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Compte rendu

Alain Corbin (dir.), Histoire du christianisme, Paris, Le Seuil, 2007, 474 p.

Pages 383zi à 486zi

Citer cet article


  • Hilaire, Y.-M.
(2008). Alain Corbin (dir.), Histoire du christianisme, Paris, Le Seuil, 2007, 474 p. Revue historique, 646(2), 383zi-486zi. https://doi.org/10.3917/rhis.082.0383zi.

  • Hilaire, Yves-Marie.
« Alain Corbin (dir.), Histoire du christianisme, Paris, Le Seuil, 2007, 474 p. ». Revue historique, 2008/2 n° 646, 2008. p.383zi-486zi. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2008-2-page-383zi?lang=fr.

  • HILAIRE, Yves-Marie,
2008. Alain Corbin (dir.), Histoire du christianisme, Paris, Le Seuil, 2007, 474 p. Revue historique, 2008/2 n° 646, p.383zi-486zi. DOI : 10.3917/rhis.082.0383zi. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2008-2-page-383zi?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.082.0383zi


1 Conscient des inconvénients de l’inculture religieuse de nos contemporains, Alain Corbin a eu l’idée de réunir tous les talents pour écrire une Histoire du christianisme. Le résultat est impressionnant : 56 historiens confirmés apportent chacun une ou plusieurs riches contributions et, souvent, des vues neuves issues de leurs travaux. Le christianisme se définit face aux juifs, aux païens et aux hérésies lors du Ier millénaire. Puis, au cours du IIe millénaire, l’orthodoxie, le catholicisme et le protestantisme ont leur vie propre qui est largement présentée. Des cartes permettent de situer l’expansion des confessions chrétiennes.

2 On ne trouvera pas ici une histoire continue. Ainsi, l’on passe de l’an 600 à l’an mil sans signaler le rôle des Irlandais ni la renaissance carolingienne. L’évocation des deux derniers siècles privilégie quelques réponses à des questions contemporaines et néglige, par exemple, l’ampleur des mouvements de laïcs. Comme l’indique la page IV de couverture, l’accent est mis sur les grandes figures, les grands moments, les grandes dates à travers vingt siècles. La pensée et l’œuvre de plusieurs grandes figures sont présentées avec clarté et acuité : Paul (M. F. Baslez), Augustin (Cl. Lepelley), Grégoire le Grand (B. Judic), François (A. Vauchez), Thomas d’Aquin (R. Imbach), Jean Hus (O. Marin), Érasme et Luther (J.-M. Massaut), Calvin (M. Carbonnier-Burkard), Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et Bérulle (M.-E. Henneau), Bach (G. Cantagrel), J.-M. Vianney (Ph. Boutry), Thérèse de l’Enfant-Jésus (Cl. Langlois).

3 Les premiers siècles du judéo-christianisme puis du christianisme, l’émergence de l’Église de Rome, la définition de la foi, l’édification des structures chrétiennes dans le temps et dans l’espace évoquées par Michel-Yves Perrin, l’annonce de la foi dans l’Empire romain et au-delà en Orient sont présentés dans un récit dense coordonné par Françoise Thelamon.

4 Catherine Vincent nous propose ensuite une série de contributions consacrées principalement à l’Église latine qui voit naître autour de l’an mil des chrétientés nouvelles sur le continent européen. Elle nous précise les fonctions variées des cathédrales identifiées dans nos mémoires françaises à l’architecture gothique. Elle décrit le culte des saints et explique, après J. Le Goff, la naissance du Purgatoire. Elle souligne la centralité du concile de Latran IV (1215), point d’orgue de la réforme grégorienne. Jean-Louis Biget met à jour nos connaissances sur les hérésies médiévales et sur les débuts de l’Inquisition. Daniel Le Blévec évoque l’explosion des œuvres de charité aux XIIe et XIIIe siècles. Sylvie Barnay commente l’émergence du culte de Notre-Dame au XIIe siècle. La spiritualité médiévale nous lègue encore le culte du Saint-Sacrement (XIIIe s.) et un best-seller, L’Imitation de Jésus-Christ (XVe s.). Rome et Byzance/Constantinople se sont éloignées l’une de l’autre entre le IXe et le XIIIe siècle : une comparaison des mystiques des deux obédiences est dessinée par Béatrice Caseau et Catherine Vincent, celle d’Orient étant plus précoce et celle d’Occident sortant de l’ombre au XIIe siècle.

5 Les deux dernières parties, coordonnées par Nicole Lemaitre et Alain Corbin, sont plus brèves. Le temps des Réformes donne lieu à plusieurs synthèses : l’anglicanisme (G. Bedouelle), l’aventure jésuite (Ph. Lécrivain), les inquisitions modernes (A. Tallon). Nicole Lemaitre observe les guerres de Religion à travers le conflit des liturgies. Face à l’iconoclasme protestant, Marc Venard montre la construction de l’image tridentine et relève que des deux côtés on fait progresser l’instruction du peuple. La rivalité entre Rome et Genève inspire à Jean-Marie Le Gall une brillante comparaison. Isabelle Brian retrace l’histoire mouvementée de deux siècles de jansénisme entre séduction rigoriste et mentalité d’opposition qui nourrit en France un climat prérévolutionnaire.

6 La longue histoire du christianisme oriental est évoquée en Russie à l’époque moderne et dans l’Empire ottoman sur une durée de quatre siècles. Les réveils protestants, faits majeurs de l’histoire des pays anglo-saxons et germaniques, trop souvent négligés par les historiens, sont présentés par Neal Blough et par Sébastien Fath : ils éclairent de nombreux aspects de l’histoire des États-Unis. L’aventure missionnaire du christianisme est retracée par Philippe Lécrivain, Philippe Denis et Claude Prudhomme sur cinq siècles. De la Renaissance à nos jours, François Laplanche suit l’apparition et l’essor de la critique biblique.

7 Spécifiques de l’époque contemporaine, le « moment Pie IX » du catholicisme intransigeant est exposé par Philippe Boutry ; l’encyclique Rerum Novarum, première charte du catholicisme social, est présentée par Jean-Marie Mayeur ; l’affrontement du christianisme et des idéologies du XXe siècle est rappelé par René Rémond à travers l’enseignement des papes. Philippe Levillain évoque un grand moment, le concile Vatican II. Claude Langlois montre comment le problème de la limitation des naissances perturbe le monde catholique depuis deux siècles. Alain Corbin nous propose une réflexion originale, « Pie X, l’enfance spirituelle et la communion privée » : la conquête d’une notable partie de la jeunesse par l’Église catholique durant la première moitié du XXe siècle aurait suivi celle de l’enfance, privilégiée spirituellement par saint Pie X. Étienne Fouilloux conclut sur l’évolution de l’œcuménisme et l’ouverture des Églises au dialogue interreligieux.

8 Les inexactitudes sont peu nombreuses : p. 43, Marc Aurèle est mort en 180 et non en 185 ; p. 371, la canonisation de Jeanne d’Arc a lieu en 1920 et non en 1926. Globalement, ce livre qui invite à la réflexion est très réussi. Accessible à un public qui va au-delà du cercle des spécialistes, il a sa place dans toutes les bibliothèques.

9 Yves-Marie HILAIRE.


Date de mise en ligne : 12/09/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.082.0383zi