L’histoire urbaine et l’histoire des lignages en débat
Les listes des maires à Poitiers à l’Époque moderne
Pages 65 à 78
Citer cet article
- BERNSTEIN, Hilary J.,
- Bernstein, Hilary J..
- Bernstein, H.-J.
https://doi.org/10.3917/rhu.065.0067
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- BERNSTEIN, Hilary J.,
https://doi.org/10.3917/rhu.065.0067
Notes
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[1]
Sur ce sujet, voir Clarisse Coulomb, « Des villes de papier : écrire l’histoire de la ville dans l’Europe moderne », Histoire Urbaine, no 28, 2010/2, p. 5-16 ; Élie Haddad, « Les histoires provinciales du royaume de France : une approche de la culture des officiers moyens aux xviie-xviiie siècles », dans Michel Cassan (sous la direction de), Offices et officiers « moyens » en France à l’époque moderne : profession, culture, Limoges, Presses universitaires de Limoges (Pulim), 2004, p. 289-324 ; Claire Dolan, « L’identité urbaine et les histoires locales publiées du xvie au xviiie siècle en France », Canadian Journal of History/Annales canadiennes d’histoire, no 27, août 1992, p. 277-298 ; Hilary J. Bernstein, Historical Communities : Cities, Erudition, and National Identity in Early Modern France, Leiden, Brill, 2021.
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[2]
Antoine Coutelle explique les origines de cette idée de déclin culturel à Poitiers dans Poitiers au xviie siècle. Les pratiques culturelles d’une élite urbaine, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 25-53.
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[3]
Par exemple, lorsque Jean Chenu publia son Recueil des Antiquitez et Privileges de la Ville de Bovrges, et de Plvsievrs autres Villes capitales du Royaume..., Paris, Nicolas Buon, 1621, il inclut des listes de maires des villes de Bourges, La Rochelle, Tours, Paris, Bordeaux, et Poitiers (p. 130-140, 235-262, 319-326, 336-340, 467-468, 486-501). Voir aussi Jean Sanson, Les Noms et Ordre des Maires, Eschevins et Conseillers, de la Maison Commune d’Angoulesme, Dépuis la concession des Privileges de Noblesse..., Angoulême, Mauclair, 1651.
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[4]
Françoise Gaulon en parle dans « Manuscrits et annales municipales de Poitiers au Moyen Âge », Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 5e série, t. 11, 1997, p. 19-40, mais elle s’intéresse seulement aux noms des maires sans étudier les commentaires attenants.
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[5]
Hilary J. Bernstein, Between Crown and Community : Politics and Civic Culture in Sixteenth-Century Poitiers, Ithaca, N.Y., Cornell University Press, 2004, p. 28-34.
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[6]
Jean Chenu note le cas exceptionnel de Poitiers en ce qui concerne les droits de succession, Recueil des Antiquitez..., op. cit., p. 110. Pour le droit de séance aux États généraux, voir BNF, Manuscrit français (désormais Ms. fr.) 20084, fol. 67r (1588).
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[7]
Robert Descimon, « Élites parisiennes entre xve et xviie siècle. Du bon usage du Cabinet des titres », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 155, 1997, p. 607-644 ; Olivier Poncet, « Cercles savants et pratique généalogique en France (fin xvie siècle-milieu du xviie siècle) », dans Olivier Rouchon (sous la direction de), L’opération généalogique. Cultures et pratiques européennes, xve-xviiie siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 101-136. De façon plus générale, Eric Ketalaar, ‘‘The Genealogical Gaze : Family Identities and Family Archives in the Fourteenth to Seventeenth Centuries’’, Libraries and the Cultural Record, vol. 44, no 1, 2009, p. 9-28 ; Dale Kent, ‘‘Michele del Giogante’s House of Memory’’, in William J. Connell (ed.), Society and Individual in Renaissance Florence, Berkeley, University of California Press, 2002, p. 110-136.
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[8]
Pour l’histoire de Poitiers à cette époque, voir Hilary J. Bernstein, Between Crown and Community..., op. cit. ; Jean-Pierre Andrault, Poitiers à l’âge baroque, 1594-1652. Une capitale de province et son corps de ville, Poitiers, Société des antiquaires de l’Ouest, 2003 ; Antoine Coutelle, Poitiers au xviie siècle..., op. cit.
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[9]
Archives communales de Poitiers (désormais ACP), Casier 42, Registre 11 et Casier 43, Registre 18, n. 1 ; Bibliothèque municipale de Poitiers (désormais BMP), Ms. 391 (51).
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[10]
ACP, Registre de délibérations 105, p. 108 (Conseil du 21 décembre 1654).
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[11]
ACP, Casier 42, Registre 12, p. 1 : « Cest la Coppie du contenu en un papier relié Signé en plusieurs endroits de Rene Blaye, escuyer, sieur de la Lande, Escheuin de Poictiers qui est es mains de Mr Richard Coner du presidial de Poictiers, lequel m’a mis ceste copie es mains le xx Janvier 1655. Ceste Inventaire a esté collationné a l’Inventaire qui est en la maison de ville en Parchemin relié du bois couuert de noir duquel iay tiré ce qui est cy adiousté aux Chapitres dude Inventaire ». L’inventaire de 1506 existe toujours, ACP, Casier 42, Registre 13.
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[12]
Jean-Pierre Andrault, Poitiers à l’âge baroque..., op. cit., p. 673.
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[13]
Ibid., p. 689.
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[14]
ACP, Casier 42, Registre 12, p. 577 : « Ensuit le recueil des maires de poictiers extraict dung petit liuret par chemin par le Soing & curiosité de Maistre faucon. Despuis lannée troys cents trente & troys ».
