Compte rendu

Christiane Lombard-Déaux, Seigneurs et seigneuries en Lyonnais et Beaujolais des Guerres de Religion à la Révolution. Organisation, fonctionnement, évolution de la vie des campagnes, préface de Jean-Pierre Gutton, Lyon, édition Bellier, 2005, 166 p., 17 €, isbn : 2846311390

Pages 159j à 250j

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  • Dontenwill, S.
(2006). Christiane Lombard-Déaux, Seigneurs et seigneuries en Lyonnais et Beaujolais des Guerres de Religion à la Révolution. Organisation, fonctionnement, évolution de la vie des campagnes, préface de Jean-Pierre Gutton, Lyon, édition Bellier, 2005, 166 p., 17 €, isbn : 2846311390. Histoire & Sociétés Rurales, . 25(1), 159j-250j. https://shs.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-159j?lang=fr.

  • Dontenwill, Serge.
« Christiane Lombard-Déaux, Seigneurs et seigneuries en Lyonnais et Beaujolais des Guerres de Religion à la Révolution. Organisation, fonctionnement, évolution de la vie des campagnes, préface de Jean-Pierre Gutton, Lyon, édition Bellier, 2005, 166 p., 17 €, isbn : 2846311390 ». Histoire & Sociétés Rurales, 2006/1 Vol. 25, 2006. p.159j-250j. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-159j?lang=fr.

  • DONTENWILL, Serge,
2006. Christiane Lombard-Déaux, Seigneurs et seigneuries en Lyonnais et Beaujolais des Guerres de Religion à la Révolution. Organisation, fonctionnement, évolution de la vie des campagnes, préface de Jean-Pierre Gutton, Lyon, édition Bellier, 2005, 166 p., 17 €, isbn : 2846311390. Histoire & Sociétés Rurales, 2006/1 Vol. 25, p.159j-250j. URL : https://shs.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-159j?lang=fr.

1 Comme on le sait, la seigneurie constitue un cadre institutionnel et social essentiel, peut-être le plus caractéristique, des campagnes françaises sous l’Ancien Régime. Les études consacrées aux seigneuries sont nombreuses ; il n’est pas question de les énumérer ici. Rappelons simplement que le système seigneurial a donné lieu aussi bien à des monographies comme celle d’André Plaisse sur la baronnie de Neubourg (puf, 1961) qu’à des chapitres substantiels dans les thèses d’histoire agraire à l’exemple de celle de Pierre de Saint Jacob sur Les Paysans de la Bourgogne du Nord (Paris, 1960, réédition Caen, « bhr, 1 », 1995) ou encore à des études régionales telles que celle de Jean Gallet sur La Seigneurie bretonne (Paris, 1983), sans compter la synthèse du même auteur intitulée Seigneurs et paysans en France, 1600-1793 (Rennes, 1999).

2 Le travail de Christiane Déaux se situe dans cette lignée. Il s’agit d’une partie de sa thèse de doctorat soutenue en 1992 à l’université de Lyon ii. Dans une riche introduction Christiane Déaux présente le cadre géographique (Lyonnais et Beaujolais) et situe son sujet dans le contexte régional administratif et sociologique. Elle souligne le rôle de la ville de Lyon et s’attache tout particulièrement à caractériser les groupes sociaux dirigeants dans leurs rapports avec les seigneuries qui leur procurent prestige et dignité.

3 Le corps de l’ouvrage comporte quatre parties, suivant un plan thématique. Dans la première, intitulée « Les seigneurs », l’auteur part des hommes, plus précisément des familles ou des institutions qui acquièrent ou possèdent des seigneuries. La vie de ces notables est bien décrite : double résidence (demeure seigneuriale à la campagne et hôtel particulier en ville), politique matrimoniale, gestion des biens, règles de transmission des patrimoines etc. Il apparaît que dans la stratégie des lignages seigneuriaux, le plus souvent nobles ou anoblis, la recherche de profits se mêle à celle des moyens pour établir avantageusement les enfants. Des aspects assez peu connus sont mis en évidence, par exemple la relative fréquence des coseigneurs avec les conditions et modalités qui expliquent cette situation, ou bien le rôle des « dames », veuves ou héritières.

4 La deuxième partie est consacrée à l’étude des seigneuries en tant que structures de domination sur la société rurale. Après avoir rappelé les composantes d’une seigneurie ainsi que les fondements du pouvoir et de la richesse des seigneurs, à savoir le domaine, le fief et la juridiction, l’auteur insiste sur l’importance des aveux et dénombrements qui mettent en lumière les survivances des traditions féodales dans le fonctionnement du système seigneurial. En outre, ces documents permettent de connaître effectivement la seigneurie, sa composition ainsi que la nature, l’origine et le montant au moins approximatif de ses revenus. Ainsi sont relevés les droits et prérogatives du seigneur : droits honorifiques qui soulignent la dignité du maître « premier habitant » de la paroisse, contrôle des foires et marchés, « banalités » et privilèges divers. En tant que « communauté territoriale », la seigneurie est habitée par une population de « sujets » dont les relations avec le maître sont plus complexes qu’on ne l’imagine parfois ; en tout cas elles ne se limitent pas à un antagonisme, même si les intérêts des deux parties diffèrent souvent car si le seigneur a des droits, il a aussi des devoirs (protection de la communauté, assistance aux pauvres) de sorte que les tensions éventuelles interfèrent plus ou moins avec des relations de type paternaliste.

