L'institutionnalisation en belgique 1991-2002
- Par Michel Poulain
Pages 25 à 48
Citer cet article
- POULAIN, Michel,
- Poulain, Michel.
- Poulain, M.
https://doi.org/10.3917/gs.112.0025
Citer cet article
- Poulain, M.
- Poulain, Michel.
- POULAIN, Michel,
https://doi.org/10.3917/gs.112.0025
Notes
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[1]
L’enquête socio-économique de 2001 est une enquête concernant l’ensemble de la population résidant en Belgique au 1er octobre 2001, enquête qui a remplacé le recensement décennal prévu à cette date. Cette enquête est en tout point semblable à un recensement si ce n’est qu’elle n’a plus comme objectif premier de dénombrer la population.
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[2]
Sur la base de l’enquête complémentaire effectuée par l’Institut National de Statistique auprès des ménages collectifs à l’issue de l’enquête socio-économique de 2001, cette institution estime que 96802 personnes résident administrativement parlant en maison de repos, alors que 123130 y résident effectivement. De son côté, l’INAMI, l’Institut National d’Assurance Maladie Invalidité, dénombre, au 31 mars 2001,119360 personnes en maison de repos dont 116573 âgés de 60 ans et plus.
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[3]
Le projet FELICIE (Future Elderly Living Conditions in Europe) est un projet de recherche européen relevant du 5e programme cadre de recherche de l’Union Européenne. Il est coordonné par Joëlle GAYMU (INED, Paris).
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[4]
Après 90 ans, les données relatives aux mariés surpassent celles des célibataires et des veufs ce qui peut être du au fait que l’état matrimonial est observé en début d’année d’observation, alors que l’entrée en institution prend place au cours de l’année entière. Ainsi aux âges élevés, de nombreuses personnes classées comme mariées en début d’année peuvent être devenues veuves avant de rentrer en institution mais elles sont reprises dans nos données en tant que « mariées ». Seule une analyse directe de l’impact du veuvage sur l’entrée en maison de repos permettrait de rectifier ce biais.
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[5]
La catégorie « autres » inclus les divorcé(e)s, séparé(e)s et quelques personnes détenant d’autres statuts d’état civil reconnus par la loi belge.
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[6]
Le nombre de naissances au sein de la population belge pendant la Première Guerre Mondiale n’est pas disponible car de nombreuses naissances ont eu lieu lorsqu’une partie importante de la population était expatriée en France, notamment. Le recours aux structures par âge des recensements ultérieurs et plus spécifiquement celui de 1930 permet d’estimer ce nombre ainsi que le déficit correspondant de naissances au sein de ces générations creuses.
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[7]
Les taux d’évolution d’une période à la suivante sont très fluctuants et le calcul de moyennes mobiles sur cinq années d’âge successives permet de mieux cerner les tendances évolutives.
1 La disponibilité de lits en maison de repos ou maison de soin pour personnes âgées compte parmi les besoins prioritaires pour notre société vieillissante. Une meilleure connaissance de la population institutionnalisée et des circonstances entourant l’entrée en institution est indispensable pour le développement d’une politique adéquate en la matière. Ceci se justifie plus particulièrement lorsqu’on aborde le rôle potentiel du vieillissement démographique sur l’augmentation prévisible des besoins à court et moyen terme. Dans ce contexte, le démographe peut apporter un éclairage essentiel en détaillant les caractéristiques de base des personnes institutionnalisées ainsi que celles de ces mêmes personnes observées au moment d’entrer en institution. En outre, le démographe peut cerner assez fidèlement l’évolution prévisible du vieillissement démographique et de son impact sur l’évolution à la hausse des effectifs des aînés. De telle sorte, il constitue un acteur incontournable dans l’élaboration d’une politique touchant aux conditions de vie futures des personnes âgées et plus particulièrement tout ce qui concerne l’institutionnalisation.
