Marcel Launay, Les séminaires français aux XIXe et XXe siècles, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. « Petit Cerf - Histoire », 2003, 261 p.
- Par Bruno Béthouart
Pages 869z à 940z
Citer cet article
- BÉTHOUART, Bruno,
- Béthouart, Bruno.
- Béthouart, B.
https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869z
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- Béthouart, B.
- Béthouart, Bruno.
- BÉTHOUART, Bruno,
https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869z
1 « Si j’avais sous les yeux le tableau des ordinations sacerdotales, je pourrais prédire de grands événements. » À quelle sorte de conclusion Joseph de Maistre, l’auteur de cette formule un peu mystérieuse, pourrait-il se livrer à la vue du document fourni par Marcel Launay (p. 255) sur le nombre de séminaristes qui, depuis 1970, passe de 3 500 à 1 000 ? L’étude de Marcel Launay n’élude pas en effet le constat actuel d’une crise d’une ampleur inconnue jusque-là des vocations sacerdotales qui souffre quelques exceptions comme celle de la maison Saint-Augustin du cardinal Lustiger ou du séminaire d’Ars. La démocratisation de l’enseignement qui remet en cause l’intérêt des petits séminaires pour des classes moyennes ou pauvres du monde rural, la crise de civilisation confortée par la société de consommation et cette double référence contradictoire au prêtre sulpicien retiré du monde et au pasteur ouvert à l’actualité que ressent Mgr Gilson dans un second texte cité (p. 249) pourraient expliquer en bonne partie une telle situation. Le mérite principal de cet ouvrage réside dans une approche synthétique de l’histoire de la formation des futurs prêtres tant du point de vue institutionnel qu’au niveau des effectifs, des contenus de formation dans une démarche chronologique qui permet d’installer, phénomène décisif souvent, le contexte politique, culturel, socio-économique. Installée sur des principes tridentins, la pépinière (seminarium) adopte en effet peu à peu le modèle sulpicien du prêtre façonné par un habitus fondé sur la séparation du monde matérialisée par le port de la soutane après un débat sur l’utilité des établissements « mixtes » où futurs prêtres peuvent cohabiter avec d’autres jeunes. Soucieux d’étudier autant les petits séminaires que les grands, l’auteur fait la démonstration de l’importance de la filière des petits séminaires durant tout le XIXe siècle qui, malgré des périodes de repli sous la monarchie de Juillet et à la fin du siècle, passent de 13 825 en 1834 à 23 497 en 1898. Les grands séminaires jusqu’aux années 1970 demeurent partagés entre la philosophie et la théologie, avec des évolutions dans le contenu en faveur d’abord du dogme, de la moule, du droit canon puis de l’exégèse, de l’histoire de l’Église. La séparation de l’Église et de l’État les place aux avant-postes d’une reconquête religieuse, de même que la Grande Guerre et les camps de prisonniers ou le STO durant la Seconde Guerre mondiale les interpellent dans leur rapport au monde et renforcent l’option d’un apostolat d’incarnation. Le souci d’une approche régionale permet de mesurer également de saisissants contrastes, notamment dans le vivier de recrutement : 60 % ont préalablement fréquenté l’école publique à Aix-en-Provence en 1947 et 12 % à Rennes, terre de chrétienté. Quelquefois rapide dans le traitement de certaines périodes et dépourvu d’index des noms, l’ouvrage tient en haleine le lecteur qui peut ainsi mesurer le véritable basculement qui s’opère à partir des années 1960 faisant suite à ce que certains appellent « l’âge d’or » de ce système de formation des prêtres puisque près de 80 % des grands séminaristes proviennent alors des petits séminaires eux-mêmes peuplés à plus de 80 % de jeunes issus de familles modestes.
2 Bruno BéTHOUART.