S'abonner
Compte rendu

Laurent Vissière, Sans poinct sortir hors de l’ornière. Louis II de La Trémoille (1460‑1525), Paris, Honoré Champion, coll. « Études d’histoire médiévale », 2008, 613 p.

Pages 679p à 714p

Citer cet article


  • Cazaux, L.
(2010). Laurent Vissière, Sans poinct sortir hors de l’ornière. Louis II de La Trémoille (1460‑1525), Paris, Honoré Champion, coll. « Études d’histoire médiévale », 2008, 613 p. Revue historique, 655(3), 679p-714p. https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679p.

  • Cazaux, Loïc.
« Laurent Vissière, Sans poinct sortir hors de l’ornière. Louis II de La Trémoille (1460‑1525), Paris, Honoré Champion, coll. “Études d’histoire médiévale”, 2008, 613 p. ». Revue historique, 2010/3 n° 655, 2010. p.679p-714p. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2010-3-page-679p?lang=fr.

  • CAZAUX, Loïc,
2010. Laurent Vissière, Sans poinct sortir hors de l’ornière. Louis II de La Trémoille (1460‑1525), Paris, Honoré Champion, coll. « Études d’histoire médiévale », 2008, 613 p. Revue historique, 2010/3 n° 655, p.679p-714p. DOI : 10.3917/rhis.103.0679p. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2010-3-page-679p?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679p


1 Genre longtemps marginalisé, la biographie ne réapparaît que timidement dans les études historiques. Exposant le pari biographique dans sa récente analyse historiographique (2005), François Dosse évoque une progressive « levée d’écrou » depuis les dernières décennies. Les travaux de Georges Duby sur Guillaume le Maréchal (1984) puis de Jacques Le Goff sur Saint Louis (1996), dans lesquels l’individu apparaît comme clé de lecture de son temps, y contribuèrent très probablement. Pour la fin du Moyen Âge, cette revalorisation se fit essentiellement dans le sillage de l’histoire sociale et politique de la noblesse. À ce titre, quarante ans après les biographies croisées d’André Bossuat sur Perrinet Gressart et François de Surienne (1936), la thèse de Werner Paravicini sur Guy de Brimeu (1975) fait référence en la matière. L’ouvrage illustre l’intérêt renouvelé des historiens de la fin du Moyen Âge et de la prémodernité pour les principes du lien politique et du service de l’État ou du prince.

2 Selon cette orientation, Laurent Vissière, maître de conférence à l’Université de Paris IV, tend par cette vie de Louis II de La Trémoille à relever le « défi » de la « mise en perspective » du personnage avec son environnement social, politique et culturel. En écho aux travaux de Steven J. Gunn sur Charles Brandon, duc de Suffolk (1988), ou de David Potter sur Oudart du Biez (2002), il choisit pour cela un courtisan et chef de guerre. Favorisée en France par les travaux de Philippe Contamine – qui dirigea la thèse de l’auteur ici publiée – l’étude des rapports entre la guerre, la noblesse et la construction du pouvoir monarchique apparaît en effet comme l’un des domaines les plus privilégiés par la lente redécouverte du genre. Grâce à l’apport considérable du chartrier de Thouars et de la correspondance de Louis II, l’auteur s’appuie sur un corpus de sources divers et complets pour donner chair et sang au personnage, d’abord dans une perspective chronologique, puis en fonction de ses différents cercles d’existence, depuis les conditions de sa vie politique jusqu’aux modalités des « rythmes quotidiens » de ce grand seigneur.