LA POPULATION RÉSIDANT EN MAISON DE REPOS AU 1er JANVIER 2002
2Cette contribution présente la situation belge observée au 1er janvier 2002 ainsi que les entrées en maison de repos au cours des onze années précédentes, depuis le 1er janvier 1991. La principale source de donnée utilisée est le registre national des personnes physiques. Ce registre de population informatisé et centralisé a été créé sur base légale en 1985, mais son exhaustivité en terme de couverture de l’ensemble de la population résidant en Belgique et sa fiabilité ne peuvent être considérées comme satisfaisantes qu’à partir du 1er janvier 1991. C’est donc à partir de cette date que nous nous proposons d’étudier l’évolution et les caractéristiques de la population institutionnalisée en Belgique.
3Pour ce faire, nous nous basons sur la notion de ménage qui est défini par la loi belge comme étant constitué, soit par une personne vivant habituellement seule, soit par deux ou plusieurs personnes qui, unies ou non par des liens de parenté, occupent habituellement un même logement et y vivent en commun. La notion d’appartenance au ménage implique l’existence d’une vie commune entre deux ou plusieurs personnes. Ce critère peut être cerné grâce à des éléments de fait (disposition des lieux, factures de téléphone, relevés de consommations énergétiques, mention du bail, etc.). Parmi l’ensemble des ménages définis de la sorte, les instructions relatives au registre de population font une distinction pour les personnes vivant en communauté ou ménages collectifs par opposition à celles appartenant à des ménages privés. Les instructions de tenue du registre ne donnent aucune définition du ménage collectif, mais de façon pratique, ce concept est similaire à celui défini dans les instructions données par l’Institut National de Statistique dans le cadre de l’enquête socio-économique de 2001. Ainsi la population vivant dans des ménages collectifs comprend des groupes de personnes vivant ensemble, partageant habituellement leurs repas, ayant un objectif commun et observant généralement des règles communes, comme par exemple les groupes de personnes logeant dans les dortoirs des établissements d’enseignement, des hôpitaux, des maisons pour personnes âgées et autres institutions de service social, des institutions religieuses, des installations militaires et de la police, des établissements de redressement et des établissements pénitentiaires, etc.
4Une enquête spécifique menée dans le cadre de l’enquête socio-économique de 2001 [1] a permis d’identifier les différentes types de ménages collectifs et de distinguer les maisons de repos pour personnes âgées, les maisons de soins, les communautés religieuses, les institutions pour personnes handicapées, les institutions psychiatriques, les institutions pénitentiaires, les casernes, les pensions de famille et autres types de communauté. Dans le cadre de cette recherche, nous nous intéresserons exclusivement aux maisons de repos en y incluant les maisons de repos et de soin. Toutefois la figure 1 permettra de comparer la population âgée de 60 ans et plus et vivant dans ces maisons de repos avec celles vivant en communauté religieuse et, de façon regroupée, dans tous les autres types de ménages collectifs.
5Force est de constater que le registre national n’enregistre pas toutes les personnes résidant en maison de repos. Pour être enregistré comme faisant partie d’une maison de repos, il convient d’y être inscrit en tant que résident. Ainsi seules les personnes « domiciliées » en maison de repos apparaissent comme telles dans le registre national. Echappent bien souvent à cette « domiciliation » les personnes entrant dans une maison de repos pour une courte période et ayant gardé le logement qu’elles occupaient précédemment et qui reste considéré comme leur lieu de résidence, soit de façon isolée ou soit auprès d’un enfant. En comparant le nombre de lits occupés dans les maisons de repos, information disponible auprès des ministères compétents, on peut estimer que trois quarts des lits en maisons de repos ou maison de repos et de soins sont occupés par des personnes effectivement domiciliées dans les ménages collectifs correspondant [2]. Par conséquent, un quart des occupants ne sont pas considérés comme y résidant administrativement parlant, même s’il s’agit de leur lieu de résidence habituelle au sens de la définition recommandée par les Nations Unies et que lorsqu’il s’agit d’estimer les besoins, ils occupent effectivement un lit en maison de repos.
