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Compte rendu

Ordona X. Ricerche archeologiche a Herdonia (1993-1998), a cura di Giuliano Volpe, Bari, Edipuglia, 2000, 579 p.

Pages 755d à 861d

Citer cet article


  • Compatangelo-Soussignan, R.
(2002). Ordona X. Ricerche archeologiche a Herdonia (1993-1998), a cura di Giuliano Volpe, Bari, Edipuglia, 2000, 579 p. Revue historique, 623(3), 755d-861d. https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755d.

  • Compatangelo-Soussignan, Rita.
« Ordona X. Ricerche archeologiche a Herdonia (1993-1998), a cura di Giuliano Volpe, Bari, Edipuglia, 2000, 579 p. ». Revue historique, 2002/3 n°623, 2002. p.755d-861d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-755d?lang=fr.

  • COMPATANGELO-SOUSSIGNAN, Rita,
2002. Ordona X. Ricerche archeologiche a Herdonia (1993-1998), a cura di Giuliano Volpe, Bari, Edipuglia, 2000, 579 p. Revue historique, 2002/3 n°623, p.755d-861d. DOI : 10.3917/rhis.023.0755d. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-755d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755d


1 Les amateurs d’histoire et d’archéologie de l’Italie méridionale ne pourront que saluer la parution du Xe volume de la série d’Ordona par les soins conjoints de l’Institut historique belge de Rome et du Dipartimento di Studi classici e cristiani de l’Università de Bari. Il faut rappeler, en effet, que l’effort de plus de trente ans mené par le Centre belge de recherches archéologiques en Italie centrale et méridionale, sous l’impulsion de Joseph Mertens, risquait de demeurer inachevé, victime des contraintes budgétaires qui menacent aujourd’hui les institutions de la recherche archéologique européenne en Italie. Après les neuf volumes précédents de la série belge d’Ordona, ce dixième volume italo-belge reprend et renouvelle à la fois le projet d’étude de ce site du nord des Pouilles grâce à la nouvelle dynamique impulsée par G. Volpe, l’éditeur scientifique du volume, et par les 22 membres de l’équipe de fouille qui signent les différents articles qui composent l’ouvrage.

2 Le site indigène d’Herdonia, situé à mi-chemin entre les plus célèbres colonies latines de Luceria et Venusia, serait resté à jamais l’obscura Herdonia de Silius Italicus sans l’entreprise multi-décennale de Joseph Mertens et ses collaborateurs : seules les sources géographiques le mentionnent, alors qu’il est pratiquement inconnu par l’historiographie antique, à l’exception de la période de la guerre d’Hannibal, lorsqu’en 210 la ville fut incendiée et sa population déportée sur la côte ionienne. Les fouilles entamées en 1962, régulièrement suivies, année après année, par la publication de comptes rendus des sondages et de synthèses sur les principaux monuments et classes de matériels, ont révélé au public des spécialistes toute la richesse des informations qu’un site exploré de manière exemplaire peut livrer. Certes, les méthodes de fouille archéologique ont évolué depuis le début des années 1960 : avec la trace des restes de tranchées, de sondages de surface limitée, de bermes du carroyage type Wheeler, le site d’Herdonia présente aujourd’hui l’aspect d’un musée vivant des méthodes d’exploration archéologique. Cependant la valeur scientifique de la démarche adoptée dès 1962 reste valable encore aujourd’hui. À l’époque, d’après le témoignage de J. Mertens (Herdonia. Scoperta di una città, a cura di J. Mertens, Bari, Edipuglia, 1995, p. 20), le site avait été choisi comme modèle d’étude des processus d’acculturation d’un centre indigène, au contact avec la civilisation grecque d’abord, romaine ensuite. Par ailleurs, les strates les plus récentes de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge n’avaient pas été non plus négligées, selon une approche d’histoire totale dont les exemples, encore aujourd’hui, sont rares en Italie méridionale. Cela était d’autant plus vrai pendant les années 1960-1970, lorsque le projet d’Herdonia constituait un programme de recherches archéologiques à la fois exemplaire et, hélas, unique. L’ouvrage de synthèse publié en 1995 sous la direction de J. Mertens (Herdonia. Scoperta di una città, cit.) fournit au lecteur pressé, qui n’aurait pas le temps de consulter les neuf volumes de la série, un aperçu utile des résultats obtenus par l’équipe belge après la fouille systématique de 4 ha dans le centre de la ville (quartier du forum) auxquels s’ajoutent 5 000 m2 supplémentaires dans les secteurs périphériques. On peut ainsi parcourir les différentes étapes de l’histoire du site, depuis les premières traces d’occupation néolithique jusqu’à l’habitat médiéval, en passant par le village daunien, la proto-cité de l’époque hellénistique, la ville romaine avec son centre monumental. Les traits marquants de l’habitat urbain sont dessinés, sans négliger cependant ni les nécropoles urbaines, ni la voirie ou l’habitat rural ; en effet, dès le début des années 1970 une villa rustica avait été fouillée (et publiée) par G. De Boe (Villa romana in località Posta Crusta, dans NSA, 24, 1975, p. 516-530) ; plus récemment J. Mertens (Les ponts de la via Traiana dans la traversée du Tavoliere de Foggia, dans Atlante tematico di topografia antica 2, Roma, 1994, p. 7-18) a consacré une étude aux ponts de la voie Trajane qui permettent de franchir les fleuves Cervaro et Carapelle.

