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Compte rendu

Eva Pibiri, En voyage pour Monseigneur. Ambassadeurs, officiers et messagers à la cour de Savoie (xive-xve siècles), Lausanne, Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire de la Suisse romande, 4e série, t. XI, 2011, 767 p.

Pages 411m à 439m

Citer cet article


  • Ripart, L.
(2013). Eva Pibiri, En voyage pour Monseigneur. Ambassadeurs, officiers et messagers à la cour de Savoie (xive-xve siècles), Lausanne, Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire de la Suisse romande, 4e série, t. XI, 2011, 767 p. Revue historique, 666(2), 411m-439m. https://doi.org/10.3917/rhis.132.0411m.

  • Ripart, Laurent.
« Eva Pibiri, En voyage pour Monseigneur. Ambassadeurs, officiers et messagers à la cour de Savoie (xive-xve siècles), Lausanne, Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire de la Suisse romande, 4e série, t. XI, 2011, 767 p. ». Revue historique, 2013/2 n° 666, 2013. p.411m-439m. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2013-2-page-411m?lang=fr.

  • RIPART, Laurent,
2013. Eva Pibiri, En voyage pour Monseigneur. Ambassadeurs, officiers et messagers à la cour de Savoie (xive-xve siècles), Lausanne, Mémoires et documents publiés par la Société d’histoire de la Suisse romande, 4e série, t. XI, 2011, 767 p. Revue historique, 2013/2 n° 666, p.411m-439m. DOI : 10.3917/rhis.132.0411m. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2013-2-page-411m?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.132.0411m


1 Issu d’une thèse de doctorat de l’Université de Lausanne dirigée par Agostino Paravicini Bagliani, ce gros ouvrage est consacré à une étude des ambassadeurs et messagers de la cour de Savoie pour l’essentiel centrée sur le long principat d’Amédée VIII (1391-1451), en un temps où la principauté savoyarde disposait d’une active diplomatie, en raison des fonctions de médiation que le duc de Savoie jouait dans le contexte de la guerre de Cent Ans. Pour cette étude, Eva Pibiri a procédé à un dépouillement de fonds important, utilisant en premier lieu les très riches sources comptables des États de Savoie (essentiellement les comptes de la trésorerie, de l’hôtel, de la chancellerie), mais aussi les actes liés à l’activité diplomatique que les notaires princiers enregistraient dans les protocoles ducaux (lettres d’instruction et de créance, sauf-conduits, etc.), ainsi que diverses sources à caractère plus ou moins exceptionnel, à l’exemple du compte établi par Jacques de Challant à l’occasion d’une ambassade envoyée en 1444 à la cour de Bourgogne, ou encore du journal tenu par Guillaume Bollomier lors de sa participation à une légation envoyée à Milan en 1427. Cette diversité et cette richesse des sources, dont on trouve une belle typologie dans l’édition en annexe de 21 documents de nature fort différente, offre la matière nécessaire à une étude de synthèse sur le fonctionnement de l’administration diplomatique de cet État princier.

2 La première partie du travail est consacrée à une description minutieuse du fonctionnement d’une ambassade. L’A. en montre les préparatifs, depuis le recrutement des hommes qui la composent, jusqu’à la préparation de l’itinéraire et du logement des ambassadeurs, en passant par la confection des livrées et l’obtention des lettres d’instruction et de créances, ainsi que de ces sauf-conduits, qui n’assurent toutefois qu’une « protection plus théorique que concrète » (p. 131). L’A. suit ensuite les ambassadeurs jusqu’au lieu de leur résidence dans leurs tentatives difficiles pour obtenir une audience, ce qui suppose parfois l’envoi de courriers à la cour pour réclamer des fonds supplémentaires afin d’assumer les frais d’un séjour qui se prolonge et que les ambassadeurs cherchent à égailler par une série de ripailles et de visites dont le caractère touristique semble évident, à l’exemple de ces ambassadeurs savoyards qui utilisèrent leur temps libre à Milan pour visiter le chantier de construction du Dôme et monter sur le clocher afin de profiter de la vue panoramique sur la cité (p. 161). Enfin, l’A. décrit le retour de mission qui amène les ambassadeurs à négocier leurs défraiements avec la trésorerie, mais aussi à rendre compte de leurs actes, souvent par un rapport écrit, afin de démontrer qu’ils avaient bien agi dans le cadre des instructions fournies, tout cela dans l’espoir d’obtenir en retour un don du duc en argent, en vêtements ou en chevaux, voire parfois la concession d’un fief ou d’un office.