6La figure 1 distribue la population belge de 60 ans et plus vivant en ménage collectif selon le sexe et les trois types de ménage collectif. Cette distribution tient compte du sous-enregistrement des personnes vivant dans les maisons de repos et de soin alors que les personnes en communauté religieuse et dans les autres types de ménage collectifs sont considérées comme étant correctement dénombrées par le registre national. Au total 137000 personnes de 60 ans et plus sont estimées vivre en ménage collectif au nombre desquels 119000,25000 hommes et 94000 femmes, sont considérées en maison de repos et de soins tandis que 11000 personnes sont rattachées à des communautés religieuses et 7000 à d’autres types de ménage collectif.
La distribution relative des 137000 personnes de 60 ans et plus vivant en 2002 en ménage collectif selon le sexe et le type de ménage collectif
La distribution relative des 137000 personnes de 60 ans et plus vivant en 2002 en ménage collectif selon le sexe et le type de ménage collectif
7Certes, le registre national ne concerne pas l’ensemble de la population résidant en maison de repos mais, contrairement à d’autres sources administratives en provenance des ministères impliqués, le registre national nous permet de détailler le sexe, l’âge et l’état matrimonial des personnes domiciliées en maison de repos et, par extrapolation, d’estimer la structure par sexe, âge et état matrimonial de la population institutionnalisée.
8Comme on peut le constater sur la figure 2, la grande majorité des pensionnaires de maison de repos sont âgés de 75 à 95 ans. Toutefois on constatera la forme bimodale de la distribution, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, forme due à la présence des générations creuses nées entre 1915 et 1919.
La distribution par âge des pensionnaires de maison de repos en Belgique en 2002 selon le sexe
La distribution par âge des pensionnaires de maison de repos en Belgique en 2002 selon le sexe
9Les femmes sont quatre fois plus nombreuses que les hommes en maison de repos et leur part s’accroît avec l’âge depuis un niveau de 60% parmi les sexagénaires jusqu’à près de 90% parmi les nonagénaires. Avec l’âge également, les veufs et veuves deviennent de plus en plus nombreux, proportionnellement parlant, de telle sorte que plus de 75% de l’ensemble des nonagénaires vivant en maison de repos sont des veuves (figure 3).
La répartition proportionnelle des pensionnaires des maisons de repos par sexe et par année d’âge en 2002 selon leur état matrimonial
La répartition proportionnelle des pensionnaires des maisons de repos par sexe et par année d’âge en 2002 selon leur état matrimonial
10Enfin, puisqu’il est évident que le nombre de pensionnaires de maison de repos est fortement dépendant de l’effectif des différentes cohortes de personnes âgées, la figure 4 compare la part de la population totale vivant en institution selon l’âge, le sexe et l’état matrimonial. En gommant ainsi l’effet des années creuses et de la taille décroissante des générations, on constate que, de façon systématique, ces proportions augmentent avec l’âge. En outre, quel que soit l’age et le statut matrimonial, une plus grande part des femmes vivent en institution, cette part pouvant dépasser les 60% pour les femmes célibataires ou veuves âgées de 95 ans et plus. Enfin, pour les femmes comme pour les hommes, ce sont les célibataires qui se retrouvent en plus grande proportion en institution et les mariés le moins. Au-delà de 85 ans, plus de 40% des femmes célibataires ou veuves résident en maison de repos pour moins d’une femme mariée sur huit.
