Josiane Jouët et Rémy Rieffel (dir.). S'informer à l'ère numérique. Presses universitaires de Rennes, 2013, 200 p.
- Par Valérie Schafer
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Citer cet article
- SCHAFER, Valérie,
- Schafer, Valérie.
- Schafer, V.
https://doi.org/10.3917/hes.152.0122f
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https://doi.org/10.3917/hes.152.0122f
1 Quelles sont les pratiques d'information politique en ligne des Français ? Modifient-elles leur consommation de l'information, leur relation à l'actualité politique ? Quels effets en termes de participation citoyenne et d'implication civique sont induits par l'entrée du numérique dans les pratiques informationnelles ? Ce sont quelques-unes des questions qu'abordent en cinq chapitres – auxquels il faut ajouter les très utiles introduction et conclusion de Josiane Jouët et Rémy Rieffel – les huit auteurs de l'ouvrage.
2 Inscrite largement dans le cadre d'un projet financé par l'Agence Nationale de la Recherche, « Médiapolis. Information politique et citoyenneté à l'ère numérique », cette recherche collective, conduite par le laboratoire CARISM (Centre d'Analyse et de Recherche Interdisciplinaires sur les Médias), laboratoire de recherches en sciences de l'information et de la communication de l'Institut français de presse (Université Panthéon-Assas), vise à étudier plusieurs facettes des usages sociaux de l'information politique (orientation sociale des goûts en matière d'actualité, participation en ligne, lecture de la presse en ligne, etc.). Pour ce faire, les auteurs croisent sociologie des médias, sociologie des usages des technologies de l'information et de la communication (domaine dans lequel les travaux de Josiane Jouët notamment ont été fondateurs) et sociologie politique, en une méthodologie commune. Celle-ci privilégie l'approche qualitative, fondée sur des entretiens (collectifs et individuels) auprès de 165 personnes et des travaux empiriques menés de 2009 à 2012, sans négliger, notamment dans le dernier papier, d'Alan Ouakrat, un cadrage quantitatif.
3 Les différents chapitres dressent un tableau minutieux des pratiques informationnelles et de leurs effets, notamment en termes de sociabilité en et hors ligne. Les auteurs sont attentifs à analyser les ruptures (élargissement des pratiques informationnelles, enrichissement du répertoire d'usage de l'actualité, etc.) comme les continuités (permanence des hiérarchies informationnelles, pérennité de l'intérêt pour les médias dits traditionnels, poids des stratifications sociales, etc.), la complémentarité des médias et, au-delà, leurs croisements, rencontres et imbrications (pratiques transmédiatiques notamment), à partir d'approches sociotechniques et pragmatiques qui permettent d'approfondir, voire nuancer l'état de l'art existant et ses acquis.
4 Ce livre peut intéresser à deux niveaux. À un premier niveau, il enrichit la compréhension des pratiques informationnelles, des médiations techniques ou de la participation en ligne. À un second niveau, par son état de l'art introductif (la comparaison avec les approches anglo-saxonnes par exemple) et surtout les éléments méthodologiques et épistémologiques qui parcourent le livre, il peut être appréhendé comme un véritable guide méthodologique, documentant attentivement la fabrique de la recherche. Exploitation d'entretiens oraux individuels et collectifs, analyse de pages Facebook, compréhension de données quantitatives (mesures d'audience, de fréquentation, comparaison d'indicateurs de sites), les chapitres ouvrent en effet à des méthodologies variées, sans omettre, notamment dans la conclusion un retour réflexif et critique.
5 Valérie Schafer