Béatrice Galinon-Mélénec (dir.), L’Homme trace, perspectives anthropologiques des traces contemporaines, Paris, CNRS éditions, 2011, 410 p.
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- LAULAN, Anne Marie,
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- Laulan, A.-M.
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1 Ce gros volume rassemble les contributions de dix-huit auteurs, dans le défi pleinement revendiqué d’origines pluridisciplinaires et de rattachements institutionnels bien différents. Le projet d’origine était relativement modeste, individuel : partant des paramètres en jeu dans toute communication interpersonnelle, relier la notion de « signe-trace » et celle d’« Homme-trace », dans la dimension théorique et pratique. Une approche sémiologique, en somme, qui laissera sa « trace » dans un des chapitres du présent volume. La tâche impossible du repérage de l’infinité des « objets » à interpréter conduit Beatrice Galinon-Mélénec à convier différents collègues, chercheurs, amis, à se réunir pour un travail de contributions personnelles autour de cette interrogation partagée, dans le respect des approches disciplinaires différentes.
2 Donner cohérence à ces voix multiples à partir de voies aussi différentes (et sur un laps de temps relativement long) représente un deuxième défi pour la directrice de l’ouvrage, soucieuse de respecter l’apport de chacun : aussi, la structure un peu déconcertante, se présente-t-elle dans une construction ni temporelle, ni empirique, ni disciplinaire. En point de départ, le choc d’une image, l’empreinte du premier pas d’un homme sur la Lune, « universellement » diffusée sur toutes les chaînes du monde, puis aussitôt la question centrale : notre siècle est-il celui de la trace, de la traçabilité, d’une étendue spatiale et d’une durée de vie telle qu’il est impossible d’effacer ses traces, de se rendre invisible, de ne plus offrir prise à autrui ? Interrogation anthropologique, sans aucun doute. Dès les époques antérieures, toute vie humaine, tout comportement se nourrit des traces (saveurs, cicatrices, mémoire, usure) que l’interaction avec l’environnement implante en soi, consciemment ou pas. Toutefois, l’explosion contemporaine des outils de communication et de contrôle, incluant les puces dans les textiles, ou les implants sous la peau, vient accroître le poids, la gravité de l’interrogation initiale. « En ce sens, cet ouvrage lui-même est trace ; une trace matérielle, le livre ; et plus immatérielle, celle de l’état des connaissances des auteurs […]. La lecture également est trace du processus d’interprétation du texte, trace des connaissances du lecteur ». Et pour compléter cette composition en abyme, ajoutons-y les choix des fragments repérés par l’auteur de ce compte rendu.
3 La masse et la densité des contributions imposent une prouesse architecturale, un choix : ni le déroulement temporel du séminaire ni le classement par approches disciplinaires n’ont été retenus ; après une reprise du tout premier travail conceptuel d’origine de quarante pages, s’amorce la description d’un itinéraire où un certain nombre d’auteurs posent leurs jalons, en termes simples et synthétiques. Le lecteur pressé trouvera là une vision rapide, mais dense de l’ensemble du travail.
4 Puis l’ouvrage se décompose en trois livres intitulés : I Les questions de langage ; II Le corps comme entour sémiotique ; pour se prolonger (III) dans une réflexion sur l’intentionnalité de la marque, avant de reprendre d’une façon un peu scolaire (ou académique !), point par point, les acquis pour rebondir vers d’autres interrogations fortes telles que le poids des institutions, les frontières entre l’homme et l’animal. Au cas où le lecteur en réclamerait davantage, promesse est faite que d’autres textes sont à paraître, tant fut riche la récolte des abeilles butineuses, dans l’abri bienveillant du laboratoire CDHET du Havre (Communication et développement des hommes, des entreprises et des territoires). Rendons l’hommage mérité à la directrice de cet ouvrage, reine de la ruche et désormais à la tête d’un réseau international.
5 Michel de Montaigne recommandait de faire son miel de toutes fleurs (repoussant la notion de pensée unique). Que me soit accordée la liberté d’indiquer les nectars d’excellence, à mes yeux, tant ils nourrissent les interrogations immédiatement contemporaines. Principalement le livre III quand la trace devient marque, le plus souvent d’infamie. Si les distinctions honorifiques font l’objet d’un texte humoristique, les articles consacrés aux luttes contre les intrus, les sans-traces et sans-papiers, ou encore aux traces des dominations coloniales, dépassent le stade de la connaissance pour déboucher sur une interrogation éthique concernant notre société et son inhumanité. En ce sens, ce travail « sémiotique » au départ relève bien au final des sciences humaines et sociales dans leur globalité.
6 Anne Marie Laulan
7 Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC)
8 Courriel : < anne-marie.laulan@iscc.cnrs.fr>
Date de mise en ligne : 02/11/2013