María Asenjo González, Espacio y sociedad en la Soria medieval, siglos XIII-XV, Soria, Ediciones de la Excma, Diputación Provincial de Soria, 1999, 607 p.
Pages 139o à 251o
Citer cet article
- JOSSERAND, Philippe,
- Josserand, Philippe.
- Josserand, P.
https://doi.org/10.3917/rhis.021.0139o
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- Josserand, P.
- Josserand, Philippe.
- JOSSERAND, Philippe,
https://doi.org/10.3917/rhis.021.0139o
1 Poursuivant depuis plus d’une dizaine d’années des recherches sur les villes de la région comprise entre le Douro et la Cordillère Centrale, que l’on appelait au Moyen Âge l’Estrémadure de Castille, María Asenjo González a délaissé Ségovie, qui constituait jusqu’alors le cadre privilégié de ses investigations, pour Soria et son territoire dont elle propose dans ce livre une épaisse monographie qui tout naturellement prend place dans la collection Temas Sorianos, patronnée par l’exécutif de la province.
2 Pour ce faire, l’auteur a arrêté le choix d’organiser son propos en cinq parties d’ampleur et, pour tout dire, d’intérêt dissemblables. Dans les deux premières, de près de 180 pages, elle traite successivement des formes d’occupation de l’espace et de la vie économique du territoire de Soria durant le Moyen Âge, avant d’aborder dans les deux suivantes, de quelque cent pages chacune, la société puis le gouvernement de la ville, pour terminer par une présentation rapide des évolutions subies par l’espace urbain, évacuées en un peu moins d’une vingtaine de pages.
3 Dans la première partie de l’étude, qui en constitue l’élément le plus original, l’auteur montre bien les particularités de l’organisation spatiale du territoire de Soria par rapport au modèle urbain en vigueur dans l’Estrémadure castillane. Une fois consommé, peu après 1106, l’échec du projet d’Alphonse VI de rétablir Garray, l’ancienne Numance, l’occupation de la région de Soria s’est en effet davantage apparentée à une réorganisation du peuplement existant qu’à une véritable colonisation (p. 48). Dans ce but, l’espace a été divisé en 35 collaciones, rassemblant chacune une parentèle dans un district qui dépasse le cadre urbain pour se prolonger sur l’ensemble du territoire (p. 59), un peu à la manière des communautés gentilices de vallées étudiées pour la Cantabrie et le Guipúzcoa par Barbero et Vigil ou Achucarro (p. 145). Du moins est-ce l’image qui se dégage après coup de cette source exceptionnelle que constitue le rôle d’imposition établi pour Soria en 1270 à la faveur d’un conflit pour la dîme entre les clercs de la ville et ceux des églises du territoire. À juste titre, l’auteur y voit le reflet d’une polarisation encore peu accentuée du finage urbain qu’elle interprète, par comparaison avec les documents fiscaux postérieurs, comme la marque d’un mouvement tardif de féodalisation auquel les pouvoirs dominants, au premier rang desquels la monarchie, ne seraient pas parvenus complètement à soumettre les populations avant le milieu du XVe siècle (p. 201).
