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Compte rendu

Konstrukte nationaler Identität : Deutschland, Frankreich und Grossbritannien (19. und 20. Jahrhundert), dir. Joseph Jurt et Daniel Mollenhauer, Würzburg, Ergon Verlag, 2002, 298 p.

Pages 869ze à 940ze

Citer cet article


  • Barral, P.
(2003). Konstrukte nationaler Identität : Deutschland, Frankreich und Grossbritannien (19. und 20. Jahrhundert), dir. Joseph Jurt et Daniel Mollenhauer, Würzburg, Ergon Verlag, 2002, 298 p. Revue historique, 628(4), 869ze-940ze. https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869ze.

  • Barral, Pierre.
« Konstrukte nationaler Identität : Deutschland, Frankreich und Grossbritannien (19. und 20. Jahrhundert), dir. Joseph Jurt et Daniel Mollenhauer, Würzburg, Ergon Verlag, 2002, 298 p. ». Revue historique, 2003/4 n° 628, 2003. p.869ze-940ze. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2003-4-page-869ze?lang=fr.

  • BARRAL, Pierre,
2003. Konstrukte nationaler Identität : Deutschland, Frankreich und Grossbritannien (19. und 20. Jahrhundert), dir. Joseph Jurt et Daniel Mollenhauer, Würzburg, Ergon Verlag, 2002, 298 p. Revue historique, 2003/4 n° 628, p.869ze-940ze. DOI : 10.3917/rhis.034.0869ze. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2003-4-page-869ze?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869ze


1 Ce recueil rassemble une quinzaine de contributions, dues à de jeunes chercheurs allemands, présentées en mai 2000 à l’Université de Fribourg en Brisgau. Leur objectif commun est d’ « essayer de montrer, par des études de cas concrètes, la fonction déterminante des représentations nationales d’identité et d’altérité ». Spécialistes de l’histoire et spécialistes de la littérature se sont associés pour cette entreprise, dans un échange interdisciplinaire fécond. Les auteurs font preuve d’une parfaite connaissance des sources et de la bibliographie, dont témoignent l’abondance et la rigueur des références. Chacun apporte au débat une réflexion personnelle mûrie.

2 À la France sont consacrées six études, avec une riche récolte de citations en langue française. Elles fournissent des mises au point informées et nuancées : sur le concept de classicisme, de Voltaire à Nisard ; sur le mythe des « provinces perdues » après 1871 ; sur « l’amalgame réussi de la littérature et de la politique » chez Maurice Barrès (avec des étapes successives) ; sur le témoignage des « écrivains combattants » de la Grande Guerre. Le lecteur français retrouve ici des thèmes qui lui sont familiers. Il s’arrête plus longuement sur l’écho soulevé par l’assassinat du duc de Berry en 1820. L’analyse relie la « rhétorique expiatoire », qui s’épanouit alors, à la vénération de la Restauration pour les souverains martyrs, Louis XVI et Marie-Antoinette. S’il y a assurément une exploitation politique du drame, une instrumentalisation par les ultras qui obtiennent la disgrâce du ministre modéré Decazes, le discours officiel est finement rapproché de celui des missions religieuses, si prospères à cette époque. Ainsi, pour la famille royale, notera Mme de Boigne, « la mort de M. le duc de Berry lui fut plus utile que sa vie ».

3 Un développement original, « l’ennemi à l’intérieur du pays », montre comment, au XIXe siècle, l’antisémitisme a été teinté par les stéréotypes nationaux, des deux côtés du Rhin. Cela nous est bien connu pour l’affaire Dreyfus : le pamphlet d’Édouard Drumont, La France juive, les articles polémiques de La Croix, les satires de la romancière mondaine Gyp dénoncent comme des agents perfides de l’étranger les banquiers de confession israélite et « les Hébreux venus en haillons de Francfort ou de Hambourg ». Il est remarquable de relever en Allemagne une dénonciation inverse. Chez le romancier patriote Arnim, la révolte nationale contre Napoléon s’accompagne du dénigrement des Israélites qui ont bénéficié de l’émancipation révolutionnaire. Après la tourmente de 1848, Gustav Freytag, dans Soll und haben (1855), rattache l’image négative d’un personnage juif à un stéréotype antipolonais ; Wilhelm Raabe, dans Der Hungerpastor, pose, lui, une empreinte française sur l’intellectuel juif dont il fait un portrait antipathique. De même plus tard, les Juifs se verront reprocher simultanément les malhonnêtetés du capitalisme américain et les cruautés du bolchevisme russe.