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[15]
BNF, Ms. fr. 5940. Françoise Gaulon a premièrement reconnu cet armorial comme la source de la liste dans le Registre 12, « Manuscrits et annales municipales de Poitiers... », op. cit., p. 24.
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[16]
Le manuscrit est inventorié sous le titre, « Noms & armes des maires de Poictiers », avec la cote de 6077, dans le catalogue que fit en 1676 Étienne Baluze, bibliothécaire, de la collection des manuscrits de Jean-Baptiste Colbert, BNF, Collection Baluze 101, fol. 101v. Sur cette collection et son entrée à la bibliothèque du roi, voir Denise Bloch, « La bibliothèque de Colbert », dans Claude Jolly (sous la direction de), Histoire des bibliothèques françaises. Les bibliothèques sous l’Ancien Régime, [Paris], Promodis, 1988, p. 156-179, surtout p. 165, c. 2, p. 173, c. 2, p. 174, c. 1 ; et Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, t. 1, Paris, Imprimerie Impériale, 1868, surtout p. 453. L’actuel Ms. fr. 5940 porte les anciennes cotes : Anc. 10385 (5-3) et Colbert 6077.
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[17]
ACP, Casier 42, Registre 12, p. 577 ; Jean-François Dreux-Duradier, Bibliothèque historique, et critique du Poitou..., t. 3, Paris, Ganeau, 1754, p. 274-275. Gaulon se trompe lorsqu’elle identifie ce « Faucon » comme le même « Mr Felix Faucon, Libraire à poitiers » qui communiqua une autre liste des maires à Dom Fonteneau au xviiie siècle. Jean-Félix Faucon, avocat et libraire à Poitiers, mort en 1782, ne peut pas être le même Maître Faucon qui prêta la copie d’une liste des maires en parchemin à un compilateur de registre municipal qui reçut une autre partie du manuscrit en 1655 (l’écriture est identique). Voir Françoise Gaulon, « Manuscrits et annales municipales de Poitiers... », op. cit., p. 24, 33 ; BMP, Dom Fonteneau XXXIII, p. 89.
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[18]
ACP, Casier 42, Registre 12, p. 605-607.
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[19]
Antoine-René-Hyacinthe Thibaudeau et H. de Sainte Hermine, Histoire du Poitou..., t. 3, 1840, Niort, Robin & Cie, p. 368, 427 (citation).
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[20]
BNF, Ms. fr. 20084. D’après l’ancienne cote de ce manuscrit (Gaignières 1358), Françoise Gaulon explique qu’il fut copié à la requête de cet érudit pendant un séjour à Poitiers en 1703 (« Manuscrits et annales municipales de Poitiers... », op. cit., p. 31). L’armorial est en effet une copie de la main de l’un des serviteurs de Gaignières, le style de peinture et d’écriture étant identique à un autre armorial de sa collection, consacré à la maison royale du Danemark et consultable sous BNF, Ms. fr. 20085. En revanche, elle se trompe de date, étant donné que la visite de Gaignières à Poitiers eut certainement lieu en 1699. On peut la dater plus précisément grâce à la correspondance de l’érudit, qui le place à Fontevrault en juillet 1699 et à Tours, après sa visite à Poitiers, en octobre de la même année (BNF, Ms. fr. 24991, fol. 30-39v, 295r, 515r-516r). Henri Bouchot explique son itinéraire, d’après les dessins qu’il fit faire en Poitou, dans son Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières et conservés aux Départements des estampes et des manuscrits, 2 v., Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1891, t. 1, p. xviii-xix, t. 2, p. 271-274.
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[21]
L’armorial fut répertorié sous la cote de 1370 (et non pas de 1358) dans l’inventaire de Clairambault de 1711, BNF, Collection Clairambault 1032, fol. 461r, « 1370. Autre Portefeuille de parchemin marbré d’os doré cotté maires et Eschevins de Poitiers, manuscrit auec les armes enluminées ». Pour l’intégration de la collection de Gaignières à la bibliothèque du roi, voir Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, op. cit., t. 1, p. 336-355.
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[22]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 59r ; Antoine Coutelle, Poitiers au xviie siècle..., op. cit., p. 80. Autres exemples : BNF, Ms. fr. 20084, fol. 46r (1464), 54r (1515), 66r (1584), 72r (1619), 74r (1633), 76r (1644), 79r (1664).
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[23]
BMP, Mss. 346-347 (141-142), Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine ou Mémoire historique de la Province de Poitou : faits et gestes en sommaire des rois de France et d’Angleterre, païs de Naples et Milan / par M. Jean Bouchet, avocat au siège de Poitiers, enrichies des plus beaux endrois de l’histoire ecclésiastique et universelle, augmentées de tout ce qui s’est passé de plus remarquable depuis son tems en cette septième et nouvelle édition ». Toutes les citations à suivre viennent du deuxième tome, BMP, Ms. 347 (142).
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[24]
Par exemple, Ibid., p. 1062, 1066.
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[25]
Ibid., p. 1115-1116 (1591), 1126 (1594).
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[26]
Ibid., p. 11769-1171.
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[27]
Ibid., p. 1249 ; Jean-Pierre Andrault, Poitiers à l’âge baroque..., op. cit., p. 228, 651.
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[28]
Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine... », op. cit., p. 1459.
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[29]
BMP, Dom Fonteneau XXXIII, p. 1-85, « Noms Des Maires de la ville de poitiers Depuis 1213 Jusqu’à présent, et Remarques de plusieurs choses considerables et importantes qui se sont passees pendant l’exercice de chacun desdits Maires ». On peut constater que cette liste fut copiée originellement du « Registre de la ville », car le texte en est presque identique à celui de l’armorial copié de Gaignières.