3 Avec malice, Laurent Vissière désinvestit le personnage des pièges de la biographie en remettant en question l’image éthérée de « chevalier sans reproche » laissée à la postérité par le Panegyric de Jean Bouchet (1527), proche des La Trémoille. L’« ornière » dont Louis II se vantait de ne point sortir laissa certes une grande place à l’activité militaire, mais moins en vertu de prouesses chevaleresques que d’un constant attachement de ce noble au service du roi. Louis II y trouva les garanties de sa carrière politique de courtisan et les bases de la conservation de son patrimoine seigneurial. Intégré à la cour de Louis XI par l’entremise de son oncle Georges II de la Trémoille, puis distingué sous Charles VIII grâce au soutien des Beaujeu lui offrant sa première pension et un beau parti matrimonial en la personne de Gabrielle de Bourbon‑Montpensier, Louis ne quitta plus l’entourage du roi jusqu’à sa mort sur le champ de bataille de Pavie en 1525. Dès lors se profilaient les deux moteurs de cette roue qu’il choisit comme symbole : les armes et la faveur. Brillant lors de la Guerre folle par la victoire de Saint‑Aubin‑du‑Cormier (1488), il obtint de ses faits d’armes la restitution par le roi de la vicomté de Thouars, héritage précédemment confisqué. Thouars, par son château rénové, sa collégiale renfermant le caveau familial, devint la « capitale » d’un patrimoine seigneurial rationnellement constitué dans l’Ouest du royaume, et doublé d’un portefeuille de charges de lieutenant général, capitaine, amiral, gouverneur qui conférèrent à Louis II une influence s’étendant de la façade atlantique à la Bourgogne.

4 Les La Trémoille s’appuyaient pour leur gestion seigneuriale sur des structures centralisées et une clientèle de familles de moindre noblesse pourvue des terres concédées par le grand seigneur et profitant, à son service comme maître d’hôtel ou lieutenant, de ses émoluments. Au niveau local, des officiers représentaient Louis II en fonction de leurs prérogatives militaires, comptables, ou juridiques : capitaines‑châtelains, receveurs, procureurs. Une Chambre des comptes à Thouars supervisait les affaires financières, à laquelle s’adjoignait un Trésor des chartes. Louis suivait toutefois le roi en sa cour et en ses guerres, et le couple témoigna d’une efficace répartition des activités entre les affaires publiques dévolues à l’homme et les affaires privées à la femme, depuis la direction de la « maison » jusqu’à la prise en charge de l’éducation des enfants et la conservation de la bibliothèque familiale.

5 De fait, c’est en homme de guerre et surtout en courtisan que Louis II s’attacha à construire sa postérité, poussant au profit de la perpétuation du lignage son fils, mort prématurément à Marignan, puis son petit‑fils dans « l’ornière » tracée par ses propres pas. « L’économie de la faveur » garantit une part importante de ses revenus grâce aux pensions et gages. Chaque avènement royal fut pour lui l’occasion de se voir confirmer ses différentes charges. Siégeant dès 1484 au conseil, membre de l’ordre de Saint‑Michel et rapidement nommé chambellan puis premier chambellan (1488, 1495), la vie de Louis II se mêla régulièrement à celle du roi et de sa cour itinérante, qui se présente, après le champ de bataille, comme son second lieu de présence continue. Sa charge de gouverneur en Bourgogne le conduisit à renforcer son statut de représentant du pouvoir royal.

6 Avec pertinence, Laurent Vissière souligne le principe essentiel pour ce noble que constitue le service du souverain et de la chose publique. Héritier d’une puissante famille, mais trop dépendant de la faveur royale et ne pouvant s’appuyer sur des possessions seigneuriales larges, Louis II de la Trémoille participe de cette aristocratie qui, au tournant des xve et xvie siècles, trouva dans le service militaire et administratif les éléments prépondérants de sa réussite politique et sociale. Le roi fit de ces lignages formant sa cour ses principaux appuis pour tenir les provinces et mener ses guerres. Fondement primordial de la distinction nobiliaire, la guerre constituait naturellement pour les La Trémoille le second pan obligé du service royal. Guerre souvent rationnelle et technique plus que chevaleresque, menant Louis II à participer à six grandes batailles et à suivre activement les diverses expéditions militaires royales en Italie, dont l’auteur nous livre les détails par une minutieuse analyse.

7 C’est avec plaisir que le lecteur suivra cette quête par l’historien de l’existence passée d’un homme qui fut au premier plan des événements de son temps.

8 Loïc Cazaux


Date de mise en ligne : 01/03/2011

https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679p