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Compte rendu

Daniela Lombardi, Matrimonio di antico regime, Bologna, Il Mulino, 2001, 513 p.

Pages 163ze à 242ze

Citer cet article


  • Walch, A.
(2004). Daniela Lombardi, Matrimonio di antico regime, Bologna, Il Mulino, 2001, 513 p. Revue historique, 629(1), 163ze-242ze. https://doi.org/10.3917/rhis.041.0163ze.

  • Walch, Agnès.
« Daniela Lombardi, Matrimonio di antico regime, Bologna, Il Mulino, 2001, 513 p. ». Revue historique, 2004/1 n° 629, 2004. p.163ze-242ze. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2004-1-page-163ze?lang=fr.

  • WALCH, Agnès,
2004. Daniela Lombardi, Matrimonio di antico regime, Bologna, Il Mulino, 2001, 513 p. Revue historique, 2004/1 n° 629, p.163ze-242ze. DOI : 10.3917/rhis.041.0163ze. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2004-1-page-163ze?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.041.0163ze


1 Daniela Lombardi, qui enseigne l’histoire moderne à l’Université de Pise, propose une synthèse sur le mariage dans ce volume de la collection des Annales de l’Institut historique italo-germanique de Trente. Ce travail donne l’occasion de rappeler la place que tient actuellement en Italie l’histoire de la famille et particulièrement celle du mariage, objet d’un intérêt renouvelé. Pourtant, la manière dont ce thème est abordé soulève quelques difficultés. Tout d’abord, l’histoire locale est abandonnée au profit d’une histoire générale, comme l’illustre l’ambiguïté du titre retenu. L’historienne s’appuie, en effet, exclusivement sur les archives de la ville de Florence, alors qu’elle utilise un fonds imprimé plus large d’auteurs tant ecclésiastiques que juristes non exclusivement italiens. On retrouve ainsi un manuel de droit de Claude-Joseph de Ferrière dont elle assure qu’il eut une audience internationale. Cette démarche conduit à gommer les spécificités régionales dont on connaît pourtant toute l’importance et qui autorisent des comparaisons originales. Quant aux sources manuscrites, elles se composent des procès du tribunal diocésain, des registres de onze paroisses de Florence, des registres de police qui existent depuis 1777 et d’un fonds du tribunal de la nonciature apostolique. Cet ouvrage se présente donc comme une généralisation du cas toscan, ce qui, dit clairement, aurait certainement donné plus de relief au propos. D’ailleurs, la richesse des archives se suffisait à elle-même, comme Christiane Klapish-Zuber en a fourni la preuve dans ses propres études sur la Florence de la Renaissance. Cela étant, la bibliographie présentée en annexe est une somme utile et complète pour qui veut étudier les questions matrimoniales telles qu’elles se présentent dans la péninsule. La seconde remarque concerne le rôle exact du concile de Trente. La législation matrimoniale moderne est redevable dans ses grandes lignes des décisions prises lors de ce concile. Or il apparaît encore trop souvent aux chercheurs comme une mise en ordre brutale de la société et, partant, comme un épisode sombre de l’histoire. Il y aurait un « avant » Trente, période de liberté et de régulation naturelle des comportements sociaux, et un « après », début d’une espèce de totalitarisme orchestré conjointement par l’Église et par l’État qui n’aurait plus laissé de marge de manœuvre aux conjoints et aurait donc engendré un grand nombre de comportements déviants.

2 Le plan adopté ici témoigne de cet état d’esprit puisqu’il fait une large place à la situation pré-tridentine et aux efforts pour imposer la législation adoptée au milieu du XVIe siècle. Daniela Lombardi explore l’ensemble des aspects du mariage d’abord d’un point de vue légal puis d’un point de vue pratique. Dans une première partie, elle s’intéresse aux problèmes de validité et de clandestinité des noces ; elle examine tour à tour l’opinion des juristes (l’obéissance filiale, la clandestinité, la législation du Cinquecento), puis celle de l’Église (la preuve, la bigamie, la condamnation de la clandestinité, l’impuissance), pour en venir aux changements introduits par le concile de Trente (les premiers débats menés à Bologne, la question de la séparation du contrat et du sacrement, le consentement parental et la question non résolue de la promesse de mariage). Dans une seconde partie, elle se place au point de vue des couples que l’on voit agir au travers des procès du tribunal ecclésiastique (causes matrimoniales et causes criminelles), des rites nuptiaux (les manières de faire sa cour, les tractations, le rôle du notaire, la dot, l’anneau) et des conflits (les ruptures de fiançailles, les obligations conjugales, l’amour et l’intérêt, l’adultère, les grossesses et les amours illégitimes, l’autorité paternelle). Elle achève son livre par l’analyse de la réforme de la fin du XVIIIe siècle qui, en sécularisant les noces, ne fait que confirmer la logique antérieure. À partir de 1765, le grand-duc de Toscane Pierre Léopold, frère cadet de Joseph II, modernise son État et, dès 1777, crée le Tribunal suprême pour centraliser les affaires criminelles, ce qui contribue à amoindrir le rôle de l’Église. Les commissaires de police continuent à intervenir dans les affaires de famille : aidés par les curés des paroisses, ils s’introduisent toujours plus efficacement dans les demeures privées sous prétexte de surveiller les bonnes mœurs. En 1786, une réforme judiciaire de grande ampleur trouve un appui doctrinal en la personne de l’évêque de Pistoia, Scipion de Ricci, qui invite le grand-duc à légiférer. Il est le principal inspirateur de la loi léopoldine dissociant le contrat du sacrement et donnant au pouvoir civil la juridiction pour ce qui concerne les formes de la célébration, les empêchements et la dissolution de l’union. Le concile de Pistoia ouvre alors une ère nouvelle.

3 En s’appuyant sur des cas réels finement analysés, Daniela Lombardi constate un certain nombre d’évidences anthropologiques. Le mariage n’est pas, à l’époque moderne, une affaire privée. Il s’agit d’un pacte de familles qui transcende la volonté des conjoints. Il fait office de régulateur social puisqu’il tempère la sensualité, assure la légitimité des enfants et la transmission du patrimoine. Il est pour l’Église le symbole de l’union du Christ et de son Église, un sacrement qui confère la grâce aux époux pour mener une vie chrétienne digne de ce nom. L’État et l’Église agissent de concert pour discipliner corps et âmes, pour stabiliser une société hiérarchisée et assurer le maintien d’un ordre social que l’on souhaite immuable. Dans la pratique, la formation du couple donne lieu à des conflits qui se résument à des cas de séduction et d’abandon, des disputes entre enfants et parents, à des résistances à la progression de la discipline ecclésiastique, aux difficultés à intégrer passion et raison. Sous l’influence des Lumières, le XVIIIe siècle voit changer le climat culturel. Lors des procès, on commence à avancer comme preuve des témoignages écrits. L’apparition de la lettre d’amour illustre non seulement l’irruption du sentiment mais aussi la croissance de l’alphabétisation. Si la répression des comportements illicites passe progressivement aux mains de l’État, celui-ci travaille toujours à faire respecter l’honneur et le rang des personnes. Il lutte contre la mésalliance et contre la volupté jusque dans l’intimité conjugale.

4 Agnès WALCH.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.041.0163ze