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Compte rendu

I mulini nell’Europa medievale. Actes du Congrès international de San Quirino d’Orcia (Sienne, Italie) du 21 au 23 septembre 2000, édités sous la direction de Paola Galetti et de Pierre Racine, Bologne, Centro di studi per la storia delle campagne e del lavoro contadino (Biblioteca di storia agraria medievale, no 21), Bologne, Cooperativa Libraria Universitaria Editrice, 2003, 372 p.

Pages 133o à 212o

Citer cet article


  • Beck, P.
(2005). I mulini nell’Europa medievale. Actes du Congrès international de San Quirino d’Orcia (Sienne, Italie) du 21 au 23 septembre 2000, édités sous la direction de Paola Galetti et de Pierre Racine, Bologne, Centro di studi per la storia delle campagne e del lavoro contadino (Biblioteca di storia agraria medievale, no 21), Bologne, Cooperativa Libraria Universitaria Editrice, 2003, 372 p. Revue historique, 633(1), 133o-212o. https://doi.org/10.3917/rhis.051.0133o.

  • Beck, Patrice.
« I mulini nell’Europa medievale. Actes du Congrès international de San Quirino d’Orcia (Sienne, Italie) du 21 au 23 septembre 2000, édités sous la direction de Paola Galetti et de Pierre Racine, Bologne, Centro di studi per la storia delle campagne e del lavoro contadino (Biblioteca di storia agraria medievale, no 21), Bologne, Cooperativa Libraria Universitaria Editrice, 2003, 372 p. ». Revue historique, 2005/1 n° 633, 2005. p.133o-212o. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2005-1-page-133o?lang=fr.

  • BECK, Patrice,
2005. I mulini nell’Europa medievale. Actes du Congrès international de San Quirino d’Orcia (Sienne, Italie) du 21 au 23 septembre 2000, édités sous la direction de Paola Galetti et de Pierre Racine, Bologne, Centro di studi per la storia delle campagne e del lavoro contadino (Biblioteca di storia agraria medievale, no 21), Bologne, Cooperativa Libraria Universitaria Editrice, 2003, 372 p. Revue historique, 2005/1 n° 633, p.133o-212o. DOI : 10.3917/rhis.051.0133o. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2005-1-page-133o?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.051.0133o


1 Les 18 contributions ici rassemblées explorent un thème de l’histoire économique et sociale mis en valeur sinon inventé par Marc Bloch dans les années 1930 et, visiblement, toujours très actif aujourd’hui : le développement de l’usage de la machine en Occident aux temps pré-industriels. Le panorama historiographique offert est conséquent, d’échelle largement européenne et de nature résolument pluridisciplinaire.

2 Présentées à l’occasion de la restauration des moulins toscans de Bagno Vignoni dont Didier Boisseuil relate l’histoire et le contexte (p. 351-358) et dont Giovanni Comi retrace l’historique de la réhabilitation (p. 369-372), les études évoquent aussi les moulins de Paris, de Beauvais et des rives de la Moselle, ceux des Pays-Bas et de la Pologne, de l’Italie lombarde et toscane, du Portugal et de l’Espagne tant musulmanes que chrétiennes. Tous s’efforcent de pratiquer, appellent au moins de tous leurs vœux l’approche conjointe des données scripturaires, iconographiques, archéologiques et patrimoniales, pour éclairer au mieux la diversité de ces usines à broyer, à battre, à fouler ou à scier, animées par l’eau des rivières, le flux des marées ou le souffle du vent, munies de roues horizontales ou verticales, les unes immergées fonctionnant en turbine ou animées par projection, les autres actionnées « par-dessus » ou « par-dessous », fixes ou suspendues, sur berge ou sur barge... L’ensemble de ces enquêtes révèle bien le chemin parcouru entre les premières intuitions et les dernières avancées de la recherche dans les domaines classiques de l’histoire des techniques, de l’économie, de la société et des structures politiques ; il ouvre aussi des perspectives nouvelles s’inscrivant dans le courant de l’histoire de l’environnement et des rapports société/nature.

