« Les socialistes et la ville, 1890-1914 », Cahiers Jaurès, 177-178, juillet-décembre 2005, Clamecy, 2006, 112 p.
- Par Éric Nadaud
Pages 921zf à 995zf
Citer cet article
- NADAUD, Éric,
- Nadaud, Éric.
- Nadaud, É.
https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921zf
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- Nadaud, É.
- Nadaud, Éric.
- NADAUD, Éric,
https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921zf
1 La Société d’études jaurésiennes a réuni dans ce volume aussi vivant qu’instructif les Actes de la Journée d’études qu’elle a organisée le 13 novembre 2004 à Montreuil, en collaboration avec le Musée de l’histoire vivante de cette ville, sous l’impulsion de Gilles Candar, Jacques Girault et, initialement, Madeleine Rebérioux. Les auteurs y approfondissent une réflexion déjà ancienne sur la façon dont le mouvement socialiste s’est emparé de la question urbaine, en la centrant sur les années 1890-1914, époque où le socialisme accède au pouvoir municipal, alors même que les villes deviennent un enjeu politique et social nouveau, du fait de l’urbanisation et de l’industrialisation, mais aussi de la réforme de 1884, qui donne aux municipalités plus de compétences et d’autonomie. Ils l’éclairent de l’exemple d’expériences locales particulières, celles de Roubaix, étudiée par Rémi Lefebvre, de Sotteville-les-Rouen (Yannick Marec), de Saint-Étienne (Jean Lorcin), de Paris et sa banlieue (Juliette Aubrun et Thierry Bonzon). Ce sont six communications qui sont ainsi réunies, les études de cas précitées étant complétées par une présentation de la pensée d’Émile Vandervelde sur la question de la ville (Efi Markou). Elles constituent un ensemble homogène, qui précise nos connaissances sur la façon dont les socialistes se sont servis du pouvoir municipal pour tenter de changer l’ordre existant, mais aussi sur la manière dont ils ont été eux-mêmes transformés par l’expérience.
2 Sur le premier point, elles mettent en évidence le caractère innovant des politiques conduites par les élus socialistes, qui se sont traduites par un développement de l’interventionnisme municipal, par la mise en œuvre de solutions de gestion nouvelles, comme les régies municipales ou les syndicats intercommunaux, et par la priorité donnée à la politique sociale, au développement des infrastructures, à l’amélioration de l’habitat ouvrier, et parfois à la politique culturelle. Toutefois, elles font aussi ressortir la minceur des résultats, qui trouve son explication dans l’ampleur des obstacles : mauvaise volonté du pouvoir central et des préfets ; opposition constante de l’adversaire bourgeois mais aussi, éventuellement, comme à Saint-Étienne, du syndicalisme ouvrier ; absence d’une ligne d’action clairement définie à l’échelon national et d’une discipline partisane véritable ; envahissement par une masse de questions revêtant un simple « caractère d’édilité » ; compétence médiocre des élus ; insuffisance des moyens financiers ; irréalisme de certains projets.
3 Les contributions jettent aussi un éclairage très suggestif sur l’évolution des élus socialistes eux-mêmes. Ceux-ci ne parviennent pas à prendre possession de l’institution municipale sans se faire posséder par elle. En jouant leur rôle, ils finissent par endosser des obligations, par se conformer à des usages et par intérioriser des règles et des codes qui en font des notables républicains. Face aux difficultés, ils évoluent aussi vers le pragmatisme, et obéissent désormais moins à des principes idéologiques ou partisans qu’à des intérêts personnels, particularistes, territoriaux et clientélistes. Ils y perdent sans doute un peu de leur identité, mais acquièrent ainsi une « autorité sociale » et des compétences propres à servir leur implantation comme leur action publique.
4 Éric NADAUD.