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Compte rendu

Peter Coss et Christopher Tyerman (éd.), Soldiers, Nobles and Gentlemen. Essays in Honour of Maurice Keen, Woodbridge, The Boydell Press, 2009, 371 p.

Pages 707m à 709m

Citer cet article


  • Cazaux, L.
(2010). Peter Coss et Christopher Tyerman (éd.), Soldiers, Nobles and Gentlemen. Essays in Honour of Maurice Keen, Woodbridge, The Boydell Press, 2009, 371 p. Revue historique, 655(3), 707m-709m. https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679m.

  • Cazaux, Loïc.
« Peter Coss et Christopher Tyerman (éd.), Soldiers, Nobles and Gentlemen. Essays in Honour of Maurice Keen, Woodbridge, The Boydell Press, 2009, 371 p. ». Revue historique, 2010/3 n° 655, 2010. p.707m-709m. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2010-3-page-707m?lang=fr.

  • CAZAUX, Loïc,
2010. Peter Coss et Christopher Tyerman (éd.), Soldiers, Nobles and Gentlemen. Essays in Honour of Maurice Keen, Woodbridge, The Boydell Press, 2009, 371 p. Revue historique, 2010/3 n° 655, p.707m-709m. DOI : 10.3917/rhis.103.0679m. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2010-3-page-707m?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679m


1 La parution de ces Mélanges est l’occasion de rendre hommage à l’œuvre considérable du médiéviste anglais Maurice Hugh Keen, Emeritus Fellow au Balliol College, Oxford. Ces dix‑neuf articles proposent d’en consacrer l’apport autour des trois axes majeurs de recherche de l’historien : la noblesse et la chevalerie, la guerre et les soldats, le droit et la culture politique vus au travers de la notion de trahison. Des nombreuses publications de Maurice Keen portant sur ces thèmes fondamentaux de l’historiographie des dernières décennies, on peut retenir certains ouvrages essentiels. Paru à la suite de The Outlaws of Medieval Legend (1961), premier ouvrage aux problématiques déjà ambitieuses, The Laws of War in the Late Middle Ages (1965) reste une référence pour l’étude des bases théoriques et des modalités d’application du droit d’armes et du concept de guerre juste dans l’Europe tardo‑médiévale. Approfondissant cette réflexion sur l’importance des normes juridiques, sociales et politiques de la guerre, Maurice Keen s’intéressa ensuite aux principes de définition et de distinction de la noblesse, et ainsi à la chevalerie, qu’il conçoit comme « un ethos dans lequel les éléments martiaux, aristocratiques et chrétiens se trouvent intimement réunis » (Chivalry, 1984). À ce titre, c’est tout à l’honneur de la pensée de Keen d’avoir tiré des liens entre les différents domaines de l’histoire sociale, militaire, juridique et politique de la noblesse, pour en donner une lecture cohérente et pertinente concernant, au‑delà de l’Angleterre, l’ensemble de l’Europe occidentale (Nobles, Knights and Men‑at‑Arms in the Middle Ages, 1996 ; Origins of the English Gentleman: Heraldy, Chivalry and Gentility in Medieval England, c. 1300‑c. 1500, 2002). Reflet de la vigueur de l’historiographie anglaise en ces matières, les diverses contributions rassemblent la majorité des spécialistes britanniques de la guerre et de la noblesse. Si elles se concentrent sur les derniers siècles du Moyen Âge, elles n’oublient pas les périodes antérieures. L’espace géographique visé se rapporte essentiellement à l’Angleterre, à côté de la France du xive siècle. Suivant les voies tracées par Maurice Keen, la réflexion se porte sur la constitution de la culture nobiliaire et la place du noble dans la société médiévale, le milieu curial et l’armée, sur l’art de la guerre et les conditions de la pratique militaire, sur la notion politique de trahison et son application dans la procédure juridique.