3 Les résultats des explorations archéologiques qui ont été effectuées par la nouvelle équipe de l’Université de Bari à partir de 1993, et, depuis 1996, par les équipes conjointes des universités de Bari (sous la direction de C. Carletti, puis de G. Volpe) et Louvain (sous la direction de F. Van Wonterghem), viennent compléter et enrichir ce tableau. En effet, dans le volume Ordona X sont présentés tout d’abord, dans la première partie de l’ouvrage (p. 33-214), les rapports de fouille sur les trois secteurs qui ont fait l’objet des plus récentes investigations, la domus A, la domus B et les thermes, les deux premiers situés entre le centre monumental du forum et l’amphithéâtre, le troisième une centaine de mètres au N.-O. du forum, le long du tronçon urbain de la voie Trajane. Aucune des trois structures principales mises à jour ici n’était complètement inédite : les deux maisons romaines et l’établissement des thermes avaient déjà été identifiés par les fouilles belges dans les années 1970 et 1980. Toutefois, par rapport à ces premiers sondages d’étendue limitée, les nouvelles fouilles en « open areas », qui ont intéressé une superficie de 2 000 m2, ont permis de mieux reconstituer les plans d’ensemble des trois bâtiments et, surtout, de mieux comprendre leur évolution au cours de l’Antiquité tardive, puis leur disparition et substitution par d’autres structures archéologiques pendant le Moyen Âge. La lecture des stratigraphies horizontales et verticales de la première partie est complétée, dans une deuxième partie (p. 251-447), par une étude du mobilier qui met plus particulièrement à profit l’analyse quantitative des céramiques. Ici encore ce sont surtout les productions céramiques de la fin de l’Antiquité qui retiennent l’attention, à partir de contextes particulièrement significatifs comme celui de la citerne de la domus B, datable entre le milieu du IVe et le milieu du Ve s. de n. è. La baisse, puis la disparition des importations de céramique africaine, le développement de productions locales peintes qui imitent les formes de la sigillée africaine, la présence d’importations de céramique de cuisine depuis la Campanie, correspondent aux tendances générales de la circulation et de la production des biens déjà mises en évidence par d’autres auteurs dans d’autres régions d’Italie méridionale à la même époque. L’intérêt de les retrouver ici, sur un site relativement éloigné de la côte, consiste à démontrer que, même dans une période de déclin supposé, des sites a priori moins privilégiés ont gardé intact leur potentiel économique.