4 Les développements suivants, pour leur part, n’offrent pas l’originalité de la partie initiale. Ils se bornent malgré les protestations de l’auteur à présenter un panorama de l’évolution économique et sociale de Soria au cours des derniers siècles du Moyen Âge selon une perspective déjà très largement balisée par l’histoire urbaine. L’auteur fait ainsi valoir combien la ville s’appuie à partir du XIIIe siècle sur un système agro-pastoral pareil à celui qu’utilisent de nombreuses localités d’Estrémadure (p. 217), à l’unique différence que la pauvreté de son sol permet de perdurer à des formules d’utilisation collective, voire intermittente de la terre (p. 219). Pareille situation se maintient durant une bonne partie du Moyen Âge tardif sans que la crise du XIVe siècle ne suppose une rupture pour un espace rompu à vivre à la limite de la subsistance (p. 229). Elle n’est pas véritablement remise en cause avant la seconde moitié du XVe siècle sous l’effet d’un développement de l’élevage transhumant, dont l’auteur révise à juste titre la chronologie hâtive trop souvent proposée (p. 269), et d’une plus grande ouverture au commerce régional qui génèrent une richesse dont l’oligarchie locale comprend à partir des années 1480 l’ampleur du parti qu’elle peut en tirer (p. 325). La prospérité de Soria à la fin du Moyen Âge est donc très inégalement partagée entre ses habitants. Elle renforce une tendance à une plus grande hiérarchisation sociale dont se faisait déjà écho le fuero concédé par Alphonse X (p. 400) et lui donne un tour définitif en consacrant au sein de la ville le primat d’une élite, les caballeros villanos, qui parviennent peu à peu à se déprendre du jeu contraignant des parentèles pour asseoir le pouvoir de leur groupe (p. 435). Passé le milieu du XVe siècle, ils s’imposent ainsi à la tête de la ville dont ils confisquent le gouvernement, désormais confié chaque année à 6 regidores, choisis en alternance dans les 12 lignages principaux (p. 511), et réforment même l’espace qu’ils partagent en 12 cuadrillas, renfermant chacune plusieurs églises des anciennes collaciones dont la trace disparaît progressivement dans un paysage urbain appelé à se perpétuer tout au long de l’époque moderne (p. 587).
5 Au total, l’étude de María Asenjo González forme une contribution importante à l’histoire médiévale de Soria pour laquelle la bibliographie est ample mais très éclatée, si l’on excepte la thèse de Máximo Diago Hernando, soutenue en 1993 et publiée la même année à Valladolid sous le titre, Espacio y poder en Soria a fines de la Edad Media, qui ne reçoit dans le travail que de rares références, le plus souvent polémiques. Plus largement, l’ouvrage constitue un apport non négligeable à l’histoire urbaine de la Castille médiévale, que son auteur a puissamment aidé à développer, bien que l’on soit fondé à regretter qu’il reste conçu selon des schémas traditionnels qui ne prennent par exemple absolument pas en compte la construction d’un imaginaire urbain, évacuant en trois paragraphes le célèbre récit légendaire des 12 lignages de Soria (p. 449-451), sans chercher à approfondir un thème pourtant d’actualité dans l’historiographie.
6 Il convient en outre de souligner qu’il n’est pas sûr que la forme du travail en serve l’objet. S’orienter dans l’étude est en effet une gageure tant le plan est déséquilibré, inutilement complexe et, à plusieurs reprises, subdivisé de façon arbitraire puisque divers développements conçus comme des têtes de chapitre n’ont pas de répondants (1 sans 2, A sans B). Un tel défaut entraîne des redites, comme pour l’explication du sens originel de la collación, mentionnée par l’auteur plus d’une demi-douzaine de fois, et pour l’échec du repeuplement de Garray, rappelé à trois reprises (p. 40, 43 et 209). Elles peuvent, le cas échéant, se doubler d’approximations comme c’est le cas pour la date de la concession du fuero de Soria qui, faute d’être précisée dans le texte conservé, a été située durant le règne d’Alphonse X sans plus de détails par les historiens du droit, ainsi que le rappelle l’auteur (p. 396), non sans l’avoir attribuée au préalable à une date proche de 1256 (p. 220), voire à cette même année (p. 335), sans autre forme d’explication.
7 Il ne fait aucun doute qu’un index en fin de volume eût permis au lecteur de mieux circuler à l’intérieur de l’analyse. Son absence peut à bon droit être regrettée. En revanche, celle de l’inventaire des sources dépouillées et de la bibliographie utilisée doit être condamnée de la manière la plus véhémente tant c’est une lacune impardonnable pour une étude scientifique : s’il s’agit là, selon toute vraisemblance, d’un manquement imputable à un choix éditorial, hélas en passe de banalisation en Espagne, on ne peut que s’étonner de la façon dont l’auteur l’assume en introduction, cherchant même à le justifier au prix d’un paragraphe particulièrement embarrassé qui en vient à soutenir que mieux vaut éliminer la bibliographie plutôt que de ne pas la présenter dans son exhaustivité (p. 20-21).
8 Philippe JOSSERAND.