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Compte rendu

Simon Price, Religions of the Ancient Greeks, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, XII-217 p., 36 figures ( « Key Themes in Ancient History » ).

Pages 153c à 263c

Citer cet article


  • Sineux, P.
(2001). Simon Price, Religions of the Ancient Greeks, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, XII-217 p., 36 figures ( « Key Themes in Ancient History » ). Revue historique, 617(1), 153c-263c. https://doi.org/10.3917/rhis.011.0153c.

  • Sineux, Pierre.
« Simon Price, Religions of the Ancient Greeks, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, XII-217 p., 36 figures ( “Key Themes in Ancient History” ). ». Revue historique, 2001/1 n° 617, 2001. p.153c-263c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2001-1-page-153c?lang=fr.

  • SINEUX, Pierre,
2001. Simon Price, Religions of the Ancient Greeks, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, XII-217 p., 36 figures ( « Key Themes in Ancient History » ). Revue historique, 2001/1 n° 617, p.153c-263c. DOI : 10.3917/rhis.011.0153c. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2001-1-page-153c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.011.0153c


1 Après Religions of Rome, écrit en collaboration avec M. Beard et J. North (vol. 1 : A History ; vol. 2 : A Sourcebook, Cambridge, 1998), S. Price se livre à une étude synthétique de la vie religieuse des Grecs. L’ouvrage, de dimension limitée (171 pages de texte), se propose d’étudier la vie religieuse des Grecs de l’époque archaïque au Ve siècle apr. J.-C. Le choix d’un champ chronologique aussi large, justifié dans le chapitre d’introduction, repose sur l’idée d’une stabilité du système religieux des Grecs, profondément ancré dans les structures sociopolitiques que sont les cités. Si des changements sont intervenus (introduction de nouveaux cultes adressés, notamment aux rois et aux empereurs, émergence de nouvelles conceptions des divinités), l’auteur table sur la vitalité du système à l’époque romaine dont la Périégèse de Pausanias serait le témoin. Dans ce cadre, ce sont avant tout les pratiques et les croyances locales qui sont examinées, dans leur articulation avec le système religieux panhellénique et les conceptions générales des Grecs sur le divin. Le pluriel « religions » du titre évoque cette volonté de rendre compte de la diversité des situations. Tous les types de sources sont convoqués (sources littéraires, épigraphiques et archéologiques), après qu’a été rappelée l’indispensable prudence dont il faut faire preuve lorsqu’il s’agit de les confronter les unes avec les autres.