4 Si les spécialistes de l’archéologie vont sans doute apprécier la finesse des analyses et la qualité de la présentation graphique et photographique des données d’Ordona X, les historiens tireront profit de la lecture de la synthèse historique des résultats que G. Volpe fournit dans la troisième partie du volume (p. 507-554), en guise de conclusion. Dans les deux monographies que cet auteur avait déjà consacrées à l’Apulie romano-républicaine et impériale d’abord (La Daunia nell’età della romanizzazione. Paesaggio agrario, produzione, scambi, Bari, Edipuglia, 1990), puis à son évolution pendant la période de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge (Contadini, pastori e mercanti nell’Apulia tardoantica, Bari, Edipuglia, 1996), apparaissaient déjà toutes les qualités d’une argumentation toujours claire et précise, très souvent convaincante. On les retrouve intactes ici dans le récit de l’histoire d’Herdonia d’après l’intégration des données archéologiques à d’autres sources, littéraires ou épigraphiques. Cette ville, qui compte 7 à 10 000 habitants au haut empire, connaît une évolution économique ininterrompue depuis la fin de l’époque républicaine jusqu’au IIIe s. de n. è. Pendant cette période, la construction de la voie Trajane, qui traverse la ville à la fin du Ier s. de n. è., représente un tournant décisif dans l’accélération du processus de développement économique et commercial. En effet, la voie Trajane va accentuer le rôle d’Herdonia en tant que nœud routier et lieu de stockage pour la commercialisation des produits agricoles de la plaine du Tavoliere. C’est à cette époque que l’on construit la schola, siège d’un collegium (plusieurs associations sont attestées par les inscriptions), et que l’on donne un nouvel aspect monumental au centre urbain grâce à l’aménagement de la place du forum avec les nouveaux portiques, les tabernae, le macellum et le temple A. Un peu plus loin, dans les secteurs de fouille des années 1990, sont bâtis aussi la domus A près de l’amphithéâtre, les thermes et des boutiques de part et d’autre de la voie Trajane.

5 Dans cette reconstitution de l’histoire de la ville, c’est surtout l’analyse de l’évolution de l’habitat de l’Antiquité tardive après le tremblement de terre de 349 qui retient l’attention. Alors que les études précédentes mettaient l’accent sur la « crise » inéluctable, prélude à l’abandon définitif des VIe-VIIe s., l’auteur refuse ce cliché et nous donne à la place une interprétation fonctionnelle particulièrement convaincante. Les interprétations précédentes étaient fondées sur les effets du tremblement de terre du milieu du IVe s. sur le centre urbain : ici ni la basilique, ni le macellum, ni l’amphithéâtre ne sont plus reconstruits après cet épisode dramatique. Toutefois, si deux de ces bâtiments, la basilique ou l’amphithéâtre, ne sont pas restaurés, c’est parce que l’on n’en voit plus l’utilité d’usage : à cette époque la justice est surtout rendue dans la nouvelle capitale régionale, Canusium, alors que la diffusion du christianisme devait détourner les foules des spectacles de gladiateurs. En revanche, on ne lésine pas sur les moyens pour la restauration des thermes. C’est là la leçon des fouilles des années 1990 dans le secteur le long de la voie Trajane : si l’établissement balnéaire a été restauré avec soin c’est parce que les thermes jouent encore un rôle important dans la vie quotidienne des hommes de l’Antiquité tardive ; l’établissement offre aussi ses services aux voyageurs de passage : désormais, en effet, le centre névralgique de la ville s’est déplacé depuis la place du forum vers ce grand axe de circulation qu’est la voie Trajane ; en même temps, de l’autre côté de la voie, un quartier de boutiques voit le jour en face des thermes.

