Victor Enthoven, Zeeland en de opkomst van de Republiek. Handel en strijd in de Scheldedelta c. 1550-1621, Leyde, Luctor et Victor, 1996, 450 p. Corrie Reinders Folmer, Van Prooijen : van Goederenkandel naar Slavenkandel. De Middelburgse Commercie Compagnie 1720-1755, Middelbourg, 2000, 222 p. (« Werken uitgegeven door het Koninklijk Zeeuwsch Genootschap der Wetenschappen », no 10). P. J. Van Cruyningen, Bekous maar buigzaam. Boeren in West-Zeeuws-Vlaanderen 1650-1850, Wageningen, Afdeling Agrarische Geschiedenis Landboux Universiteit, 2000, 486 p. (« A. A. G. », no 40).
- Par M. Morineau
Pages 153t à 263t
Citer cet article
- MORINEAU, M.,
- Morineau, M..
- Morineau, M.
https://doi.org/10.3917/rhis.011.0153t
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- MORINEAU, M.,
https://doi.org/10.3917/rhis.011.0153t
Notes
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Pourquoi, cependant, aucun mot n’est-il dit sur la situation climatique de la Zélande. Le caractère protégé que démarquait le proverbe traditionnel : « Brabantse lucht, zeeursche zucht » – quand le vent souffle du Brabant, c’est tout profit pour la Zélande – serait-il déplacé ? La régularité des récoltes lui donnerait une certaine consistance.
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[8]
Je me permettrai de rappeler que sur ces deux points : le refus d’une histoire immobile et le refus de sacrifier à une croissance vraie (avatar d’une « révolution »), je me suis exprimé à plusieurs reprises pour la France (et pour l’Angleterre), ce que les auteurs des manuels pour l’agrégation et le Capes 1999-2000 ont pour la grande majorité ignoré ou écarté. Bizarrement. Cf. la mise au point dans Vade mecum. Vade retro Satanas (Paris, 1999).
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[9]
Autres publications récentes de l’Afdeling Agrarische Geschiedenis de l’Université de Wageningen : Paul Brusse, Overleven door Ondernemen. De Agrarische Geschiedenis van de Over-Betuwe 1650-1850, Wageningen, 1999, 562 p. (A. A. G. Bijdragen, no 38) ; Johan A. Kamermans, Materiële Cultuur in de Krimpenerwaard in de zeventiende en achttiende eeuw. Ontwikkeling en diversiteit, Wageningen, 1999, 402 p. (A. A. G., no 39).
Ces deux livres nous éloignent beaucoup évidemment de la Zélande et de la Flandre zélandaise, bien que P. J. Van Cruyningen y ait fait deux ou trois allusions, à titre de comparaison. Mais ils constituent deux pièces de plus à reporter dans l’assemblage final qui restituera la physionomie rurale des Pays-Bas du Nord.
1 Le « particularisme » zélandais est une donnée irréductible de l’histoire des Provinces-Unies. Ce troupeau d’îles entre les branches de l’Escaut, davantage exposé à la fureur de la mer que la Hollande, plus près d’Anvers dont elle fut l’avant-port que d’Amsterdam, animé par les entreprises de la course et de la colonisation en Amérique équatoriale ; ces villes et ces États prompts à revendiquer leurs droits à l’intérieur de l’Union, à tenir tête à sa puissante voisine au nord, ayant acquis une présence politique allant bien au-delà de son potentiel propre, penchant souvent en faveur de la maison d’Orange au détriment des antistadhoudériens... On savait tout cela et les publications de la Société scientifique royale de Zélande y avaient apporté beaucoup d’aliments. Pourtant, il restait encore de vastes pans de connaissance à découvrir. Ce à quoi se sont consacrés les auteurs dont nous recensons ici les œuvres.
