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Compte rendu

Paul Fouracre, David Ganz (éd.), Frankland. The Franks and the World of the Early Middle Ages. Essays in Honour of Dame Jinty Nelson, Manchester-New York, Manchester University Press, 2008, XVI-340 p.

Pages 915b à 982b

Citer cet article


  • Gautier, A.
(2009). Paul Fouracre, David Ganz (éd.), Frankland. The Franks and the World of the Early Middle Ages. Essays in Honour of Dame Jinty Nelson, Manchester-New York, Manchester University Press, 2008, XVI-340 p. Revue historique, 652(4), 915b-982b. https://doi.org/10.3917/rhis.094.0915b.

  • Gautier, Alban.
« Paul Fouracre, David Ganz (éd.), Frankland. The Franks and the World of the Early Middle Ages. Essays in Honour of Dame Jinty Nelson, Manchester-New York, Manchester University Press, 2008, XVI-340 p. ». Revue historique, 2009/4 n° 652, 2009. p.915b-982b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2009-4-page-915b?lang=fr.

  • GAUTIER, Alban,
2009. Paul Fouracre, David Ganz (éd.), Frankland. The Franks and the World of the Early Middle Ages. Essays in Honour of Dame Jinty Nelson, Manchester-New York, Manchester University Press, 2008, XVI-340 p. Revue historique, 2009/4 n° 652, p.915b-982b. DOI : 10.3917/rhis.094.0915b. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2009-4-page-915b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.094.0915b


1 Ce volume d’hommage à Janet Nelson comprend 15 articles de grande qualité, portant tous sur des thèmes touchant l’histoire des Francs et de certains de leurs voisins dans les siècles du haut Moyen Âge et du Moyen Âge central. Ont contribué à ces mélanges plusieurs historiens et historiennes, chevronnés ou débutants, qui ont pour caractéristique commune d’avoir fréquenté le séminaire d’histoire du haut Moyen Âge occidental que Janet Nelson coanime depuis plusieurs années à l’Institute of Historical Research de Londres. À côté de quelques grands noms de l’histoire médiévale outre-Manche, on trouve donc plusieurs élèves et anciens élèves de celle que tous ceux qui l’ont rencontrée appellent Jinty : être devenue Dame de l’ordre de l’Empire britannique ne l’a pas rendu plus formelle !

2 Les articles sont présentés dans un ordre plus ou moins chronologique, en fonction des thèmes abordés, depuis le VIe jusqu’au XIIe siècle ; toutefois, on peut aussi les répartir en trois grands groupes : certaines contributions se penchent sur les sources de l’histoire franque ; d’autres s’intéressent aux pouvoirs au sein du monde franc et des entités qui lui ont succédé ; d’autres enfin se penchent sur certains aspects des rapports entre les Francs et leurs voisins : étant donné l’origine britannique du volume, les relations entre la Gaule et le monde insulaire sont logiquement privilégiées. Certains de ces articles (citons, sans exclusive, ceux de Paul Fouracre ou de Simon MacLean) sont de grands articles, qui méritent d’être lus et discutés sur le continent par les historiens français.

3 Plusieurs articles se penchent en priorité sur les sources et sur leur traitement, surtout si elles permettent l’étude des procédures et des rituels. Alice Rio (« Charters, law codes and formularies : The Franks between theory and practice », p. 7-27) propose une réévaluation des formulaires carolingiens : si l’on envisage chartes et lois dans un continuum de la pratique juridique, les formulaires apparaissent comme le lieu privilégié de l’adaptation de la norme à la pratique. Susan Reynolds (« Compulsory purchase in the Early Middle Ages », p. 28-43) envisage l’existence de procédures d’expropriation : à travers cette étude, c’est toute la notion de res publica dans le haut Moyen Âge qui est interrogée. David Ganz (« Some Carolingian questions from Charlemagne’s days », p. 90-100) propose l’édition, la traduction et le commentaire d’un court dialogue contenu dans un manuscrit de la BnF (Latin 4629), servant à l’enseignement du latin. Sarah Hamilton (« Absoluimus uos uice beati Petri apostolorum principis : Episcopal authority and the reconciliation of excommunicants in England and Francia, c. 900 - c. 1150 », p. 209-241) compare les procédures de réconciliation après excommunication de part et d’autre de la Manche, et propose l’édition parallèle de trois rituels.

