Steven H. Rutledge, Imperial Inquisitions. Prosecutors and Informants from Tiberius to Domitian, Londres - New York, Routledge, 2001, 416 p.
Pages 755b à 861b
Citer cet article
- COGITORE, Isabelle,
- Cogitore, Isabelle.
- Cogitore, I.
https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755b
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- Cogitore, I.
- Cogitore, Isabelle.
- COGITORE, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755b
1 Ce livre, d’un volume raisonnable, est une étude claire et rigoureuse du phénomène particulier que représentent les délateurs au Ier siècle. Il est composé de deux parties, une partie synthétique comprenant une introduction et 7 chapitres, et une prosopographie.
2 La méthode d’analyse et les choix sont clairement expliqués dans une introduction d’une grande fermeté. De manière un peu provocatrice, S. H. R. entreprend de mettre en doute l’habituelle présentation des délateurs, essentiellement fondée sur Tacite et très négative ; pour lui, il faut reconnaître une utilité aux délateurs et souvent réévaluer leur action, loin de tout préjugé. Cette déclaration de principe se fait toutefois discrète dans la suite du livre, car la plupart des démonstrations sont fondées principalement sur les récits de Tacite, comme de juste, et S. H. R. lui-même n’a pu éviter d’être parfois victime de la peinture au noir tacitéenne. Cependant, il a su dégager ce qu’il y a de formulaire et d’attendu dans la présentation des délateurs par Tacite, grâce à une mise au point sur l’archétype du délateur, au début de l’ouvrage. On peut toutefois regretter que l’analyse n’utilise pas plus, dans la suite du livre, les outils littéraires, capitaux pour évaluer un historien comme Tacite, et pour comprendre la valeur de son récit.
3 Un chapitre est consacré à l’avancement politique et social des délateurs, aux récompenses qu’ils obtiennent et par conséquent au climat politique, dont S. H. R. donne une vision complète et claire. Un chapitre est consacré à l’application de certaines lois : il perd un peu de vue les délateurs pour s’intéresser plus généralement aux procès. On pourrait faire le même reproche aux deux chapitres consacrés à l’opposition sénatoriale, dans lesquels sont abordés chronologiquement – et l’aspect « catalogue » est ici inévitable – les épisodes où apparaissent des délateurs : ces derniers ne sont vite que le prétexte à aborder des questions politiques générales. En ce qui concerne le chapitre consacré aux rapports des délateurs avec la famille impériale, on peut regretter que l’analyse soit souvent un peu rapide ; de même, dans le dernier chapitre, consacré aux « conspirations », il n’y a par exemple pas de différence de traitement entre des conspirations très différentes, menées par des gens de niveau social différent, ayant des buts et des moyens différents. Le terme conspiration regroupe en somme tous les types d’action contre le pouvoir impérial, selon S. H. R. Cette approche peut cependant être justifiée par le biais qu’a choisi S. H. R., qui veut axer son étude sur les délateurs. Mais il semble que l’auteur ait parfois hésité entre une étude des délateurs et une étude de beaucoup plus grande ampleur sur le climat politique du Ier siècle.
4 Les qualités de l’ouvrage sont cependant indéniables : l’auteur écrit avec une grande clarté et beaucoup d’élégance ; il guide son lecteur avec soin, par des introductions, des conclusions partielles, et des conclusions globales claires et courageuses à la fin de chaque chapitre. Les notes, en fin de volume, comportent essentiellement des références bibliographiques et peu de discussion d’idées, qui se trouvent être intégrées dans le texte.
5 La partie prosopographique de l’ouvrage constitue un instrument utile, qui ne peut être séparé de la synthèse, car S. H. R. a, semble-t-il, cherché à éviter les redites entre les deux parties. S. H. R. fait le point, avec prudence, sur la centaine de délateurs qu’il a individualisés, en utilisant la bibliographie récente. Les références aux sources sont données, mais les textes ne sont pas reproduits : il est vrai que pour ce qui est de Tacite, la plupart des textes ont été cités dans la première partie, dans la traduction de S. H. R. La raison pour laquelle les sources épigraphiques sont signalées après la bibliographie, et non au côté des sources littéraires, ne m’apparaît pas clairement.
6 La bibliographie est très sérieuse, mais, majoritairement anglo-saxonne, souffre de l’absence de références à certains ouvrages français et italiens : par exemple, sans donner ici de liste exhaustive, quand S. H. R. consacre quelques pages à la situation sous la République, on s’étonne de ne pas trouver de référence au livre de C. Nicolet ; de même à propos de la situation de la domus julio-claudienne, il manque une référence au livre de F. Hurlet sur les collègues du Prince ; manque le livre tout récent – peut-être trop ? – de F. Rohr Vio : Le voci del dissenso, l’opposizione sotto Augusto, Padova, 2000.
7 La présence d’un glossaire final, les notes en fin de volume, la prosopographie séparée, ainsi que la quatrième de couverture au ton provocateur ( « was the Roman Empire a system of evil comparable to nazism or stalinism ? » ), tout cela ne doit pas faire perdre de vue qu’il ne s’agit pas ici d’un livre de vulgarisation, mais d’un livre solide, sérieux, qui a en outre la caractéristique de se lire aisément.
8 Isabelle COGITORE.