siècles, et le mur externe le plus récent, du iiie. Il y a deux grandes portes, l’une au sud, flanquée de deux tours, l’autre à l’ouest avec un passage coudé, et également quatre poternes. Les autres tours connues sont au nombre de huit, sept rectangulaires et une semi-circulaire. Les modes de construction sont très disparates, selon la datation des tronçons, les réparations après destruction ou le secteur urbain, et avec beaucoup de blocs de remploi. Rien ne permet de dire quels ont été les décideurs de tels travaux, ni les financiers.

3 Justement, la recherche suivante (René Rebuffat, « Qui va payer l’enceinte urbaine ? », pp. 25-74) fait le point des données épigraphiques, textuelles et archéologiques, sur le financement de tels ouvrages de défense, avec d’importantes annexes (pp. 40-74). À elle seule l’Afrique, avec environ 20 documents écrits, ne suffisait pas à la synthèse et il était indispensable de trouver des comparaisons dans d’autres provinces de l’Empire, pas seulement occidentales : ainsi à Cyrène et Jérusalem sous les Julio-Claudiens, à Philippopolis sous Marc Aurèle, à Athènes, Nicée, ou en Arabie, sur l’Euphrate, etc. au iiie siècle, et même à une époque plus récente dans la Castille du xie au xve siécle (pp. 35-36). L’auteur alors s’intéresse d’abord à « l’enceinte donnée » par l’empereur à une ville, avec des fonds fournis par le Fisc, pour divers motifs : Nîmes en est un exemple bien connu en 16/15 av. n. è. Il évoque ensuite « l’enceinte souhaitée » par la cité bénéficiaire, qui demande l’autorisation et finance, à Jérusalem par exemple, ou encore trouve des évergètes, comme à Marseille sous Néron ; au iiie siècle, les villes qui s’équipent bénéficient de remises fiscales. Dès le milieu du iiie, il s’agit de « l’enceinte imposée » quand l’insécurité menace, à commencer par Rome sous Aurélien ou les agglomérations des frontières. L’argent et la main-d’œuvre viennent alors des habitants, on réutilise des matériaux tirés de monuments proches, le tout sous la responsabilité des autorités locales. Dans certains cas, quelle que soit la période ou le contexte, le caractère « donné » ou « souhaité » ou « imposé », les coûts sont précisés sur les inscriptions. Les empereurs, bénéficiaires des dédicaces, surent se montrer généreux. Ce système dura jusqu’au vie siècle.

4 La Maurétanie Tingitane fait l’objet d’une synthèse (Aomar Akerraz, « Les fortifications de la Maurétanie Tingitane », pp. 75-96) entre l’époque pré-romaine et le vie siècle de n. è. Les fortifications les plus anciennes connues sont au nombre de cinq, Lixus, Volubilis, Thamusida et deux autres. Sous l’Empire, surtout au iie siècle, de nombreuses cités se sont développées près des camps militaires romains, eux même systématiquement fortifiés, et elles ont été pourvues de remparts, Tanger, Sala, Zilil, etc. D’autres lieux sont plutôt de tout petits fortins. Enfin, l’enceinte tardo-antique de Volubilis s’appuie parfois sur des ouvrages antérieurs mais exclut alors des quartiers riches et des monuments publics.

5 Ensuite, deux inscriptions très lacunaires du règne de Justinien (Xavier Dupuis, « Henchir el-Ksar et Mila : deux “nouvelles” dédicaces de fortifications byzantines en Afrique », pp. 97-104) évoquent deux fortifications dans la région de Constantine, soumise à la pression menaçante des Maures, battus en 539. La première concerne un site inconnu, la seconde Mileu/Mila. Toutes les deux soulignent le rôle de Solomon, préfet du prétoire d’Afrique, à qui on doit près d’une trentaine d’ouvrages fortifiés (voir aussi infra l’article sur Haïdra).

6 Ensuite, on recense une quinzaine de sites algériens (Jean-Pierre Laporte, « Remparts urbains antiques et médiévaux de la Kabylie et de l’est du Titteri », pp. 105-172), en décrivant les vestiges, en rappelant l’existence des textes antiques puis arabes et les inscriptions, en n’omettant pas les sources très précieuses que sont les relations des voyageurs, militaires et archéologues de la fin du xixe siècle et du début du xxe, car beaucoup de ruines ont disparu depuis. Chaque lieu est illustré par des plans et relevés, par des photos de détail ou des vues satellites, réalisés par l’auteur, parfois à partir de documents anciens. Dans la première partie, chronologique, la création ou la restauration ou la destruction des enceintes sont replacées dans le contexte historique de turbulences diverses. La seconde partie, géographique, consiste en un catalogue descriptif des fortifications des divers secteurs de Kabylie. À la fin une place importante est donnée au camp militaire auxiliaire de Rapidum (pp. 161-166), abandonné sans doute à la fin du règne de Constantin.