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[30]
Qu’un auteur ultérieur ait puisé dans le manuscrit de Bobinet pour des textes du début du xviiie siècle apparaît évident lorsque l’on compare les chroniques sommaires de cette liste aux récits beaucoup plus détaillés, mais très similaires en contenu, chez Bobinet. Voir, par exemple, les mairies de 1693 (Dom Fonteneau XXXIII, p. 79 ; Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine... », op. cit., p. 1498-1499) ou de 1701 (Dom Fonteneau XXXIII, p. 79 ; Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine... », op. cit., p. 1515-1516).
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[31]
Comparer BMP, Dom Fonteneau XXXIII, p. 77-85 à Antoine-René-Hyacinthe Thibaudeau, Histoire du Poitou..., op. cit., p. 431-432.
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[32]
BMP, Dom Fonteneau XXXIII, p. 89-118, « Noms Des Maires de Poitiers, Avec les Choses les plus remarquables qui S’y sont passées pendant les années de chacun ; le tout receuilli tant de l’histoire qu’autrement ». Pour les commentaires pris d’un papier-journal, voir les années 1601 à 1620, et surtout depuis 1615, p. 105-116.
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[33]
Henri Ouvré, Essai sur l’histoire de Poitiers depuis la fin de la Ligue jusqu’à la prise de La Rochelle (1595-1628), Poitiers, A. Dupré, 1856 ; Jean-Pierre Andrault, Poitiers à l’âge baroque..., op. cit., p. 260-262, 542-552 ; Jeffrey K. Sawyer, Printed Poison : Pamphlet Propaganda, Faction Politics, and the Public Sphere in Early Seventeenth-Century France, Berkeley, University of California Press, 1991, p. 73-83 ; Arlette Jouanna, Le devoir de révolte. La noblesse française et la gestation de l’État moderne, 1559-1661, Paris, Fayard, 1989, p. 223, 226, 387 ; Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine... », op. cit., p. 1165-1189.
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[34]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 71r ; Belisaire Ledain (édité par), « Journaux de Jean de Brilhac conseiller en la sénéchaussée de Poitou de 1545 à 1564 et de René de Brilhac conseiller au présidial de Poitiers de 1573 à 1622 », Archives historiques du Poitou, t. 15, 1885, p. 1-48, ici p. 35-37.
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[35]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 71r.
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[36]
BMP, Dom Fonteneau XXXIII, p. 109-112.
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[37]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 57r, 111r.
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[38]
Jean Chenu, Recueil des Antiquitez..., op. cit., p. 495, 497.
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[39]
Ibid., p. 500-501.
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[40]
Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine... », op. cit., p. 1165-1189.
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[41]
BMP, Dom Fonteneau LXXIV, fol. 176r-197v, citation au fol. 197v.
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[42]
Hilary J. Bernstein, Between Crown and Community..., op. cit., p. 153-163, 215-249.
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[43]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 62r ; Pierre-Hyacinthe Bobinet, « Les Annales d’Aquitaine... », op. cit., p. 1000-1001.
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[44]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 64r ; ACP Casier 43, Registre 18, no 2, p. 9.
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[45]
BNF, Ms. fr. 20084, fol. 64r.
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[46]
Hilary J. Bernstein, Between Crown and Community..., op. cit., p. 159-162 ; Pierre Brisson, « Chronique des guerres civiles en Poitou, Aunis, Xaintonge et Angoumois, de 1574 à 1576 », dans Armand-Désiré de La Fontenelle de Vaudoré (édité par), Chroniques fontenaisiennes, Fontenay-le-Comte, Gaudin fils, 1841.
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[47]
Paul de Longuemare, Une famille d’auteurs aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, les Sainte-Marthe. Étude historique et littéraire d’après de nombreux documents inédits, Paris, Alphonse Picard et fils, 1902, p. 152.
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[48]
BNF, Ms. fr. 32424, fol. 235r.
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[49]
Paul de Longuemare, Une famille d’auteurs..., op. cit., p. 67.
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[50]
Pour un excellent exemple de ce point de vue, voir Jean Darnal, Supplement des Chroniques de la Noble Ville & Cité de Bourdeaus..., Bordeaux, Jac. Millanges et Cl. Mongiroud, 1620. Voir aussi, Hilary J. Bernstein, ‘‘Reading Municipal Lists, Interpreting Civic Practice from the Insights of Robert Descimon to Seventeenth-Century Bourges’’, in Barbara B. Diefendorf (ed.), Social Relations, Politics, and Power in Early Modern France : Robert Descimon and the Historian’s Craft, Kirksville, MO, Truman State University Press, 2016, p. 134-157 ; et sur les familles municipales, Laurent Coste, Les Lys et le chaperon. Les oligarchies municipales en France de la Renaissance à la Révolution (milieu xvie siècle-1789), Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2007.
1 Au xviie siècle, nombreuses furent les villes provinciales françaises à voir la publication d’une histoire urbaine locale, focalisée sur les origines de la ville, l’histoire nobiliaire de la région à l’époque médiévale et l’histoire plus précisément municipale, portant sur les privilèges du corps de ville et les lignages des édiles ayant gouverné la chose publique [1]. Tel ne fut pas le cas de Poitiers. On pourrait croire que cette absence de publication résultait du « déclin » supposé de la vie intellectuelle à Poitiers au xviie siècle, comparé au dynamisme observé au début du siècle précédent, lorsque François Rabelais et les presses réputées des Bouchet et des Marnef contribuaient à la vie culturelle et universitaire [2]. On pourrait également argumenter que les Annales d’Aquitaine de Jean Bouchet, une histoire provinciale publiée en 1525, rééditée jusqu’à 1557 puis à nouveau en 1644, suffisaient amplement. On aurait tort dans un cas comme dans l’autre. En effet, à l’époque moderne, la culture historique urbaine connut à Poitiers un essor important, mais celle-ci se manifestait dans des documents non publiés et quasi officieux : les listes des maires de la ville et les annales historiques qui les accompagnaient.
