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Compte rendu

Le petit peuple dans l’Occident médiéval. Terminologies, perceptions, réalités, Actes du Congrès international tenu à l’Université de Montréal, 18-23 octobre 1999, réunis par Pierre Boglioni, Robert Delort et Claude Gauvard, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 736 p.

Pages 413d à 477d

Citer cet article


  • Roch, J.-L.
(2004). Le petit peuple dans l’Occident médiéval. Terminologies, perceptions, réalités, Actes du Congrès international tenu à l’Université de Montréal, 18-23 octobre 1999, réunis par Pierre Boglioni, Robert Delort et Claude Gauvard, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 736 p. Revue historique, 630(2), 413d-477d. https://doi.org/10.3917/rhis.042.0413d.

  • Roch, Jean-Louis.
« Le petit peuple dans l’Occident médiéval. Terminologies, perceptions, réalités, Actes du Congrès international tenu à l’Université de Montréal, 18-23 octobre 1999, réunis par Pierre Boglioni, Robert Delort et Claude Gauvard, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 736 p. ». Revue historique, 2004/2 n° 630, 2004. p.413d-477d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2004-2-page-413d?lang=fr.

  • ROCH, Jean-Louis,
2004. Le petit peuple dans l’Occident médiéval. Terminologies, perceptions, réalités, Actes du Congrès international tenu à l’Université de Montréal, 18-23 octobre 1999, réunis par Pierre Boglioni, Robert Delort et Claude Gauvard, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 736 p. Revue historique, 2004/2 n° 630, p.413d-477d. DOI : 10.3917/rhis.042.0413d. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2004-2-page-413d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.042.0413d


1 Le Congrès de Montréal, réunissant des historiens francophones de Genève, Louvain-la-Neuve, Montréal et Paris, a voulu, un peu à contre-courant des recherches actuelles, redonner la parole au petit peuple, cette partie majoritaire de la population, coincée entre les élites et les marginaux. Quarante-six articles, encadrés par une introduction de Robert Fossier et une conclusion substantielle de Claude Gauvard, multiplient les angles d’approche et tentent d’éclairer ce petit peuple sous ses facettes les plus variés. L’Occident, dans son ensemble ou presque, est convoqué, avec un intérêt particulier pour l’Italie et la Provence. Les révoltes sont un peu laissées de côté. Les derniers siècles du Moyen Âge sont privilégiés. La réflexion concerne la nature et la culture de ce petit peuple, mais aussi les jugements que les autres portent sur lui. Et les autres, ce sont les élites. Les sources elles-mêmes émanent des élites et l’approche du sujet nécessite à chaque fois une réflexion sur la méthode utilisée, ces remarques méthodologiques n’étant pas le moindre intérêt de l’enquête. Si c’est à travers le regard des élites qu’on accède au peuple, on ne peut étudier celui-ci qu’en affinant l’analyse du filtre à travers lequel il nous est donné à voir et en privilégiant les zones frontières, les produits qui s’échangent, les passeurs et les intermédiaires culturels, entre haut et bas, élites et peuple, culture savante et culture populaire.

2 Une première partie est consacrée à la perception du petit peuple par les élites, et d’abord au vocabulaire. Comment le Moyen Âge exprimait-il ce concept de petit peuple, en grande partie reconstruit par l’historien ? Et derrière les mots quelles sont les stratégies discursives, les systèmes de valeurs, où ils s’insèrent et qui les jugent en même temps qu’ils les nomment ? L’enquête terminologique commence par la prédication, « les sermons ad status du XIIIe siècle » (Nicole Bériou) et « les recueils d’exempla des XIIIe et XIVe siècles » (Marie-Anne Polo de Beaulieu et Jacques Berlioz). Au-delà des mots – populus, peuple menu, minores, simplices, pauvres, pauvres femmes des villages –, c’est la manière dont les prédicateurs parlent du peuple au peuple qui permet de mieux cerner les conceptions sociales qu’ils diffusent. Le vocabulaire de Thomas d’Aquin, étudié par Pierre Boglioni, n’est pas très différent, mais sa vision du petit peuple révèle une plus grande méfiance à l’égard de tout ce qui est populaire.

