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Une université aux prises avec les demandes des retraités. Entre éducation permanente, diffusion culturelle, prévention...

Pages 147 à 161

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  • Pennec, S.
(2013). Une université aux prises avec les demandes des retraités. Entre éducation permanente, diffusion culturelle, prévention... Gérontologie et société, . 36 / n° 147(4), 147-161. https://doi.org/10.3917/gs.147.0147.

  • Pennec, Simone.
« Une université aux prises avec les demandes des retraités. Entre éducation permanente, diffusion culturelle, prévention... ». Gérontologie et société, 2013/4 vol. 36 / n° 147, 2013. p.147-161. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2013-4-page-147?lang=fr.

  • PENNEC, Simone,
2013. Une université aux prises avec les demandes des retraités. Entre éducation permanente, diffusion culturelle, prévention... Gérontologie et société, 2013/4 vol. 36 / n° 147, p.147-161. DOI : 10.3917/gs.147.0147. URL : https://shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2013-4-page-147?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gs.147.0147


Notes

  • [1]
    Par convention, sont retenus le terme « université » pour l’établissement universitaire considéré et le sigle UTL (ou UTA) pour les actuelles Universités du temps libre (anciennes Universités du troisième âge).
  • [2]
    L’article s’appuie sur le dépouillement de documents propres aux UTL (archives, bulletins de liaison, La Gazette, rapports d’étude, rapports de voyages, etc.) et sur la consultation des sites web. Concernant l’université, les mêmes méthodes ont été utilisées ; mais, malgré la longue période considérée, les revues d’information de l’université comportent peu de références à ces activités et peu d’archivage. Le fait d’avoir participé à la mise en place des premières actions a facilité l’accès aux données.
  • [3]
    L’étude, présentée au Palais des Congrès en présence de la municipalité et d’autres décideurs, aura un fort impact médiatique contribuant à faire connaître l’UTA dans le département.
  • [4]
    Élu député, il réalisera un rapport parlementaire consacré aux universités du 3e âge.
  • [5]
    Les photos d’archives gardent trace des coiffes et voiles (de religieuse) au sein de l’assistance.
  • [6]
    Ville de pêche et de conserveries, elle revendique son histoire : première municipalité communiste, et première femme élue (élection annulée, en 1925 les femmes n’ayant droit ni d’être élues ni de voter).
  • [7]
    Outre les recherches évoquées, les travaux ont porté sur l’archéologie, la veille écologique, les algues, etc.
  • [8]
    Voir Gérontologie et société n°13 (1980) ; numéro spécial Ufuta-Informations, Actes des secondes assises nationales des universités du 3e âge (1982).
  • [9]
    Dans les derniers programmes : histoire de l’art (2), histoire de la musique, musicologie, histoire de la littérature, philo (3), orthographe (3), lecture (2), écriture (2), nature, comprendre la science, recensement fontaines, cinéma, initiation aquarelle, généalogie, plaisirs de la table, cuisine (2), aquagym, gym entretien.
  • [10]
    Cette action a donné lieu à une reconnaissance nationale au travers de l’opération Lire et faire lire.
  • [11]
    Tv résidence produit des vidéos diffusées par CD et sur chaîne TV locale. Exemples de réalisations : premier vote des femmes ; formations supérieures et vieillissement ; vieillissement des immigrés…
  • [12]
    Seule la ville principale où se situe l’université est considérée sur ce point.
  • [13]
    Ateliers citoyens participatifs ; usages informatiques et numériques…
  • [14]
    Vont voir le jour : Les mercredi de l’Antiquité ; Les lundi de la santé ; Les jeudi des Seniors ; Les lundi des Ehpad… à l’initiative d’universitaires, de services municipaux, du Clic et du CHU. Conférences auxquelles s’ajoutent celles de l’Espace éthique et de plusieurs associations du champ médico-social.
  • [15]
    Voir page 177 de ce numéro.
  • [16]
    « Pôles de citoyenneté est une initiative de l’université fédérale de Minas Gerais qui, depuis dix ans, développe des projets dans les communautés pauvres et les bidonvilles de Belo Horizonte. Le programme est financé par le CNPq (organisme fédéral de soutien à la recherche). La méthodologie […] est la recherche-action. Toutes les décisions sont donc prises ensemble, ce qui transforme les membres de la communauté, non en simples « objets » de recherche, mais en sujets interparticipant, avec les élèves, les professeurs, les professionnels et d’autres acteurs investis… Les axes du programme : la médiation face à la « crise du droit » ; le capital social, devant la « crise de la solidarité » (et, d’une certaine façon, aussi de la « crise de l’État ») ; les coopératives (l’économie solidaire), devant la « crise du capitalisme » (Rubião, 2008, p.112).
  • [17]
    Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) : Projet Phenomer, qui sera étendu en 2014 à toutes les côtes de l’Hexagone, constitue une première en Europe, à cette échelle et sur ce thème. Le projet auquel participent la station biologique de Roscoff et l’université de Bretagne Occidentale (UBO) est soutenu financièrement par le ministère de l’Écologie, la Fondation de France et l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.
  • [18]
    Cependant, la transversalité n’est pas toujours présente, ainsi Vada n’intègre pas la Formation tout au long de la vie (et peu les rapports de genre et de classes).