La proportion de la population total résidant en maison de repos par sexe et par année d’âge en 2002 selon leur état matrimonial
La proportion de la population total résidant en maison de repos par sexe et par année d’âge en 2002 selon leur état matrimonial
11Le niveau d’institutionnalisation en Belgique est-il particulièrement élevé ? Les données comparatives collectées dans le cadre du projet FELICIE [3] sur la population vivant en ménages collectifs laissent apparaître une assez grande diversité de niveau entre les différents pays comparés, diversité de niveau qui recouvre à coût sûr une grande variété de situations. Ainsi pour les hommes célibataires, la situation en Belgique montre une moindre part de la population vivant en ménages collectifs, notamment pour les moins de 80 ans (figure 5a). Par contre, pour les femmes célibataires (figure 5b) et pour les hommes veufs (figure 5c), la situation observée en Belgique se situe dans la moyenne enregistrée pour les autres pays. Pour les femmes veuves (figures 5d), les niveaux sont nettement supérieurs en Belgique, ils surpassent, dans l‘ordre les Pays-Bas, la France, la Finlande et le Portugal. De façon synthétique, la comparaison des niveaux standardisés met clairement en évidence le plus haut niveau enregistré en Belgique (indice 100) par rapport aux Pays-Bas qui suivent (85,5) devant la France (70,2), la Finlande (63,3) et le Portugal (58,8) (figure 6). Somme toute la valeur plus faible observée pour les hommes célibataires en Belgique peut s’expliquer par le fait que les données des autres pays ne considèrent pas exclusivement les personnes vivant en maison de repos, mais aussi celles vivant dans d’autres types de ménages collectifs où les hommes célibataires sont particulièrement nombreux parmi les moins de 80 ans.
La proportion d’hommes célibataires vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion d’hommes célibataires vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion de femmes célibataires vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion de femmes célibataires vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion de hommes veufs vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion de hommes veufs vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion de femmes veuves vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
La proportion de femmes veuves vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens en 2000
Comparaison du nombre de personnes vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens (Valeurs standardisées en prenant la distribution de la population par âge, sexe et état matrimonial observée en Belgique comme standard)
Comparaison du nombre de personnes vivant en ménages collectifs dans quelques pays européens (Valeurs standardisées en prenant la distribution de la population par âge, sexe et état matrimonial observée en Belgique comme standard)
L’ENTRÉE EN MAISON DE REPOS PENDANT LES ANNÉES 1991 À 2001
12Il est important de faire la distinction entre les caractéristiques de la population institutionnalisée à un moment donné, soit un stock de population, et celles des personnes entrant en maison de repos pendant une période d’observation donnée qui constituent un flux d’entrants. Aucune collecte statistique n’est faite en Belgique pour dénombrer et caractériser les entrées en maison de repos. Or le soutien d’une politique relative à la gestion des maisons de repos et celle des soins à apporter aux personnes âgées doit pouvoir reposer sur des statistiques solides aussi bien sur les stocks de population institutionnalisée en maison de repos que sur les entrants dans ces maisons de repos. Le registre national offre la possibilité de cerner ces événements qui sont en fait des migrations ou changements de résidence habituelle associés à des changements de logement. Evidemment, tout comme pour la population institutionnalisée, le recours au registre national se traduira par un sous-enregistrement des entrées en maison de repos, sous-enregistrement que nous supposerons de même importance, soit d’un quart. Toutefois, il est fort probable que ce sont le plus souvent les séjours de moindre durée qui ne donnent pas lieu à un enregistrement administratif comme résident de la maison de repos. Ces séjours de courte durée pourront être négligés si ce n’est que globalement ils sont responsables de l’occupation de quelques lits. Malgré ces limites qui touchent essentiellement les nombres absolus d’entrées, on peut considérer que l’évolution du nombre d’entrées et les caractéristiques des entrants sont fidèlement rapportées à partir des données du registre national.