2 Suivons un ordre chronologique. La période étudiée par Victor Endhoven offre un intérêt particulier du fait qu’elle est « à cheval » : avant et après le soulèvement contre la domination espagnole. De la rupture devaient résulter, forcément, une dislocation des premières activités et une réorientation à laquelle l’état de guerre élevait maints obstacles. La pêche, le commerce du sel, peut-être celui du vin survécurent couci-couça, très affaiblis. La fonction de point de ralliement pour le port d’Anvers souffrit beaucoup mais, à l’ombre des licences pour le trafic avec l’ennemi, conserve de son lustre. Des entreprises nouvelles furent créées dans l’Atlantique et vers la Méditerranée. On a parfois du mal à pondérer la part des Zélandais dans une expansion qui intéressa l’ensemble des marchands néerlandais. C’est peut-être une rançon de la documentation. Le rôle des Convooien-en-Licenten – les impôts perçus sur le commerce sur mer et sur terre – serait sans doute à relativiser dans le soutien à l’effort militaire naval, tant éclate par moments la disproportion entre les recettes et les dépenses ou les besoins.
3 Avec le gros ouvrage de Peter Priester, c’est l’originalité la moins contestable de la Zélande qui est étudiée, scrutée sur trois siècles d’affilée (grâce en grande partie à la conservation des dîmes durant ce laps de temps). Dans un ensemble qui paraît avoir été voué principalement aux prairies et à l’élevage (sans préjudice des tulipes !), la province se distinguait par la culture de ses champs, la production du froment et de la garance – sans préjudice, néanmoins, de ses arbres fruitiers. Elle exportait et son blé était coté au plus haut niveau sur les places de déversement. Réputation anciennement établie, déjà à l’aube du XVIIe siècle, après sans doute, un passage difficile contemporain de la révolte. Ce qui rend la prospection d’autant plus passionnante, c’est l’espèce de condamnation qui a pesé sur elle et sur son absence d’évolution au XIXe siècle, sa stagnation : contrastant fort avec le dynamisme et les progrès d’une autre province, celle de Groningen (Groningue) à la même date, ou de la Drenthe (d’après J. L. Van Zanden). Stationnement auquel l’on n’a pas manqué jadis et récemment, d’attribuer des causes : depuis la routine, l’absence d’imagination des paysans, l’influence néfaste des prélèvements « féodaux » et dérivés, l’insuffisance des capitaux, etc. La réponse est remarquable.
4 Elle consiste d’abord dans l’inventorisation précise de l’agriculture dite « ancienne ». Qui bénéficiait de la qualité du sol en général mais devait se battre contre le sel infiltré, qui limitait les possibilités de l’élevage et entraînait des contraintes pour la culture. Qui se déploya dans un contexte juridique mouvant, variable de plus d’une île à l’autre, et faisant jouter propriété paysanne et location des terres, cette dernière assortie de clauses assez strictes : sur la durée, les redevances, la destination du sol, la jachère, le maintien du bon état des lieux... Qui reposait sur un travail minutieux et persévérant de préparation et de nettoyage des champs, à l’aide d’instruments fabriqués avec les bois locaux et de types variant d’un village à l’autre, y compris pour les faucilles. Qui florissait au gré des récoltes et du cours des denrées [7]. Cette agriculture était parvenue à un haut degré de productivité pour le froment comme pour la garance. Les progrès de la province de Groningen au XIXe siècle ont été un « rattrapage », la conversion à une culture intensive d’un labeur resté auparavant extensif, sur des surfaces disponibles comme il n’en existait plus ou rarement en Zélande. Dès lors, le reproche d’arriération tombe. Il avait été porté en fonction d’un modèle idéal et étranger qui n’avait pas à s’appliquer. Davantage, certaines innovations préconisées se heurtaient pour leur intégration à des entraves d’ordre financier, voire de simple gain. À cet égard, les pages consacrées aux engrais, au fumier et aux ingrédients chimiques sont particulièrement éloquentes. Il n’y avait pas d’effet automatique à attendre d’une introduction intempestive. Les paysans zélandais se sont tournés vers les phosphates aux environs de 1880 quand la conjoncture les y poussait (p. 403-409). Ils se mirent à la betterave à sucre à peu près en même temps que les grands fermiers du Bassin parisien. Ils perdirent le marché et la quasi-exclusivité de la garance en présence des plantations de l’ex-comtat Venaissin et de l’Alsace – du moins, ceux qui en étaient devenus les principaux producteurs dans les îles de Tholen et de Schouwen-Duiveland.
