S'abonner
Compte rendu

James Ross, John de Vere, the Thirteenth Earl of Oxford (1442-1513): “The Foremost Man of the Kingdom”, Woodbridge, The Boydell Press, 2011, xi + 281 p.

Pages 937i à 956i

Citer cet article


  • Fletcher, C.
(2012). James Ross, John de Vere, the Thirteenth Earl of Oxford (1442-1513): “The Foremost Man of the Kingdom”, Woodbridge, The Boydell Press, 2011, xi + 281 p. Revue historique, 664(4), 937i-956i. https://doi.org/10.3917/rhis.124.0937i.

  • Fletcher, Christopher.
« James Ross, John de Vere, the Thirteenth Earl of Oxford (1442-1513): “The Foremost Man of the Kingdom”, Woodbridge, The Boydell Press, 2011, xi + 281 p. ». Revue historique, 2012/4 n° 664, 2012. p.937i-956i. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2012-4-page-937i?lang=fr.

  • FLETCHER, Christopher,
2012. James Ross, John de Vere, the Thirteenth Earl of Oxford (1442-1513): “The Foremost Man of the Kingdom”, Woodbridge, The Boydell Press, 2011, xi + 281 p. Revue historique, 2012/4 n° 664, p.937i-956i. DOI : 10.3917/rhis.124.0937i. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2012-4-page-937i?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.124.0937i


1 Les historiens ont souvent considéré les earls d’Oxford comme autant de médiocrités, à quelques exceptions près. Il est clair que tous les de Vere ont été des hommes de leur époque, depuis leur arrivée en Angleterre au moment de la Conquête normande. Pourtant, ils ont souvent eu des carrières remarquables. Médiocres mais remarquables ? Cette étude de la carrière de John de Vere (1442-1513), le treizième earl d’Oxford, est la preuve qu’il est largement temps de changer d’outillage conceptuel.

2 Pour comprendre le treizième earl, il faut commencer par la carrière de son père. D’abord, il y a la question de sa richesse foncière. Malgré leur titre d’earl d’Oxford, qu’ils ont reçu en 1141, les terres des de Verre sont concentrées dans l’est du pays, surtout dans l’Essex. Pour des nobles de leur rang, leurs propriétés terriennes sont relativement modestes, même si on a souvent exagéré leur pauvreté relative. Pourtant, en 1425, le douzième earl se marie à Elizabeth Howard, une riche héritière de la petite noblesse, qui lui amène vingt-huit manors concentrés dans l’est du pays. Ross montre pour la première fois que, par conséquent, vers 1452, Oxford était relativement riche pour un earl, avec un groupe de terres exceptionnellement compactes dans l’East Anglia. Ensuite, il y a le positionnement politique très particulier du douzième earl. Les grands nobles de l’Angleterre ont de plus en plus de mal à rester neutres pendant la période d’instabilité politique qui accompagne l’incapacité d’Henri VI. Faut-il soutenir les projets réformateurs du duc de York, ou prendre le côté de ceux qui s’organisent autour de l’autorité du roi ? Mais le douzième earl réussit à rester éloigné de ces controverses, et quand le pays tombe dans la guerre civile à partir de 1455, Oxford est le seul earl adulte et actif qui n’est présent à aucun affrontement militaire avant la déposition d’Henri VI en 1461. Il est donc encore plus étonnant que, après avoir de toute apparence accepté l’accession du fils du duc de York en tant qu’Édouard IV, Oxford et son fils ainé Aubrey se mêlent à un complot visant à tuer le nouveau roi en février 1462. Le complot échoue et ils sont exécutés.

3 Ce complot, ses conséquences et le désengagement politique du douzième earl avant ce moment – si marqué qu’il faut le considérer comme une position politique en tant que telle – créent les conditions de la carrière mouvementée, violente, et finalement victorieuse de son héritier. En 1462, l’avenir du jeune John de Vere est pour le moins douteux. Au mois d’août, toutes les terres de son père sont accordées au frère du roi, le duc de Gloucester, le futur Richard III. Il a dû paraitre probable que l’earldom d’Oxford allait être supprimé. Mais en janvier 1464, John de Vere hérite. C’est peut-être grâce à l’intervention Richard Neville, earl de Warwick et plus grand soutien d’Édouard IV à son avènement ; en tout cas, John se marie à la sœur de Warwick, Margaret, peu après. À partir de 1464, Warwick s’éloigne du roi ; en 1469, il se rebelle, et Oxford avec lui. Warwick essaie d’abord de gouverner au nom d’Édouard IV, mais le roi s’échappe à son contrôle et il est obligé de fuir. En exil en France, Warwick et Oxford se rapprochent de la reine lancastrienne, Marguerite d’Anjou. Ils préparent une nouvelle invasion de l’Angleterre, cette fois au nom d’Henri VI. Ils réussissent, Édouard IV prend la fuite, et Oxford porte l’épée de cérémonie d’Henri VI à son second couronnement. Pourtant, en 1471, Édouard IV revient de son exil à la tête d’une armée. L’échec de son débarquement dans le Norfolk est largement dû à l’activité d’Oxford, et de son frère, Thomas. Mais le roi yorkiste atterrit plus au nord, et les hommes de John de Vere jouent un rôle déterminant mais désastreux à la bataille de Barnet. Ayant battu une petite partie de l’armée yorkiste qu’ils rencontrent dans le brouillard, ils se croient victorieux et quittent le champ de bataille. Quand ils reviennent, les troupes de Warwick les prennent pour l’ennemi, et les troupes d’Oxford fuient à leur tour. Dépassé numériquement par l’armée d’Édouard IV, Warwick est tué dans la mêlée.