4 Malgré son titre, l’article de Paul Fouracre (« Forgetting and remembering Dagobert II : the English connection », p. 70-89) plonge au cœur du pouvoir mérovingien : dans une démonstration magistrale autour du cas de Dagobert II, roi d’Austrasie à la fin du VIIe siècle, l’auteur nous offre une belle leçon de traitement des sources. Rachel Stone (« In search of the Carolingian “dear lord” », p. 152-166) part à la recherche des notations émotionnelles ou affectives concernant les rapports entre les hommes et leur seigneur : ces mentions, fréquentes dans la poésie nordique, sont très rares en contexte franc. Theo Riches (« The Carolingian capture of Aachen in 978 and its historiographical footprint », p. 191-208) étudie la manière dont les historiens médiévaux ont raconté le coup de main de Lothaire contre Otton II en 978 : une historiographie nationale émerge très rapidement, dès le début du XIe siècle, oubliant le contexte politique très particulier de l’événement. John Gillingham (« Fontenoy and after : Pursuing enemies to death in France between the ninth and eleventh centuries », p. 242-265) étudie la mise à mort des ennemis dans le cadre des guerres « civiles » et identifie un tournant dans le second tiers du XIe siècle, quand le développement des guerres locales pousse aux négociations entre ennemis qui se connaissent mieux.

5 Les articles portant sur les rapports entre les Francs et leurs voisins sont les plus nombreux. Alan Thacker (« Gallic or Greek ? Archbishops in England from Theodore to Egbert », p. 44-49) se penche sur l’apparition du titre d’archevêque en Occident, et montre qu’elle est le fruit d’une adaptation d’un vocabulaire d’origine orientale à la situation anglaise des années 670-680. Matthew Innes (« “Immune from heresy” : Defining the boundaries of Carolingian Christianity », p. 101-125) étudie les rapports entre Boniface et deux de ses contradicteurs des années 740, et se penche plus particulièrement sur l’usage de l’accusation d’hérésie. Paul Kershaw (« English history and Irish readers in the Frankish world », p. 126-151) retrace l’usage de l’Histoire ecclésiastique de Bède par les savants irlandais du monde carolingien, en particulier Sedulius Scottus. Simon MacLean (« Making a difference in tenth-century politics : King Athelstan’s sisters and Frankish queenship », p. 167-190) analyse la manière dont les sœurs du roi Athelstan de Wessex ont pu, au début du Xe siècle, exercer un pouvoir et une influence dans des régions où elles ne disposaient a priori d’aucun soutien. Stephen Baxter (« The death of Burgheard son of Ælfgar and its context », p. 266-284) reconstitue soigneusement la carrière de Burgheard, fils d’un earl de Mercie, mort à Reims au printemps 1061, et élucide les raisons de sa présence sur le continent à cette date. David Bates (« The representation of queens and queenship in Anglo-Norman royal charters », p. 285-303) étudie les mentions des reines anglo-normandes dans les souscriptions de chartes et montre qu’elles participaient fortement au pouvoir royal, et ce à titre personnel. Enfin, Wendy Davies (« Franks and Bretons : the impact of political climate and historiographical tradition on writing their ninth-century history », p. 304-321) observe la manière dont les historiens ont traité l’épisode du « royaume breton » de Nominoë entre la fin du XVe siècle et notre époque : entre exaltation de la spécificité bretonne et intérêt pour les transferts culturels, l’histoire suit toujours les valeurs du temps.

6 Alban GAUTIER.


Date de mise en ligne : 01/04/2010

https://doi.org/10.3917/rhis.094.0915b