2 Si les listes des maires, échevins, consuls, et autres édiles des villes provinciales furent, de façon générale, assez répandues à l’époque moderne [3], il y en eut un nombre surprenant à Poitiers. Plusieurs d’entre elles étaient accompagnées des armes familiales et de courtes annales relatant les événements les plus importants de la vie civique [4]. Par définition, ces listes associaient l’histoire des familles à l’histoire municipale, un rapport d’autant plus important dans les villes françaises où une charge de maire ou d’échevin conférait la noblesse, même s’il s’agissait d’une noblesse moindre, dite « de cloche ». A Poitiers, une ville qui avait vu sa commune confirmée en 1204 et qui se gouvernait à partir des fameux « Établissements de Rouen », cette noblesse municipale datait d’un don de Charles V en 1372 [5]. Ce privilège fut même plus assis qu’en d’autres villes provinciales, les maires et échevins poitevins ayant acquis tant le droit de séance à l’assemblée de la noblesse aux États généraux que la possibilité de tester suivant la coutume nobiliaire [6]. Aussi, reflétant leur importance pour la position sociale des lignages, ces listes émanaient-elles souvent de notables s’intéressant à la période où leurs ancêtres ou leurs alliés avaient accédé aux charges municipales et donc à l’état de la noblesse. Au xviie siècle, l’intérêt grandissant pour la généalogie, en partie motivé par les enquêtes de noblesse menées au début du règne de Louis XIV, trouva naturellement son complément dans la prolifération des chroniques des maires [7]. Dans certains cas, la même personne travaillait à la fois à établir la généalogie des lignages urbains et les listes de maires. Or, ces textes avaient tendance à ne pas rester dans leurs foyers d’origine. Ils circulaient de main en main et subirent, jusqu’à la fin du xviiie siècle, de multiples changements, se trouvant recopiés, combinés et enrichis par de multiples auteurs sur plusieurs générations. Cette circulation faisait également fi des barrières entre histoire « officielle » municipale et histoire « privée » des familles. Au milieu du xviie siècle, lorsque le corps de ville de Poitiers voulut enregistrer la liste de tous les maires et de tous les échevins ayant servi la chose publique, on ne fit pas de recherches indépendantes, mais l’on se tourna en premier lieu vers les chroniques préexistantes, rédigées par des particuliers.
3 Les sources disparates et variées de ces annales des maires permirent à des points de vue différents, voire concurrents, de trouver place parmi les textes historiques, officiels et officieux, de la ville. Comme dans la plupart des villes françaises au milieu du xviie siècle, le passé récent de Poitiers avait été très mouvementé, et les oppositions violentes des guerres de Religion n’étaient toujours pas résolues. Au cours des troubles, la ville était devenue très catholique et des luttes de factions suscitées par la révolte des princes en 1614 avaient succédé aux désaccords religieux et politiques de la période de la Ligue [8]. Avec leurs commentaires historiques, les listes de maires offraient en l’occurrence un espace écrit privilégié pour fixer une vision du passé de la ville favorisant les actions de certains individus et les intérêts de certaines familles. En communiquant ces listes, en modifiant leurs annales historiques, et surtout en les complétant grâce aux renseignements pris dans les papiers-journaux des contemporains, de nombreux auteurs travaillaient à la fois à documenter leur histoire familiale et à construire une mémoire urbaine particulière.
4 Cet article entend montrer comment ces annales municipales manuscrites contribuèrent aux débats historiques à Poitiers durant l’époque moderne, principalement au xviie siècle. On suivra dans un premier temps le processus de rédaction d’une sélection de ces annales, en enquêtant sur des listes de maires devenues officielles entrées aux archives de l’hôtel de ville à l’époque moderne, ainsi que sur celles incluant des témoignages très engagés sous forme de papiers de famille. On abordera ensuite la façon dont les divisions propres au xviie siècle influencèrent à Poitiers la mémoire historique, non seulement des désaccords faisant irruption pendant la révolte des princes de 1614, mais également des moments clefs des guerres de Religion du siècle précédent.
Les listes de maires, entre l’hôtel de ville et le for privé
5 Jusqu’au xviie siècle, aucune liste des maires de Poitiers n’était en apparence conservée à l’hôtel de ville avec les petites chroniques relatant chaque année municipale. Du xve siècle jusqu’au milieu du xvie siècle, on a tout juste ajouté des petits aide-mémoires des principaux événements de différentes années mayorales aux registres incorporant des statuts de la ville, des ordonnances de police et des privilèges importants [9]. La nécessité de demander un modèle de liste des maires à un particulier en 1655, lorsque l’on voulut faire un recueil de tous les textes portant sur l’histoire de la ville, atteste le fait qu’il n’en existait aucune dans les archives. On ne peut pas savoir précisément pourquoi cette liste de maires fut envisagée à ce moment, mais elle faisait partie d’un projet de mise à jour de l’inventaire municipal en cours en décembre 1654 [10].