Les personnes entrant en maison de repos entre 1991 et 2001 par âge et par sexe
Les personnes entrant en maison de repos entre 1991 et 2001 par âge et par sexe
13La figure 7 donne la distribution par âge et sexe des personnes entrant en institution pour les années 1991 à 2001 et montre que cet événement touche particulièrement les femmes puisqu’elles représentent près de trois quarts des entrées en maison de repos. Un âge modal de 84 ans ressort pour les hommes et de 86 pour les femmes. Toutefois si, à l’aide de la figure 8, on considère la probabilité annuelle d’entrer en institution en prenant en compte annuellement en début d’année le nombre de personnes vivant en ménage privé et, par conséquent, susceptibles d’entrer en institution, le constat diffère. Certes les femmes entrent plus largement en maison de repos comparativement aux hommes, mais elles dépassent très rarement un niveau de probabilité double de celui des hommes. Qui plus est, la comparaison de ces probabilités met en évidence une entrée plus précoce pour les femmes alors que les nombres absolus avaient permis de conclure à l’inverse. Ce sont les fortes différences entre l’importance des effectifs de population soumis au risque qui expliquent ce revirement. Un dernier constat s’impose : si la proportion de personnes vivant en maison de repos ne cesse d’augmenter avec l’age (figure 4), la probabilité d’entrer dans ces mêmes maisons de repos culmine, quant à elle, à 91 ans pour les femmes et un peu plus tardivement pour les hommes.
La probabilité annuelle d’entrer en institution par âge et par sexe pour la population belge observée de 1991 à 2002
La probabilité annuelle d’entrer en institution par âge et par sexe pour la population belge observée de 1991 à 2002
LES CARACTÉRISTIQUES SOCIO-ÉCONOMIQUES DES PERSONNES ENTRANT EN INSTITUTION
14La propension à entrer en institution varie certes avec l’âge et le sexe, mais on observe également de fortes variations selon les caractéristiques socio-économiques des personnes concernées. Ainsi l’état matrimonial observé au début de l’année d’entrée en maison de repos laisse apparaître des niveaux de probabilité nettement moindres pour les personnes mariées que pour celles restées célibataires ou devenues veuves (figure 9). Pour les mariés, la probabilité s’accroît à partir de 80 ans [4], mais elle reste systématiquement inférieure par comparaison aux autres groupes de personnes. En comparant le comportement des personnes célibataires et veuves, on observe une plus forte propension à entrer en institution pour les célibataires jusque 80 ans, âge auquel la probabilité d’entrer en maison de repos pour les veuves augmente significativement. Ces différences mettent en évidence l’importance du veuvage comme événement favorisant l’entrée en institution après 80 ans.
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos en fonction de l’âge et de l’état matrimonial [5] observé en début d’année pendant laquelle l’entrée a pris place (1991-2001).
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos en fonction de l’âge et de l’état matrimonial [5] observé en début d’année pendant laquelle l’entrée a pris place (1991-2001).
15Les mêmes comparaisons peuvent être développées à partir de la situation de ménage des personnes âgées, situation également observée en début d’année d’entrée en maison de repos. La figure 10 permet de comparer, sans distinction entre les hommes et les femmes, trois situations de ménage : les personnes vivant seules, les personnes vivant en couple, mariées ou non, et les personnes vivant avec un ou plusieurs de leurs enfants. Manifestement, ce sont les personnes vivant seules qui présentent la plus forte probabilité d’entrer en maison de repos. Toutefois une distinction entre les deux sexes mettrait en évidence un croisement selon l’âge, la probabilité relative aux hommes vivant seuls est plus forte jusque 78 ans alors que, par la suite, celle des femmes l’emporte. Pour les personnes vivant en couple, les probabilités sont très réduites et elles ne commencent à augmenter qu’après 80 ans. Enfin, pour les personnes âgées vivant avec un ou plusieurs de leurs enfants, cette même probabilité reste toujours faible, et son accroissement avec l’âge est nettement moindre que chez les personnes vivant en couple.