4 Trois études examinent d’autres échantillons de la tradition culturelle allemande. Wilhelm Heinrich Riehl (1823-1897) fut un publiciste fécond et généreux, avant de terminer sa carrière à l’Université de Munich. Il glorifie le Volksgeist, « l’esprit du peuple » : « La volonté de Dieu a séparé les peuples et leur a insufflé comme un don naturel le caractère fondamental de leur existence particulière. » En ethnologue, il définit le peuple allemand par quatre « S », Stamm ( « race » ), Sitte ( « mœurs » ), Siedlung ( « peuplement » ), Sprache ( « langue » ). Il distingue trois espaces territoriaux : l’Allemagne du Nord et l’Allemagne du Sud, aux fortes cohérences ; l’Allemagne du Centre, zone de transition. Socialement, il observe quatre ordres « naturels » : la paysannerie, particulièrement louée pour sa « force d’endurance » (Beharrung), la noblesse, la bourgeoisie, le monde ouvrier. Dans ces années 1950, les almanachs populaires charrient les stéréotypes courants du Polonais, aux mœurs sauvages et au tempérament paresseux, et du Français, conquérant brutal sous Napoléon, brillant et superficiel depuis lors. Par contraste, les Allemands se voient comme « raisonnables » et moralement impeccables. En revanche, Dieter Forte, romancier d’aujourd’hui, se plaît à présenter une famille de Düsseldorf, dont le père est de souche italienne, la mère de souche polonaise. Le destin individuel de leur fils (« le jeune », sans prénom) illustre le destin collectif de la nation allemande. Né le jour même où Hitler triomphe à Potsdam, il vit tout au long de son existence quotidienne les années les plus sombres de l’histoire nationale.

5 Quant à la Grande-Bretagne, elle s’est affrontée à deux adversaires successifs. Si elle mène d’abord contre la France « une seconde guerre de Cent ans », son opinion n’est pas unanime face à la Révolution de Paris. Sur le moment déjà, et plus tard dans le regard rétrospectif, on constate l’opposition d’un courant conservateur, qui exalte la mémoire de Louis XVI, et d’un courant libéral, qui met en cause l’aveuglement des forces réactionnaires. Pendant la Première Guerre mondiale, c’est l’Allemagne qui est devenue « l’ennemi idéal ». Les conservateurs reprochent alors aux libéraux leur réticence à introduire la conscription obligatoire et aux travaillistes les poussées d’agitation sociale. Le Times dénonce le 28 septembre 1917 « l’ennemi intérieur » : « De même qu’il y a certains objets pour lesquels la nation combattra un ennemi étranger, il y en a d’autres pour lesquels elle combattra un ennemi à l’intérieur de ses frontières. »

6 Keith Robbins s’intéresse avec pertinence à « l’identité britannique » (Britishness), qui s’est superposée à l’identité anglaise, par une symbiose très particulière. « Le concept manque de précision et cerne mal son champ de signification » ; d’où peut-être justement « sa force d’attraction durable ». Sans parler du cas de l’Irlande, aux revendications séparatistes, les entités de l’Écosse et de Galles ont toujours marqué leur attachement à leurs traditions propres. Mais elles ont accepté depuis longtemps l’intégration politique dans le Royaume-Uni et, au XIXe siècle, l’expansion coloniale a facilité celle-ci, dans l’éclat glorieux d’un Empire mondial, conquis et géré en commun. En 1907 le deuxième centenaire de l’Union des royaumes, en 1911 l’investiture du prince de Galles présentent un caractère plutôt folklorique. Tout récemment, ces particularismes viennent d’obtenir quelques aménagements institutionnels. Dans la référence identitaire, la connotation anglo-saxonne, estime-t-on, est plus « rationnelle » ; la connotation écossaise et galloise, plus « imaginative ».

7 Si une certaine dispersion des thèmes traités peut déconcerter le lecteur de ce recueil évocateur, les articles s’inspirent d’une problématique élaborée et celle-ci est indiquée dans une introduction à la démarche théorique. Dieter Langewiesche, expert de la Révolution allemande de 1848, attribue au nationalisme « un visage de Janus » : libéral de principe pour lui-même, facilement impérialiste vis-à-vis des autres nations. D’autre part, si, depuis Friedrich Meinecke, on a souvent qualifié la France de Staatsnation et l’Allemagne de Kulturnation, il est bien certain que la composante culturelle joue un rôle capital également à l’ouest du Rhin et que la composante institutionnelle, avec un temps de retard, s’est finalement imposée aussi à l’est. Dans cette réflexion, place est faite à des auteurs français, au Temps et récit de Paul Ricœur et à La création des identités nationales d’Anne-Marie Thiesse. Comme l’écrit celle-ci, l’identité nationale se constitue en rassemblant et en valorisant toute une gerbe d’éléments symboliques : « Une histoire établissant la continuité avec les grands ancêtres, une série de héros parangons des vertus nationales, une langue, un folklore, des hauts lieux et un paysage typique, une mentalité particulière, des représentations officielles – hymne et drapeau – et des identifications pittoresques – costume, spécialités culinaires ou animal emblématique. »

8 Pierre BARRAL.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869ze