1 La contribution est centrée sur les dynamiques organisationnelles des UTL et sur les objectifs visés par l’université [1]. Après la présentation des données contextuelles, un premier point précise le projet initial de l’université et les configurations de départ pour les premiers centres. Le second point trace un état des lieux des réalisations à ce jour et les évolutions, avant de considérer, en troisième point, la politique universitaire dans ce domaine depuis les dix dernières années [2]. La conclusion interroge la fonction d’inclusion sociale de l’université en présentant des réalisations étrangères, spécifiques ou non aux UTL.

2 L’université considérée est pluridisciplinaire et compte 18000 étudiants à ce jour. Elle est située à plus de 200 km des autres universités de la région. Installée dans la plus grande agglomération du département, elle dispose de centres universitaires dans deux autres villes. Lorsqu’elle reçoit l’incitation de l’État à créer des UTA, c’est une « jeune » université, récemment reconnue. Pour répondre à cette sollicitation, comment l’institution définit-elle son projet en direction des retraités et quels sont les services auxquels sont attribuées ces missions ? Si le lancement correspond à une période d’élaboration d’une politique universitaire d’Éducation permanente et de volonté d’ouverture à de nouveaux publics, dans les temps qui suivent, l’expansion des UTL se conjugue à un brouillage des projets universitaires entre diffusion culturelle et prévention médico-éducative.

3 Le département (900000 habitants environ et 283 communes) compte actuellement douze UTL créées : quatre dans les années 1976-1980, cinq entre 1990-2005 et trois plus récemment. Outre les deux agglomérations urbaines (150000 et 65000 habitants), les UTL sont sises dans des communes de 19000 à 2000 habitants (sept de moins de 10000, quatre de 14000 à 19000).

4 Pour l’année 2012-2013, l’ensemble des UTL comptabilise plus de 5600 adhérents (de 200 à 1000 selon les sites) provenant de plus de 250 communes. Associations indépendantes, ces UTL adhèrent aux associations régionale et nationale, et quatre sont fédérées entre elles.

5 Chacune développe une gamme d’activités qui peuvent avoir lieu dans plusieurs communes. Au-delà de ces données factuelles, l’émergence de ces UTL est à considérer par rapport aux politiques universitaires et aux offres d’autres acteurs parmi lesquels les politiques locales et celles de l’État dans le champ de la vieillesse.

L’EXPÉRIMENTATION DE NOUVELLES MISSIONS ET DE NOUVEAUX PUBLICS

DES « UNIVERSITÉS DU 3e ÂGE » À INVENTER

6 L’incitation de l’État, dans le cadre du programme « politique de la vieillesse » du plan quadriennal, est relayée auprès des trois universités régionales par l’intermédiaire de l’École Nationale de la Santé Publique. Ces quatre établissements vont composer « l’Université du 3e âge de Bretagne » présidée à tour de rôle, mais les modalités de fonctionnement et les activités relèvent de chaque institution. Cette mission va être confiée soit à un universitaire, soit à un service et il s’agit généralement des individus qui assurent les programmations culturelles (conférences, expositions). C’est parfois aussi auprès des « services de formation continue » que ces demandes sont formulées comme dans le cas de l’université étudiée. Nouvellement créés, ces services doivent développer les formations universitaires en direction des salariés (loi 1971) et le public des retraités va s’y trouver rattaché souvent à défaut d’autres perspectives organisationnelles. Or, les retraités n’émargent pas aux financements prévus pour la formation continue des salariés, qui privilégie les plus jeunes (moins de 40 ans) et les plus diplômés (Guillemard, 2003 ; Pennec, 2002). À titre d’exemple, les stages dits de « préparation à la retraite » à l’intention de salariés, mais en fin de carrière, ont pu donner lieu à contestations lors des contrôles administratifs et financiers auprès de la formation continue.

7 Dans l’université présentée, l’impulsion initiale UTA porte la trace des méthodes développées dans une part des formations à l’égard des salariés. Il en va ainsi des modèles pédagogiques favorisant la participation des « apprenants » tout au long du processus de formation : conception, méthodes actives d’enseignement et d’évaluation, etc.