7 En avançant dans le temps, un article est consacré au site essentiel d’Haïdra, fouillé depuis des années (François Baratte et Fethi Bejaoui, « Les fortifications byzantines d’Ammaedara », pp. 173-198). La localisation du camp légionnaire du ier siècle, avant le transfert de la IIIe Auguste plus à l’ouest, reste inconnue. Beaucoup plus tard, sans rapport avec lui, une forteresse puissante date de la reconquête byzantine de l’Afrique sur les Vandales, dès 533, menée par Solomon : son nom figure sur un débris d’inscription à grandes lettres trouvé en 2010 devant la porte ouest. La construction est massive, avec 195 m sur 125, enfermant un espace de 2,5 ha, au cœur de la ville antique. Elle contrôlait un nœud routier important. Par endroits elle est bien conservée, jusqu’au chemin de ronde, par exemple dans l’angle sud-est. La fouille a prouvé qu’elle était fondée sur le rocher et aussi sur des constructions romaines antérieures, en ruine ou non. Elle fut édifiée en gros blocs sur les deux parements, avec beaucoup de remplois (inscriptions, fragments d’architecture, etc.), comme bien d’autres forts byzantins. La muraille est jalonnée d’une dizaine de tours carrées, notamment aux angles et flanquant les portes, avec une seule tour ronde conservée sur 13 m de haut. La clarté du plan a parfois été occultée par des réoccupations et des réfections diverses jusqu’au xe siècle. À l’intérieur, deux églises et un habitat dense semblent n’avoir rien de militaire : à se demander si la forteresse n’a pas été édifiée seulement pour protéger le centre de la ville antérieure, alors réduite.

8 En Libye, une fouille près de Syrte, entre 2007 et 2010, a permis d’étudier une forteresse en briques crues et pisé, très arasée et oubliée entre la fin du Moyen Âge et le début du xxe siècle, malgré les mentions de voyageurs arabes (Aurélien Gnat, Jean-Olivier Guilhot, Jean-Michel Mouton, « Les fortifications de la ville de Surt (Libye) à l’époque médiévale », pp. 199-220). En bord de mer, l’enceinte quasiment ovale et les rues principales, perpendiculaires entre elles, ont été reconnues par prospections géomagnétiques. La muraille de 1 700 m de long enclot 18 ha et son élévation est mal connue car elle a servi de carrière jusqu’à nos jours. Les deux entrées sont flanquées de tours rectangulaires saillantes, de part et d’autre d’un couloir voûté. Celle donnant sur la mer a été fouillée et on y a reconnu trois états successifs, dont les deux premiers virent son rôle défensif, avant sa transformation en habitat. Cette enceinte fut complétée plus tard par deux grands fortins intra-muros, au sud-est et au sud-ouest, peut-être dévolus plutôt à une fonction de stockage et d’habitation. D’ailleurs, l’insécurité régionale donnait tout de même à cette forteresse une importance stratégique de contrôle du désert des Syrtes, pour les grandes routes est-ouest et transaharienne. Sa construction est précisément située en 1205/1206 par une inscription de fondation sur un linteau en remploi. Ensuite, après le déclin dû aux invasions hilalliennes, les fortins du xiiie siècle précédèrent une lente et inexorable disparition.

9 Pour résumer, ces diverses synthèses font le point sur les différents domaines abordés. Le principal reproche que l’on peut faire à cet ouvrage ouvrant beaucoup de pistes de recherche tient à l’illustration cartographique. En effet, les cartes générales de localisation sont le plus souvent absentes, alors que la situation de nombreux sites disparus est difficile pour qui connaît mal telle ou telle région. Quant aux plans indispensables, le nord est rarement dirigé vers le haut de la page, comme il est usuel, mais dans n’importe quelle direction, et ils comportent souvent des noms écrits si petit qu’il faut une bonne loupe pour les déchiffrer. Or ces deux défauts sont d’autant plus étonnants que les moyens modernes de dessin permettent presque tout.

10 Ariane Bourgeois


Date de mise en ligne : 20/09/2013

https://doi.org/10.3917/rhis.133.0715a