3 La deuxième partie centre le propos sur les « messagers » (messagerius, nuncius) et les « chevaucheurs » (cavalcator, equitator) du prince, pour reprendre une distinction classique mais néanmoins fictive, puisque l’A. s’attache à démontrer que ces termes ne renvoient pas dans la pratique à des offices différents. La fonction des messagers ou chevaucheurs s’oppose en revanche clairement à celle des ambassadeurs, non seulement parce qu’ils n’avaient pas vocation à représenter le prince mais à apporter au plus vite ses messages, mais aussi parce qu’ils chevauchent seuls, sans l’apparat que revêt le cortège propre à une légation. L’A. dresse une description du fonctionnement de la messagerie savoyarde, qui bien qu’elle ne dispose d’aucun statut, ni d’aucun embryon, si limité fût-il, d’un service de poste à chevaux, fonctionne selon une organisation rationnelle, dont témoigne l’utilisation de chevaucheurs d’origine germanique, recrutés pour leur connaissances linguistiques, pour les besoins des courriers expédiés vers les pays de langue allemande (pp. 272-279). Chevaucheurs et messagers relèvent en tout d’un personnel permanent, comme en témoignent leurs émoluments annuels, dont les retards de versements entraînent bien des réclamations, mais aussi la livrée dont ils bénéficient comme l’ensemble du personnel des hôtels, ainsi que les étrennes, dons princiers et parfois aussi exonérations fiscales qui leur sont attribués à l’égal des autres officiers du duc.

4 La troisième partie est consacrée aux modalités du voyage des ambassadeurs et des messagers. Eva Pibiri dresse tout d’abord une cartographie très détaillée des différents itinéraires utilisés, en montrant que les ambassadeurs se déplacent le long de routes stables et bien définies, ce qui ne leur interdit bien évidemment pas de changer leurs habitudes en cas de danger, afin d’éviter par exemple des régions infectées de routiers, ou pour contourner les terres d’un seigneur avec lequel le duc de Savoie était en froid. Leur vitesse de déplacement varie entre 25 et 85 km par jour, en fonction des saisons, de l’orographie du trajet, mais aussi et surtout des impératifs de rapidité qui peuvent amener certains messagers à parcourir des distances journalières importantes, ou des ambassadeurs à accélérer le pas lorsqu’ils estiment nécessaire de rendre rapidement compte au duc de leur mission. Pour être une activité de professionnels, le voyage reste en tout cas toujours risqué et délicat, en raison des difficultés liées au passage parfois délicat des cols alpins ou encore aux inondations qui rendent souvent les routes impraticables, mais aussi et surtout à cause de la présence de voleurs de grand chemin et des aléas politiques qui amènent les ambassadeurs à préférer à la route la navigation fluviale ou maritime, perçue par les voyageurs comme un gage de sûreté.

5 Au total, cet ouvrage offre une étude très complète du personnel diplomatique d’une principauté qui est servie par une parfaite connaissance de la bibliographie que l’A. utilise pour nourrir son propos par de nombreuses comparaisons avec les autres cours princières. Du point de vue de l’histoire des États de Savoie, on retiendra que ce travail met en évidence une administration méconnue et mieux organisée que ce que l’on aurait pu a priori attendre. Bien que nous ne conservions ni ordonnance, ni statuts définissant l’organisation des légations et de la messagerie, le travail d’E. Pibiri montre qu’ils ont nécessairement dû exister, le contrôle administratif exercé sur le défraiement des ambassadeurs ou sur le remplacement de leurs montures étant par trop codifié pour ne pas avoir fait l’objet d’une définition normative. Au début du xve siècle, le duc de Savoie pouvait ainsi appuyer son jeu diplomatique sur un appareil efficace et performant, qui commença toutefois à donner, dès le principat de Louis (1451-1465), d’évidentes traces d’essoufflement et de désorganisation liées aux difficultés financières qui ne permettaient plus à la principauté savoyarde de continuer à assumer son rang dans le concert des puissances de la Chrétienté occidentale.

6 Laurent Ripart


Date de mise en ligne : 05/06/2013

https://doi.org/10.3917/rhis.132.0411m