3 Sous la plume notamment de Pierre Racine qui déroule un très pratique rappel historiographique « du moulin antique au moulin médiéval » (p. 1-15), et sous celle de Georges Comet qui souligne habilement la dimension idéologique de l’histoire des techniques comme sous-thème de l’histoire sociale (p. 17-33), on retrouve les tendances générales que Marc Bloch énonçait en 1935, que Dietrich Lohrmann reprenait et confirmait largement en 1985 et que les études actuelles ne font finalement que corriger ici et là. Grâce à la multiplication des fouilles archéologiques, la liste des sites antiques découverts s’est quelque peu allongée et les moulins de Barbegal, aux portes d’Arles, sont désormais moins isolés : l’implantation d’usines hydrauliques est désormais mieux attestée aux derniers siècles de l’Empire romain, quand s’efface le régime socio-économique fondé sur la force biologique animale et humaine. Cependant, l’expansion de l’usage de l’énergie « naturelle » reste bien médiévale, envisagée en deux sinon trois vagues. Pendant un temps, celui maîtrisé par les tenants de la « révolution de l’an mil », le premier moment fort de l’équipement des campagnes a été essentiellement attribué à la féodalité mais la position de Marc Bloch faisant des documents carolingiens des « textes tout bruissants de la chanson des roues de moulin » a retrouvé aujourd’hui sa juste place ; elle est désormais légitimée par de savantes études, dont témoigne ici le texte de Paola Galetti (p. 269-286).

4 Quant au troisième mouvement, celui de la révolution urbaine et industrielle des XIIe-XIIIe siècles, il n’a jamais fait l’objet de doute tant il est évident dans la documentation. La maîtrise technique et politique des eaux contribue à assurer la croissance urbaine : à Paris dont Karine Berthier présente le cas (p. 217-232), comme à Beauvais dont Philippe Bourgès relate la réussite économique (p. 203-216), dans les cités lombardes de Luisa Chiappa Mauri (p. 233-268) comme dans le contado siennois de Duccio Balestracci (p. 287-302). L’usage de l’énergie hydraulique se répand dans tous les secteurs d’activité grâce à la diversification des dispositifs mécaniques par transformation du mouvement rotatif en mouvement alternatif, et c’est dans les moulins à fer qu’est inventé le « procédé indirect » dont Matthieu Arnoux montre le développement en Europe entre XIIIe et XVIe siècle (p. 317-328), dont Marc Suttor révèle le détail dans les pays mosans liégeois et namurois (p. 55-86) et Maria Elena Cortese en pays siennois (p. 329-350). C’est alors que l’esprit d’innovation suscite à nouveau des traités théoriques et techniques dont Dietrich Lohrmann présente un exemple du début du XVe siècle (p. 303-316).

5 Enfin, avec les cas flamand et ibérique, il est démontré que l’approche doit être aussi environnementale. Les moulins à vent hollandais présentés par Petra van Dam (p. 34-53) ont participé à la création du pays, de sa terre et de son paysage, de son histoire et de son écologie : ils sont les outils et les symboles de cette société des Pays-Bas qui se définit toujours avec et/ou contre l’eau. Au Portugal, selon les chiffres rapportés par Robert Durand (p. 87-101), il restait, en 1960, 10 000 moulins en activité : 3 000 à vent et 7 000 à eau, dont 5 000 à roue horizontale et 2 000 à roue verticale. Ils représentent sinon la réalité, du moins le reflet de la compétition en matière d’héritage culturel entre Islam et Chrétienté : d’un côté, une culture préférant les dispositifs horizontaux de faible investissement technique et rendement pour les intégrer à des systèmes agraires qui, pour être intensifs et complexes, restent attentifs à respecter le cycle de l’énergie renouvelable ; de l’autre, une culture privilégiant les outils les plus performants et les plus coûteux car engagée dans une dynamique de rupture avec la nature et d’innovation technique continue. La même attention aux rapports homme/milieu est portée dans les terres d’Espagne, avec Marià Martinez (p. 103-142) et André Bazzana (p. 143-174) qui, avec raison, militent par l’exemple pour une étude des interactions entre les machines hydrauliques et les régimes hydriques, la construction des paysages, les structures économiques et sociales.

6 Patrice BECK.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.051.0133o