5 Qu’il soit permis de relever ici le redressement qui s’impose à propos et de l’agriculture ancienne et de la « modernisation ». La routine alias l’histoire immobile a été une « tarte à la crème » des « experts » en économie rurale aux XVIIIe et XXe siècles, méprisants pour l’empirisme des hommes de la pratique et tout à fait ignorants de la correspondance acquise avec les exigences du milieu, d’un équilibre réalisé à coups d’expériences multiples, clandestines pour nous seulement. C’est un travers que trop d’historiens ont épousé et qui continue de sévir. Et, par symétrie, la croyance à un démarrage explosif avec l’adoption de trois brins de trèfle associés à une charrue up-to-date. Les chemins de la croissance ont été moins droits, plus lents et, coupés de très nombreux embranchements, sans parler de la perte de substance humaine qui les a jalonnés aux XIXe et XXe siècles. La leçon ne vaut pas, l’on s’en doute, uniquement pour la Zélande, voire la Frise et Groningen [8].
6 Dans l’ouvrage de P. Priester, la Flandre zélandaise est souvent convoquée pour une illustration ou un contrepoint du principal. Elle est l’objet en plein du travail de P. J. Van Cruyningen. N’allons pas imaginer un simple décalque de l’un à l’autre. L’attrait des monographies de Wageningen réside aussi dans la construction petit à petit d’une carte complète de toutes les régions, voire sub-régions du pays (ici, seulement la partie ouest de la Flandre zélandaise) : exemple loin d’être imité en France, si l’on excepte le Kochersberg de J. M. Boehler, le pays de Caux de G. Lemarchand et quelques autres, tout de même. Bien entendu, un certain nombre de ressemblances se rencontrent entre le sud et le nord de l’Escaut, ne serait-ce qu’en raison des polders. Les différences les plus notables apparaissent, semble-t-il, dans l’étendue des exploitations, dans un recours plus appuyé à une main-d’œuvre étrangère saisonnière, dans le choix de privilégier la culture du froment – au lieu de se tourner vers la garance comme à Tholen et à Schouwen-Duiveland –, malgré les baisses du cours à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe ; surtout, peut-être, la présence d’un travail non agricole à côté de l’activité proprement terrienne. Ces orientations indiquées ne sont pas toujours entièrement expliquées – en particulier l’attraction des villes de Zélande et de Hollande. Pour le reste, la formule du « conservatisme avec souplesse » – Behouden maar buigzaam – traduit le même style observé à Walcheren ou Noord- et Zuid-Beveland. Pareillement, la betterave à sucre et les engrais chimiques n’ont percé qu’à la fin du XIXe siècle [9].
7 Retour arrière pour signaler cette entreprise zélandaise spécifique : la Middelburse Commercie Compagnie, qui naquit dans le climat hautement spéculatif de 1720, qui survécut aux bouillonnements dévastateurs, tâta du commerce plus ou moins de contrebande avec la côte espagnole des Caraques, finit à partir de 1739 par s’adonner principalement au trafic d’esclaves et disparut, d’après C. Reinders Folmer – Van Prooijen, à cause du non-renouvellement de son équipe directrice. C’est un livre élégant, grossi de treize annexes documentaires (les listes des voyages répartis par direction), selon l’excellente habitude néerlandaise. L’auteur avoue in fine une curiosité insatisfaite : découvrir le lien qui a pu exister onomastiquement entre la Groot Prooijen, une ferme en Zélande, et la Groot Prooijen, une frégate construite en 1741. Le regret est charmant et nous autorise à terminer ces comptes rendus en réunissant les deux piliers de l’économie zélandaise : l’agriculture et le commerce.
8 Michel MORINEAU.