8 Au cours des années 1970-80, de nombreux débats s’engagent autour des innovations pédagogiques dont témoigne la revue Éducation permanente. Concernant plus précisément les retraités, la revue Gérontologie et société consacre un numéro « Éducation permanente au-delà de 60 ans » (1980) dont des présentations des UTA. Véritable forum entre les acteurs de terrain, l’ouvrage fait entrevoir des distinctions entre les objectifs poursuivis, les contenus et les publics. Concernant l’évolution des UTA, les travaux d’Aline Chamahian (2005, 2009) constituent la référence la plus documentée et précisent les analyses sur « l’engagement en formation à l’heure de la retraite ». Retenons que dans le cas exposé, le modèle initial est celui de « l’éducation permanente » qui privilégie l’élaboration collégiale des UTA et la pédagogie participative.

DES INNOVATIONS À L’ÉPREUVE DU TERRAIN : ÉDUCATION PERMANENTE, MODÈLE COOPÉRATIF

9 Les parcours des quatre premières UTA (années 1975-80) présentent la pluralité des déclinaisons du projet universitaire avec les acteurs des lieux d’implantation. Non initiés aux publics retraités, les universitaires choisissent de rencontrer divers groupes (syndicats, clubs, unions familiales, bureau aide sociale, centres sociaux, foyer-logements, associations culturelles…) susceptibles de formuler des projets. Menées dans chaque ville, ces rencontres contribuent à définir les contenus et les formes pédagogiques, et permettent de constituer les groupes de pilotage, interlocuteurs pour l’université. Selon les localités, les groupes et le pilotage, les réalisations sont spécifiques comme nous allons le préciser à grands traits pour ces quatre centres.

DANS LA VILLE SIÈGE DE L’UNIVERSITÉ : RÉALISATION DE DIAPORAMA, D’ENQUÊTES, STAGES…

10 Les rencontres et entretiens auprès des retraités donnent lieu à la réalisation d’un diaporama « C’est pas vrai que j’ai 80 ans ! » et, par ailleurs, au groupe de pilotage et à la création de l’UTA en 1976. Ce comité, très diversifié en partenaires, va formuler un objectif prioritaire : la connaissance de la vie des retraités dans la ville et ils sollicitent une étude dont ils veulent être partie prenante : conception, traitement, analyse et diffusion. Une formation et recherche-action est engagée sur deux années et les résultats (Pennec et al., 1978) sont présentés publiquement par les retraités [3]. D’autres actions sont organisées : stages, conférences, intégration aux formations continues (langues), participation à d’autres études (Europe ; La pédagogie des UTL par l’université Nanterre). L’étude relative aux retraités connaît un retentissement important et porte sur la scène publique certains membres du comité de pilotage qui vont contribuer au lancement de l’office des retraités. Ce nouvel acteur local s’oriente vers l’animation du 3e âge tandis que le Bureau d’aide sociale (BAS) gère l’assistance au 4e âge. Ce clivage dans les activités sous responsabilité municipale va maintenir, pour un temps, la focale de l’UTA sur des problématiques centrées sur les mouvements sociaux, la citoyenneté (productions audiovisuelles) outre les stages et conférences. Autres caractéristiques de cette UTA : les journées et séances sont ouvertes à tout public, sans référence à l’âge ; les activités se tiennent dans plusieurs quartiers (Maisons pour tous, clubs, etc.) aussi fréquemment que dans les murs de l’université.

LA SECONDE VILLE : UNE ANTENNE UNIVERSITAIRE QUI MET À PROFIT L’EXPÉRIENCE PRÉCÉDENTE

11 Le projet universitaire similaire au précédent connaît ici des effets différents : moins de partenaires et une plus grande homogénéité du comité de pilotage ; l’UTA est créée en 1977. Cette ville dispose déjà d’une association de retraités (type office) qui développe des activités en concertation avec le BAS. Rapidement, le groupe UTA précise son attrait pour les formules stages et conférences, et privilégient les sujets plus culturels que sociaux, les questions relatives au vieillissement étant peu souhaitées. L’« université ouverte » est moins soutenue par l’antenne universitaire et, progressivement, les réseaux des retraités enseignants vont leur permettre de proposer des conférenciers sur les thématiques de leur choix. Les journées ont lieu dans un foyer-logement, ce qui répond aux besoins en capacités d’accueil et aux souhaits du directeur de l’établissement qui vise l’ouverture à et sur la cité. Il n’y a pas d’étude engagée mais quelques adhérents vont participer aux groupes d’étude d’autres UTA.