2 Le chapitre 2, intitulé « Dieux, mythes et fêtes », évoque tout d’abord brièvement la nature des sources qui donnent accès aux mythes panhelléniques et les différents modes d’approche possibles de ces mythes ; puis, il tente de montrer comment, dans les mythes locaux où les héros prennent d’ailleurs une grande importance, des variations se construisent, que ce soit dans la hiérarchie au sein des panthéons (voir l’exemple d’Athènes avec les figures d’Athéna, de Poséidon et de Thésée) ou, parfois, dans les fonctions attribuées à telle ou telle divinité (Perséphone à Locres). L’étude des fêtes (calendriers, éléments constitutifs) et, en particulier, des sacrifices permet d’envisager d’autres modes d’articulation entre les niveaux panhelléniques et locaux. Dans le chapitre 3, l’auteur s’intéresse aux lieux de culte : localisation sur le territoire des cités, composantes architecturales, extrême variété des types d’offrandes que l’on peut y rencontrer, problème des dépenses et des revenus. Le chapitre 4 se propose de dépasser la question, jugée anachronique, de la tolérance ou de l’intolérance des Grecs dans le domaine de la religion et d’examiner celle de la nature et de la source de l’autorité (prêtres, exégètes, oracles) ; il évoque les différentes formes d’imbrication de la vie religieuse et de la vie politique, puis il analyse les épisodes célèbres de la profanation des Mystères et de la mutilation des Hermès en 415 ainsi que le procès de Socrate. Les mécanismes de contrôle et le rôle des croyances populaires qui garantissent le bon ordre dans la cité sont ainsi mis en évidence. Dans le chapitre 5, l’auteur étudie les pratiques religieuses liées aux différentes étapes de la vie des individus, de la naissance à la mort. Cette étude le conduit à distinguer « filles et garçons, femmes et hommes » et débouche sur une série de remarques concernant l’au-delà dont la conception limitée et peu élaborée chez les Grecs n’a pas empêché, comme le montrent notamment les mystères d’Eleusis, l’émergence de rites qui traduisaient l’espoir d’un bonheur après la mort. Ensuite, par l’analyse d’une série d’exemples, le chapitre 6 met en valeur un certain nombre de cultes dont la particularité est d’être l’objet de choix, liés à autant de situations particulières, de la part de ceux qui s’y adonnent. Ainsi sont analysés avec plus ou moins de précision, et toujours dans un champ chronologique très large, le culte d’Asklépios, les cultes à mystères, certaines formes des cultes dionysiaques, l’orphisme et le pythagorisme ou encore le culte d’Isis. Les deux derniers chapitres s’emploient à présenter le point de vue de ceux, Grecs, Romains, Juifs et Chrétiens, dont la vision du monde ou les croyances se démarquaient à l’origine plus ou moins fortement de la religion grecque. Ainsi, l’auteur rappelle comment, chez les penseurs grecs, le rejet de la mythologie traditionnelle héritée d’Homère et d’Hésiode n’était pas incompatible avec une acceptation générale des pratiques religieuses auxquelles, parfois, des significations nouvelles pouvaient être données. Enfin, dans des pages tout à fait originales et suggestives, sont évoquées les différentes formes de l’articulation entre les religions grecque et romaine, que ce soit l’intégration pure et simple de cultes grecs à Rome, le rattachement des origines de Rome à la sphère religieuse orientale (Enée à Lavinium, le prestige des Pénates, l’introduction du culte de Mater Magna...), le rejet des rites grecs de forme extatique ou la protection des cultes grecs par les gouverneurs et les empereurs romains.

