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Compte rendu

Dominique Rouet, Le cartulaire de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-de-Préaux (1034-1227), Paris, Éd. du CTHS, 2005, 586 p.

Pages 423f à 506f

Citer cet article


  • Hélias-Baron, M.
(2006). Dominique Rouet, Le cartulaire de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-de-Préaux (1034-1227), Paris, Éd. du CTHS, 2005, 586 p. Revue historique, 638(2), 423f-506f. https://doi.org/10.3917/rhis.062.0423f.

  • Hélias-Baron, Marlène.
« Dominique Rouet, Le cartulaire de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-de-Préaux (1034-1227), Paris, Éd. du CTHS, 2005, 586 p. ». Revue historique, 2006/2 n° 638, 2006. p.423f-506f. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-2-page-423f?lang=fr.

  • HÉLIAS-BARON, Marlène,
2006. Dominique Rouet, Le cartulaire de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-de-Préaux (1034-1227), Paris, Éd. du CTHS, 2005, 586 p. Revue historique, 2006/2 n° 638, p.423f-506f. DOI : 10.3917/rhis.062.0423f. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-2-page-423f?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.062.0423f


1 Objet de la thèse d’École des chartes de Dominique Rouet, l’édition du cartulaire de l’abbaye de Saint-Pierre-de-Préaux dans l’Eure vient pallier un manque : cette abbaye avait été peu étudiée, malgré quelques travaux ponctuels entrepris jadis par Léopold Delisle et plus récemment par Lucien Musset, Véronique Gazeau et Emily Z. Tabuteau. Restaurée en 1034 par Onfroi de Vieilles, seigneur de Pont-Audemer, avec l’accord du duc de Normandie, l’abbaye de Saint-Pierre-de-Préaux est restée liée à la famille du fondateur jusqu’à son extinction en 1204. Les comtes de Meulan ont été ses principaux bienfaiteurs et ont encouragé leurs cousins et leurs vassaux à la favoriser. Le patrimoine monastique s’est constitué à partir d’un noyau central autour du Préaux et de Pont-Audemer et s’est progressivement étendu en Normandie puis en Angleterre après 1066. Des prieurés ont été créés pour faciliter la surveillance des terres les plus lointaines. Pour agrandir et consolider leur temporel, les moines ont surtout sollicité les dons des laïcs, même s’ils ont fait quelques achats, principalement dans la première moitié du XIIe siècle. Les notices, puis les chartes, transcrites sur le cartulaire sont les témoins de la constitution du patrimoine monastique. En 1204, la Normandie est rattachée au domaine royal : pour Saint-Pierre s’ouvre alors une période d’incertitude qui prend fin sous l’abbatiat de Bernard (1221-1227). À cette époque, une réorganisation des archives et du patrimoine est entreprise dont la trace principale est le cartulaire.

2 Ce dernier, conservé aux Archives départementales de l’Eure sous la cote H 711, a été rédigé en 1227 par un moine de Préaux, le Frère Guillaume, clairement identifié dans deux actes (B6 et B153). Il est un des rares vestiges du chartrier de l’abbaye, avec un autre cartulaire rédigé au XVe siècle et quelques originaux. Il contient deux parties distinctes : la première est la transcription de 204 chartes copiées dans leur intégralité, s’échelonnant du début du XIIe siècle au mois de juin 1227 ; la seconde regroupe 200 notices relatant des actions juridiques faites entre 1034 et la seconde moitié du XIIe siècle.