UNE TROISIÈME VILLE, PLUS PETITE : INSISTANCE ET ARGUMENTAIRE POUR LA CRÉATION D’UNE UTA

12 L’association locale d’aide aux personnes âgées, sous la présidence d’un élu municipal [4], fait valoir deux critères : la proximité pour mieux répondre à la demande ; le souci d’équité dans la participation à la connaissance. Est avancé l’argument du droit à la formation pour les personnes âgées qui souhaitent un « rattrapage » par alignement sur l’âge actuel de la scolarité obligatoire. En quelque sorte, une revendication de droit à la formation tout au long de la vie. L’UTA sera créée en 1980 et les séances vont ici aussi avoir lieu dans un foyer-logement [5]. L’assemblée se distingue par un taux de femmes plus élevé encore que dans les autres groupes (80 % environ contre 70-75 %) ainsi que par les milieux sociaux : les ouvrières-ouvriers sont en plus grand nombre que les classes moyennes et supérieures [6]. Les réalisations concernent l’histoire et la mémoire des lieux, des métiers, et l’évolution des sociétés au plan local et à l’échelle du monde. Intérêt qui manifeste la réflexion autour des identités collectives, dans une cité connue pour ses luttes de « femmes d’usines » et dont la déstructuration des activités incite à des mobilisations culturelles, sociales, patrimoniales.

UNE QUATRIÈME VILLE : SOLLICITATION DE L’OFFICE D’ACTION CULTURELLE PAR UN CHERCHEUR UNIVERSITAIRE

13 C’est par réseau d’interconnaissance activé par le chercheur et par l’office d’action culturelle que s’engagent les rencontres avec les retraités. Dans ce contexte, l’UTA, créée en 1981, s’inscrit d’emblée dans le champ culturel, sans influence notable de l’office des retraités. Les activités prennent le chemin qui tend à s’instaurer au sein des UTA du département et qui gagne en visibilité au niveau régional et national. La médiatisation nationale de quelques expériences privilégie la formule des cycles de conférences et la dimension culturelle.

14 À ce stade, l’université est en responsabilité de quatre UTA dont un premier bilan (Pennec, 1982) montre la diversité des activités : formations, recherches [7], production audio-visuelle et diffusion par les retraités. Plusieurs enseignants-chercheurs et chercheurs investis dans l’expérimentation de formes coopératives des savoirs (Desroche, 1982) sont intéressés par l’élaboration d’un projet d’université ouverte à la cité. La définition et la promotion d’une « section recherche » UTA sont expérimentées (Gouletquer, 1984 ; Pennec, 1982, pp. 118-125). L’affluence des demandes d’actions et de création de nouvelles UTA va pourtant conduire à une posture de retrait de l’université qui va pousser à la constitution d’une association des quatre centres et à leur autonomie de financement. Se plaçant ainsi en position de prestataire (des intervenants, des locaux…), l’université se limite à la gestion de certaines prestations et n’assure plus la co-conception d’éducation permanente.

L’HOMOGÉNÉISATION DES UTL SUR LE MODÈLE DE LA DIFFUSION CULTURELLE

15 Devenues UTL, les UTA se multiplient de la fin des années 80 aux années 2010, passant de quatre à douze centres. La lecture des documents de présentation, comptes-rendus des activités et consultation des sites montre un format type des « Universités du Temps Libre », dans ce département comme sur le territoire français. De manière simplifiée, si l’on se réfère à l’existant, et, aux projets universitaires de départ [8], deux pans se sont estompés : celui de la recherche et celui de l’université « citoyenne ». Dorénavant, l’UTL est présentée comme « une action de diffusion de la culture et des savoirs universitaires par distinction avec les activités des clubs du 3e âge » selon l’enseignant-chercheur qui en est chargé (La Gazette, 1991). Mais sans doute faut-il regarder de plus près et faire l’hypothèse que des réalisations maintiennent vivantes des pratiques d’éducation permanente (ou populaire, etc.), au sein des UTL ou ailleurs dans l’université, sans bénéficier d’effet d’affiche. Enfin, « l’université ouverte » peut voir le jour hors les murs de cette institution. Nous allons considérer l’amplitude des activités UTL et des publics avant de préciser quelques alternatives.

