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Compte rendu

Erikskrönika. Chronique d’Erik, première chronique rimée suédoise (première moitié du XIVe siècle), introduction, traduction et commentaires de Corinne Péneau, Paris, Publications de la Sorbonne (Textes et documents d’histoire médiévale, 5), 2005, 258 p.

Pages 139za à 235za

Citer cet article


  • Guyot-Bachy, I.
(2006). Erikskrönika. Chronique d’Erik, première chronique rimée suédoise (première moitié du XIVe siècle), introduction, traduction et commentaires de Corinne Péneau, Paris, Publications de la Sorbonne (Textes et documents d’histoire médiévale, 5), 2005, 258 p. Revue historique, 637(1), 139za-235za. https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139za.

  • Guyot-Bachy, Isabelle.
« Erikskrönika. Chronique d’Erik, première chronique rimée suédoise (première moitié du XIVe siècle), introduction, traduction et commentaires de Corinne Péneau, Paris, Publications de la Sorbonne (Textes et documents d’histoire médiévale, 5), 2005, 258 p. ». Revue historique, 2006/1 n° 637, 2006. p.139za-235za. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-1-page-139za?lang=fr.

  • GUYOT-BACHY, Isabelle,
2006. Erikskrönika. Chronique d’Erik, première chronique rimée suédoise (première moitié du XIVe siècle), introduction, traduction et commentaires de Corinne Péneau, Paris, Publications de la Sorbonne (Textes et documents d’histoire médiévale, 5), 2005, 258 p. Revue historique, 2006/1 n° 637, p.139za-235za. DOI : 10.3917/rhis.061.0139za. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-1-page-139za?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139za


1 L’ouvrage proposé est tiré de la thèse que Corinne Péneau a soutenue sur les pouvoirs politiques et leurs représentations dans la Suède médiévale. Il est composé de deux éléments principaux : une solide introduction de 90 pages suivie de la traduction du texte de l’Erikskrönika ou Chronique d’Erik, chronique rimée écrite en suédois, témoin important de l’essor de la culture suédoise dans la première moitié du XIVe siècle.

2 La première partie de l’introduction présente rapidement le contexte suédois du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle, marqué par l’avènement de la dynastie des Folkungar, le renforcement du pouvoir royal, le développement des structures administratives du royaume et surtout l’ascension politique d’une puissante aristocratie. Celle-ci, dotée d’importants privilèges, fortement pénétrée d’un idéal chevaleresque dont le déclin est déjà amorcé dans le reste de l’Occident, participe largement aux affaires politiques et affirme son pouvoir à l’occasion d’une longue période de régence pendant la minorité du roi Magnus Eriksson (1319-1331).

3 C’est pour cette aristocratie que fut alors rédigée l’Erikskrönika, un texte original non seulement quant à son sujet – l’histoire du royaume de Suède – mais aussi par son genre littéraire et historiographique : l’auteur qui ne se dit jamais « historien » n’a rédigé ni tout à fait une histoire, ni tout à fait une chronique au sens technique de ces termes, mais plutôt, comme il le dit lui-même, un « beau récit » qu’il donne d’abord à entendre. La lecture permet d’y repérer l’influence des chroniques rimées allemandes mais plus encore celle des romans français dont des traductions apparaissent en Suède dans la première moitié du XIVe siècle. La référence culturelle française est réelle, sans doute entretenue par les nombreux étudiants scandinaves, et plus particulièrement suédois, qui viennent étudier à Paris dans l’un des trois collèges fondés entre 1291 et 1310 pour les accueillir. La matière historique reste cependant première et l’étude des sources permet de montrer que le chroniqueur a eu recours aux annales, à des listes de rois, à des chartes, mais aussi, et c’est un apport à la fois original et fondamental du texte, à la large palette des lois suédoises promulguées entre la première moitié du XIIIe siècle et 1327.

4 L’histoire de la tradition manuscrite met en évidence un décalage chronologique d’une centaine d’années entre le moment de l’élaboration et la diffusion qui n’est pas effective avant la seconde moitié du XVe siècle. Après son avènement en 1448, qui mettait un terme au long intermède de l’Union des trois royaumes, Karl Knutsson, premier roi suédois depuis 1364, lança une grande entreprise historiographique destinée à renouer le fil de l’histoire nationale, à justifier la rupture avec le Danemark et son propre pouvoir. Il fit alors rédiger une nouvelle chronique rimée liée à l’Erikskrönika en une histoire désormais lue sous un angle nettement plus « nationaliste ».

5 Raconter l’histoire comme un roman est donc une réponse fournie par le chroniqueur-poète aux nouveaux goûts littéraires de l’aristocratie suédoise, mais c’est aussi une façon de réfléchir sur le pouvoir et de le mettre en scène. Dans une seconde partie de son introduction, C. P. livre un essai d’interprétation du document, à travers l’étude de trois thèmes. Elle aborde en premier lieu le discours social dont le texte est porteur. La chronique propose moins un modèle à suivre qu’un modèle déjà accepté par la chevalerie suédoise, groupe social relativement nouveau, influencé par des modèles occidentaux importés en Suède depuis le XIIe siècle. On notera en particulier des pages pleines d’intérêt sur le banquet, sommet de la fête de cour, sur sa valeur symbolique, sur ce qu’il dit du comportement aristocratique, de l’harmonie du groupe chevaleresque, du respect du roi ou de ses écarts par rapport à la norme sociale. La seconde partie de l’essai d’interprétation porte sur les différentes composantes de la société suédoise. La place réduite de l’Église laisse tout le champ à deux groupes sociaux à la fois opposés et solidaires. Les bönder, paysans libres et propriétaires de la terre qu’ils cultivent, constituent une catégorie dont on ne connaît pas l’équivalent ailleurs en Europe. La chronique insiste sur la distinction juridique qui les différencie des chevaliers et en livre un portrait qui vise à mettre en valeur une définition stricte des rôles sociaux. Mais, devant le danger ou pour défendre la loi, ces bönder sont capables de s’unir aux chevaliers, à ces « Upplandais » (nom dont la riche polysémie fait l’objet d’une analyse précise), ces nobles, proches du pouvoir et qui participent à l’élection royale. Le troisième temps de l’essai d’interprétation aborde justement la question de l’élection royale et celle des rapports entre le roi et la loi. L’Erikskrönika apparaît ici comme un texte virtuel, qui n’hésite pas à jouer avec la réalité, anticipant dans sa mise en scène finale (l’élection de Magnus Eriksson en 1320) le changement d’institution qu’inaugurera quelques années plus tard l’Ordonnance sur l’élection promulguée en 1335. Cette « utopie légale » justifie a priori l’aspiration du groupe des chevaliers à prendre en charge la loi, à ses yeux seul pouvoir complet, contenant tous les autres et auquel le roi élu doit se soumettre.

6 Dans la deuxième partie de l’ouvrage, la traduction de l’Erikskrönika, au demeurant très agréable à lire, offre aux lecteurs français l’accès à un texte jusque-là fort peu connu et dont seuls quelques fragments étaient mentionnés et utilisés par les spécialistes. Les notes et le glossaire qui l’accompagnent sont utiles et complètent le commentaire sur bien des points.

7 La publication de cet ouvrage enrichit incontestablement notre connaissance de l’historiographie et de la culture politique médiévales, en l’élargissant à l’échelle européenne et en permettant de fructueuses comparaisons.

8 Isabelle GUYOT-BACHY.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139za