3 Dominique Rouet a préféré intervertir cet ordre dans son édition et ajouter une troisième partie contenant quelques actes absents du cartulaire. Dans son introduction, il donne une histoire sérieuse et précise de l’abbaye depuis sa restauration en 1034 jusqu’aux années 1220. Il fait ensuite une minutieuse analyse codicologique du manuscrit, avant de commenter son contenu. Il s’intéresse enfin à des questions diplomatiques ardues, en particulier à la constitution de la pancarte de fondation entre 1034 et 1078, placée au début de la seconde partie du cartulaire. Après une imposante bibliographie thématique, l’édition des actes proprement dite est facilement consultable grâce au choix de placer les plus anciennes notices en première partie [partie A] et les chartes les plus récentes en deuxième partie [partie B], contrairement au choix du cartulariste. Les 200 actes de la partie A forment une entité cohérente au sein du cartulaire que l’éditeur a scrupuleusement conservée. Une liste chronologique permet de comprendre comment cette partie a été construite (p. 189-203). Elle apparaît alors comme une sorte de chronique. Les 204 chartes de la partie B ont été placées par l’éditeur selon un ordre chronologique approximatif qui ne suit pas toujours celui du cartulaire. Un tableau récapitulatif restitue l’organisation souhaitée en 1227 (p. 437-451). Enfin, une partie C livre à la connaissance du lecteur les quelques traces du chartrier de Saint-Pierre : 19 actes dont 4 sont des faux. De manière traditionnelle, chaque acte, tant notice que charte, est précédé d’une analyse détaillée et d’un tableau complet de la tradition. Les annexes et les index rerum et index nominum et locorum rendent la consultation des documents plus aisée.

4 Devant la parenté stylistique des notices de la seconde partie, Dominique Rouet a supposé qu’il existait à Préaux un recueil primitif probablement rédigé sous forme de rouleau. Ce document prenait vraisemblablement la suite de la pancarte de fondation dont la rédaction, commencée en 1034, a été achevée dans les années 1070-1080, après une pause d’une vingtaine d’années dans son élaboration. Il a été ensuite complété par plusieurs moines différents jusqu’aux années 1160, pour être définitivement abandonné sous l’abbatiat de Michel du Bec (1152-1167). Le cartulaire-rouleau primitif était probablement un aide-mémoire à usage interne, une sorte de chronique des donations, mais il avait aussi une certaine valeur juridique, comme le prouve la présence de signa apposés sur le rouleau même par les donateurs. Le cartulariste a probablement recopié ce recueil primitif en 1227 pour constituer sa seconde partie.

5 La première partie du cartulaire compte un nombre important de chartes confirmatives rédigées au XIIe siècle. Au début de ce siècle, l’abbaye est entrée dans une nouvelle phase de sa vie : après l’ère des acquisitions, vient celle de la consolidation et des confirmations obtenues de façon presque systématique. Cette partie contient des accords datant principalement de la seconde moitié du XIIe et du début du XIIIe siècle. Conclus avec des abbayes concurrentes et des desservants d’églises paroissiales dont Préaux détenait le patronage, ils ont souvent été passés devant des autorités civiles et religieuses. Trois chirographes ont été copiés : ils relatent des compositions passées avec d’autres établissements monastiques. En revanche, les notices sont peu nombreuses dans cette partie : elles ont été utilisées jusqu’au milieu du XIIe siècle et ont disparu par la suite. Les chartes transcrites dans cette partie du cartulaire ont quelques caractéristiques diplomatiques intéressantes : elles ont gardé leur préambule, surtout les chartes épiscopales ; elles ont des clauses de garantie qui tendent à se stéréotyper dans la seconde moitié du XIIe siècle ; les listes de témoins disparaissent durant les années charnières des XIIe et XIIIe siècles devant la diffusion de l’usage des sceaux comme moyen de validation et d’authentification. Si les dates n’étaient pas la préoccupation essentielle des rédacteurs des notices, après la conquête du duché par Philippe-Auguste, les chartes acquièrent une forme de plus en plus stéréotypée avec des dates de plus en plus fréquemment exprimées.

6 Les deux parties du cartulaire édité sont donc clairement différentes. Dominique Rouet a montré avec succès les spécificités de chacune d’entre elles. Le plus intéressant dans son étude est la mise à jour d’un cartulaire-rouleau primitif qui servit de base à frère Guillaume quand il s’attela à la rédaction de son ouvrage en 1227.

7 Marlène HELIAS-BARON.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.062.0423f