UN CATALOGUE TYPE : CYCLE DE CONFÉRENCES, ATELIERS, SORTIES, VOYAGES

16 Les douze UTL semblent se mouler sur ce format et l’homogénéité frappe d’autant plus que les listes des conférenciers et des sujets sont très proches. Certains sites présentent des résumés des interventions, d’autres commentent ou évaluent le succès des enseignants, d’autres enfin comptabilisent le top quantitatif des intervenants devenus des habitués. Les « ateliers », de formes et durées variées, nécessitent inscription et coût supplémentaire. Animés par des intervenants extérieurs qui exercent parfois dans plusieurs UTL ou par des adhérents UTL, certains sujets [9] pourraient donner lieu à des recherches-actions mais nous n’avons pas trouvé de traces en ce sens. L’écriture est sollicitée et mise en valeur (en témoigne le journal La Gazette des quatre UTL fédérées) ; les sorties et voyages donnent lieu à des textes, parfois mis en ligne, intégrant des reportages photographiques. Des sorties régionales et nationales sont organisées à partir des conférences ; des voyages ont lieu en France et en Europe, parfois jusqu’en Asie et certaines UTL en réalisent plusieurs dans une même année. Des conventions sont parfois passées avec des cinémas pour des films commentés.

17 D’autres partenariats permettent l’accueil de groupes UTL (voyages, piscine, etc). Cette sommation montre un ensemble de prestations proche des propositions des offices de retraités et l’on peut s’interroger sur la recherche de distinction et d’entre-soi des UTL. L’amplitude des activités peut « prendre du temps », le contenir, le borner par une forte occupation des individus. Si cette thèse peut valoir pour les individus qui « managent » et cumulent divers rôles par la direction des UTL, l’animation d’ateliers, les voyages et les négociations diverses, et ce sur le long cours, les pratiques des adhérents s’avèrent, elles, très diversifiées. Les temporalités – les leurs et celles de leurs proches –, les autres propositions disponibles dans les territoires, leurs acquis au cours des expériences de retraite et les diverses motivations personnelles (Chamahian, 2009) contribuent à des usages dont la visibilité n’est pas saillante, ni à partir des suivis de programmes ni au travers des récits des participants.

LES PUBLICS : UNE MAJORITÉ DE FIDÈLES, QUELQUES INTERMITTENTS ET DES PASSAGERS…

18 Les adhérents qui prennent part à bon nombre des activités ne les pratiquent pas toujours sur le même mode et si les routines occupationnelles règlent les temps, elles ne consument pas le sens et l’usage fait des séances. D’aucun (e) s apprécient l’anonymat des grands groupes des conférences, d’autres y recomposent les réseaux de fréquentations, mais les manières dont le « produit » fait effet sont multiples : tenue de cahiers, rédactions des interventions, actualisations selon les opportunités de la vie. Certains ateliers comportent une démarche active dont sont attendus des effets de progression (connaissances, écritures). Écrits et reportages sont productions intimes mises en usages dans les relations à soi-même et dans les rapports à autrui, amis, famille... et pour une part infime sur la scène des UTL. Une part des pluri-consommateurs/trices paraît aussi rechercher un confortement de sentiment d’appartenance en distinction des clubs et offices de retraités ou maisons de quartiers qui organisent nombre d’activités similaires.

19 Le mode opératoire des UTL renforce leur homogénéisation par le biais des réseaux tissés entre les responsables (listes de conférenciers, activités, sorties, contacts…) et contribue à un modèle-type centré sur la diffusion culturelle, animé par un cercle d’intervenants réguliers dont certains adhérents. UTL qui deviennent aussi terrains de secondes carrières pour les enseignants et autres cadres, comme intervenants privilégiés et/ou comme responsables. Les participant (e) s les plus fidèles sont principalement des femmes. Mais, il faut souligner une étrange inversion entre participant (e) s et intervenant (e) s car si les premières composent 70 à 80 % du public des conférences, les intervenant (e) s sont, elles, nettement minoritaires aux alentours de 20 %. Par contre, les ateliers sont animés principalement par des femmes.

DE QUELQUES ALTERNATIVES… DANS L’UNIVERSITÉ PARFOIS, PLUS SOUVENT EN DEHORS

20 Des parcours alternatifs existent, par le statut d’auditeur libre ou la reprise d’étude, à l’interne de l’université, ou en se déprenant de l’institution pour s’engager ailleurs.

ÊTRE UN ÉTUDIANT : « REPRISE D’ÉTUDES » OU « AUDITEUR LIBRE »

21 Dans l’université étudiée, peu de retraités entament des reprises d’études diplômantes ; ceux qui les engagent font preuve de connaissances acquises par autodidaxie. Sans grandes relations avec les adhérents UTL, les modalités de cohabitation avec les étudiants plus jeunes et avec les enseignants supposent des ajustements de la part des plus âgés, parfois des négociations, analysés pour les reprises d’étude par A. Chamahian (2009) et auprès des étudiants de formation continue par Simone Pennec et al. (2002).