6 Ce recueil, l’actuel registre 12 des Archives communales de Poitiers, offre un beau témoignage de la circulation des textes entre l’hôtel de ville et les archives familiales. S’ouvrant sur la copie d’un inventaire des archives municipales datant de 1506, le registre comporte une note du rédacteur du milieu du xviie siècle indiquant que cette copie provient de Monsieur Richard, conseiller au présidial, l’original ayant été signé en plusieurs endroits par René Blaye, sieur de la Lande, échevin [11]. Il s’agit de toute évidence de René Blaye, sieur de la Lande, échevin de 1590 à 1608 [12]. Étant donné qu’André Richard, trésorier général de France, fut maire de Poitiers en 1603, il est très probable que le manuscrit soit entré en sa possession à cette époque et qu’il soit passé après sa mort dans la collection de son fils, Laurent Richard, conseiller au présidial [13]. En fait, aucun élément de cette partie du registre n’est postérieur à la fin du xvie siècle. Concernant la liste des maires ajoutée vers la fin du registre, le compilateur de 1655 fut redevable à un certain Maître Faucon, qui avait extrait la liste d’un livret en parchemin commençant en 1333 [14] et dont l’original est toujours conservé à la Bibliothèque nationale de France. Il est lui aussi l’œuvre de deux personnes différentes, la première ayant réalisé un bel armorial des maires de 1333 à 1545, avec leurs armes peintes et leurs noms en rouge, et la seconde ayant continué à compiler les noms des maires jusqu’à 1629, tout en composant des commentaires historiques supplémentaires pour les deux périodes [15]. En 1676, ce manuscrit se trouvait déjà dans la collection de Jean-Baptiste Colbert, pour entrer ensuite à la bibliothèque du roi avec le reste de la collection du ministre en 1732, mais il fut copié à Poitiers à une date ultérieure [16]. Il est probable que la personne ayant eu « le Soing & curiosité » de le faire soit Maître Jacques Faucon, avocat réputé au présidial de Poitiers et associé de Maître Jacques Barraud, lui-même auteur d’un commentaire sur la coutume du Poitou [17]. Le rédacteur de 1655 ajouta à la seconde liste des maires les noms d’autres maires jusqu’à 1661 et le catalogue fut ensuite complété beaucoup plus tard, pour s’achever sur l’année 1751 [18]. Ainsi, une liste des maires vraisemblablement commencée au xvie siècle et poursuivie au milieu du règne de Louis XIII fut intégrée aux archives communales au milieu du xviie siècle, après un effort de mise à jour.
7 Le travail sur ce registre paraît être à l’origine d’autres efforts entrepris par l’Hôtel de ville en vue de commémorer les maires de Poitiers ainsi que les événements les plus importants de leurs années de mandat. A la fin du xviiie siècle, Antoine-René-Hyacinthe Thibaudeau, historien de Poitiers, citait un « Registre de la ville » comme source de renseignements sur les maires et annales de leurs mandats. D’après Thibaudeau, avec la mairie de René de la Fontaine en 1652 « finit le manuscrit ancien contenant la liste des maires ; [mais] on l’a depuis continué » [19]. Ce « Registre de la ville » n’existe plus, mais plusieurs copies en furent réalisées au cours du xviie siècle. L’une d’entre elles donna lieu à un très bel armorial des maires commandé par François Roger de Gaignières, voyageur et historien érudit, lors de son séjour à Poitiers vers la fin de l’été ou au début de l’automne 1699 [20]. Le manuscrit en fut répertorié par Pierre Clairambault, en même temps que le reste de la collection de Gaignières en 1711, et intégré à la bibliothèque royale en 1715 [21]. Cet armorial présente tous les maires de Poitiers jusqu’à 1676 avec leurs armes, lorsque celles-ci étaient connues, ainsi que de petites chroniques mayorales allant jusqu’à 1664. Le fait qu’un armorial de 1699 ne répertoriât des maires en exercice que jusqu’en 1676 indique soit que la liste originale n’avait pas encore été poursuivie davantage à ce moment, soit que l’armorial avait été réalisé d’après une copie datant de quelques décennies plus tôt. Quoi qu’il en soit, il ne s’agissait pas d’un registre tenu d’une année à l’autre, mais d’une liste des maires remplie de manière ponctuelle, avec des commentaires datables de la décennie après 1655. Par exemple, sous l’année de 1542, il est indiqué que le président Barbarin habitait « a present » le logis qu’avait possédé « pour lors » le maire, Jean Estivalle. Puisque Pierre Barbarin fut nommé président du présidial en 1657, cette remarque doit dater d’une époque postérieure [22]. Si cet armorial offre des renseignements qui ne pouvaient provenir que des registres de délibérations – en particulier la date d’élection de chacun des maires à l’échevinage –, rien d’autre n’annonce une recherche pointue dans les archives du corps de ville. En revanche, les commentaires assez particuliers figurant un peu partout et l’absence de commentaires pour les années 1620 et 1630 suggèrent une autre liste faite par un ou plusieurs particuliers, continuée et commentée par la suite.