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos en fonction de l’âge et de la situation de ménage observée en début d’année pendant laquelle l’entrée a pris place (1991-2001)
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos en fonction de l’âge et de la situation de ménage observée en début d’année pendant laquelle l’entrée a pris place (1991-2001)
16Le couplage des données du registre national avec celles collectées à l’occasion du recensement de 1991 permet de caractériser mieux encore les personnes entrant en maison de repos. Deux caractéristiques ont été retenues : le niveau d’éducation déterminé sur la base du dernier diplôme obtenu, et le nombre d’enfants mis au monde, uniquement en ce qui concerne les femmes. L’interprétation des différences de niveau d’institutionnalisation en fonction du nombre d’enfants mis au monde pour les femmes est aisée : les femmes n’ayant pas mis d’enfant au monde présente une plus forte propension à entrer en maison de repos que celles qui en ont deux ou plus, ces dernières ayant la plus faible probabilité d’y entrer (figure 11).
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos pour les femmes en fonction de leur âge et du nombre d’enfants mis au monde observé au recensement de 1991 (1991-2001)
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos pour les femmes en fonction de leur âge et du nombre d’enfants mis au monde observé au recensement de 1991 (1991-2001)
17Ceci reflète évidemment la possibilité de recourir aux enfants lorsque le besoin s’en fait sentir plutôt que de rentrer en institution.
18En ce qui concerne l’impact du niveau d’éducation sur la probabilité d’entrer en maison de repos, on décèle nettement des niveaux plus élevés pour les personnes à bas niveau d’éducation, et ce, aussi bien pour les hommes que pour les femmes (figure 12). Pour les deux sexes également, les personnes présentant un haut niveau d’éducation ont, à âge égal, une propension moindre de rentrer en maison de repos. L’interprétation de ces différences est plus complexe puisque le niveau d’éducation peut être corrélé avec le niveau de revenus des personnes, mais également avec leur état de santé : à un niveau d’éducation plus élevé correspondent souvent un revenu plus élevé et un meilleur état de santé qui se traduit par une espérance de vie plus longue. Or l’entrée en maison de repos, lorsque l’état de santé se dégrade, peut être largement facilité par l’existence d’un revenu suffisant. On pourrait donc en déduire que les personnes au niveau d’éducation plus élevé auront, de par leur revenu, plus de facilité de rentrer en maison de repos alors qu’à l’inverse, leur meilleur état de santé rendra la chose moins pressante. Mais on peut aussi penser que les personnes à revenu élevé puissent plus facilement payer leurs soins à domicile, ce qui permettrait de retarder leur entrée en institution. L’explication des différences observées est dès lors plus complexe et seules des enquêtes qualitatives visant à cerner de plus près le contexte dans lequel se fait l’entrée en maison de repos devrait permettre de nous éclairer. Il parait toutefois utile d’ouvrir une autre voie explicative, celle d’un décalage dans le temps de tout ce qui touche au vieillissement en fonction du niveau d’éducation. Les études scientifiques le prouvent, l’espérance de vie des personnes détenant un niveau d’éducation élevé surpasse le plus souvent de quelques années celle des populations à bas niveau d’éducation. De ce fait, le premier groupe de personnes éprouvera le besoin de rentrer en maison de repos en moyenne quelques années plus tard comparativement au second groupe. A titre d’exemple, les femmes de haut niveau d’éducation dépassent le seuil de 4% de probabilité annuelle de rentrer en institution à l’age de 89 ans alors que ce seuil est franchi par celles de bas niveau d’éducation à l’âge de 84 ans. Les différences observées ne pourraient-elles dès lors trouver une part d’explication dans un étalement de la vie plus long pour les personnes de plus haut niveau d’éducation?
