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Compte rendu

Denys d’Halicarnasse, Rome et la conquête de l’Italie aux IVe et IIe s. avant J.-C., bilingue, textes traduits et commentés sous la direction de Sylvie Pittia, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Fragments », 2002, 576 p., bibliographie, index.

Pages 127e à 204e

Citer cet article


  • Briquel, D.
(2003). Denys d’Halicarnasse, Rome et la conquête de l’Italie aux IVe et IIe s. avant J.-C., bilingue, textes traduits et commentés sous la direction de Sylvie Pittia, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Fragments », 2002, 576 p., bibliographie, index. Revue historique, 625(1), 127e-204e. https://doi.org/10.3917/rhis.031.0127e.

  • Briquel, Dominique.
« Denys d’Halicarnasse, Rome et la conquête de l’Italie aux IVe et IIe s. avant J.-C., bilingue, textes traduits et commentés sous la direction de Sylvie Pittia, Paris, Les Belles Lettres, coll. “Fragments”, 2002, 576 p., bibliographie, index. ». Revue historique, 2003/1 n° 625, 2003. p.127e-204e. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2003-1-page-127e?lang=fr.

  • BRIQUEL, Dominique,
2003. Denys d’Halicarnasse, Rome et la conquête de l’Italie aux IVe et IIe s. avant J.-C., bilingue, textes traduits et commentés sous la direction de Sylvie Pittia, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Fragments », 2002, 576 p., bibliographie, index. Revue historique, 2003/1 n° 625, p.127e-204e. DOI : 10.3917/rhis.031.0127e. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2003-1-page-127e?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.031.0127e


1 Les Antiquités romaines de Denys d’Halicarnasse, dans la partie de l’œuvre qui nous est parvenue par la tradition directe, s’interrompent, au livre XI, en 440 av. J.-C. Aucun événement vraiment important ne marque cette fin du texte de l’historien augustéen dans l’état où nous le possédons : la situation actuelle du texte résulte des simples aléas de la transmission manuscrite. Mais l’ouvrage continuait ensuite jusqu’au livre XX, jusqu’au début de la première guerre punique, moment auquel l’auteur avait choisi d’interrompre son enquête, son histoire se terminant ainsi là où commençait celle de Polybe. Pour cette partie, nous n’avons que les ressources de la tradition indirecte et en sommes réduits à nous faire une idée de l’œuvre d’après les fragments qui en ont subsisté. Denys d’Halicarnasse se trouve donc dans une situation relativement courante pour des auteurs antiques : pour citer le cas de son contemporain Tite-Live, on sait que les Ab Vrbe condita libri ont disparu après le livre 45 – et, par ailleurs, nous manquent pour la deuxième décade –, si bien que, pour une œuvre qui comptait 142 livres, il nous faut nous contenter de moins d’un tiers du total, que ne suppléent que très imparfaitement les quelques citations ou allusions qu’ont pu faire d’autres auteurs.

2 Si nous évoquons Tite-Live, c’est parce que la situation des parties perdues de l’ouvrage de l’historien grec de Rome est à la fois pire et meilleure. Elle est pire parce que, pour l’historien padouan, nous possédons les periochae, qui nous donnent au moins le sommaire des livres disparus, ce qui manque totalement pour Denys : l’abrégé que l’auteur lui-même semble avoir fait de son œuvre ne nous est lui-même plus connu que par deux références, et les deux manuscrits de la bibliothèque ambrosienne qui présentent des extraits de l’œuvre ne sont pas un résumé, mais un rassemblement de morceaux choisis. Inversement, la situation est bien meilleure que celle de Tite-Live par cela : alors que les citations directes de l’historien latin dont nous disposons pour les livres perdus sont rarissimes, nous possédons de nombreux extraits – assez fidèles à l’original – du texte même des Antiquités romaines. Ceux-ci sont dus à la compilation commandée par l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète et réalisée entre 945 et 959. En tant que telle, cette œuvre a largement disparu : sur les 53 livres thématiques qui la composaient, en gros, seuls cinq ont été conservés. Mais c’est néanmoins par cet intermédiaire, fruit de l’érudition byzantine, que d’assez nombreux passages des livres disparus de Denys ont été préservés : les auteurs de la compilation avaient recopié les extraits des œuvres des historiens grecs qui se rapportaient au sujet des recueils, et ainsi les traités des Ambassades, des Vertus et des vices, des Complots sont les sources essentielles de nos connaissances sur les livres disparus de Denys.