5 La troisième partie analyse la justice car la seigneurie est « une zone de juridiction », ce qui implique un pouvoir de justice et de police sur les habitants de la mouvance seigneuriale. Effectivement, les tribunaux des principales seigneuries fonctionnent jusqu’à la fin de l’Ancien Régime avec du personnel compétent : juge, procureur fiscal ou d’office, huissier, greffier… Ces justices, peut-être partiales, sont néanmoins rapides et proches des justiciables. Beaucoup de seigneuries ont conservé l’institution des « assises », réunions auxquelles tous les sujets justiciables sont convoqués. Ces assemblées périodiques permettent de redéfinir le territoire seigneurial par la résidence des chefs de famille qui y assistent, de traiter des questions importantes concernant l’ensemble du groupe et de rappeler dans les « ordonnances de police » les règles de la vie collective.

6 Une dernière partie est consacrée aux terres qui constituent le support spatial et économique de la seigneurie. L’auteur rappelle les caractères de la « propriété féodale » soumise aux redevances, particulièrement aux « cens et servis » ainsi qu’aux « lods et ventes », droits de mutations qui peuvent atteindre 20 % du prix de la transaction dans certaines seigneuries. Il est évident que les questions liées à la terre (conditions de mise en valeur, conditions et modalités d’acquisition dans un contexte de manque d’argent chez la plupart des paysans), sont à l’origine de contentieux fréquents. Dans le cadre de ces analyses l’auteur consacre quelques pages éclairantes aux terriers en tant que source privilégiée pour appréhender l’espace seigneurial ainsi que l’importance et la nature des droits féodaux. La conclusion de l’ouvrage met en lumière les fragilités du système seigneurial à la fin du xviiie siècle (des fermiers, hommes d’affaires, remplacent de plus en plus les seigneurs dans la gestion de beaucoup de seigneuries) et ouvre sur les perspectives révolutionnaires.

7 Cette rapide recension donne déjà une idée de l’intérêt du travail de Christiane Déaux. Qu’on nous permette toutefois de formuler quelques regrets. Le texte comporte des exemples et beaucoup de citations intéressantes mais les références précises ne sont pas toujours indiquées. Par ailleurs, Christiane Déaux rappelle, à juste titre, les composantes habituelles d’une seigneurie, à savoir le fief, la juridiction et le domaine. Or, si les questions relatives au fief et à la juridiction sont bien étudiées, ce qui concerne le domaine ou « réserve seigneuriale » est à peine abordé. Une analyse plus approfondie de l’économie seigneuriale à travers la mise en valeur des domaines aurait probablement conduit l’auteur à nuancer son jugement sur « l’effilochement » des revenus seigneuriaux au xviiie siècle dans un contexte de hausse des prix des produits agricoles et du bois. Dans le même ordre d’idées, il aurait été intéressant de présenter des exemples de seigneuries pour comparer, dans les revenus, la part du « féodal » (droits féodaux et seigneuriaux, dîmes) et celle du « domanial ». Il est vrai qu’on ne peut pas tout dire et beaucoup dépend du choix et de la qualité des sources disponibles. En l’occurrence les sources notariales ont été peu utilisées et le contenu de l’ouvrage correspond à des choix assumés par l’auteur.

8 En tout état de cause, ces remarques ne diminuent en rien les qualités du travail de Christiane Déaux. Ce travail repose sur une abondante documentation parfaitement maîtrisée ; il bénéficie d’une présentation claire et argumentée, agrémentée d’illustrations très parlantes ; il est rédigé dans une langue qui en rend la lecture agréable. Parmi les nombreux apports de l’ouvrage, on retiendra trois éléments. En premier lieu, on relèvera le souci de mettre en évidence la diversité des seigneuries, car l’étude concerne un espace géographique relativement vaste, constitué de deux provinces, ce qui permet de varier les approches et de montrer les différences dans la situation et le fonctionnement des seigneuries, avec une place particulière accordée aux seigneuries ecclésiastiques, nombreuses dans la région lyonnaise. En second lieu, le lecteur sera certainement attentif à une démarche qui privilégie le concret, qui évite les considérations générales pour montrer la seigneurie en tant qu’espace vécu par le seigneur et ses « sujets justiciables ». Ainsi sont abordés des points aussi divers que le prix du blé et du pain, la place et le fonctionnement des moulins dans l’économie seigneuriale, les problèmes liés aux successions et à la transmission des patrimoines, les droits et les devoirs des seigneurs dans les paroisses, etc. En troisième lieu, comme le souligne Jean-Pierre Gutton dans la préface, le travail de Christiane Duaux apporte une contribution à la connaissance des identités collectives dans les campagnes sous l’Ancien Régime, car dans le groupe d’existence qui forme le contenu humain de la seigneurie s’affirme un sentiment d’appartenance des individus à une communauté territoriale. Cette « communauté seigneuriale », avec son territoire bien défini, interfère avec la paroisse et la communauté d’habitants. L’appartenance à cette collectivité est vécue notamment dans l’assistance aux assises où les sujets justiciables sont appelés nommément et se côtoient, dans la dépendance à l’égard de la même juridiction, dans la soumission aux redevances et obligations fixées par les mêmes terriers, par l’utilisation des mêmes poids et mesures, ou encore dans l’obéissance aux mêmes règlements et ordonnances de police…

9 « D’être profondément seigneuriale a marqué l’ancienne société française » (Pierre Goubert). C’est ce que Christiane Déaux a parfaitement montré dans un livre qui mérite une lecture attentive.

10 Serge Dontenwill


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