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Compte rendu

Yoshikic Morimoto, Études sur l’économie rurale du haut Moyen Âge. Historiographie, régime domanial, polyptyques carolingiens, Bruxelles, De Boeck Université (« Bibliothèque du Moyen Âge », 25), 2008, 1 vol. in-8o, 472 p.

Pages 921h à 995h

Citer cet article


  • Bruand, O.
(2008). Yoshikic Morimoto, Études sur l’économie rurale du haut Moyen Âge. Historiographie, régime domanial, polyptyques carolingiens, Bruxelles, De Boeck Université (« Bibliothèque du Moyen Âge », 25), 2008, 1 vol. in-8o, 472 p. Revue historique, 648(4), 921h-995h. https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921h.

  • Bruand, Olivier.
« Yoshikic Morimoto, Études sur l’économie rurale du haut Moyen Âge. Historiographie, régime domanial, polyptyques carolingiens, Bruxelles, De Boeck Université (“Bibliothèque du Moyen Âge”, 25), 2008, 1 vol. in-8o, 472 p. ». Revue historique, 2008/4 n° 648, 2008. p.921h-995h. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2008-4-page-921h?lang=fr.

  • BRUAND, Olivier,
2008. Yoshikic Morimoto, Études sur l’économie rurale du haut Moyen Âge. Historiographie, régime domanial, polyptyques carolingiens, Bruxelles, De Boeck Université (« Bibliothèque du Moyen Âge », 25), 2008, 1 vol. in-8o, 472 p. Revue historique, 2008/4 n° 648, p.921h-995h. DOI : 10.3917/rhis.084.0921h. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2008-4-page-921h?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921h


1 Le vingt-cinquième volume de la « Bibliothèque du Moyen Âge », prestigieuse collection adossée à la revue Le Moyen Âge, se présente en quinze chapitres comme un récapitulatif des articles majeurs en français du médiéviste japonais, professeur à l’Université de Kyushu. Les diverses contributions qui le composent sont parues entre 1986 et 2000 dans des revues, actes de colloques ou mélanges, et cette publication, que la préface de Pierre Toubert assimile à des « Collected Studies », est une compilation très utile pour embrasser l’essentiel des travaux de Yoshiki Morimoto sans avoir à rechercher une à une les publications d’origine ; on retrouve ainsi la cohérence scientifique de l’auteur, sa progression avec la mise en place de ses hypothèses et son évolution, ainsi d’ailleurs qu’une introduction où il revient sur sa démarche, présentant d’abord les points importants de ses articles et une postface qui ouvre le débat sur les recherches à poursuivre, tout en rendant compte des travaux récents qui sont venus confirmer ou infirmer ses hypothèses. L’ouvrage comprend trois sections, avec d’abord une série de cinq mises au point historiographiques sur les polyptyques et les grands domaines, ensuite six chapitres sur le polyptyque de Prüm dont l’auteur est un des meilleurs connaisseurs, enfin quatre contributions qui portent sur la critique où l’utilisation d’autres polyptyques carolingiens.

2 Les cinq premiers chapitres de mise au point historiographique sont des outils pratiques au service des médiévistes, mais on apprécie particulièrement la longue enquête en trois temps sur l’histoire rurale carolingienne, débutée en 1988 dans les Annales de l’Est (chap. 1), poursuivie en 1994 dans un ouvrage codirigé avec Adriaan Verhulst (chap. 2) et complétée jusqu’en 2004 avec le chapitre 3 rédigé spécialement pour cet ouvrage et dont la consultation est indispensable pour qui veut se pencher sur ces questions, car chacun de ces articles offre une bibliographie des travaux analysés, avec respectivement 97, 170 et 243 références. On voit que la production historique en la matière a crû régulièrement depuis une bonne vingtaine d’années à tel point que Yoshiki Morimoto et Pierre Toubert pensent qu’on est arrivé à l’apogée des études rurales tournées vers les aspects socio-économiques, et que désormais les historiens s’orienteront plutôt vers les aspects sociopolitiques. Attendons de voir si l’avenir leur donnera raison, même s’il est vrai que les études entreprises ces dernières années, en se polarisant sur les conflits ou les modes de régulation de ces sociétés, vont plutôt dans ce sens. Dans cette première partie, les deux chapitres suivants (4 et 5) sont aussi des mises au point historiographiques sur la croissance économique et les rapports entre villes et campagnes. Le chapitre 4 paru en 1994 reprend la question à la suite de l’ouvrage de Guy Bois sur la mutation de l’an mil et du débat qu’il avait suscité, mais réaffirme clairement sa préférence pour un modèle domanial qui privilégie les continuités sur le long terme, par rapport à un modèle allodial qui est plus enclin aux ruptures ; le chapitre suivant synthétise divers travaux sur Gand et les zones hors du monde franc que sont l’Angleterre, la Scandinavie, l’Europe de l’Est et dans une moindre mesure l’Italie, pour appeler à une synthèse européenne de ces questions.