3 Cette étude, accompagnée d’une bonne trentaine de figures (plans de sanctuaires ou de bâtiments, photographies de matériel archéologique...) retient l’attention par son originalité qui touche aussi bien sa structure d’ensemble que la succession des points de vue défendus. En même temps, les partis pris de l’auteur sont de ceux qui peuvent donner matière à réflexion et ouvrir la discussion. En particulier, la volonté d’englober, dans une étude organisée de façon thématique, une période allant pour ainsi dire du VIIIe siècle av. J.-C. au Ve siècle apr. J.-C. peut paraître contestable. Tout d’abord, l’interaction entre le développement d’un certain nombre de pratiques religieuses et la structuration de la cité à l’époque archaïque apparaît insuffisamment étudiée. D’autre part, l’étude du monde des ethnè est occultée et, si l’on peut admettre que le déclin de la cité après l’époque classique est illusoire, il n’en reste pas moins qu’un certain nombre de pratiques religieuses ont pu connaître des évolutions notables au cours de la période. Il est parfois difficile d’admettre sans réserve des interprétations sur la nature de certains cultes élaborées à partir de documents tardifs. Ainsi, pour prendre l’exemple du culte d’Asklépios, le compte rendu que donne Aelius Aristide au IIe siècle apr. J.-C. de ses cures au sanctuaire de Pergame n’est pas nécessairement représentatif des pratiques – et des sentiments qui les accompagnaient (p. 112) – qui avaient lieu à Epidaure au IVe siècle av. J.-C., époque de la rédaction des « stèles de guérison » (à propos desquelles, au demeurant, on ne comprend pas pourquoi la note 9, p. 110, ne retient que les récits IG IV2, 121, 33-41) ; de même, la question de l’articulation des pratiques religieuses et d’une véritable thérapeutique (notamment avec l’introduction d’installations balnéaires comme l’a montré, par exemple, R. Ginouvès pour le cas de Gortys d’Arcadie ou dans son Balaneutikè) mériterait d’être posée dans la mesure où elle traduit une évolution du culte. Sur des aspects plus précis, on peut être étonné des lectures qui sont faites de tel ou tel document connu comme, par exemple, la statue d’Athéna Parthénos de Phidias, désignée comme étant celle d’Athéna Polias (p. 56 et 57 où P. évoque « the prestige of Pheidias statue of Athena Polias »). Cette même statue de Phidias est appelée « statue de culte d’Athéna » (p. 22) à propos de la probable présence de Thésée et des Amazones sur le bouclier (pour lequel, par ailleurs, quelques mots sur les problèmes de reconstitution auraient été bienvenus avec un renvoi aux travaux de V. Strocka et de E. B. Harrison notamment). Il convient de rappeler que la statue de Phidias est celle de la Parthénos, appelée ainsi par Pausanias, V, 11, 10 et probablement par Aristophane, Oiseaux, 670 (si, toutefois, on met une majuscule à Parthénos, ce qui permet de traduire : « Et tout l’or qu’elle a ! On dirait Parthénos »), que ce n’était pas une statue de culte et que le Parthénon, plutôt qu’un temple, doit être considéré comme un trésor d’une dimension exceptionnelle ; le culte rendu par les Athéniens à Athéna est centré avant tout (même si des inscriptions attestent un culte d’Athéna Parthénos à l’Acropole d’Athènes dès le début du Ve siècle : cf. D. J. Geagan, in M. Dillon (ed.), Religion in the Ancient World : New Themes and Approaches, Amsterdam, 1996, p. 145-164 ; M. Lipka, « Anmerkungen zu den Weihinschriften der Athena Parthenos und zur Hekatompedon-Inschrift », in W. S. Schuller, Kult und Kultbauten auf der Akropolis Internationales Symposion vom 7 bis 9 Juli in Berlin, Berlin, 1997, p. 37-44 et les remarques du Bull ép., 1998, no 25) sur la figure d’Athéna Polias, dont le xoanon était abrité à l’Erechthéion (que l’auteur évoque bien note 36, p. 57) et objet du rituel des Panathénées (comme il est bien dit p. 33).

4 L’ouvrage se termine par un choix de quinze inscriptions traduites. Si l’idée de rendre accessibles immédiatement ces documents est judicieuse, on regrettera que les renvois qui sont faits au fil du texte ou des notes soient parfois erronés ; ainsi, par exemple, note 68, p. 33, à propos des Panathénées : renvoi à « Appendix no 3 » (sacrifices civiques à Magnésie du Méandre) ; note 29, p. 98 : à propos des Thesmophories, renvoi à « Appendix no 14 » (loi de Gambreion sur le deuil), etc. On trouvera ensuite un court « essai bibliographique », destiné à donner quelques pistes pour découvrir la religion grecque ; globalement, les choix se justifient mais l’on pourra néanmoins s’étonner de certaines absences comme celle de J. Rudhardt, Notions fondamentales de la pensée religieuse et actes constitutifs du culte dans la Grèce classique, paru à Genève en 1958 (2e éd., Paris, 1992). La bibliographie, principalement en langue anglaise, dans laquelle figurent de nombreux articles publiés récemment, montre l’étendue des références utilisées pour l’écriture du texte, même si l’on peut regretter des omissions comme celles, par exemple, qui concernent Apollon, l’oracle et le sanctuaire de Delphes (à commencer par l’ouvrage toujours indispensable de H. W. Parke, D. E. W. Wormell, The Delphic Oracle, 2 vol., 1956). Un index détaillé de huit pages clôture l’ensemble et facilite la consultation d’un ouvrage dont on retiendra le caractère suggestif mais parfois imprudent dans son ambition même.

5 Pierre SINEUX.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.011.0153c