Geneviève Ribordy, « Faire les nopces ». Le mariage de la noblesse française (1375-1475), Toronto, 2004 (« Pontifical Institute of Mediaeval Studies. Studies and Texts », 146), XXVI-207 p.
- Par Xavier Hélary
Pages 379l à 501l
Citer cet article
- HÉLARY, Xavier,
- Hélary, Xavier.
- Hélary, X.
https://doi.org/10.3917/rhis.072.0379l
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- Hélary, X.
- Hélary, Xavier.
- HÉLARY, Xavier,
https://doi.org/10.3917/rhis.072.0379l
1 Cet ouvrage est tiré d’une thèse soutenue en 1999 à l’Université de Montréal. L’A. se propose d’examiner, pour la fin du Moyen Âge, la validité des conclusions tirées en 1981 par Georges Duby dans Le chevalier, la femme et le prêtre. Le mariage dans la France féodale. G. Duby avait mis en évidence la divergence entre les deux modèles matrimoniaux en vigueur aux XIVe-XVe siècles : le modèle aristocratique et le modèle ecclésiastique. Dans son excellente introduction, l’A. retrace de façon très claire la construction de la doctrine ecclésiastique du mariage, qu’élaborent avec une force particulière des théologiens comme Yves de Chartres ou Pierre Lombard. C’est dans le courant du XIIe siècle que l’Église impose l’idée que le consentement libre des époux joue le rôle central dans une union par nature indissoluble. Dans ce schéma, les relations sexuelles sont reléguées au second plan, même si elles ne peuvent être refusées par les conjoints. Face à cet idéal élaboré par les clercs, quelle est la réalité du mariage noble à la fin du Moyen Âge ? Les sources utilisées sont de deux natures. Ce sont d’abord les sources judiciaires, plaidoiries criminelles du Parlement et lettres de rémission, dont les récits détaillés et savoureux n’avaient que peu été mis à contribution pour l’étude du mariage. Les chroniques fournissent un autre point de vue sur le mariage dans la noblesse, plutôt, il est vrai, dans les couches supérieures. Le corps de l’ouvrage suit un plan habile, des étapes préalables au mariage jusqu’à sa consommation. Le lecteur sortira de ce livre avec une meilleure appréhension du mariage tel qu’il était pratiqué par la noblesse française à la fin du Moyen Âge. La signification du rapt et du mariage clandestin, la place des fiançailles et des rites ecclésiastiques s’en trouvent souvent éclairées d’une vive lumière ; les conclusions de l’auteur montrent la souplesse de l’Église dans l’application des règles qu’elle avait définies (particulièrement la consanguinité), et l’intérêt que les clercs tirent de cette souplesse. Dans l’ensemble, les prescriptions ecclésiastiques sont d’ailleurs respectées, et la bigamie assumée de Jacqueline de Bavière ou le mariage incestueux de Jean d’Armagnac suscitent une forte désapprobation, sociale autant qu’ecclésiastique. Cela ne signifie pas pour autant que la noblesse suive aveuglément les recommandations de l’Église, notamment pour ce qui touche au consentement libre des époux et surtout de la femme, qui semble rarement respecté. Le mariage est une affaire trop importante pour la plier à la liberté des époux, contrairement à ce que voudrait la doctrine de l’Église : mais là non plus, celle-ci ne paraît pas s’être montrée intransigeante. Si ces conclusions n’appellent pas la critique, une réserve doit être faite à propos des sources utilisées par l’ouvrage. Sauf exception, les chroniques ne s’intéressent qu’à la très haute noblesse et les seuls passages détaillés, au demeurant assez rares, concernent les familles royales. Il aurait mieux valu se passer des chroniques pour se tourner vers les sources proprement littéraires, qui auraient sans doute donné plus d’éléments sur la noblesse petite et moyenne : tout laisse penser en effet qu’on ne s’y mariait pas comme à la cour de France. Or mariages royaux et mariages dans des sphères beaucoup moins huppées sont mis sur le même plan. C’est frappant dans le premier chapitre, consacré à la « démarche familiale » pour préparer un mariage, où il n’est question que de la très haute noblesse et des rois. Quant aux sources judiciaires, elles sont par nature fondées sur des épisodes conflictuels et ne donnent qu’une vision biaisée de la réalité. L’A. ne l’ignore pas, du reste, et, quand il le faut, démonte avec finesse les stratégies d’énonciation des parties en présence (particulièrement dans le dernier chapitre à propos des relations sexuelles, qui peuvent être assimilées dans certains cas à un viol, et qu’il vaut parfois mieux, du coup, taire). L’auteur a certainement vu la difficulté que posaient les sources choisies. Une bonne partie de l’ouvrage s’appuie de fait sur la bibliographie, comme le montre l’examen des notes : les historiens y sont au moins aussi fréquemment cités que les sources. On peut penser que la consultation de documents plus variés et cités plus longuement aurait permis de resserrer le sujet sur la masse de la noblesse et de pousser davantage les conclusions. La bibliographie, impressionnante (40 pages), est très complète, mais elle est répartie de façon assez incommode dans plusieurs sections ; un index des auteurs cités permet cependant de s’y retrouver. L’auteur pourrait être prise en défaut sur des détails (particulièrement pour les chroniques, la date d’édition est souvent en réalité celle de la réimpression ; l’éditeur des chroniques de Thomas Basin est un certain « S. Samaran », dans lequel il faut reconnaître Charles Samaran ; la Chronique d’un bourgeois de Vernueil est en réalité celle d’un bourgeois de Verneuil ; Robert Blondel est classé à Robert, alors que Jean Raoulet l’est à Raoulet) ; on relève parfois des points plus embarrassants : il manque par exemple la synthèse de Philippe Contamine, parue en 1997, intitulée La noblesse au royaume de France, de Philippe le Bel à Louis XII, tandis que le beau volume de mélanges qui lui a été dédié en 2000, bien que cité (p. 153), n’est pas clairement identifié comme tel. Mais des lacunes sont inévitables sur un sujet aussi vaste, et ce livre synthétique, bien écrit et bien construit, est sans conteste une contribution importante à l’étude du mariage dans la noblesse française de la fin du Moyen Âge.
2 Xavier HéLARY.