8 L’historien Thibaudeau au xviiie siècle ne fut pas le seul à avoir accès à ce « Registre de la ville » ou à l’une de ses copies. Vers la fin du xviie siècle, Pierre-Hyacinthe Bobinet, curé de Buxerolles, un faubourg au nord de Poitiers, eut l’idée de continuer les Annales d’Aquitaine de Jean Bouchet jusqu’à son propre temps [23]. Pour les renseignements concernant la ville de Poitiers antérieurs à sa connaissance personnelle, Bobinet se référait régulièrement à un exemplaire de cette liste des maires, recopiant dans son propre manuscrit, aux dates correspondantes, les élections des maires et les annales historiques [24]. Mais, vers la fin de sa discussion du xvie siècle, Bobinet commença à avoir recours à une autre source, qui traitait en détail l’histoire et la politique municipales [25]. Plusieurs indices suggèrent qu’il s’agit d’un ouvrage de René Brochard, sieur des Fontaines, premier maire ligueur de Poitiers en 1589, échevin de 1590 à 1648, conseiller au présidial et oncle et parrain de René Descartes. D’une longévité remarquable, Brochard fut le témoin de la plupart des guerres de Religion, demeurant à Poitiers pendant la Ligue. Ensuite, il se déclara partisan de l’évêque de Poitiers et du parti dévot pendant la révolte des princes en 1614 et participa activement aux brigues électorales de la génération suivante. En effet, le récit des événements de 1613 à 1614 chez Bobinet mentionne souvent les actions de René Brochard, incluant des détails qu’il était le plus à même de connaître. Par exemple, Bobinet raconte une députation de la ville au prince de Condé, menée par Brochard, pendant laquelle le prince demanda l’entrée dans Poitiers de quatre-vingts à cent de ses hommes et le départ de l’évêque, entraînant la réponse de Brochard que l’évêque n’était en rien obligé de quitter la ville [26]. En outre, la description de l’élection contestée de 1635 correspond tout à fait à son sentiment politique [27]. Il semble que Bobinet a eu accès aux mémoires de cette personnalité influente en raison d’un lien familial, voyant que sous l’année 1670, l’historien indique qu’un Père Brochard, du couvent des Augustins de Poitiers, était son aïeul [28]. Il paraîtrait donc qu’à travers cette histoire Bobinet faisait voir des éléments, par ailleurs perdus, des archives de la famille Brochard.
9 Toujours manuscrite, cette version des Annales d’Aquitaine alimenta une autre liste des maires. Pour la période de sa propre souvenance, Bobinet consignait les événements produits à Poitiers qui l’intéressaient particulièrement, donnant à son histoire les éléments d’un papier-journal. Par la suite, ses commentaires furent eux-mêmes repris par d’autres. Une liste des maires avec annales, copiée pour sa première partie du « Registre de la ville », fut ensuite poursuivie jusqu’en 1740 [29]. Du texte qu’avait rédigé le curé, d’après ses propres souvenirs en certains cas, elle reprend assurément les sommaires des événements ayant eu lieu entre 1693 et 1718 et probablement jusqu’à 1726 [30]. Cette liste de 1740 est en outre tout à fait différente de celle que consulta Thibaudeau aux archives de la ville quelques décennies plus tard [31].
10 Aussi peut-on remarquer le lien entre les papiers familiaux et les livres de raison d’une part, et les listes de maires d’autre part, un phénomène d’ailleurs très général. Ainsi, dans un autre cas, une liste des maires – copiée au xviiie siècle, mais tenue jusqu’à 1620 puis complétée jusqu’à 1650 – offre des commentaires historiques tout à fait indépendants de ceux que l’on trouve dans les autres listes pour la période des guerres de Religion. Elle emprunte ensuite directement à un papier-journal régulièrement tenu afin de noter les événements les plus importants des vingt premières années du xviie siècle [32]. Dans ce cas précis, l’auteur est inconnu, mais il est évident que le nombre de chroniqueurs de la vie urbaine à Poitiers pendant la première moitié du xviie siècle s’avère beaucoup plus important que ce qui était généralement reconnu jusqu’à présent.
Construire une mémoire urbaine : les factions familiales et la révolte des princes
11 Les efforts pour établir des listes des maires et des annales municipales au xviie siècle reflétaient certainement l’intérêt, général parmi les édiles urbains, à mettre en avant leur statut social privilégié. En outre, à Poitiers, cette préoccupation historique s’explique plus spécifiquement par les divisions politiques et familiales provoquées par les événements nationaux, en particulier par la révolte des princes au début du règne de Louis XIII. En 1614, Henri de Bourbon, prince de Condé, fit paraître un manifeste dans lequel il précisait ses plaintes contre la politique menée par la reine mère, Marie de Médicis, et ces oppositions parmi les grands déclenchèrent les hostilités dans la ville capitale du Poitou. A la tête du parti dévot de la reine mère se trouvait le nouvel évêque de Poitiers, Henri-Louis Chasteigner de La Roche-Posay, ainsi que beaucoup de familles qui avaient adhéré à la Sainte Union. Pierre de Brilhac, sieur de Nouzières, lieutenant criminel au présidial, et René Brochard, sieur des Fontaines, conseiller, figuraient parmi les leaders. Leurs adversaires comptaient notamment la famille de Sainte-Marthe et leurs alliés. Gaucher (dit Scévole) de Sainte-Marthe, trésorier général de France, avait été maire en 1579 et 1601. Il s’était absenté de la ville pendant la Ligue et avec son frère, Louis de Sainte-Marthe, avocat du roi puis lieutenant général de la sénéchaussée, avait été le négociateur principal de l’édit de réduction de la ville à Henri IV. Nicolas de Sainte-Marthe, lieutenant général de la sénéchaussée, fils de Louis et neveu de Scévole, était maire en 1613 et, si lui et ses alliés n’étaient pas les partisans du prince de Condé que leurs opposants affirmaient, ils jetaient néanmoins un regard plus politique et plus tolérant que leurs adversaires sur la minorité réformée en Poitou. Pendant la série de confrontations qui éclata à Poitiers, le prince de Condé se trouva refoulé des portes de la ville, l’évêque prit la main sur la garde, circulant en armes dans les rues et, après l’élection de Pierre de Brilhac à la mairie en 1614, les Sainte-Marthe et leurs alliés se virent obligés de quitter la ville [33]. Le « Registre de la ville » et plusieurs des listes des maires se déclarent très clairement pour l’un ou l’autre des partis, voulant par ce moyen former une mémoire spécifique de cet affrontement et du rôle des alliances familiales dans celui-ci.
