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Compte rendu

Paul R. Hanson, The Jacobin Republic under Fire. The Federalist Revolt in the French Revolution, University Park, The Pennsylvania State University, 2003, 262 p.

Pages 601u à 675u

Citer cet article


  • Biard, M.
(2004). Paul R. Hanson, The Jacobin Republic under Fire. The Federalist Revolt in the French Revolution, University Park, The Pennsylvania State University, 2003, 262 p. Revue historique, 631(3), 601u-675u. https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601u.

  • Biard, Michel.
« Paul R. Hanson, The Jacobin Republic under Fire. The Federalist Revolt in the French Revolution, University Park, The Pennsylvania State University, 2003, 262 p. ». Revue historique, 2004/3 n° 631, 2004. p.601u-675u. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-601u?lang=fr.

  • BIARD, Michel,
2004. Paul R. Hanson, The Jacobin Republic under Fire. The Federalist Revolt in the French Revolution, University Park, The Pennsylvania State University, 2003, 262 p. Revue historique, 2004/3 n° 631, p.601u-675u. DOI : 10.3917/rhis.043.0601u. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-601u?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601u


1 Cet ouvrage de Paul R. Hanson a le mérite d’annoncer sans ambiguïté sa thèse principale dès l’introduction : la révolte dite « fédéraliste » dans l’été 1793 ne doit pas être comprise comme une simple « réponse » à l’exclusion des meneurs girondins de la Convention nationale, mais comme un apogée d’ampleur nationale pour un conflit politique qui faisait rage depuis de longs mois dans plusieurs villes de province, notamment à Lyon et à Marseille. L’auteur plaide ainsi pour une influence considérable de la politique locale au cours de la Révolution française et invite à relire les enjeux nationaux à la lumière des conflits locaux, car, à l’en croire, c’est au sein des différentes subdivisions territoriales que la question centrale de la souveraineté fut alors posée. La proscription des Girondins à Paris ne servirait que de catalyseur au soulèvement. Pour étayer sa démonstration, il propose donc cette synthèse sur le soulèvement « fédéraliste » en fondant son propos avant tout sur le cas de chacune des quatre grandes cités « rebelles », Lyon, Marseille, Bordeaux et Caen (le contexte local pour chacune d’elles est étudié dans le chapitre 5). Cela l’amène à écarter Toulon, dont la révolte est analysée avant tout comme royaliste, ce qui mériterait sans doute débat dans la mesure notamment où le cas lyonnais est aussi un bel exemple de progressive mainmise des royalistes sur une révolte qui ne s’était pas initialement déclenchée au nom d’idéaux contre-révolutionnaires.