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos en fonction de l’âge, du sexe et du niveau d’éducation observé au recensement de 1991 (1991-2001)
La probabilité annuelle d’entrer en maison de repos en fonction de l’âge, du sexe et du niveau d’éducation observé au recensement de 1991 (1991-2001)
L’ÉVOLUTION DE L’INSTITUTIONNALISATION EN WALLONIE DE 1991 À 2002
19La demande de lits en maison de repos pour personnes âgées varie en fonction de l’importance des cohortes concernées, mais également en fonction de l’évolution de leur état de santé, variable que nous ne pouvons prendre en compte dans le cadre de cette analyse, faute de données. Le nombre de personnes vivant effectivement en maison de repos sera, quant à lui, fortement contraint par le nombre de lits disponibles, ce dernier étant lié au choix politique fait en matière d’institutionnalisation et de maintien à domicile des personnes âgées devenues dépendantes. C’est par conséquent au sein d’un territoire et d’une population relevant d’un même pouvoir de décision politique que nous proposons d’examiner le lien entre l’offre et la demande de lits en maison de repos. Pour ce faire, nous examinerons la situation wallonne entre 1991 et 2002, situation caractérisée par un blocage du nombre de lits depuis 1997, comme le montre les données de la figure 13.
Evolution du nombre de lits disponibles en maison de repos et maison de repos et de soins de la Région Wallonne
Evolution du nombre de lits disponibles en maison de repos et maison de repos et de soins de la Région Wallonne
20Dans ce contexte de blocage du nombre de lits disponibles, il est intéressant de comparer comment a évolué la population institutionnalisée entre les 1er janvier des années 1991,1997 (date charnière) et 2002. Par ailleurs, les entrées en institution pendant les années 1991-1995 pourront être comparées à celles des années 1997-2001.
21La figure 14 compare la part de la population wallonne vivant en maison de repos aux trois dates retenues. Les évolutions observées sont les suivantes :
- entre 1991 et 1997, les proportions augmentent à tous âges et ce, en l’absence de blocage du nombre de lits disponibles;
- entre 1997 et 2002, on perçoit l’effet du blocage du nombre de lits puisque les proportions plafonnent mais il est intéressant de constater un croisement entre ces deux courbes à l’âge de 90 ans : avant cet âge, les proportions de personnes institutionnalisées sont à la baisse alors qu’elles augmentent au-dessus de cet âge charnière.
Comparaison de la part de la population vivant en maison de repos en Wallonie en 1991,1997 et 2002 (sexes réunis)
Comparaison de la part de la population vivant en maison de repos en Wallonie en 1991,1997 et 2002 (sexes réunis)
22Pour interpréter ce changement, il convient de comparer les chiffres absolus correspondants, chiffres qui, comme le montre la figure 15, sont fortement influencés par les générations creuses nées pendant la Première Guerre Mondiale et plus particulièrement celles nées de 1915 à 1919. Ces générations creuses sont nettement identifiables dans chacune des trois distributions par âge.
Comparaison du nombre de personnes âgées vivant en maison de repos en Wallonie en 1991,1997 et 2002
Comparaison du nombre de personnes âgées vivant en maison de repos en Wallonie en 1991,1997 et 2002
23La figure 16 propose la même distribution par âge, corrigée cette fois pour gommer l’effet des générations creuses [6] afin de pouvoir estimer l’impact de ces générations sur la population institutionnalisée en Wallonie. Ainsi, par comparaison entre ces deux séries de données, on peut chiffrer l’impact des ces générations creuses, soit un déficit de personnes en maison de repos : 1390 pensionnaires en moins en 1991,3270 en 1997 et 4639 en 2002. Contrairement à ce que la figure 15 laissait penser, la proportion de personnes âgées vivant en maison de repos s’est accrue de 1997 à 2002, même en présence d’un blocage du nombre de lits.
24Parallèlement à l’augmentation globale ainsi observée, on constate, en outre, un vieillissement d’ensemble de la population institutionnalisée puisque l’âge moyen des résidents âgés de plus de 70 ans passe de 82,7 ans à 83,4 et 84,1 respectivement en 1991, 1997 et 2002.