12 Le « Registre de la ville », comme il fut rédigé ou commenté plus tard, prit résolument parti en faveur des Brilhacs contre les Sainte-Marthe, désignés comme des ennemis du roi. Le commentaire correspondant à la mairie de Nicolas de Sainte-Marthe de 1613 se concentre uniquement sur l’entrée épiscopale officielle de Chasteigner de La Roche-Posay – un événement souligné également par René de Brilhac dans son papier-journal –, tout en ignorant d’autres aspects de cette mairie [34]. Ensuite, pour la mairie de Pierre de Brilhac, élu avec l’appui de l’évêque, le registre remarque pour l’année 1614 que :
« Vn peu auant Sa Mairie il y eut grand desordre en Fr [ance] fomenté par Mrs les Princes principalemt a Poitiers. ou le Maire por lors Nic [olas] de Ste Marthe auec autres qu’on apeloit les Farinez tenoit le Party des Pr [inces] et les autres celuy du Roy. dont estoit chef led. de Brilhac qui arresta le Maire deuant chez luy comme il descendoit a la P [orte] de St Lazare por ouurir la Porte a Mr le Pr [ince] de Condé qui y estoit. et luy osta les clefs... »
14 Le désordre « obligea Mr l’Evesq. de P [oitiers] de paroître tout armé dans les rues », ce qui poussa les membres du parti du prince à abandonner la ville pour rejoindre son camp [35]. La liste des maires faite en 1620 d’après les souvenirs et le papier-journal de l’auteur était encore plus catégorique sur le sujet. Après avoir nommé tous les individus principaux qui avaient quitté la ville pour se rendre auprès du prince, il note que celui-ci « demeura à Se pourmener autour de cette ville, ses trouppes faisant un nombre infini de Maux, jusqu’a ce que le Roy fut contraint de venir en ce païs ». Pire, au mois de décembre suivant, il y eut « une fort grande rumeur à la Maison de Ville causée par quelques uns du parti dudit Sieur Prince qui y étoient restés icy », et, en 1616, les amis des absents continuaient de semer le désordre en briguant l’élection du maire. Le même commentateur fut contraint de noter le retour des absents en août 1616, mais en se réjouissant du fait qu’on les empêchait d’exercer leurs offices à la milice [36]. La faveur que montre le « Registre de la ville » à la famille Brilhac s’étend jusqu’à identifier l’hôtel particulier dont elle était propriétaire au milieu du xviie siècle et à remarquer la succession de trois générations à l’échevinage [37].
15 En revanche, d’autres listes offrent des interprétations très différentes des événements. Ce point de vue se trouve par exemple disputé dans une liste des maires contemporaine aux événements, envoyée à la requête de Jean Chenu, avocat à Bourges, occupé à la rédaction de son Recueil des Antiquitez de 1621. Cette liste émane évidemment d’un allié de la famille de Sainte-Marthe : elle félicite Scévole et Louis de Sainte-Marthe d’avoir assuré la confirmation des privilèges de Poitiers en 1583, lorsque la politique d’Henri III tendait à leur révocation, et elle remarque notamment que la ville avait obtenu son édit de réduction en 1594, grâce aux bienfaits de ces mêmes frères de Sainte-Marthe [38]. Quant aux événements de 1614, l’auteur soutient que le prince de Condé vit son entrée de la ville « refusée par vne emotion populaire » et puis, arrivant à 1616, il insiste sur le fait que, dans l’édit de pacification de Loudun, le roi stipulait que les absents « seroient remis & restablis » dans la ville, « en la possession & fonction de leurs charges » et que « de la fidelité & innocense desquels le Roy se tint bien & deuëment informé » [39].
16 Ainsi, à travers les listes des maires, les désaccords du début du siècle continuaient à trouver leurs voix. Certes, ces annales ne diffusaient qu’un précis des oppositions, mais elles faisaient appel à des récits beaucoup plus développés qui existaient dans les archives familiales. C’est grâce à un tel témoignage, de la plume de René Brochard, que Pierre-Hyacinthe Bobinet put, un siècle plus tard, offrir son récit aussi détaillé que partial des actions des tenants du parti de l’évêque [40]. En revanche, au dos d’une longue remontrance justifiant les démarches de la famille de Sainte-Marthe, un descendant a remarqué : « Cecy est a garder dans la famille par ce que Messieurs de St Marthe eurent grand faveur en cette affaire & cecy contient un discours au vray de ce qui s’y passa & leur iustification. » [41]
17 Les débats du début du xviie siècle influencèrent non seulement la façon dont l’histoire de ce temps serait rappelée et écrite aux générations suivantes, mais également celle dont on parlerait des guerres civiles du siècle précédent. Comme beaucoup d’autres villes provinciales françaises, Poitiers avait subi des divisions religieuses et politiques très intenses. Elle connut à la fois un nombre important de conversions à la Réforme et une forte réaction judiciaire catholique ; elle figura parmi les villes prises par les Réformés en 1562 et fut reprise avec des conséquences encore plus destructrices par les armées du roi ; elle subit le fameux siège du prince de Conti de 1569, suivi plus tard par les tentatives du parti des Malcontents de s’en emparer lors de la cinquième guerre de Religion ; enfin elle fonctionna en tant que capitale provinciale de la Ligue entre 1589 et 1594 [42]. Les chroniques des maires évoquent ces événements d’une manière très sélective, non seulement parce que les édits de pacification exigeaient l’oubli des hostilités, mais aussi parce que les besoins du siècle suivant voulaient que certains moments prennent le pas sur d’autres. Il n’est donc pas