22 Pour l’année 2012-13, sur les 5600 adhérents UTL, plus de 250 sont également des « auditeurs libres » (sans accès aux examens) ; ce statut permet la participation à nombre d’enseignements auprès des « étudiants classiques », terme usité par les retraités et par les universitaires. Les adhérents UTL bénéficient d’un tarif d’inscription à l’université réduit, ceci induit des adhésions d’opportunité et des intermittences aux UTL. Comme pour les conférences UTL, les matières de prédilection relèvent des lettres, sciences humaines et sociales, mais les sciences et le droit connaissent aussi des auditeurs. La discipline favorite reste l’histoire, pour les enseignements et pour le suivi des journées et colloques. Au-delà de ces étudiants-auditeurs, l’ensemble des sollicitations envers les enseignants, départements et laboratoires mériterait un meilleur repérage pour une prise en compte dans les pratiques universitaires.

23 Autre alternative, la production de recherches peut être concrétisée par les « non formation initiale » (certes aussi en les rassemblant) à la condition de rencontrer des enseignants ou des chercheurs disposés à cet effet. Un exemple : entre 2002 et 2005, moment où la dynamique d’éducation permanente est relancée par l’université, est menée une recherche qui va aboutir à la publication d’un ouvrage consacré aux correspondances de Paul du Chatelier (Coativy et al., 2006). La revue d’information de l’université (UBO, 2005, pp. 22-23) présente ce travail à partir d’un entretien auprès de l’enseignant-chercheur auquel nous laissons la parole.

24

– Comment en êtes-vous arrivé à collaborer avec des adhérents de l’UTL ?
 E.C : (président du département d’histoire). J’ai hésité en évaluant la charge de travail… et le type de public avec lequel je devrais collaborer, assez éloigné de mes étudiants classiques… J’ai d’abord douté de la viabilité du projet : ce type de recherche nécessite une formation spécifique et ne s’improvise pas vraiment…
– Voyez-vous une différence avec les travaux avec vos étudiants de formation initiale ?
 … L’esprit est différent… Le schéma classique du rapport enseignant/ apprenant… est allègrement bousculé. J’ai dû composer avec des personnes qui n’adhéraient pas toujours à mon point de vue, voire développaient une capacité de résistance importante à mes arguments, et me poussaient à la négociation.
– Cette collaboration vous a-t-elle apporté quelque chose de particulier dans vos pratiques ?
 La cohabitation des membres du groupe (UTL) avec les étudiants sur les bancs de la fac, les échanges que cela a engendrés ont permis de faire remonter des informations que les étudiants n’osent pas toujours formuler… C’est un aspect positif auquel je n’avais pas songé : de petits aménagements permettent parfois de gagner beaucoup en conditions de travail.
– Le groupe de travail… le profil des participants ?
 L’implication des participantes (pour beaucoup retraitées de l’éducation nationale) a été impressionnante. Elles ont complété leur bagage initial en auditeurs libres et ont suivi assidûment les cours pour acquérir la méthodologie nécessaire.

25 Ces propos créditent le potentiel représenté par les retraités (disponibilité, curiosité et soif d’apprendre) et soulignent leurs apports pour interroger et enrichir les savoirs et les modes de transmission au sein de l’université. Néanmoins, ce type d’action reste rare et le nombre de participants s’avère donc faible. Notons aussi que l’étude précédente est le fait de chercheur (e) s retraité (e) s et privilégie l’habitus enseignant, rapprochant en cela les publics et les pratiques UTL, fussent-elles de recherche.

SE DÉPRENDRE DE L’UTL, DES ENGAGEMENTS SÉLECTIFS HORS UNIVERSITÉ

26 Une part des activités initiées lors des expériences initiales n’a pas été poursuivie (vidéos, informatique, langues) et des recherches-actions n’ont pas trouvé écho dans l’université. Absence de réponses qui a conduit à se tourner vers d’autres acteurs (offices, centres sociaux, maisons de quartiers, associations citoyennes…) De fait, les actions développées ailleurs ressemblent pour partie à celles des ateliers UTL et pour partie s’en distinguent (informatique et numérique ; mémoire des quartiers ; rencontres intergénérationnelles) (Pennec, 2012). Les différences se situent dans la volonté de conjuguer plusieurs publics, à distance de la fermeture sur le public retraité. Quelques exemples : l’intervention des retraités dans les écoles [10] ; l’atelier de réparation d’appareils (ménagers et fauteuils roulants) entre retraités et rmistes. Citons aussi les productions vidéos [11] d’une équipe de retraités qui mobilise une diversité d’acteurs dont parfois des universitaires. Les uns et les autres déclarent préférer des formes « moins passives » de savoirs et privilégier les dynamiques de production collective. Ces activités, parmi d’autres, supposent des apprentissages diversifiés pour lesquels l’université peut se trouver sollicitée en amont ou pour analyser l’activité – la pratique et les résultats – par des recherches-actions coopératives (Le Borgne-Uguen et al., 1996 ; Pennec et al., 1999).

