England and Europe in the Reign of Henry III (1216-1272), éd. Björn K. U. Weiler avec Ifor W. Rowlands, Aldershot, Ashgate, 2002, XV-239 p.
Pages 869f à 940f
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869f
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rhis.034.0869f
1 Le balancier historiographique tend à réévaluer certaines figures controversées du passé : Jean sans Terre a fait l’objet d’une entreprise systématique de réhabilitation avant d’être récemment rejeté au purgatoire de l’histoire. On ne peut toutefois en dire autant de son fils Henri III, figure souvent tournée en dérision par les contemporains, et pour laquelle peu d’historiens se sont trouvé, semble-t-il, une véritable affection. Ce volume d’essais ne poussera sans doute pas le lecteur à dévier de manière marquée du jugement négatif porté sur ce roi par un Matthieu Paris. José Manuel Rodríguez García dénonce l’absence chez Henri III d’une politique bien établie dans le domaine de la croisade : le roi, tout en exploitant les avantages conférés par la prise de la croix, ne fit que réagir aux positions de la papauté, et son refus de se rendre en Terre sainte, en Sicile ou en Afrique du Nord conduisit à une perte de prestige importante dans les domaines intérieur et extérieur. L’étude de Björn Weiler sur l’image d’Henri III dans les chroniques étrangères mène à des conclusions semblables : les commentateurs les plus précoces faisaient l’éloge de sa piété, de sa vertu et de ses bonnes actions, mais après la crise de 1264-1265 ces mêmes vertus semblent avoir été considérées comme étant à la racine des difficultés politiques que connaissait le royaume d’Angleterre, ce qui n’empêche d’ailleurs pas une source romaine de qualifier Simon de Montfort de vir pestilens.
2 D’autres aspects de la politique extérieure d’Henri III font cependant l’objet d’une évaluation moins négative. C’est en particulier le cas dans le domaine britannique : deux études montrent que la couronne anglaise fit preuve pendant cette période d’une politique autoritaire, voire agressive, à l’égard des régions voisines, une attitude généralement associée à Édouard Ier. À l’idée traditionnelle d’une période de paix et de stabilité dans les relations entre l’Écosse et l’Angleterre sous Henri III, Michael Brown substitue une vision beaucoup plus nuancée et complexe, qui fait une place de premier plan au conflit né de l’extension du pouvoir des deux couronnes dans l’ouest des îles Britanniques, avec la mise en place dans cette région d’une nouvelle zone frontalière, qui transforma l’équilibre des pouvoirs en Irlande et au pays de Galles. Huw Pryce examine les conséquences du mariage en 1205 de Llywelyn le Grand avec Jeanne, une fille illégitime de Jean sans Terre, sur l’ouverture diplomatique et culturelle du pays de Galles. Les enfants du couple princier contractèrent tous des alliances dans les familles des marches, ce qui permit à la dynastie de créer un réseau de relations familiales qui s’étendait sur l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande. L’idée que le règne d’Henri III aurait constitué une période de paix est en tout cas démentie par l’étude de Sean McGlynn sur la vision de la guerre dans l’œuvre du chroniqueur Roger de Wendover, qui fait une place importante aux dévastations opérées par les troupes dans plusieurs régions d’Angleterre pendant la minorité, le chroniqueur utilisant jusqu’à dix-neuf termes différents, dont depopulare, pour désigner ce type d’opération.
3 Plusieurs contributions montrent de quelle manière le gouvernement d’Henri III fit face à la diminution des territoires continentaux contrôlés par la dynastie. Pour Nicholas Vincent, l’intérêt de la couronne anglaise pour le Toulousain, déjà cible naturelle des ambitions expansionnistes des Plantagenêts, fut paradoxalement renforcé dans la première moitié du XIIIe siècle par la perte d’une partie de l’héritage angevin. Mais la politique des rois d’Angleterre dans cette région fut prise comme dans un étau entre le désir de conserver l’alliance avec le comte de Toulouse et le danger d’être associé à l’hérésie, et cela d’autant plus que l’opinion publique anglaise était favorable aux croisés : la situation ne fut en fait dénouée qu’avec la mort de Raymond VII en 1249 et la succession au comté de Toulouse d’un prince capétien. L’étude de Robin Studd sur l’évolution de la Gascogne de 1224 à 1259 va dans le même sens : le gouvernement d’Henri III y accomplit un travail imposant de réorganisation administrative, qui permit d’exploiter cette terre de manière beaucoup plus efficace que ne l’avait été l’ancien « empire » angevin, et de l’intégrer économiquement et militairement au royaume d’Angleterre. Le maintien de liens significatifs avec les anciennes possessions est également mis en valeur par Janet Burton dans son étude des rapports entre les fondations religieuses anglaises et le continent : les abbés français exerçaient toujours un contrôle sur leurs dépendances anglaises et ne cessèrent pas d’en tirer des bénéfices économiques, alors que les abbés des établissements cisterciens établis en Angleterre continuèrent à se rendre régulièrement au chapitre général de Cîteaux.
4 L’ouverture de l’Angleterre du milieu du XIIIe siècle aux courants européens, son appartenance à une communauté plus large sur les plans institutionnel, personnel et politique sont pleinement démontrées par les trois autres essais publiés dans ce volume. Dans son étude des rapports entre l’Angleterre et la Curie sous Henri III, Christoph Egger propose de mieux utiliser l’outil prosopographique pour saisir les intérêts en jeu, afin d’aller au-delà du jugement sommaire généralement porté sur l’exploitation des ressources de l’Église anglaise par Rome pendant cette période. La carrière de Dietrich de Cologne donne l’opportunité à Natalie Fryde de rappeler la possibilité, pour les membres des élites marchandes continentales, de faire leur chemin en Angleterre. Dietrich, sans doute un fils cadet d’une famille patricienne de Cologne, émigra en Angleterre dans les premières décennies du XIIIe siècle et commença par s’enrichir comme cambiator regis avant de s’installer à Stamford, où il fit carrière comme marchand, producteur de draps, prêteur d’argent et spéculateur sur les terrains de la foire. Nommé gardien de la foire de Stamford en 1245, il se maria dans une famille locale et semble avoir entretenu des liens étroits avec les familles aristocratiques comme avec la cour royale dont il était l’un des fournisseurs privilégiés. Finalement, Margaret Howell propose une analyse ancrée dans la gender history pour mieux comprendre le rôle des reines et princesses en France et en Angleterre. Le caractère profondément individuel de la destinée de chaque princesse ressort de ce travail, mais l’auteur semble adopter un point de vue plutôt positif sur le rôle des femmes dans la structure médiévale du pouvoir : le sceptre remis aux reines au moment de leur couronnement renvoyait, en France comme en Angleterre, à un véritable rôle politique qu’elles pouvaient assumer en cas d’absence ou de décès prématuré de leur époux, un rôle qui put promouvoir les bonnes relations entre les deux royaumes.
5 Frédérique LACHAUD.