3 L’étude de Joseph Morsel, « Les pauvres gens, arme Leute, en Haute-Allemagne à la fin du Moyen Âge », permet de poursuivre l’analyse. Il montre, par une enquête sémantique très convaincante, que ce statut renvoie non pas tant à une pauvreté économique réelle qu’à un rapport de dépendance, où le pauvre homme est d’abord le dominé. Et si la dépendance est appelée pauvreté, c’est qu’elle est pensée dans le cadre de la caritas, ce paradigme du lien social, qui assure la coexistence du riche et du pauvre. Ainsi, la pauvreté renvoie à un cadre social plus large ; elle est même parfois un « leurre », comme on le verra avec les « pauvres écoliers ». Et il faut peut-être aller plus loin, comme le propose Alessandro Stella au sujet des Ciompi, ces travailleurs non qualifiés de la draperie florentine (1378). En se révoltant et en s’en prenant au cœur de la représentation politique, ils font venir au grand jour le mépris social inhérent à une société de classe, mais qui d’ordinaire reste moins visible ; où désigner, c’est inférioriser et exclure. Le vocabulaire ne sert pas seulement à décrire, il « marque » et, parfois, il stigmatise.

4 Quatre articles explorent ensuite la littérature à la recherche du petit peuple ; les farces parisiennes des années 1450-1550 (Sandrine Thonon) mettent en scène, et pour un public populaire, les petits métiers, et les moqueries qui les accompagnent. La littérature française « pacifique » des XIVe et XVe siècles (Tania Van Hemelrick), depuis Christine de Pisan jusqu’à Molinet, s’apitoie sur les malheurs du peuple, mais la plainte s’insère ici dans le « jeu » politique et l’affirmation des trois états. La « littérature chevaleresque franco-vénitienne » (Maria Bendinelli Predelli), le manuscrit de la Marciana du XIVe siècle, donne vie à un personnage étrange, bûcheron devenu chevalier ; sont analysées les significations complexes de cette traversée des hiérarchies sociales, dans une Italie du Nord où les frontières de classes sont moins rigides qu’ailleurs. C’est sur cette même frontière que se situe le troubadour Marcabru, fils illégitime d’une femme pauvre, au XIIe siècle, étudié par Vincent Pollina. Sa poésie, aux frontières de la culture paysanne et de la culture savante, amorce une critique du haut par le bas, s’en prenant aux nobles qui se font vilains, vilanejar ; et ce jeu subtil avec les hiérarchies sociales se retrouve jusque dans le style. Deux articles, par ailleurs, sont consacrés à l’iconographie : Virginie Nixon, à partir de deux œuvres d’un peintre d’Augsbourg, Leonhard Beck (vers 1520), montre comment l’artiste compose différemment lorsqu’il s’adresse aux élites ou au peuple, et comment sont conçues et sont reçues les œuvres d’art destinées au peuple. Gerhard Jaritz, étudiant l’iconographie du paysan dans le Sud-Est germanique, éclaire la fonction de cette image, être un objet didactique, montrant « the good and the bad example », objet qui s’insère dans la satire des rêves d’ascension sociale comme dans la représentation du « bon » gouvernement, du chacun-à-sa-place.

5 Massimo Montanari, dans « L’image du paysan et les codes de comportement alimentaires », tente de cerner la marginalisation culturelle du paysan à travers l’alimentation : dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es. Tandis que les élites théorisent la nécessaire distinction de la table du riche et de la table du pauvre, la cuisine paysanne s’invite chez les riches en s’enrobant de sucre et d’épices ; les recettes du bas Moyen Âge italien révèlent l’écart entre les codes rigides et les usages réels. On remarque à nouveau comment, de part et d’autre de la frontière entre le peuple et les élites, les pratiques circulent et des osmoses se forment.

