Frédérique Neau-Dufour, Ernest Psichari (1883-1914) : « une vie, un mythe », Paris, Le Cerf, 2001.
- Par Frédéric Gugelot
Pages 1013s à 1064s
Citer cet article
- GUGELOT, Frédéric,
- Gugelot, Frédéric.
- Gugelot, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.024.1013s
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https://doi.org/10.3917/rhis.024.1013s
1 L’aspect le plus frappant du personnage d’Ernest Psichari est le hiatus entre le mythe et la réalité. Enfant d’une famille bourgeoise (jusque dans les amours ancillaires du père), il possède la particularité d’hériter d’un capital culturel important, celui de son grand-père écrasant, Ernest Renan. Sa jeunesse est banale jusque dans sa révolte contre son milieu à travers un socialisme idéaliste et le port des cheveux longs. Pourquoi alors s’arrêter pendant 350 pages sur ce fils et petit-fils d’intellectuel, écrivain moyen, mort à la guerre en 1914 à 30 ans ?
2 La forme biographique suppose de faire du personnage un sujet « globalisant », de reconstruire les réseaux relationnels et les stratégies individuelles et collectives. L’ouverture des archives familiales permet de dresser un heureux tableau du milieu et de la famille Psichari-Renan. Les interférences entre vie privée et vie publique tant lors de l’affaire Dreyfus qu’au moment des prix et élections à l’Académie française sont nombreuses ; recommandations et favoritisme influent sur la carrière tant littéraire que militaire d’Ernest. S’y mêlent passions intellectuelles, formation érudite, amour de la patrie, romantisme et raison, dans un cocktail détonant aussi bien sur le plan familial (l’étouffante relation mère-fils, ce qui fait d’ailleurs regretter l’absence d’une étude plus poussée du rapport aux sœurs) qu’amical (les figures de Péguy, Maritain et de la mère de ce dernier, Geneviève Favre). Ceci vaut autant pour les études du garçon que pour ses choix tant de carrière, celle des armes dans un milieu dreyfusard, que spirituel, la conversion au catholicisme au sein d’un milieu républicain.
3 L’auteur prend une grande distance avec les ouvrages écrits par Psichari, estimant justement qu’ils ont enseveli l’homme et participé à l’élaboration de son mythe. Néanmoins, la vérité du personnage est autant dans ses œuvres que dans sa vie, et sa postérité, sa réception dépassent le martyr catholique et patriotique. Il y a un Psichari « survivant » des années 1920 à travers les parutions et rééditions et Frédérique Neau-Dufour consacre de nombreuses pages au héros momifié qu’il devint après sa mort au combat, aussi bien le petit-fils de Renan converti que le dreyfusard soldat, chacun y trouvant son compte en ce début de guerre et de cristallisation de la culture de guerre. On peut alors regretter que les recherches récentes n’aient pas été davantage mises à contribution.
4 Si le traitement du sujet n’échappe pas à toute hagiographie, il retrace avec bonheur une des figures de ce début de siècle qui cherche à réenchanter le monde et qui survit à travers sa mort devenue geste. On peut d’autant regretter que l’édition de cette thèse ait fait disparaître tellement de notes qu’une partie des citations n’est même plus référencée à l’exemple d’un texte de Claudel, cité trois fois pages 295, 297 et 300, sans titre ni précision bibliographique.
5 Frédéric GUGELOT.