Les luttes écologistes en France, entre radicalisation et offensive anti-écologie
- Par Philippe Subra
Pages 268 à 288
Citer cet article
- SUBRA, Philippe,
- Subra, Philippe.
- Subra, P.
https://doi.org/10.3917/her.200.0268
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- SUBRA, Philippe,
https://doi.org/10.3917/her.200.0268
Notes
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[1]
Si la loi Duplomb a été promulguée en août 2025, les deux textes concernant le ZAN ne seront définitivement adoptés qu’après avoir été votés par les deux assemblées et celui sur les ZFE qu’après l’avoir été par une commission mixte paritaire regroupant députés et sénateurs. Ce qui n’était pas encore le cas, début 2026.
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[2]
Élection de maires écologistes dans plusieurs grandes villes françaises, dont Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg et Besançon, dans un contexte, il est vrai, de forte abstention due à la pandémie du Covid-19.
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[3]
Plus de 356 GW de nouvelles capacités installées en 2024, six fois plus que l’Union européenne.
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[4]
Fin 2022, le pouvoir a dû abandonner la politique de strict confinement, dite du « zéro Covid », devant le mécontentement de la population.
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[6]
Enquête réalisée pour le Réseau Action Climat : <https://www.ipsos.com/fr-fr/climat-les-francais-inquiets-face-aux-evenements-extremes-et-en-faveur-dune-planification>.
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[7]
Elle-même une conséquence des sanctions européennes décidées en réponse à l’invasion russe de l’Ukraine. Une illustration des interactions entre géopolitique internationale et géopolitique interne.
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[8]
La stratégie de transition énergétique de l’Allemagne reposait sur le développement des ENR et sur le recours au gaz russe. Le remplacement de celui-ci par du gaz de schiste américain a provoqué une forte hausse du coût de l’énergie, fragilisant l’industrie et pénalisant les consommateurs. Ce qui a sans aucun doute contribué au recul des Verts allemands aux Européennes de 2024, avec un score pratiquement divisé par deux (20,5 % en 2019, 11,9 % en 2024).
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[9]
Bien que de moins en moins : la balance commerciale de la France pour les produits agricoles et alimentaires est en net recul (avec un excédent de 3,9 Md€ en 2024, – 26 % par rapport à 2023). Ce déclin est utilisé comme argument par la FNSEA pour critiquer les écologistes, accusés de brider la productivité des exploitations. La décision de la commission européenne de signer l’accord commercial avec le Mercosur a contribué à tendre les débats.
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[10]
Avec 30 % des voix chez les exploitants agricoles, contre 52 % pour la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, loin devant la Confédération paysanne (18 %).
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[11]
La Coordination rurale s’est notamment illustrée dans le conflit de Caussade (Lot-et-Garonne), entre 2015 et 2019, en construisant un barrage pourtant déclaré illégal par la justice [Subra, 2024].
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[12]
Fin décembre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse a finalement jugé conforme au droit les autorisations délivrées par l’État dans ce dossier.
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[13]
Faits révélés par Mediapart et Libération en novembre 2025, à partir de vidéos filmées par les caméras-piétons des gendarmes (« La manifestation de Sainte-Soline vue par les gendarmes », <https://www.youtube.com/watch?v=TT8j4a10aKE>).
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[14]
La stratégie de la France pour empêcher l’action climatique <https://www.amnesty.fr>.
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[15]
Emmanuel Clévenot, « Entretien. Répression policière des militants écolos : La France est le pire pays d’Europe », Reporterre, 30 mai 2024, <https://reporterre.net/Repression-policiere-des-militants-ecolos-La-France-est-le-pire-pays-d-Europe>
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[16]
Défini dans ces termes par le code pénal (art. 122-7) : « N’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace. »
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[17]
« Sous l’amour de la nature, la haine des hommes », Le Débat, no 60, 1990.
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[18]
La qualification d’« écoterrorisme » n’existe pas en droit français, contrairement à la notion de « terrorisme écologique » (art. 421-4 du code pénal), mais celle-ci désigne le fait d’empoisonner l’environnement (par ex., l’eau potable) dans un but terroriste.
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[19]
Tribune de soixante-quinze députés Renaissance, Modem et Renew dans Le Point, 20 septembre 2023.
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[20]
Comme Claude Allègre, ministre climatosceptique de Lionel Jospin en 2008, et Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, en 2014 (pour justifier l’abandon du projet d’écotaxe).