6 La seconde partie du livre est consacrée aux réalités économiques et sociales, et en particulier aux diverses catégories qui composent le petit peuple. Le « petit peuple de Navarre à la fin du Moyen Âge » est décrit par Béatrice Leroy à partir des registres de comptes du royaume. Les sources fiscales permettent à Jean-Pierre Sosson de mieux cerner dans les villes des anciens Pays-Bas méridionaux le petit peuple, ce concept particulièrement volatil. Walter Prevenier montre que, dans les conflits sociaux des villes flamandes à la fin du XIIIe siècle, émerge une véritable conscience de classe parmi les travailleurs ; les cahiers de doléances, qu’ils rédigent eux-mêmes, laissent entrevoir un fond d’idées égalitaires, inséré dans la solidarité urbaine, ce que l’époque nommait aussi « bien commun ». Trois autres articles s’intéressent au travail urbain : « Les places d’embauche (XIIIe-XVe siècle). Préoccupations sociales ou stratégies patronales ? » (Jean-Marie Yante) ; « Le petit peuple lainier à Vérone », aux prises avec la reconversion de la draperie véronaise au XVe siècle (Raoudha Guemara). Enfin, Philippe Bernardi, à partir d’exemples provençaux, bouscule l’image traditionnelle du maître chef d’entreprise au sommet de la hiérarchie artisanale. L’appellation est à géométrie variable, le maître n’est pas toujours l’employeur, il y a ceux qui tiennent le métier et le centre des villes et ceux qui vivotent sur les marges.

7 Trois articles concernent le monde paysan. François Menant étudie « la paysannerie lombarde à l’époque des communes (XIIe-XIIIe siècles) » : crise de la paysannerie et prolétarisation accompagnent la croissance démographique et la mise en place d’un échange inégal entre ville et campagne ; l’endettement entraîne la dépossession foncière au profit des citadins ; ici le petit peuple est plus petit à la campagne qu’à la ville. Françoise Michaud-Fréjaville s’est intéressée à une seigneurie du Berry à la fin du Moyen Âge, où la complexité des statuts jointe à la liberté du mariage contraint chacun à connaître sa généalogie et permet à l’historien d’approcher de manière exceptionnelle les stratégies individuelles et familiales. Enfin, John Drendel, à partir des contrats de dots, éclaire « les stratégies de mariage dans la Provence rurale », dans la première moitié du XIVe siècle ; indivision, gendre immigrant, « matrimoine » – toutes stratégies dominées par l’obsession de la survie.

8 L’étude d’autres catégories sociales, plus spécifiques, souvent situées à la frange du petit peuple, va permettre d’en faire bouger davantage les frontières. Ainsi des « bourreaux de Provence » (Bruno Paradis) et des « sergents messagers », les nuntii, des cours de justice provençales (Michel Hébert), décrites à partir des comptes des clavaires provençaux, deux catégories qui, si elles relèvent toujours du petit peuple, sont aussi engagées dans les pratiques et les rituels qui accompagnent le pouvoir. Trois autres articles nous mènent aux marges inférieures du peuple. Les « serviteurs et domestiques à Marseille » après la peste noire de 1348, étudiés par Françoise Michaud à partir des contrats d’embauche, qui insiste sur le placement des jeunes et le rôle de l’endettement. « Les esclaves en Toscane à la fin du Moyen Âge », la strate juridiquement la plus fragile du petit peuple, sont étudiés par Robert Delort ; mais ces esclaves, surtout des femmes, ne sont pas totalement la chose de leur maître, elles ont des droits et font presque partie de la famille. Sharon Fariner s’est intéressé à une autre catégorie particulièrement vulnérable, à partir des Miracles de Saint Louis de Guillaume de Saint-Pathus, celle des jeunes, pauvres et infirmes, migrants à Paris, le plus bas degré dans la hiérarchie de la charité ; de l’intérêt de suivre parfois la « piste » de l’hagiographie.