27 Durant la période entrevue, les offres culturelles et formatives, en direction des retraités et d’autres publics, se sont considérablement accrues et proviennent d’une pluralité d’acteurs. Dans ces conditions, les rôles de l’université nécessitent d’être interrogés pour cerner les enjeux et préciser les ajustements aux attentes des populations, ce qui suppose de définir à quoi et à qui il est répondu in fine par l’institution.

« LA FORMATION TOUT AU LONG DE LA VIE » : L’UNIVERSITÉ POUR TOUTES ET TOUS ?

28 La perspective diachronique a permis de saisir les tendances et les variations des pratiques universitaires dont les lignes de force sont peu repérables, plus souvent marquées par des rebonds ponctuels que par l’élaboration continue d’une politique clairement identifiée. La promotion de la Formation tout au long de la vie – notons l’évolution terminologique – comporte-elle des innovations pour ancrer l’institution dans les attentes sociétales ? [12]

LES ALÉAS DE L’ÉDUCATION PERMANENTE : QUELLE PLACE ENTRE CULTURE ET PRÉVENTION ?

29 Dans nombre d’universités, l’éducation permanente des années 1970- 1980 paraît aujourd’hui en veilleuse. Pour le cas observé, à l’étape initiale présentant ces objectifs succède un effacement avant que survienne dans les années 2000 un rebond avec la création d’un Conseil de l’éducation permanente composé d’universitaires et de représentants associatifs, syndicaux, etc. Plusieurs actions [13] sont mises en place dont l’une va connaître un franc succès, Le Cours public, qui fait école [14]. Communément nommé Les mardi du Cours public, ses conférences-débats portent sur les questions de société : Femmes ; Démocratie ; Travail ; Villes ; Migrations… Pourtant, dix années après son lancement collégial par l’éducation permanente, le Cours public s’étiole et seules quelques conférences (sur la mémoire, l’alimentation…) sont irrégulièrement proposées par le service culturel.

30 Considérons les Lundi de la santé, organisés par le service santé de la ville et l’UFR Médecine, qui rassemblent un public plus nombreux encore (500 à 600 personnes par utilisation simultanée de deux amphis). Bien des participants sont également présents aux conférences UTL les jeudi après midi, ils pratiquent ainsi régulièrement le campus mais à distance des étudiants (y compris ceux des cursus portant sur le vieillissement…). Ces Lundi de la santé traitent de maladies graves en vue d’une éducation-prévention selon les modèles de la médecine. Ici les savoirs des participants sont faiblement mobilisés alors qu’ils pourraient être pris en considération, par exemple pour l’éducation des soignants. L’offre à orientation médico-sociale devient conséquente en direction des seniors et retraités, l’éducation-prévention vient ainsi s’adjoindre avec force à la diffusion culturelle mise en valeur par les UTL. Ces modèles à visée de responsabilisation individuelle comportent le risque d’accentuer les représentations déficitaires du vieillir et de priver la société des savoirs expérienciels acquis au cours des âges et des parcours individuels. C’est ici tout l’objectif d’une politique d’éducation permanente que peut viser « l’université participative ».

31 Cependant, on peut observer que la ville et d’autres acteurs mettent en débat les savoirs d’expertises plurielles. Évoquons les agoras organisées par le service Démocratie, technologies, citoyenneté ; les séminaires consacrés à l’habitat coopératif par les acteurs de l’économie sociale et solidaire, les conférences des Amis du Monde diplomatique, etc. L’ensemble de ces actions montre l’existence de nombreux forums dans l’espace public, mais, il faut souligner que si quelques universitaires y participent, voire les initient, c’est le plus souvent à titre individuel et non dans le cadre de programmes concertés entre les institutions au sein desquels l’université tiendrait un rôle propre clairement identifié.

QUELLE FORMATION TOUT AU LONG DE LA VIE ?