3 La deuxième section (chapitres 6 à 11) sur l’exploitation et la critique du polyptyque de Prüm regroupe six articles parus entre 1986 et 2000 dont la lecture est indispensable pour tout utilisateur de cette source. On apprécie en outre la constante comparaison de l’auteur entre son propos et l’historiographie allemande, car nos collègues d’outre-Rhin se sont naturellement penchés avec force érudition sur ce texte qui est le grand polyptyque de l’espace germanique, comme peut l’être celui de Saint-Germain-des-Prés en France. Les problèmes de critique textuelle, avec l’étude de l’édition récente de Ingo Schwab, des interpolations et de la valeur du commentaire de Césaire, sont minutieusement analysés. Le savant japonais n’hésite pas à contredire la thèse de l’éditeur qui penche pour une rédaction en une seule fois vers 893 et s’attache justement à montrer le caractère composite du texte, remanié et même commenté encore au XIIIe siècle. C’est justement ce qui lui permet de proposer en 1989 (chap. 9) une utilisation dynamique du polyptyque pour laquelle de nombreux historiens plaident depuis longtemps. Il rejoint ainsi les travaux d’historiens belges qu’il a fréquentés en insistant sur les rapports entre villes et campagnes ou en enquêtant sur les manses fractionnaires à Prüm (chap. 10 et 11).

4 D’autres polyptyques ont aussi retenu son attention pour traiter de l’assolement triennal (chap. 12) qui permet de pénétrer très avant dans les complexités du terroir du haut Moyen Âge carolingien où la rotation des cultures et les champs en lanière, qui annoncent déjà l’agriculture des XIIe-XIIIe siècles, voisinent encore avec un déséquilibre patent entre céréales d’hiver et de printemps ; ou l’étude de la corvée (chap. 13) pour laquelle on revient encore à Prüm en comparaison avec Saint-Germain-des-Prés. Il exerce aussi ses talents de critique sur les textes de Saint-Bertin et de Montier-en-Der. Son étude sur Saint-Bertin (chap. 14) pose le problème de l’interprétation du texte à propos des petits tenanciers et de leur intégration dans le domaine de l’abbaye, montrant ainsi le décalage qu’il peut y avoir entre le texte normalisé par les moines et la réalité du terrain. Le volontarisme du rédacteur est-il le reflet d’une réalité socio-économique ? C’est là une question fondamentale pour tous les polyptyques. Sa critique s’exerce aussi sur le texte de Montier-en-Der (chap. 15) dont il précise les règles d’utilisation et signale les divergences d’interprétation entre ses divers utilisateurs.

5 Enfin, l’ouvrage se conclut par une postface de l’auteur où il rappelle son cheminement mais signale aussi, ouvrant ainsi des nouvelles perspectives sur les polyptyques, les travaux récents qui n’étaient pas encore accessibles lors de la première rédaction de ses articles, y compris ceux qui refusent parfois ses propres hypothèses. Dans l’ensemble, l’ouvrage s’inscrit dans l’optique de la Grundherrschaft allemande qui fait du grand domaine un élément moteur de la croissance carolingienne et de la vitalité des siècles suivants plus que dans la logique des concepts français qui, en distinguant artificiellement parfois le banal et le foncier, ont encouragé les définitions théoriques et les débats oiseux. Le mérite de l’ouvrage, c’est aussi qu’il contribue, comme nombre de bons auteurs, à effacer toute notion de rupture féodale brutale.

6 Olivier BRUAND.


Date de mise en ligne : 17/02/2009

https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921h