6 Si au IVe, et encore au début du Ve s., la ville montre toujours les traces d’une relative vitalité économique, à partir de la deuxième moitié du Ve s. s’amorce nettement le processus de « ruralisation » au terme duquel une ancienne cité antique telle qu’Herdonia est devenue une civitas ruralis tout à fait semblable à l’ancienne villa de San Giusto, dans le territoire de Luceria, où une agglomération se développe autour d’un ancien établissement domanial (G. Volpe éd., San Giusto. La villa, le ecclesiae. Primi risultati dagli scavi nel sito rurale di San Giusto (Lucera), 1995-1997, Bari, Edipuglia, 1998). L’une et l’autre sont en réalité des villages, des bourgs ruraux, qui assument toutefois en même temps le rôle de siège épiscopal. À la fin du Ve s., les traces d’abandon se multiplient à Herdonia, jusqu’à arriver à la période des siècles obscurs lorsque, depuis le VIIe jusqu’au IXe s., l’évidence archéologique fait défaut. Il faudra attendre la « re-colonisation » du Tavoliere, à partir du XIe s., pour voir apparaître des traces de vie à Ordona. De façon significative les premières installations sont des silos à grains creusés dans le substrat rocheux (on en a retrouvé 20 sur l’ensemble des secteurs de fouille, avec une capacité totale de stockage de 5 000 q) ; ils sont d’abord placés dans des enclos à ciel ouvert (peut-être à usage collectif, sous le contrôle des autorités locales), ensuite à l’intérieur des habitations. On ne pourrait trouver une meilleure illustration pour les défrichements caractéristiques des XIe-XIIe s. des terres à blé du Tavoliere que J.-M. Martin (La Pouille du VIe au XIIe siècle, Rome, BEFAR, 1993) nous a fait aussi bien connaître grâce à l’analyse des textes médiévaux. Au XIVe-XVe s., les silos à grains, ainsi que les habitations rurales, sont abandonnés : c’est la marque visible de la mise en place du système aragonais de la Dogana delle Pecore où l’élevage transhumant va assumer un rôle de plus en plus prépondérant dans l’exploitation des terres de la plaine apulienne.

7 En devant dresser un bilan des apports d’Ordona X à notre connaissance de l’histoire antique et médiévale des Pouilles septentrionales on pourrait estimer, à première vue, que les nouveaux acquis demeurent pour l’instant limités : l’étude des deux domus ne permet pas encore d’envisager une véritable histoire de l’architecture résidentielle à l’époque romaine ; quant à la période médiévale, le « vide » archéologique des VIIe-IXe s., suivi par la reprise agricole des XIe-XIIe s., ne fait que confirmer des connaissances déjà bien établies. De même, la reconstitution de l’histoire économique d’Herdonia et sa région à partir des données des fouilles urbaines et des céramiques demande à être validée par une étude plus approfondie de l’occupation du territoire et de l’évolution de l’environnement. Certes, d’ores et déjà des études ponctuelles – telles que celles de G. De Felice sur la fouille du pont du Carapelle (p. 215-230), de M. Mazzei sur la nécropole extra-urbaine le long de la voie Trajane (p. 231-235), de D. Leone sur les céramiques de la ferme de Posta Crusta (p. 387-432), de M. Leguilloux et O. Simone sur les restes de la faune (p. 477-496 et p. 497-504) – ouvrent des perspectives intéressantes. Il faudra attendre néanmoins la poursuite des opérations sur le terrain, et notamment la mise en place des prospections archéologiques et des analyses palynologiques et paléobotaniques annoncées par l’auteur, pour savoir si le nouveau programme de recherches à Herdonia tiendra toutes ses promesses. Pour notre part, nous faisons confiance à G. Volpe qui a déjà fait preuve de sa capacité à mettre au point des stratégies de recherche adaptées à la solution de problèmes historiques ; sa fine analyse de l’évolution d’Herdonia à la fin de l’Antiquité est là pour le montrer, avec l’exploitation des nouvelles données de fouilles sur les thermes et la mise en perspective de l’indispensable objectif à atteindre pour une véritable compréhension de la période : la découverte de l’église épiscopale d’Herdonia, pivot central de la nouvelle organisation urbaine.

8 Quelle que soit l’appréciation du contenu de ce volume, tous, sans exception, ne pourront que savoir gré à la nouvelle équipe italo-belge d’avoir relevé le défi de la reprise des explorations archéologiques à Ordona, en rendant ainsi, selon les mots de la dédicace du livre, un hommage mérité « aux quatre-vingt ans de vie de Joseph Mertens, dont la moitié a été consacrée à Herdonia ».

9 Rita COMPATANGELO-SOUSSIGNAN.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755d