2 En ouverture de la première partie, « Noblesse et chevalerie », qui comprend près de la moitié des essais, l’étude de James Campbell souligne la multiplication des facteurs de mobilité dans la société anglo‑saxonne entre le viiie et le xie siècle : processus qui profite aux élites nobiliaires, celles‑ci s’appuyant sur la christianisation, le développement économique et institutionnel et la multiplication conséquente des opportunités politiques. La noblesse anglaise y trouve, jusqu’au xviiie siècle, les bases de sa position sociale et les éléments de sa distinction. S’y agrège l’importance des pratiques guerrières et du service militaire, qui mènent le lecteur à s’interroger ensuite, avec David Crouch, sur les origines de la chevalerie. Reprenant les travaux de Keen, Crouch perçoit la chevalerie comme un « mode de vie », « un code de conduite » formalisé au sein de la noblesse au cours de la seconde moitié du xiie siècle. C’est ainsi qu’il s’intègre rapidement à la culture nobiliaire et courtoise, et contribue, sur la base d’un ensemble de normes précisément énoncées, à la définition d’un comportement reconnu et susceptible de justifier une hiérarchie sociale. Ce code de conduite prend vie dans l’article de Christopher Tyerman sur le milieu culturel de Louis Ier, duc de Bourbon (c. 1280‑1342), par lequel on constate les nécessaires relations entretenues par la noblesse au‑delà de son propre cercle social. Prince de sang impliqué activement dans les projets de croisade, fondateur de la confraternité du Saint‑Sépulcre, Louis se réclamait des valeurs de la chevalerie. Les ressources et les réseaux sociopolitiques qu’il mobilise pour la croisade ne se limitaient pourtant pas au seul milieu curial et nobiliaire. Ils plongeaient dans ses possessions féodales, mais surtout s’attachaient aux élites urbaines parisiennes, à cette bourgeoisie parfois anoblie grâce au service royal et trouvant un vecteur d’ascension sociale dans la proximité avec un duc qui veillait à la réunir et la solliciter régulièrement pour l’intégrer à ses projets politiques, religieux et militaires. Les articles suivants se concentrent sur les expressions de la culture militaire, politique et artistique née des liens entre noblesse et chevalerie. Craig Taylor offre une chronologie précise des écrits relatifs à l’art de la guerre dans l’Angleterre de la guerre de Cent Ans. Il met par là en avant l’écart face à une France plus directement touchée par les opérations, où les traités furent plus nombreux et plus larges dans leurs sources et sujets : stratégie, discipline, mais aussi principes de gouvernement en écho à la diffusion contemporaine du genre des miroirs aux princes et au débat public portant sur les normes de la guerre. Adrian Ailes s’intéresse aux dons royaux d’armoiries dans l’Angleterre des xive et xve siècles. Justifiés comme « un acte clair et formel de patronage », ces dons apparurent en 1335, sous Édouard III. Ils s’appuyaient sur les liens de plus en plus fermement établis entre la guerre, le service royal, l’honneur, la position sociale et la possession d’armoiries, ce dernier élément devenant sous Henri VI synonyme d’anoblissement. Éléments et symboles également réunis dans l’iconographie des fresques de la famille des Camoys dans l’église de Trotton, Sussex, célébrant l’association entre service de la Couronne et service des armes, devenus au xve siècle des fondements majeurs de l’identité nobiliaire (Nigel Saul). Les articles de Jeremy Catto et de Rowena E. Archer achèvent cette analyse de la culture nobiliaire en évaluant la part de l’héraldique et des codes chevaleresques dans la piété familiale et la littérature dévotionnelle anglaise.