3 Sylvie Pittia et ses collaborateurs de l’Université d’Aix-Marseille I, Emmanuelle Caire, Sophie Collin-Bouffier, Paul Corbier, Sandrine Crouzet, Xavier Lafon, Renaud Robert ont choisi de nous présenter, dans la collection « Fragments » des Belles Lettres, une édition de ces parties disparues de l’œuvre historique de Denys, avec le texte grec, la traduction, d’abondantes notes, une très pratique chronologie mettant en regard les fragments de Denys avec ce qu’offrent d’autres auteurs (notamment Tite-Live, mais dont il faut rappeler que la tradition directe s’interrompt à la fin du livre X, en 293 av. J.-C.), une riche bibliographie et, pour commencer, une longue introduction (p. 11 à 89) où sont très bien posés tous les problèmes que posent ces fragments d’un genre particulier. Et c’est un des mérites de ce travail, longuement mené en commun par les membres de ce groupe, que de cerner cette particularité et de dégager le sens de la compilation constantinienne, sans lequel on ne peut comprendre l’état de la tradition. Rappelons par exemple que, si quelques passages nous sont parvenus sur le déroulement de cet épisode capital de l’histoire de Rome qu’a été la capitulation des Fourches Caudines en 322 av. J.-C., rien ne nous est parvenu qui montre comment Denys présentait la question capitale du refus immédiat prêté par la tradition au Sénat et au peuple de ratifier l’accord ; de l’œuvre si importante d’Appius Claudius Caecus durant sa censure de 312 av. J.-C. ne nous est restée qu’une très brève allusion au fait qu’il était aveugle, référée à une faute religieuse non précisée (qui concerne en fait l’appel à des esclaves publics pour le culte de l’Ara Maxima) ; ou encore rien n’évoque, dans ce dont nous disposons, la bataille de Sentinum, en 295 av. J.-C., cruciale pour la position de Rome en Italie, puisqu’elle y a défait ses adversaires du Nord aussi bien que du Sud coalisés contre elle. Les auteurs du livre rendent parfaitement compte de l’esprit dans lequel les réalisateurs de ces extraits byzantins ont travaillé : ils voulaient rassembler, à travers les historiens de Rome beaucoup plus que ceux du monde de l’indépendance grecque, ce qui permettait à cette Rome d’Orient qui subsistait à Byzance de recueillir son héritage spirituel, en fournissant les exempla appropriés à toute situation. L’optique était celle de moralistes, non d’historiens véritables.

4 Ce matériel, peut-être historiquement décevant pour cette raison, est au moins traité dans ces pages avec toute la rigueur possible. Les notes font le point sur tous les problèmes abordés, et l’on admirera la manière dont une question aussi embrouillée que celle de la legio Campana de Rhégion, sur laquelle portent plusieurs fragments du livre XX, est clarifiée. Sur certains détails, bien sûr, nous ne partagerions pas les choix des auteurs du livre. Il nous paraît impossible de tirer de la mention de « la phalange samnite armée de boucliers longs » en 20C pour la bataille d’Ausculum en 279 av. J.-C. qu’à cette date l’historien « attribue aux seuls Samnites l’usage du bouclier long » (p. 423) ; cette précision distingue les Samnites des autres contingents de l’armée de Pyrrhus et n’indique rien sur l’argument des Romains ; pour ceux-ci, en revanche, le fragment 14K, tiré d’un discours mis dans la bouche de Camille, évoque bien, pour la date de 367 av. J.-C., un armement à base de pilum et scutum, ce qui peut être éventuellement mis en relation avec la tradition livienne sur le rôle de Camille dans l’évolution de l’armée romaine. L’allusion, dans la version d’Appien, Celt., 10, du duel de Valerius Corvus et du Gaulois, évoquée p. 164, à un autre combat singulier se réfère à l’histoire antérieure de Manlius Torquatus plutôt qu’à un combat précédent des mêmes adversaires. Quelques petites coquilles : p. 70, le prince étrusque de l’affaire de Chiusi, qui provoque l’arrivée des Gaulois, est Arruns ; p. 405, le dieu de la guerre des Mamertins est bien évidemment Mamers, non Mamercos. Sur un point plus général, nous ne sommes pas convaincu du bien-fondé de la remise en cause de la chronologie de la deuxième guerre samnite, proposée par M. Sordi et reprise plus récemment par G. Tirpo et G. Urso. Mais ces remarques portent sur des points secondaires : nous voudrions avant tout souligner l’apport remarquable que représente ce livre, qui permettra désormais d’utiliser comme ils le méritent ces restes des livres perdus de Denys. Qu’il nous soit seulement permis de regretter que l’étude commence au livre XIV et ne comprenne pas les fragments des livres XII et XIII, avec la prise de Véies suivie de la (prétendue) quasi-destruction de Rome par les Gaulois et la renaissance de la Ville sous l’égide du second fondateur Camille, ce qui prive le lecteur d’une information aussi bien faite sur ces années cruciales pour l’Urbs et sur la vision qu’en avait Denys.

5 Dominique BRIQUEL.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.031.0127e