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Compte rendu

Christiane Klapisch-Zuber, Retour à la cité. Les magnats de Florence, 1340-1440, Paris, Éd. de l’École des hautes études en sciences sociales (« Civilisations et sociétés », 123), 2006, 520 p.

Pages 671r à 741r

Citer cet article


  • Savy, P.
(2009). Christiane Klapisch-Zuber, Retour à la cité. Les magnats de Florence, 1340-1440, Paris, Éd. de l’École des hautes études en sciences sociales (« Civilisations et sociétés », 123), 2006, 520 p. Revue historique, 651(3), 671r-741r. https://doi.org/10.3917/rhis.093.0671r.

  • Savy, Pierre.
« Christiane Klapisch-Zuber, Retour à la cité. Les magnats de Florence, 1340-1440, Paris, Éd. de l’École des hautes études en sciences sociales (“Civilisations et sociétés”, 123), 2006, 520 p. ». Revue historique, 2009/3 n° 651, 2009. p.671r-741r. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2009-3-page-671r?lang=fr.

  • SAVY, Pierre,
2009. Christiane Klapisch-Zuber, Retour à la cité. Les magnats de Florence, 1340-1440, Paris, Éd. de l’École des hautes études en sciences sociales (« Civilisations et sociétés », 123), 2006, 520 p. Revue historique, 2009/3 n° 651, p.671r-741r. DOI : 10.3917/rhis.093.0671r. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2009-3-page-671r?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.093.0671r


1 De nombreux travaux ont envisagé l’histoire de l’exclusion politique des magnats : à la fin du XIIIe siècle, essentiellement entre 1280 et 1293, la violence et l’indiscipline de ces lignages occupant le sommet de la hiérarchie sociale florentine leur valent d’être mis à l’écart de la prise de décision politique dans la capitale toscane (c’est le sens des « Ordonnances de justice »). Le gros livre de Christiane Klapisch-Zuber porte, lui, sur une période bien moins étudiée de l’histoire de ces familles : celle de leur déclin, dans la seconde moitié du XIVe siècle, et de leur partielle « résorption » dans la classe dirigeante, avec le consentement de l’élite dirigeante marchande. En se fondant sur un impressionnant travail dans les archives et sur une parfaite maîtrise de la bibliographie et des problématiques de l’histoire florentine, il considère le devenir des magnats, grosso modo entre l’épisode du duc d’Athènes (1342-1343) et l’installation durable des Medici, en 1434 (Côme procède à la réinsertion formelle des magnats dans le popolo). Passé l’époque de l’exclusion, ces familles de grands opèrent un « retour à la cité », une réintégration ; faire l’histoire des magnats dans cette centaine d’années revient à faire l’histoire d’un reflux dans le reflux.

2 La première partie, « Circonscrire, définir », porte sur la définition des magnats, établie en fonction de qualifications antérieures. L’hétérogénéité du groupe, déjà grande en 1280, va croissant. Les contours de ces « groupes de parenté jugés dangereux » et comme tels exclus par le popolo sont déterminés par des listes de noms, qui nous indiquent au fond quelle est la définition la meilleure, quoique tautologique, de ce groupe : à Florence, est magnat qui a son nom dans la liste des familles de magnats. Certes, plusieurs listes sont dressées (1293, 1322-1325, 1355, 1415, etc.), et avec le temps, à la réputation de potentia, on ajoutera la dignité chevaleresque comme critère de la définition ; mais l’impression dominante est celle de l’inertie de ces listes (le « caractère quasi sacré des inventaires de magnats insérés dans les statuts citadins »). Ce sont environ 70 familles magnates en ville, et autant de magnats du contado, qui perdent leur pouvoir dans les dernières années du XIIIe siècle – mais, s’agissant des nobles du contado, ce groupe fond et ses contours perdent de leur netteté (à Florence, les valeurs de la ville se sont imposées, et de ce fait, dans les élites, la noblesse urbaine, « civique », prévaut). Cet abaissement n’empêche pas que les popolani continuent d’avoir peur des grands, mais ceux-ci deviennent moins méprisants, au point que, au XVe siècle, d’aucuns d’entre eux jugent bon de se fondre à la masse.

3 Dans la deuxième partie, « Contrôler », est observé l’effort d’encadrer les magnats et de saper leurs solidarités : le riche « arsenal judiciaire », qui entend prévenir leur violence en les écartant de certains lieux, en « familiarisant » la responsabilité pénale selon un principe de co-solidarité ou en établissant une disparité des peines, est progressivement et partiellement atténué. De même le poids de la solidarité lignagière est-il jugé trop lourd par les popolani comme par les magnats, et tous cherchent-ils à le réduire – c’est le sens des efforts consentis par certains magnats pour intégrer le popolo ou se détacher de leurs parents. La réduction numérique du groupe des magnats est réelle. Elle s’effectue et se traduit par une « politique des signes » recourant notamment aux changements de noms, qui permettent des changements d’identité, ou à un travail héraldique (intégration d’arma populi, etc.). Au « retour à la cité » fait pendant un autre phénomène, la « magnatisation », soit l’usage par la commune d’une arme politique redoutable : la création de « néo-magnats », populaires agrégés à la catégorie discriminée et ainsi privés de leurs droits.

4 Enfin, la troisième partie, « S’adapter, s’insérer », porte sur les réactions des magnats face aux menaces qui pèsent sur eux : on retrouve la possibilité pour eux de rompre les liens familiaux, par exemple en arrachant la sortie de la consorteria. Plus étonnante, la capacité des magnats de continuer d’agir politiquement, en exerçant des offices – même s’ils sont éloignés des postes de direction qu’ils occupaient dans leurs deux domaines privilégiés d’action politique, les corporations et l’exécutif. C’est d’autre part en nouant avec les popolani des alliances, matrimoniales en particulier, que les magnats prennent place en ville, mais il est sûr qu’homogamie et endogamie demeurent amplement attestées et que de fortes différences continuent de séparer les groupes sociaux, même en cas d’union. En traquant, dans le dernier chapitre du livre, les signes annonciateurs de « la suite de l’histoire », l’auteur dégage enfin « une nouvelle idée de la noblesse citadine », où les magnats apportent leur part : la construction d’une véritable « noblesse civique » qui se fait en définitive avec les magnats et qui s’épanouira au XVIe siècle.

5 Retour à la cité est d’une incroyable richesse. Exemples précis, petites études de cas, brefs récits et citations de documents abondent, et il faut souligner le grand intérêt que présente cette incessante variation des échelles d’observation : le recours au niveau macro (illustré par exemple par l’étude de cas) va de pair avec un recours courant aux chiffres et aux tableaux. Ce livre d’histoire sociopolitique ne fait guère de concession et peut paraître austère, à l’exception peut-être de son dernier chapitre : mais c’est une mine, et, plus encore, une somme sur cet aspect mal connu de l’histoire florentine.

6 Pierre SAVY.


Date de mise en ligne : 01/04/2010

https://doi.org/10.3917/rhis.093.0671r