2 Les tout débuts de la révolte sont évoqués de façon assez classique et l’auteur insiste dès son premier chapitre sur le discours à propos de la souveraineté. Ainsi, pour les Bordelais, les événements des 31 mai et 2 juin 1793 dans la capitale sont avant tout une usurpation de la souveraineté nationale par les militants des sections parisiennes. Mais Paul Hanson tient aussi à croiser les regards et souligne l’importance de la vision des révoltés qui s’impose à Paris. À cet égard, la ville de Caen occupe une place particulière. Vue de Paris, la cité normande représente un réel péril, d’une part en raison de la troupe rassemblée par les « fédéralistes », qui proclame haut et fort sa volonté de marcher sur la capitale, d’autre part en raison des origines mêmes de Charlotte Corday. Même si la petite troupe conduite par Wimpffen est si rapidement dispersée par les troupes envoyées par la Convention qu’elle ressemble fort à un « tigre de papier », le meurtre de Marat, lui, est bien réel et, une fois attribué à l’influence des « rebelles », il montre jusqu’où la révolte peut aller. Les Girondins se sont souvent plaints d’être menacés par le « poignard des assassins », mais c’est en plein cœur de la capitale révolutionnaire qu’est frappé à mort l’ « Ami du Peuple », vite associé à Chalier, guillotiné à Lyon par les « fédéralistes ». Ainsi, les arguments de défense préparés par Vergniaud et ceux avancés par les principales cités révoltées vont, dès les premiers temps du soulèvement, se heurter à cette image sanglante des deux « martyrs » donnés aux Jacobins en juillet 1793. Le chapitre 6 livre aussi de nombreux exemples des premiers récits et appréciations portés sur le soulèvement, notamment par les représentants du peuple en mission (souvent hésitants sur la conduite à tenir) et les agents du ministre de l’Intérieur Garat. Tout cela est d’autant plus important que, comme Paul Hanson le montre bien, l’usage de la violence politique était au cœur de l’affrontement entre Girondins et Montagnards. La nature de leur opposition reposait notamment sur la question de la légitimité de la violence révolutionnaire, sur la question de la souveraineté nationale et sur celle, parallèle, du rôle de Paris dans la France en Révolution. Sur le premier point, l’auteur rappelle que les Girondins n’ont pas immédiatement condamné les massacres de septembre 1792 (Gorsas, dans son journal, écrit qu’il s’agit d’une justice terrible, mais nécessaire) et qu’il a fallu attendre le 16 septembre pour voir Vergniaud dénoncer l’influence de la Commune de Paris et, à travers elle, de plusieurs personnalités de premier plan parmi les Montagnards, dont Robespierre. C’est au demeurant lors du vif échange entre Louvet et Robespierre que Roland met à contribution les finances de son ministère pour diffuser dans les départements quelque 15 000 exemplaires imprimés du discours du Girondin Louvet. La question de la souveraineté nationale est déjà au centre de l’affrontement : ne pas parvenir à couper Robespierre et la Montagne de leur base populaire à Paris, donc en appeler à l’opinion des citoyens des départements ! De la même façon, selon Paul Hanson, la tentative girondine de demande d’un appel au peuple dans le procès du roi déchu est, elle aussi, liée à une espérance similaire, à une volonté d’en appeler à l’ensemble des citoyens pour contrebalancer l’influence des militants parisiens. L’auteur n’omet cependant pas de mentionner les contradictions des « rebelles fédéralistes » qui, au nom du nécessaire respect du « Souverain » (c’est-à-dire l’ensemble des citoyens), protestent contre le viol de la représentation nationale à Paris en mai-juin 1793, mais ne s’autorisent pas moins à arrêter plusieurs représentants du peuple en mission sans guère se soucier de leur statut... Le respect de la représentation nationale souffre donc d’évidentes et bien utiles exceptions !