4 On a souvent présenté le treizième earl d’Oxford comme un partisan acharné de la partie lancastrienne, mais Ross montre qu’il est beaucoup plus marqué par son association avec Warwick. Il suggère également qu’Oxford détestait Édouard IV en raison de l’exécution de son père et de son frère ainé. En tout cas, après la bataille de Barnet, Oxford résiste énergétiquement au roi yorkiste depuis son exil. En 1473, il débarque sur la côte de Cornouailles, et occupe la forteresse de Saint Michael’s Mount. Privé du soutien français en raison de la paranoïa de Louis XI, Oxford est obligé de se rendre, et il passe les dix ans suivants emprisonné dans la forteresse de Hammes, près de Calais. Ce qui change complètement son destin est l’usurpation de son vieil ennemi le duc de Gloucester, qui devient Richard III en 1483. Pendant que la situation se dégrade en Angleterre, Oxford réussit à convaincre son geôlier de le libérer, et même de l’accompagner en exil à Paris.

5 Quand l’earl d’Oxford rejoint Henri Tudor à la cour de Charles VIII, il a dû être particulièrement bienvenu. Le futur Henri VII n’a qu’un titre très pauvre à la couronne d’Angleterre, et son entourage en France est formé majoritairement non de fidèles partisans du titre lancastrien, mais de malcontents de l’usurpation de Richard III, pour la plupart des fidèles d’Édouard IV. Oxford est plus légitime qu’eux tous d’un point de vue lancastrien : fils d’un père qui est mort en se rebellant contre Édouard IV, héritier d’un titre qui remonte au xiie siècle. Le treizième earl ajoute à ce rôle symbolique son expérience militaire, bien que malheureuse. Son intervention est décisive lors de la bataille de Bosworth, qui établit Henri VII sur le trône. Oxford continue à remplir cette fonction militaire pendant les douze premières années, très troublées, du premier Tudor. Il triomphe à nouveau à la bataille de Stoke en 1487. Son contrôle de l’est du pays, très exposé, est essentiel, notamment pendant les désordres associés à l’imposteur Perkin Warbeck, qui se présente comme Richard, le fils cadet d’Édouard IV.

6 Oxford joue un rôle d’exception pendant le règne d’Henri VII, mais sans rien faire d’exceptionnel. Arrivant en première ligne d’un nouveau régime, il récupère sans problème les terres paternelles et, pendant trente ans, les augmente par l’achat, l’héritage bien géré et la faveur du roi. De 1485 à 1515, il domine l’est du pays plus complètement que personne auparavant, mais sans générer les rancœurs qu’une telle prééminence régionale a souvent entraînées. Henri VII ne le met pas sous pression politique et financière comme il l’a fait pour plusieurs de ses sujets afin de garantir leur fidélité. Le roi aurait été très mal avisé de le faire, puisqu’Oxford est son soutien principal dans une région critique. Son influence a peut-être diminué après la fin des crises militaires vers 1497 et l’accession d’Henri VIII en 1509. Pourtant, il laisse un héritage énorme à sa mort, qui n’est réduit que par la mauvaise gestion de son neveu et héritier, et par le fait que ce dernier meurt rapidement, jeune et sans enfant. L’earldom passe à un cousin, mais sans les terres d’Elizabeth Howard.

7 Ce livre est le fruit d’une décennie de travail, maîtrisant une variété énorme d’archives centrales et privées, et une historiographie volumineuse et difficile. Il tombe parfois dans le piège classique du biographe – quand il faut prononcer un jugement positif ou négatif sur son personnage, Ross choisit toujours l’option la plus favorable. Mais à la fin, ce livre montre surtout que le treizième earl d’Oxford poursuit une carrière exceptionnelle sans avoir une idée originale de sa vie. Il semble que les médiocrités aussi peuvent faire des merveilles.

8 Christopher Fletcher


Date de mise en ligne : 02/01/2013

https://doi.org/10.3917/rhis.124.0937i