surprenant que l’on n’y mentionne que très peu la période de la Ligue. L’insoumission de la ville à la nouvelle dynastie ne s’étant point avérée une bonne politique, mieux valait ne pas la rappeler. On limitait également l’attention portée sur certains événements où la ville avait été plutôt victime qu’agresseur, du point de vue royaliste et catholique. Ainsi, même si le « Registre de la ville » note les déprédations commises par les Réformés qui s’emparèrent de la ville en 1562, il n’offre qu’une description très sommaire des événements par rapport au récit originel dont le texte est repris et que Bobinet rapporte de façon beaucoup plus complète dans ses « Annales d’Aquitaine ». A l’inverse, décrivant la mort du maire huguenot et l’exécution en effigie d’un des échevins réformés, ce même « Registre de la ville » ne peut pas se retenir d’observer que la charge de maire fut ensuite exercée par Jean de La Haye, lieutenant général de Poitiers, « qui n’etoit meilleur que luy [cet échevin huguenot] quoy quil fist le Zelé [catholique] » [43]. Cette hostilité contre Jean de La Haye était en fait l’une des préoccupations du commentateur du « Registre de la ville » au xvie siècle, ainsi que d’autres auteurs de listes de maires. Pour l’année 1572, le « Registre de la ville » déplore qu’une dispute entre le lieutenant général et un autre échevin pour la mairie engendra des divisions et un procès qui durèrent toute l’année, et une autre liste de maires de préciser que le lieutenant général « voulloit [se] faire recepvoir Mayre de son authorite privee » [44]. Puis, parvenant à la cinquième guerre de Religion, il insiste sur les efforts de La Haye pour surprendre la ville à Mardi gras en 1574, prétendant que ses actions furent « pour les Huguenots quoyqu’il se disoit bon Catholique et Zelé pour le Seruice du Roy. dont il fut empesché par le bon soin et ordre qu’y apporterent les Habitans ». Plus tard, il rapporte avec satisfaction que La Haye trouva la mort « par ordre du Roi » et que son corps fut « amené dans vne charette » dans la ville « ou il fut decapité et mis par quartiers a chacune des portes de la ville » [45]. Il est vrai que Jean de La Haye, en tant que chef des Malcontents en Poitou, joua un rôle énigmatique à cette époque des guerres civiles [46], mais cette haine à son encontre de la part d’un auteur du milieu du xviie siècle requiert tout de même quelque explication. Il était alors généralement connu à Poitiers que Nicolas de Sainte-Marthe, lieutenant général et l’un des plus importants adversaires de l’évêque et de son parti en 1614, était l’époux d’Urbaine de Launay, petite-fille de Jean de La Haye. En 1656, cette alliance fut soulignée encore davantage lorsque la veuve de Nicolas fit inscrire une épitaphe sur son tombeau [47]. Toutefois, certains indices laissent penser qu’à cette époque on avait une vision un peu confuse des alliances, et qu’on les supposait encore plus étroites qu’elles ne le furent en réalité. En 1675, Pierre de Sauzay, généalogiste et copiste des listes de maires de Poitiers, écrivit que Scévole de Sainte-Marthe avait eu pour femme Renée de La Haye, sœur de Jean de La Haye, lieutenant général en Poitou [48]. S’il est vrai que Scévole de Sainte-Marthe avait épousé une Renée de La Haye en 1565, celle-ci était en fait la fille d’un tout autre Jean de La Haye [49]. Cette erreur aide à comprendre pourquoi les menées infructueuses de l’ancien lieutenant général pendant la cinquième guerre de Religion furent davantage soulignées chez les analystes poitevins, éclipsant même la prise de la ville par les Réformés en 1562. Comme Jean de La Haye avait tenté d’introduire des forces malcontentes dans Poitiers, de la même façon les partisans de Condé essayèrent de faire entrer leurs hommes dans les murailles. Ces actions attirèrent l’attention de certains auteurs en ce qu’elles présageaient et confirmaient la trahison de la famille de Sainte-Marthe et de leurs alliés de mémoire plus récente.
18 Il est donc évident que des désaccords intenses continuaient de couver entre les différentes factions politiques et familiales à Poitiers au milieu du xviie siècle et que ces divisions étayèrent la commémoration et l’interprétation du passé citadin, celles de la révolte de princes en premier et celles des guerres de Religion en écho. En outre, l’essentiel de ce travail se faisait non pas dans des textes publiés, mais à partir de commentaires manuscrits concurrents, d’un statut « officiel » variable. Le fait que ces points de vue contraires se soient manifestés dans des listes des maires est d’autant plus significatif que ces catalogues des maires, accompagnés de leurs armes, étaient généralement censés souligner la longue histoire du corps de ville ainsi que l’honneur et la notabilité des familles qui en avaient fait partie au cours des siècles [50]. Qu’un genre d’écriture consacré à mettre en valeur l’unité, la légitimité et l’autorité des édiles puisse être converti en un espace destiné à étaler des arguments intéressés montre bien les enjeux politiques et sociaux inhérents à la formation d’une mémoire historique privilégiée. Ainsi, à travers un processus de rédaction, d’emprunt, de copie et de continuation, les préoccupations du moment furent incorporées dans un plan historique plus général, en même temps que les débats religieux, les concurrences politiques et les ambitions sociales des familles notables orientaient d’une manière concrète les visions municipale, familiale et individuelle du passé de la communauté urbaine.