3 Le déroulement du soulèvement « fédéraliste » conduit Paul Hanson à proposer au lecteur un tableau de synthèse et une carte (p. 64-65) qui, pour évocateurs qu’ils puissent être, sont par trop simplificateurs. Ainsi, dans la petite cinquantaine de départements qui sont rangés par lui dans la catégorie « fédéraliste », treize sont tenus pour « engagés dans une résistance prolongée ». Parmi ceux-ci, le Calvados et l’Eure, mais aussi les départements bretons, sont ainsi considérés au même titre que le Rhône-et-Loire ou les Bouches-du-Rhône, ce qui est pour le moins contestable eu égard aux événements (d’ailleurs l’auteur lui-même, dans tout son travail, montre parfaitement que les cas de villes comme Lyon et Caen ne peuvent être rapprochés de façon sommaire). Certaines approximations géographiques ne simplifient pas la lecture des résultats obtenus (p. 63, on apprend que Lyon se situe dans... le Mâconnais !) et la carte elle-même comprend quelques erreurs ou omissions (plusieurs départements, comme la Corse et le Mont-Blanc, sont oubliés ; les Basses-Pyrénées et la Haute-Loire sont dotés d’une légende erronée). C’est donc ailleurs qu’il faut aller chercher l’intérêt principal de la démonstration de Paul Hanson, avec sa réflexion sur le sens même de ces diverses révoltes locales. Avant d’apporter ses propres analyses, il rappelle utilement les diverses définitions du « fédéralisme » de 1793 proposées par les historiens : classique « rébellion » vis-à-vis de l’autorité de la Convention pour protester contre l’arrestation des Girondins ? Réaction provinciale contre le « centralisme montagnard » (par exemple pour B. Edmonds) ? Rejet non du « centralisme », mais du « radicalisme jacobin » (M. Ozouf) ? « Républicanisme de province » (A. Forrest) ? Mouvement révolutionnaire dans les provinces en faveur d’une « démocratie populaire » (A. de Francesco) ? Pour Paul Hanson, au-delà de la simple réaction au coup de force contre la Gironde, c’est le résultat des expériences politiques locales qui impose sa marque, comme l’exprime l’une des sections de Lyon en juin 1793 : « La souveraineté n’est pas dans les clubs. » Loin de viser une quelconque domination parisienne sur les provinces, cette phrase est avant tout dirigée contre les actions de Chalier et des Jacobins lyonnais, mais par son développement dans les différentes villes concernées le mouvement « fédéraliste » va de facto poser la question de la souveraineté et de son exercice à l’échelle nationale. S’il n’y a eu ni conspiration « fédéraliste » ni véritable programme « fédéraliste », a fortiori quelque volonté que ce soit de remettre en question l’unité de la République une et indivisible, une réelle collaboration entre les centres de la révolte a bien tenté de se mettre en place, même si cette collaboration en est pour l’essentiel restée au stade des mots et non des actes. La diffusion des informations par le biais de commissaires a joué un grand rôle dans ces échanges entre villes « rebelles ». L’auteur le montre bien avec le cas d’Hallot, envoyé dans le Sud-Est par la « Commission populaire » bordelaise, qui se rend à Marseille et, de là, remonte vers le nord avec un représentant des sections marseillaises, Fonvielle. Si les deux hommes échouent dans leur tentative de faire basculer la Drôme dans le camp des révoltés, Fonvielle joue un rôle important à Lyon pour organiser des liens entre les différents départements. Aux yeux de Paul Hanson, le document le plus proche de ce qui pourrait ressembler à une sorte de « programme fédéraliste », susceptible d’être diffusé par de tels commissaires, rassemble les 25 demandes du « Comité central de résistance à l’oppression » formé à Caen en juin et fruit d’une collaboration des délégués de sept départements normands et bretons. Ce document (publié aux p. 245-247) dénonce le rôle de la Commune de Paris, réclame la suppression de la permanence des sections de cette ville (afin de neutraliser le rouage clé de la vie militante parisienne), demande l’interdiction de la dénomination de « Cordeliers » et « Jacobins » pour les sociétés « dégénérées » de Paris, exige la suppression du Tribunal révolutionnaire et la réouverture d’une enquête sur les massacres de septembre, enfin réclame que le Comité de salut public soit dépouillé de ses pouvoirs et les représentants du peuple en mission rappelés. Le tout n’est effectivement pas, à proprement parler, de nature « fédéraliste », mais remet très largement en cause les orientations de la vie politique révolutionnaire, voire le débat sur la souveraineté ouvert depuis 1789. Selon Paul Hanson, les Montagnards n’étaient pas plus que les Girondins favorables à une « démocratie populaire en pratique », pas davantage soucieux de promouvoir le « centralisme jacobin », mais, dans les conditions de 1793, ils en sont venus à imposer la Terreur au nom du peuple et ont ainsi, de facto, abouti à lier Terreur et idéal de la « démocratie pure » (« directe », dirait-on aujourd’hui), discréditant pour de longues décennies la légitimité de la souveraineté populaire. Avec cette lecture, la répression qui s’abat sur les villes « fédéralistes » est perçue par l’auteur comme une « première vague de Terreur », un « prélude de la Terreur », particulièrement sévère à Lyon (on notera au passage qu’une fois de plus seuls Collot d’Herbois et Fouché sont mentionnés comme les responsables de la répression à Lyon. Leurs deux collègues, Albitte et Laporte, pourtant bel et bien présents lors des deux plus terribles journées de frimaire an II, sont oubliés, à tel point que leurs noms ne figurent même pas dans l’index final de l’ouvrage...).

4 Au chapitre des regrets que donne la lecture de ce livre, pourtant très riche, ajoutons notre relatif étonnement quant à la bibliographie citée. Que, parmi les ouvrages généraux, il y ait deux fois plus de titres en anglais qu’en français, cela est dû aussi bien au public (principalement) visé qu’à la traditionnelle coupure en « vertu » de laquelle historiographies française et anglo-saxonne s’ignorent encore beaucoup trop. En revanche, plusieurs références sont largement dépassées (par exemple, citer L. Gottschalk, et non O. Coquard, pour une biographie de Marat) et de nombreux travaux récents sont omis (les derniers ouvrages de P. Gueniffey ou L. Boroumand, les travaux d’A. de Mathan sur la Gironde, bien d’autres encore...). Toutefois, en dépit de ce constat, on ne saurait trop répéter que cet ouvrage est précieux dans la mesure où il vient nous offrir une synthèse pratique sur un phénomène que le colloque de Marseille en 1993 avait nommé les (et non le) fédéralismes.

5 Michel BIARD.


Date de mise en ligne : 01/07/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.043.0601u