9 Deux autres catégories se trouvent sur les marges hautes, alphabétisées, du petit peuple : « Les libraires parisiens » aux XIIIe-XVe siècles (Kouky Fianu) : l’alphabétisation ici fut une condition favorable mais non suffisante à la mobilité sociale ; « Les pauvres étudiants à l’Université de Paris » (Serge Lusignan), qui sont d’autant plus difficiles à approcher que le vocabulaire caritatif peut induire en erreur ; est qualifié de pauvre, ici, celui qui mérite d’être aidé dans ses études, mais qui n’est pas toujours dans le besoin.

10 Enfin, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur l’implication des petits dans la guerre. Franco Cardini s’est intéressé à leur rôle dans la Ire croisade : c’est la pression des pauperes, pèlerins obsédés par la Jérusalem céleste, le royaume des cieux, qui contraignit finalement les chevaliers, engagés simplement dans un iter militaire contre les infidèles, à marcher vers la Jérusalem terrestre. Armand Jamme s’est tourné vers d’autres sociétés parallèles, les « compagnies d’aventure », qui ravagent l’Italie au XIVe siècle ; les nobles étrangers, qui les dominent, trament derrière eux une piétaille italienne et tout un peuple de « ribauds » et de femmes ; mais ces machines prédatrices fonctionnent aussi comme des ascenseurs sociaux, qui préparent l’italianisation de la condotta à l’âge d’or du Quattrocento.

11 À côté de ces catégories populaires, un certain nombre de traits caractérisent notre petit peuple : non seulement le travail et la dépendance, mais les migrations, l’endettement, certaines pathologies et, sur le versant culturel, la faible alphabétisation et une religiosité vite traitée de superstition. Les « migrations vers Manosque à la fin du Moyen Âge » sont analysées par Andrée Courtemanche à partir des sources notariales et des délibérations communales. L’endettement du petit peuple est étudié par Julie Mayade-Claustre à partir du registre d’écrou du Châtelet de Paris (1488-1489) ; elle montre en particulier comment la prison pour dettes permet de gérer de manière tout à la fois souple et cruelle le surendettement et comment l’étau se resserre autour des débiteurs les moins solvables. « Hygiène, pathologies et médicalisation du petit peuple » à la fin du Moyen Âge sont abordés par Marilyn Nicoud à partir des discours et des pratiques médicales ; a-t-il existé un ars medica pour les humbles ? Les régimes de santé semblent réservés aux élites, mais l’époque n’a pas été insensible aux maladies professionnelles ni à un service sanitaire minimum pour les pauvres.

12 La troisième partie du livre est consacrée à la culture du petit peuple. La question de l’alphabétisation, abordée aussi dans d’autres articles, est traitée par Élisabeth Schulze-Busacker, à partir des traductions des Distiques de Caton, ce best-seller scolaire médiéval. La lecture débouche ici sur l’apprentissage d’une morale pratique et d’une civilité, voie d’accès à l’honneur pour tous. La culture populaire, alphabétisation comprise, est approchée aussi à partir des récits de vie émanant du peuple, dans trois articles. Paula Clarke s’intéresse à un petit boutiquier vénitien, dont on a conservé le testament (1435), et dont la mentalité n’est pas très différente finalement de celle des grands marchands. Pierre Monet a étudié les récits autobiographiques allemands de la fin du Moyen Âge, ceux en particulier de B. Zink et de J. Butzbach. Une ascension sociale réussie débouche sur l’écrit ; mais si, dans ce discours des origines, la traversée des hiérarchies sociales rend plus aiguë la perception des classes sociales, le récit de vie s’insère souvent dans une chronique urbaine ; ainsi, l’écrit débouche dans le cadre plus large du « bien commun », c’est-à-dire du couple fondateur riche/pauvre. L’honneur d’un individu, c’est aussi l’honneur de la cité où il s’inscrit. Christiane Klapisch-Zuber analyse le journal d’un maçon bolonais du XVe siècle, Gaspare Nadi, journal exceptionnel non seulement parce qu’il permet une incursion hors des milieux aisés, qui rédigèrent les fameux livres de familles (ricordanze), mais parce qu’il ouvre une fenêtre sur les relations familiales dans les milieux populaires, sur les jeunesses vagabondes, les familles recomposées, les conflits de génération et les vieillesses difficiles de ceux qui, comme Nadi, peinent à préserver leur « honneur » au temps de leur déchéance. Ici l’écriture ne couronne pas une ascension sociale réussie, elle vient peut-être seulement adoucir la béance d’un malheur. Dans ces sociétés il n’y a pas que les veuves qui étaient à plaindre...