3 La place essentielle du service militaire dans les processus sociaux et politiques est plus précisément abordée dans une deuxième partie consacrée à la guerre et aux soldats. Christopher Allmand aborde le problème de la littérature de guerre dans une étude de la postérité du Strategemata de Frontinus, auteur romain du ier siècle, à la fin du Moyen Âge. La guerre de Cent Ans contribua indubitablement à sa diffusion, à côté du célèbre De Re Militari de Végèce, pour répondre tant aux questions de stratégie que de discipline militaire. La guerre fut aussi un vecteur fondamental de définition sociale et politique par le service royal. Ainsi que l’exposent Andrew Ayton puis Simon Payling dans leurs essais sur les communautés militaires dans l’Angleterre du xive siècle et le service administratif et militaire dans la gentry sous Henri VI, le service du roi constituait un caractère essentiel du statut social des élites anglaises. Suivant Maurice Keen qui souligna le rôle du service militaire dans l’évolution de la gentry, Andrew Ayton démontre que le recrutement des armées royales au xive siècle reposait en grande partie sur les réseaux sociaux et les liens politiques de ses officiers, en particulier les capitaines. De même que pour le cas français, c’est en se fondant sur cette « communauté militaire » qui partageait les mêmes valeurs et une même sociabilité que le roi anglais parvint progressivement, par la mise en place de structures institutionnelles et d’une réglementation cohérente, à établir les bases d’un service militaire royal au sein d’une armée professionnalisée. Au xve siècle, la pratique militaire restait courante parmi la gentry, même si la guerre pouvait occasionner des pertes financières substantielles, comme le montre Simon Payling. La carrière administrative complétait celle des armes, par exemple grâce à l’élection au Parlement. Sous Henri VI, ce coût favorisa la distinction progressive entre deux catégories de gentry, l’une se consacrant spécifiquement au service militaire. Ce fut pour Payling « une cause profonde de la perte de la France lancastrienne ». Concernant justement les conquêtes lancastriennes en France, Anne Curry livre une étude pionnière sur la fonction sociale et politique des femmes de soldats pendant la guerre après le traité de Troyes. Cas spécifique, les mariages mixtes purent apparaître, rarement avec succès, comme des moyens d’enraciner la présence anglaise en Normandie et de favoriser l’unité entre les deux nations. Dans une optique plus concentrée sur l’histoire militaire, les articles de Michael Prestwich sur l’approvisionnement des châteaux et de Michael Jones sur les campagnes de Bertrand du Guesclin pendant les trêves de Bruges (1375‑1377) illustrent le caractère particulier de ces périodes de suspension des hostilités. Finalement peu respectée, la trêve permit au connétable une série de victoires stratégiques en Périgord, en accomplissant un travail minutieux de reconquête locale, en s’impliquant rigoureusement dans la direction des opérations, et en s’appuyant sur un noyau de capitaines bretons expérimentés, qui le suivaient depuis une ou deux décennies et s’intégraient. Les trêves mettaient également à l’épreuve les méthodes de ravitaillement des châteaux. Michael Prestwich démontre la présence de dead stores assurant l’approvisionnement des garnisons dès les xiiexiiie siècles en Angleterre. La royauté chercha parallèlement à garantir la discipline militaire en interdisant les prises arbitraires sur la population, dont le paiement fut exigé dès la Magna Carta (1215).

4 La troisième et dernière partie, « La trahison, la politique et la cour », traite des liens entre la guerre, le pouvoir et la justice. Peter Coss analyse un procès pour trahison impliquant trois chevaliers en 1225, et dont la conduite comme les plaidoiries font apparaître le caractère fondamental, dès le début du xiiie siècle, des valeurs chevaleresques dans la culture politique et juridique de l’Angleterre médiévale. Matthew Strickland l’illustre par le cas plus tardif du procès pour trahison d’Andrew Harclay (1323), condamné à mort, ses titres confisqués. L’exécution s’accompagna de la dépossession de la chevalerie et des armoiries. Elle forme le premier exemple d’un lien direct entre crime de trahison et dégradation publique, faisant du règne d’Édouard II un moment important d’innovation dans l’utilisation par la justice royale des symboles sociaux et des concepts politiques dans les rituels d’infamie. Au xve siècle, la guerre et la conquête normande attisèrent la peur de la trahison. Elle contribua selon Juliet Barker à entretenir un certain écart face aux populations locales et joua un rôle non négligeable dans la prise des villes pendant la reconquête française. Les articles de Gerald Harris et de Malcolm Vale concluent ce large tour d’horizon en s’intéressant aux liens entre le pouvoir royal et la cour. Pour G. Harris, la Maison du roi (Royal Household) ne formait pas seulement « le centre opérationnel du patronage royal et du pouvoir », mais aussi l’expression de « l’honneur et du domaine du roi », ce qui contribua à en étendre la taille et les dépenses. Richard Plantagenet, duc d’York, fut chargé comme Lord Protector d’en réformer le fonctionnement en 1454, alors que la royauté se trouvait affaiblie. Avec l’appui du Parlement, il s’attacha à circonscrire la Maison royale « au seul statut d’un établissement domestique » tout en en respectant les principes fondateurs – la dignité et l’inviolabilité du roi –, sans véritablement parvenir à la maintenir en dehors du contrôle croissant des Yorkistes. Malcolm Vale livre une ultime réflexion sur la contingence et le devenir des objets historiques à partir de l’étonnant itinéraire de deux aiguières parvenues, depuis la cour médiévale d’Henri II, à celle du royaume d’Asante dans l’Afrique occidentale du xixe siècle. Perdant leur usage initial purement utilitaire, les objets prirent en Afrique une fonction symbolique et sacrée liée à l’arbre fétiche du palais curial, alors que la cour royale africaine conservait des ressemblances étonnantes avec celle d’Henri II : exemple d’un transfert culturel hétéroclite au travers de l’espace et du temps.

5 Loïc Cazaux


Date de mise en ligne : 01/03/2011

https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679m