Cameroun : 1906-2006. Centenaire du premier synode de l'Église catholique
Pages 153 à 155
Citer cet article
- NDI-OKALLA, Joseph-Marie,
- Ndi-Okalla, Joseph-Marie.
- Ndi-Okalla, J.-M.
https://doi.org/10.3917/hmc.001.0153
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- Ndi-Okalla, J.-M.
- Ndi-Okalla, Joseph-Marie.
- NDI-OKALLA, Joseph-Marie,
https://doi.org/10.3917/hmc.001.0153
1L’Église catholique du Cameroun est entrée depuis une année dans une nouvelle ère des Centenaires. Moins médiatisée que les célébrations du Premier Centenaire de la fondation de la mission catholique au Cameroun (1890-1990), cette nouvelle ère marque pourtant l’étape de l’enracinement progressif de l’œuvre de l’évangélisation au Cameroun. Tour à tour, l’érection en vicariat apostolique de la mission et la consécration épiscopale de Mgr Henri Vieter (22 janvier 1905) suivie de la dédicace du premier sanctuaire ecclésial dédié au Saint Esprit (Mvolyé-Yaoundé) et consacré par le nouveau vicaire apostolique à la Pentecôte 1906, la création de la mission catholique d’Ikassa (1906) dans l’actuel Diocèse de Buéa et le Premier Synode de l’Église catholique du Cameroun la même année au Siège du vicariat apostolique à Douala, constituent les traces d’une mémoire ecclésiale vivante qui ne cesse d’inviter l’Église qui est au Cameroun à se ressourcer, à se mettre à l’écoute des Actes de ses premiers apôtres européens et camerounais afin de mettre en œuvre un nouveau dynamisme de l’évangélisation dans le prolongement du concile Vatican II (1962-1965) et du synode africain (1994-1995).
2Depuis deux ans, à différentes occasions et par deux symposiums, l’Église locale a entrepris de raviver la mémoire de ses ancêtres dans la foi en essayant de considérer l’ensemble des forces et des actants de la mission (cf. Symposium « Vieter », consacré au premier vicaire apostolique dont une première biographie en français est à paraître, ainsi que l’ouvrage : Mvolyé-Yaoundé, citadelle de l’Église du Cameroun. De la première Dédicace à la Basilique pontificale, Yaoundé, 2006).
Tradition de l’Église et actualité synodale
3Aujourd’hui, il convient d’évoquer et d’honorer en quelques lignes le premier synode de l’Église catholique du Cameroun convoqué par Mgr. Henri Vieter. Devenu vicaire apostolique et premier évêque du Cameroun (1905), Vieter se mit à la préparation d’un synode pastoral qui eut lieu du 26 au 30 septembre 1906 à Douala et dont les textes synodaux furent édités une année plus tard à Limburg/Lahn (1907). Arrivés depuis 1890 au Cameroun, les missionnaires pallottins et le nouveau vicaire apostolique éprouvèrent le besoin et la nécessité, seize ans plus tard, d’évaluer pastoralement le travail missionnaire accompli et d’examiner les questions, les problèmes et les défis ayant trait à l’ensemble de la vie de cette Église naissante. Les aspects pastoraux, canoniques et culturels de la mission devaient être pris en considération et faire l’objet d’une consultation, d’un discernement et d’une délibération par les Pères synodaux, en vue de recommandations et des statuts devant régir la vie ecclésiale locale. Faisons remarquer que l’actualité de l’Église catholique depuis le concile Vatican II souligne et promeut l’expérience synodale dans la vie du Peuple de Dieu (cf. Christophe Zoa : La Synodalité dans l’Archidiocèse de Yaoundé 1965-2001, Thèse, Yaoundé, avril 2006). Mais cette actualité elle-même puise dans la longue tradition vivante de l’expérience synodale de l’Église depuis l’Antiquité tardive et notamment chez les Pères de l’Église. Selon sa racine grecque (syn-odos – « route avec », « chemin ensemble »), le terme synode apparu dans un texte patristique au iiie siècle (cf. Tertullien, De ieiunio 13, 6-8) rend compte de l’expérience de l’Église primitive et de son effort, par une assemblée représentative du Peuple de Dieu, d’atteindre à l’unité de foi et à l’harmonie dans les pratiques. À travers toute l’histoire de l’Église et particulièrement au xixe siècle en raison de l’expansion de l’Europe accompagnée de nouvelles implantations de l’Église avec leurs nouveaux défis culturels, pastoraux et canoniques, l’institution synodale reste un instrument et un bon organe de manifestation de la vie ecclésiale.
