Aldo Angelo Settia, Barbari e infedeli nell’alto medioevo italiano. Storia e miti storiografici, Spoleto, Fondazione Centro italiano di studi sull’alto medioevo, Collectanea 26, 2011, 462 p.
- Par François Bougard
Pages 173g à 189g
Citer cet article
- BOUGARD, François,
- Bougard, François.
- Bougard, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.131.0173g
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- Bougard, F.
- Bougard, François.
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https://doi.org/10.3917/rhis.131.0173g
1 Depuis toujours, c’est-à-dire depuis son maître-livre Castelli e villaggi nell’Italia padana (Naples, Liguori, 1984), l’abondante production historique d’Aldo Angelo Settia (278 titres d’après la base de données http://opac.regesta-imperii, consultée le 28 août 2012), parfois difficilement accessible même si l’auteur, soucieux de diffuser rapidement les contributions qu’il donne à des volumes collectifs sans attendre les retardataires, en donne volontiers la primeur à des revues, est régulièrement rassemblée dans des recueils thématiques. Celui-ci est sauf erreur le treizième ou quatorzième en date. La guerre, l’habitat, le peuplement du sol, les fantasmes de l’historiographie sont ses thèmes de prédilection, dans une chronologie qui embrasse le haut Moyen Âge et la période communale et un espace volontiers réduit au Piémont, le plus souvent élargi au royaume d’Italie et s’aventurant parfois sur les terres méridionales.
2 Vingt articles parus entre 1984 et 2007 (et non entre 1986 et 2006 comme indiqué en p. vii !) sont réunis ici sous des titres parfois modifiés mais facilement reconnaissables à qui est familier de la bibliographie de Settia, amputés parfois de quelques pages liminaires ou conclusives jugées inutiles à l’économie du volume, mais sans complément ni retractatio. Pourvus d’un index des noms propres, ils forment trois sections inégales. Sept d’entre eux sont consacrés aux « Goths, Lombards et Francs » : [1] « Le fortificazioni dei Goti in Italia » (1993), pp. 3-31 ; [2] « Le frontiere del regno italico nei secoli VI-XI : l’organizzazione della difesa » (1989), pp. 33-51 ; [3] « Longobardi in Italia : necropoli altomedievali e ricerca storica » (1993), pp. 53-72 ; [4] « Una “fara” in Collegno (2005), pp. 73-86 ; [5] « Aureliano imperatore e il cavallo di re Alboino. Tradizione ed elaborazione nelle fonti pavesi di Paolo Diacono » (2000), pp. 87-103 ; [6] « Vicenza di fronte ai Longobardi e ai Franchi » (1988), pp. 105-144 ; [7] « Monselice nell’alto medioevo » (1994), pp. 145-178. – La section « Les incursions : Sarrasins et Hongrois » regroupe dix contributions : [8] « Le incursioni saracene e ungare in Europa (1986), pp. 181-207 ; [9] « Adversus Agarenos et Mauros. Vescovi e pirati nel secolo IX fra Po e mare » (1992), pp. 209-224 ; [10] « “Nuove marche” nell’Italia occidentale. Necessità difensive e distrettuazione pubblica fra IX e X secolo : una rilettura » (1992), pp. 225-243 ; [11] « I Saraceni sulle Alpi : una storia da riscrivere » (1987), pp. 245-265 ; [12] « Aleramo, Acqui e i Saraceni » (1991), pp. 267-275 ; [13] « Gavi, i Saraceni e le “infantili tradizioni” di Cornelio Desimoni » (1997), pp. 277-291 ; [14] « Liutprando, l’avvocato Decanis e i Saraceni di Malamorte » (2007), pp. 293-303 ; [15] « Le incursione ungare in Italia » (1984), pp. 305-316 ; [16] « Il compiacimento delle catastrofe : gli Ungari nella Bergamasca e in Friuli » (réunion de deux articles parus en 1991), pp. 317-335 ; [17] « I monasteri italiani e le incursioni saracene e ungare » (2006), pp. 337-354. – Enfin, « Les Normands dans le monde et en Italie », sur lesquels l’auteur s’est penché beaucoup moins souvent, sont représentés par deux contributions : [18] « L’espansione normanna » (1986), pp. 357-385 ; [19] « Gli strumenti e la tattica della conquista italiana » (2006), pp. 387-428.