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[21]
On notera, par ailleurs, qu’à cette radicalisation des écologistes correspond, en miroir, une autre radicalisation, celle de leurs adversaires : attaque d’un commando d’agriculteurs contre la ZAD de Sivens en 2014, menaces et agressions verbales et physiques contre des militants écologistes en Bretagne et contre des inspecteurs de l’OFB, saccage de bâtiments publics et blocage de l’A62 par des militants de la Coordination rurale en 2024. Ces actions n’ont pas fait l’objet de poursuites ou se sont conclues par des non-lieux ou des condamnations symboliques.
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[22]
Extinction Rebellion et Just Stop Oil au Royaume-Uni, Letzte Generation en Allemagne, Youth for Climate en Belgique.
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[23]
Un pylône électrique scié et deux postes à haute tension incendiés en mai 2025 sur la Côte d’Azur.
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[24]
Rassemblant plusieurs dizaines de milliers d’opposants au projet de centrale nucléaire Superphénix, face à cinq mille gendarmes et CRS ; avec un bilan particulièrement dramatique : un mort (Vital Michalon), deux mutilés et une centaine de blessés.
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[25]
Les centrales de Golfech et Superphénix seront mises en service, même si cette dernière fut finalement fermée en 1997. Au même moment (1981), les luttes non violentes du Larzac et de Plogoff se soldaient par des victoires écologistes.
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[26]
« On ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS (…). Ce sont des patriotes, il n’y a aucune raison de faire intervenir les policiers et les gendarmes », Gérald Darmanin, journal de TF1, 25 janvier 2024.
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[27]
Première tentative d’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, décidée par le gouvernement Ayrault en octobre 2012.
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[28]
France Info, « Mort de Rémi Fraisse : des images tournées par des militants révèlent la violence des affrontements à Sivens », < https://www.franceinfo.fr/environnement/militants-pour-l-environnement/manifestations-pour-environnement/barrage-de-sivens/video-une-video-tournee-par-des-militants-revele-la-violence-des-affrontements-a-sivens_731403.html>.
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[29]
« Soixante-deux couteaux, soixante-sept boules de pétanque, treize haches et hachettes, sept artifices, cinq matraques et battes de baseball saisis, selon la porte-parole de la gendarmerie », BFM-TV, 26 mars 2023.
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[30]
« Rebâtir un parc nucléaire et stopper le financement des renouvelables, notre plan pour l’énergie », 2 juillet 2025, < https://republicains.fr/actualites/2025/07/02/rebatir-un-parc-nucleaire-et-stopper-le-financement-des-renouvelables-notre-plan-pour-lenergie/>.
Les écologistes ont été confrontés en 2025 à une puissante offensive anti-écologie, souvent qualifiée de « backlash écologique ». Le phénomène est mondial. En France, il s’est traduit par le vote de la loi Duplomb, l’assouplissement du « zéro artificialisation nette » et la suppression des « zones à faibles émissions ». Menée de manière coordonnée par la FNSEA, les parlementaires de droite et différents services de l’État, cette offensive se déploie sur trois « fronts » : le vote de nouvelles lois, la répression policière et judiciaire, la communication en direction de l’opinion. Pour y répondre, les militants écologistes ont le choix entre plusieurs options : la poursuite de l’action légale ou la radicalisation vers la désobéissance civile ou des actions violentes. Des stratégies dont on a pu voir, ces dernières années, les limites et les effets pervers. La présidentielle de 2027, si elle est remportée par la droite ou l’extrême droite, pourrait entraîner un nouveau recul des politiques pro-climat et une répression accrue contre les partisans de l’écologie.
Environmental struggles in France, between radicalization and anti-environmental offensive
In 2025, environmentalists faced a powerful anti-environmental offensive, often referred to as an «ecological backlash.» This phenomenon is global. In France, it manifested itself in the adoption of the Duplomb Law, the weakening of the «zero net land take» policy, and the elimination of «low-emission zones.» Coordinated by the FNSEA (National Federation of Farmers’ Unions), right-wing parliamentarians, and various government agencies, this offensive unfolds on three fronts: the enactment of new legislation, police and judicial repression, and communication campaigns targeting public opinion. In response, environmental activists have several strategic choices: continuing legal action or turning toward civil disobedience, or engaging in violent forms of protest. The limitations and unintended consequences of these strategies have become increasingly apparent in recent years. The 2027 presidential election, if won by the right or far right, could further roll back pro-climate policies and intensify repression against environmental advocates.