13 La culture populaire, c’est aussi la religion populaire. Elle est étudiée à partir de la prédication, dans deux articles, celui de Bernadette Filotas, « Popular religion in early medieval pastoral literature », consacré aux pratiques magiques et aux croyances populaires dans l’Occident des VIe-XIe siècles ; et celui de Marina Montesano, « Le petit peuple dans la prédication des franciscains observants », au XVe siècle, face aux superstitions. L’autre « piste » d’accès à la religion populaire est celle de l’hagiographie. Edina Bozoky, dans « Le rôle du petit peuple dans les inventions des reliques », durant le haut Moyen Âge, montre l’apparition à partir de 800 et la diffusion d’un scénario hagiographique, où l’emplacement des reliques est d’abord révélé au petit peuple ; l’exaltation des humbles et l’intervention des autorités se conjuguent pour légitimer le nouveau culte. Paolo Golinelli, dans « Le peuple du saint », poursuit une enquête, dont le colloque de Vérone Il pubblico dei santi (1998) avait montré tout l’intérêt. L’hagiographie n’éclaire pas seulement les modèles de sainteté ; elle permet aussi d’approcher le peuple des miraculés et des témoins, les pratiques et les solidarités qui les entourent.

14 La religion populaire est aussi le lieu privilégié pour observer la capacité du peuple à élaborer ses propres synthèses personnelles ou à développer des stratégies de contournement, en particulier face à l’Inquisition. Madeleine Jeay montre comment Constance de Rabastens et Marie Robine, deux prophétesses de la fin du XIVe siècle, venues du peuple, ont affirmé leur vocation visionnaire, jusqu’à devenir guides des princes. Danielle Laurendeau étudie, à partir du registre d’Inquisition de Jacques Fournier, l’incroyance des simples et la manière dont ils réinterprètent le monde. Mary O’Neil s’intéresse aux « magical practices » des guérisseurs poursuivies par l’Inquisition de Modène au début du XVIIe siècle. L’Église, en criminalisant les superstitions, contraint les guérisseurs à composer avec la norme et à développer des stratégies d’accommodation. Mais dans ce dramatique face-à-face entre l’honneur de Dieu et l’entraide quotidienne est laminé un pan entier de la culture populaire.

15 Deux articles achèvent le tour d’horizon, l’un consacré aux jurons et aux blasphèmes (Alessandro Vitale Brovarone), l’autre aux jeux des petites gens (Gherardo Ortalli), qui ne diffèrent guère d’ailleurs de ceux des élites, les frontières sociales restant ici plus floues qu’ailleurs. La conclusion de Claude Gauvard met un peu d’ordre et de clarté dans un livre qui constitue un mine pour les historiens. Surtout elle repère un certain nombre de fils qui parcourent le recueil : l’ascension sociale, l’honneur des humbles, la caritas, la manière dont ceux-ci reçoivent, contournent ou transforment les modèles qui leur sont imposés. Il faut mentionner aussi la notion de « bien commun », et l’impossibilité d’approcher et de décrire le petit peuple en dehors du cadre plus large où il s’inscrit, en dehors de son rapport aux élites qui, dans le même temps, nous le donnent à voir.

16 Jean-Louis ROCH.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.042.0413d