Serge Brunet, Dominique Julia et Nicole Lemaitre, (éd.), Montagnes sacrées d’Europe. Actes du colloque « Religion et montagnes », Tarbes, 30 mai-2 juin 2002, Paris, Publications de la Sorbonne, 2005, 427 p., 32 €, isbn 2859445161
- Par Patrice Lajoye
Pages 171e à 276e
Citer cet article
- LAJOYE, Patrice,
- Lajoye, Patrice.
- Lajoye, P.
https://doi.org/10.3917/hsr.024.0171e
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- LAJOYE, Patrice,
https://doi.org/10.3917/hsr.024.0171e
1 Le colloque de Tarbes était bien ambitieux : faire un tour d’horizon des pratiques religieuses liées aux montagnes, en Europe, de l’Antiquité à nos jours. Le résultat est à la hauteur des ambitions. Si comme tous les actes de colloques, cet ouvrage s’avère très divers, et donne parfois l’impression de sauter du coq à l’âne, l’ensemble des communications est d’une bonne qualité et le plan donné à l’ensemble, très judicieux.
2 Les éditeurs se sont en effet refusé à un simple classement chronologique ou géographique, préférant le classement thématique. La première partie s’intéresse donc à la sacralité de la montagne. Elle s’ouvre par un tour d’horizon de l’imaginaire montagnard en Grèce ancienne, par François Quantin, et se poursuit par plusieurs communications concernant le monde biblique et chrétien. Ces quelques réflexions montrent d’emblée que la montagne attire le respect, et donc le « sacré », jusque, bien sûr, dans les œuvres d’historiens et poètes romantiques du xixe siècle, comme Napoléon Peyrat (communication de Philippe de Robert).
3 La deuxième partie, « Dieux, saints et sanctuaires des montagnes », se fait plus précise. Les communications de Robert Sablayrolles et Jean-Luc Schenck-David apportent de nouvelles lumières sur le riche dossier de la cité antique des Convènes (actuelle Haute-Garonne) : ce petit territoire recèle une densité d’inscriptions votives qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le reste de la Gaule. La plupart des divinités connues ici sont, qui plus est, purement locales. Seules certaines s’offrent un petit territoire cultuel, mais qui ne dépasse pas quelques kilomètres de rayon. Il eut été utile de disposer d’une autre communication concernant une cité antique des Alpes, à titre de comparaison ; on se consolera avec le texte de Cyril Isnart, sur les saints légionnaires des Alpes du Sud. On constate simplement un phénomène similaire d’éclatement, de multiplication des saints (dieux), avec quelques siècles d’écart. À chaque montagne son dieu ou son saint ? Pas nécessairement : le culte de la Vierge, étudié notamment par Christian Desplat, s’avère finalement omniprésent.
4 Cependant, comme la troisième partie, « Déserts et ermites », le montre bien, la montagne est avant tout considérée comme un lieu vide propice à l’érémitisme, et ce dès le haut Moyen Âge. Ce sont toutefois les communications de Philippe Masson et de Catherine Sanstchi qui éveillent l’intérêt en traitant des ermitages montagnards dans les Vosges et les Alpes sous l’Ancien Régime. Les ermitages sont nombreux, mais moins qu’en plaine, comme le note Philippe Masson : la montagne n’attire pas tant que ça les vocations. On trouvera simplement étonnant que, dans son article pourtant intitulé « Essai de géographie érémitique », Catherine Santschi n’ait pas pensé à mettre la moindre carte.
5 Si les montagnes sont des lieux déserts, il ne faudrait logiquement pas s’attendre à ce que les progrès, qu’ils soient techniques ou moraux, s’y diffusent rapidement. C’est là l’objet de la quatrième partie, « Conservatoires de superstitions, terres de mission ? ». Oscar Di Simplicio dresse un portrait statistique de la sorcellerie dans l’ancien État siennois, portrait rendu possible par l’ouverture en 1998 des riches archives du Saint-Office, au Vatican. Il arrive, graphiques et tableaux à l’appui, à montrer que finalement la « montagne » n’est pas plus le théâtre de procès et de dénonciations pour superstition, que la « plaine », pour la simple raison qu’elle fut plus fréquentée par les missionnaires jésuites et lazaristes. Un constat similaire est dressé pour les Vosges par Philippe Martin, brisant ainsi l’image romantique d’une montagne « enchantée ».
6 La cinquième et dernière partie s’avère plus décevante, rassemblant quelques études sur l’Europe contemporaine, malheureusement sans réel lien logique (on trouve ainsi une étude sur les Vieux-Croyants russes à côté d’une brève historiographie du monastère-refuge de la Grande-Chartreuse). Mais les actes d’un colloque ne sont pas un essai, et il est toujours difficile de tout classer.
7 Quoi qu’il en soit, l’ouvrage, copieux, se termine par d’utiles outils de travail (rares dans ce type de publication), à savoir des index des noms de lieux, des noms de personnes, et même des thèmes !
8 Patrice Lajoye