Le synode de l’Église catholique du Cameroun de 1906
4L’année même de son sacre épiscopal en janvier 1905, dès son retour au Cameroun, Mgr Vieter entreprit de grandes tournées et visites apostoliques et pastorales à travers son vicariat. En septembre 1905, il se rendit à Kribi et à Grand-Batanga. De là, il entreprit de rendre visite au vicaire apostolique du Gabon, Mgr Martin Adam (1846-1929). Ce séjour auprès de son confrère fut très instructif pour le nouvel évêque. Il y apprit beaucoup de choses en huit jours : il visita la mission et ses activités ; il s’entretint beaucoup pastoralement avec Mgr Adam. C’est grâce à Mgr Adam que Mgr Vieter se décida à convoquer rapidement un Synode pour l’Église du Cameroun.
5Mgr Vieter tint une première consultation sur la préparation du synode au Cameroun le 9 mai 1906 avec les Pères Bancken, Münch, Gippert et Wienold. C’est là qu’ils décidèrent ensemble de la date et des investitures (fonctions) de la session synodale qui devait comporter deux commissions. Le synode eut lieu en effet aux dates convenues : Mgr Vieter l’inaugura par une messe votive à l’Esprit Saint. Il note lui-même que les Camerounais accordèrent une très grande attention et montrèrent un grand intérêt pour ce Synode. Ils l’accompagnèrent de leurs prières ferventes. Le synode connut un bon déroulement.
6La liste des Pères synodaux (pallottins) comprend : Mgr Henri Vieter, vicaire apostolique ; P. Auguste Halbing, promoteur ; P. Hermann Nekes, notaire ; P. Karl Hoegn, secrétaire ; P. Bernhard Wienold, maître des cérémonies ; P. Friedrich Bancken, P. Michael Rieder, P. Friedrich Münch, P. Franziskus Gippert, P. Ludwig Mekes, P. Johannes Lettenbauer, P. Simon Rosenhuber, P. Albert Rexter.
7Le dimanche 30 septembre 1906 Mgr Vieter clôtura la session synodale par une messe pontificale d’action de grâce qui fut suivie d’un grand repas de fête.
8À travers la table des matières (21 chapitres en tout) et la thématique de ce premier synode transparaît son importance pastorale. En plus des chapitres qui instituent et réglementent la canonicité de la vie de l’Église locale (chapitres 1 et 2), le volet pastoral rend compte des axes d’approfondissement de la mission pallottine notamment la pastorale sacramentaire (les chapitres 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8) ; la catéchèse, la formation des ouvriers apostoliques (les chapitres 9, 10 et 14) ; le début d’une organisation et d’une animation de la vie sociale de l’Église et de la communauté (les chapitres 11 et 20) ; la liturgie (les chapitres 12 et 13) ; l’effort d’enracinement du message chrétien dans la langue et la culture locale (chapitre 15) ; la place éminente de l’école dans le dispositif missionnaire et éducatif (chapitre 16).
9C’est ici que s’ouvre la possibilité de perspectives dialogales avec d’autres synodes et projets pastoraux à travers l’Église locale du Cameroun, en commençant par le projet synodal de Mgr Hennemann (1915-1916), apprêté pendant la première guerre mondiale, jusqu’aux récentes expériences de plans et de projets pastoraux dans l’orbite du concile Vatican II et en processus de réception synodale d’Ecclesia in Africa.
10Cette brève contribution à une illustration de pratique ecclésiale et de théologie historique n’est là que pour révéler les enjeux et l’importance d’une étude des sources dans le cas d’une Église locale – ici celle du Cameroun – en union avec l’Église universelle. Nous travaillons actuellement à rendre bientôt disponible et accessible l’ensemble du texte synodal de 1906.