3 L’ordonnancement rappellerait presque celui d’Italy and Her Invaders de Thomas Hodgkin (8 vol., 1880-1899) mais la logique n’est évidemment pas là. D’un travail à l’autre, qu’il s’agisse de présentations de synthèse (nos 15, 18), de chapitres monographiques issus d’histoires de villes (nos 6 et 7) ou d’études plus ponctuelles, le fil conducteur est celui de la mise en doute et souvent de la démolition des idées reçues, véhiculées par des siècles de tradition historiographique sans le réexamen systématique des sources qui s’impose. C’est à ce réexamen que se livre à chaque fois Settia, estimant en bonne méthode que toute affirmation de ses devanciers ou de ses contemporains est a priori suspecte tant qu’il ne l’a pas lui-même fait éprouver à nouveaux frais. Le scepticisme têtu, bougon et actif qui est sa marque de fabrique lui permet d’obtenir des résultats toujours nouveaux dont le propre est d’être solidement étayés. Non, Théodoric n’est pas le roi bâtisseur qu’on s’accorde à dire ; du moins rien ne permet de l’affirmer quoi qu’en dise la propagande des Variae de Cassiodore. Sans doute aura-t-il renforcé un réseau défensif existant avant lui et l’aura-t-il complété par endroits, mais il dépend avant tout des réalisations et des idées de ceux qui l’ont précédé. Ironie du sort, c’est l’imitation aveugle de l’héritage romain et de son obsession des incursions venues du nord qui le désarme face à une entreprise de reconquête menée contre lui depuis le sud (n° 1). Non, rien ne permet d’affirmer que le site de Collegno près de Turin, si riche soit-il du point de vue de vue archéologique, était le siège d’une fara lombarde (n° 4) ; gare aux dangers de l’interprétation en termes ethniques et sociaux des nécropoles avec inhumation habillée et mobilier (n° 3). Non, le siège de Pavie par Alboin n’a pas duré trois ans, mais tout cet épisode de la conquête de l’Italie par les Lombards tel que le raconte Paul Diacre n’est pas autre chose que l’assemblage de thèmes historiques et hagiographiques plutôt éculés dont il est assez simple de retrouver l’agencement (n° 5). Non, les raids sarrasins et hongrois, aussi spectaculaires soient-ils, n’ont pas eu de conséquences autres que de portée limitée, spécialement en Ligurie et dans le Piémont méridional, et l’on ne saurait leur imputer des phénomènes d’aussi grande ampleur que le mouvement de fondations monastiques du xe siècle (nos 12-13), le « démantèlement » des cités, la modification du réseau des églises plébanes ou la réunion de circonscriptions diocésaines (nos 11 et 16). Settia prend un malin plaisir à relever dans les publications des affirmations d’autorité qui ne valent que les mots qui les composent : peut-on sérieusement mettre en relation la couleur de la terre (noire) avec la germanisation (n° 1, p. 5) ? Il traque les illusions nées de l’imagerie des toponymes (monte Moro, campo dei Saraceni etc.) et les erreurs formelles provoquées par les mauvaises lectures des sources ou de leurs transcriptions modernes, qui ont engendré autant de mythes durables, comme celui qui lie le marquis Aleramo à un supposé comté d’Acqui là où le diplôme qui mentionnait son nom faisait état de Verceil (n° 12), ou celui sur la « dévastation des Hongrois », vastata Ungarorum, issu d’une référence estropiée à la « route des Hongrois », via vel strata Ungarorum (n° 16).
4 Pour autant, l’entreprise menée avec constance d’une contribution à l’autre ne se limite pas à fustiger la « paresse mentale » ou la « pseudo-érudition » des prédécesseurs ou des contemporains. Une fois redimensionnées les affirmations excessives et tordu le cou à la surinterprétation, Settia propose des lectures alternatives et montre les structures. Ici, il retrace l’évolution de la mise en défense des frontières durant le haut Moyen Âge (n° 2). Là il présente les différences entre les incursions sarrasines et hongroises, les premières visant à occuper le territoire, au point de pouvoir s’ériger en pouvoir alternatif et offrir un rempart à l’insubordination sociale contre les maîtres du sol, les secondes n’ayant pour but que la rapine (n° 17). Ailleurs, il explique le sens de la création de « nouvelles (pseudo) marches » dans l’ouest du royaume d’Italie vers le milieu du xe siècle (n° 10). La connaissance de la tactique militaire et du maniement des armes lui permet de rendre compte des succès des uns et des autres (nos 8 et 19, spécialement pp. 393-399 sur la technique de la lance chez les Normands). Dès lors que l’on veut bien s’astreindre à ne pas forcer les sources et à dire quand la certitude est impossible, il devient possible de travailler avec profit. Saine leçon de méthode, appliquée page après page.
5 François Bougard