32 Pour l’université, la diversité des publics et des attentes pourrait faire fonction de révélateur et de levier pour reformuler les potentialités de l’institution universitaire (au-delà de la prestation d’universitaires et de locaux). La multiplication des offres et des publics manifeste clairement l’existence de demandes et besoins, pour autant, ils n’assurent pas de l’adaptation des propositions. Ceci oblige à faire retour sur les objectifs et les projets de l’université dans ce domaine : quelle politique, pour quels publics et selon quelles modalités ? S’agit-il de diffusion culturelle et scientifique, d’informations visant la prévention, de production de savoirs, d’émancipation populaire ? Quels partenaires participent à la co-élaboration des programmes ? Quelles pédagogies, quels moyens ? Ces questions ont déjà été posées au sein des universités, il y a plus de trente années pour ce qui concerne les retraités (Gérontologie et société, 1980) et depuis plus longtemps encore pour ce qui concerne l’inclusion des personnes à distance des savoirs académiques. Des programmes pédagogiques et de recherche-action ont été expérimentés pour soutenir la prise en considération des savoirs profanes et l’intégration de l’université dans la cité (Freire, 1985). Questions toujours d’actualité qui invitent à composer les fonctions de l’université en dépassant le standard de la formation des plus jeunes et de la recherche pour les étudiants avancés, laissant à la marge la participation aux savoirs sociétaux et à leurs enjeux. Si la déchronologisation des temps de la vie est mieux prise en compte par l’université, par la validation des acquis de l’expérience qui compense ainsi opportunément la baisse des étudiants plus jeunes, le public retraité ne semble pas crédité d’une reconnaissance similaire. L’expérience d’autres pays, à l’exemple des universités britanniques présentées dans ce numéro par Jim Ogg et Chris Phillipson, semble peu suivie par les universités françaises [15].

33 La construction d’une société de la connaissance mise en exergue par la formation tout au long de la vie suppose des mutations dans les missions et les fonctionnements universitaires. C’est l’ensemble des capacités des citoyens (y compris au-delà de 40 ans) qui est à considérer ; et c’est aussi le sens de ce qui fait « formation » qui nécessite d’être revisité pour y insérer une transitivité encore peu pratiquée. Enfin, la transformation de l’université en arène de production et d’échanges de savoirs relève d’un projet collectif reconfigurant les modes de décisions et de fonctionnement de l’institution. En cela, l’expression Formation tout au long de la vie paraît restrictive et injonctive, comparativement au programme brésilien Pôles de citoyenneté[16] exposé par André Rubião (2008) qui se réfère au concept d’« université participative ».

CULTURE DES ÂGES ET PROJETS UNIVERSITAIRES

34 Les retraités abondamment convoqués dans les comptes, démographiques et économiques, sont rarement comptabilisés pour leur production : travail d’entretien de la santé et de cohésion sociale (bénévolat, militantisme). Ce contexte de longévité suppose un renouvellement des cadres universitaires susceptible de renforcer les capacités de décisions en intégrant les savoirs d’individus maturescents et sénescents au-delà du temps d’activité professionnelle. Universités, « pôles de compétitivité » et « gérontopôles » à la française ne paraissent pas avoir engagé la re-connaissance des acquis jusqu’aux plus vieux qui doivent ferrailler pour convaincre tel ou tel universitaire avant d’intégrer des actions d’étude. Pourtant, récemment, un organisme national de recherche a diffusé l’appel suivant « On a besoin des citoyens pour être au bon endroit et au bon moment » [pour] « mieux connaître la biodiversité des micro-algues »[17] (Ouest-France, 7 août 2013). L’appel au « chercheur observateur citoyen » nous renvoie aux groupes de recherche-action des premières années UTA, particulièrement à celui de « veille écologique » consacré à l’observation des algues. Cette piste des citoyens « veilleurs », « sentinelle » (cf. le champ médical) ou encore « lanceur d’alerte », nécessite des alternatives de recherche, de formation et de choix collectifs pour le monde universitaire.

35 L’enjeu est non l’activation des retraités, au risque d’une instrumentalisation au service de projets construits pour eux mais sans eux, mais d’accroître leur capacité d’agir sur l’ensemble des questions sociétales, sans limitation à la culture et à la prévention, à l’exemple des actions de Life long learning in later life développées dans plusieurs pays (Findsen & Formosa, 2011). Exposant les spécificités des UTA, Marvin Formosa (2010) interroge les modèles pédagogiques en s’appuyant sur les analyses féministes, la gérontologie critique et l’analyse des rapports sociaux (2005). Les programmes OMS Long learning cities et « Villes amies des aînés » comportent également des réalisations émancipatoires (UK, Québec) [18]. Ces expériences rejoignent certaines initiatives et réalisations locales mais nous avons vu que celles-ci perduraient avec difficulté et surtout qu’elles n’introduisaient qu’une faible sensibilisation des universités aux formes de savoirs et d’intérêts des populations d’après le mitan de la vie. Selon André Lemieux (1990, p.115) « Toute université, dans son essence, est un lieu d’enseignement, de recherche et de service à la communauté dans laquelle elle s’insère ». Au regard de cette définition, les orientations des UTL considérées et les politiques universitaires d’éducation permanente restent parcellaires et ségrégatives ; elles révèlent aussi les limites du modèle des UFR cantonnées à la formation et à la recherche essentiellement envers les jeunes adultes.

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Date de mise en ligne : 14/03/2014

https://doi.org/10.3917/gs.147.0147