Claire Giordanengo, Le registre de Lambert évêque d’Arras (1093-1115), Paris, CNRS (« Sources d’histoire médiévale publiées par l’IRHT », 34), 2007, 555 p.
Pages 927j à 1010j
Citer cet article
- HÉLIAS-BARON, Marlène,
- Hélias-Baron, Marlène.
- Hélias-Baron, M.
https://doi.org/10.3917/rhis.074.0927j
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- Hélias-Baron, M.
- Hélias-Baron, Marlène.
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https://doi.org/10.3917/rhis.074.0927j
1 Après les travaux de Lotte Kéry et de Benoît-Michel Tock sur la création du diocèse d’Arras et la chancellerie épiscopale, l’édition du Codex Lamberti proposée par Claire Giordanengo semblerait au premier abord d’un intérêt limité. Or c’est loin d’être le cas. Après une introduction critique substantielle (64 p.) et une bibliographie bien référencée (13 p.), elle livre non seulement le texte du registre de l’évêque Lambert en prenant appui sur deux copies du XVIIe siècle (BM Arras 1051 et 1062) établies d’après un modèle commun, mais aussi et surtout elle en fait la traduction. Son appareil critique est des plus complets. Se succèdent en fin d’ouvrage une table énumérant les textes du registre (p. 513-519), une liste exhaustive des correspondants de Lambert (p. 521-524), les concordances avec les éditions précédentes de Lotte Kéry, de Benoît-Michel Tock et de la Patrologie latine (p. 525-526), et enfin des index (p. 527-554) bien différenciés entre personnes, lieux, mots importants et citations bibliques, rendant très aisée la consultation de l’édition.
2 Le Codex Lamberti, constitué progressivement entre 1093 et 1115 sous l’épiscopat de Lambert de Guînes, contient deux parties : la première se divise en six sections (Gesta, Concilia, Absolutio, Philippi I, Privilegia, Jura) ; la seconde consigne la correspondance de l’évêque (132 Epistolae). Ce dossier a été composé après le rétablissement du diocèse d’Arras, détaché en 1094 du diocèse de Cambrai avec l’accord d’Urbain II. Il a pour but de légitimer cette restauration et de rassembler les premières pièces d’archives, dont quelques chartes délivrées par l’évêque Lambert lui-même (Privilegia, 73-86, p. 248-287). Il fallait prouver que l’élection de Lambert était conforme aux prescriptions canoniques (Gesta, 1-43, p. 92-173). Le nouvel évêque eut en fait quelques difficultés à se faire consacrer par l’archevêque de Reims qui ne voulait pas heurter son suffragant de Cambrai lésé. L’affaire fut résolue lors du concile de Clermont de 1095, dont les décisions ont été insérées dans la compilation (Concilia, 44-53, p. 174-193). Cette dernière souligne les liens étroits de Lambert avec la société du début du XIIe siècle, insistant sur son excellente réputation auprès de ses contemporains, avec la volonté de montrer qu’il est digne d’exercer la charge épiscopale. Le registre met en valeur son entregent. Il est en relation constante avec 23 évêques ou archevêques, principalement ceux de la province ecclésiastique de Reims, même s’il côtoie des hommes célèbres comme Yves de Chartres ou Anselme de Cantorbéry. Les lettres épiscopales donnent l’image d’une communion d’esprit entre les prélats. Lambert correspond également avec les papes, d’abord Urbain II qui a soutenu son élection, puis Pascal II. Grâce au codex, se manifeste l’ampleur croissante des interventions pontificales lors d’élections épiscopales ou d’affaires disciplinaires aux dépens des prérogatives archiépiscopales. Les lettres et chartes rassemblées prouvent son souci des établissements ecclésiastiques, surtout ceux de son diocèse. Il apparaît comme un bon évêque grégorien, encourageant les fondations nouvelles, accordant de nombreux privilèges aux religieux et intervenant pour mettre un terme aux querelles opposant les communautés. Deux dossiers de ce type ont été réunis avec soin. Le premier concerne un litige opposant les chanoines de Tournai aux moines de Saint-Martin (Querimonia, 87 à 93, p. 288-301) ; le second met aux prises les moines de Saint-Vaast et les chanoines d’Arras (Jura, 94-103, p. 302-321). Enfin, Lambert a des liens avec le monde laïc, comme le prouvent les 26 lettres échangées avec des grands féodaux. Ce sont des lettres de remontrance ou des règlements de litiges, imprégnées de la vision cléricale de la société. Son intervention décisive dans l’affaire de l’absolution du roi Philippe Ier (Absolutio 65-72, p. 234-247) montre tout le poids moral d’un évêque réformateur, allié du pape.
3 Marlène HéLIAS-BARON.