Comparaison du nombre estimé de personnes âgées qui vivraient en maison de repos en Wallonie en gommant l’effet des générations creuses de la Première Guerre Mondiale
Comparaison du nombre estimé de personnes âgées qui vivraient en maison de repos en Wallonie en gommant l’effet des générations creuses de la Première Guerre Mondiale
25Ainsi, la comparaison de la population résidant en maison de repos aux trois dates retenues laisse apparaître une augmentation de la part de la population vivant en institution. Cette augmentation est d’autant plus importante que l’âge s’accroît; ce qui témoigne d’un vieillissement de la population institutionnalisée plus important que celui de la population non institutionnalisée. Enfin, la contrainte du blocage du nombre de lits disponibles ne parvient pas à estomper les tendances qui viennent d’être décrites. Ce blocage introduit en quelque sorte une contrainte largement réduite par plus de 3000 lits rendus disponibles par les générations creuses de la Première Guerre Mondiale ayant atteint l’âge modal d’entrée en institution.
26Enfin, on peut se demander si le blocage du nombre de lits disponibles a un impact sur l’évolution des entrées en maison de repos ? Les deux courbes proposées sur la figure 17 semblent le confirmer puisque l’on y constate un accroissement soutenu des entrées de 1991 à 1994, pour les femmes, à 1996, pour les hommes et que, par la suite, les entrées sont en diminution pour les femmes alors qu’elles stagnent pour les hommes. Pour vérifier comment ces tendances se traduisent en terme de structure par âge des entrants, nous comparerons les probabilités d’entrée en institution pendant deux périodes, l’une de 1991 à 1995, avant le blocage du nombre de lits, l’autre de 1997 à 2001, en période de blocage du nombre de lits (figure 18).
Evolution des entrées en maison de repos pour la Wallonie de 1991 à 2001
Evolution des entrées en maison de repos pour la Wallonie de 1991 à 2001
Comparaison de la probabilité d’entrer en institution selon le sexe entre les périodes 1991-1995 et 1997-2001
Comparaison de la probabilité d’entrer en institution selon le sexe entre les périodes 1991-1995 et 1997-2001
27Les données relatives aux femmes sont très explicites et laissent apparaître une diminution de cette probabilité jusque 84 ans et une augmentation par la suite. La figure 19 compare cette évolution pour les deux sexes à l’aide de moyennes mobiles quinquennales [7]. On y décèle une diminution allant jusqu’à 15% pour les femmes de moins de 80 ans alors que seules les femmes âgées de 85 ans et plus présentent une légère augmentation qui ne dépasse jamais les 5%. Pour les hommes, la situation est différente en ce sens que la diminution se poursuit jusqu’à 86 ans tout en se limitant en moyenne à 5%. Dès 88 ans, toutefois, la hausse de cette probabilité d’entrer en institution est partout supérieure à 5%.
Evolution de la probabilité d’entrer en institution selon le sexe entre les deux périodes considérées (moyennes mobiles sur cinq années d’âge)
Evolution de la probabilité d’entrer en institution selon le sexe entre les deux périodes considérées (moyennes mobiles sur cinq années d’âge)
28Il semble donc, si l’hypothèse de l’impact du blocage du nombre de lits est retenue, que celui-ci ne devrait concerner que les femmes. Néanmoins en comparant l’évolution annuelle de l’âge moyen d’entrée en institution pour les personnes âgées de 70 ans et plus, selon le sexe (figure 20), on n’observe guère cet impact du blocage du nombre de lits. Sur l’ensemble de la période, l’âge moyen des femmes augmente régulièrement pour gagner une année en dix ans alors que l’âge moyen des hommes peut être considéré comme stable. Si le gain d’espérance de vie en bonne santé peut être estimé à une année au cours de la même décennie, on peut donc confirmer l’absence probable d’impact du blocage du nombre de lits sur la probabilité d’entrée des femmes en maison de repos tandis que, pour les hommes, nous observons à l’inverse une augmentation de la probabilité d’entrée qui pourrait à terme réduire la différence entre les deux sexes en matière de taux d’institutionnalisation.
Evolution de l’âge moyen des entrants en maison de repos âgés de 70 ans et plus, selon le sexe (1991-2001)
Evolution de l’âge moyen des entrants en maison de repos âgés de 70 ans et plus, selon le sexe (1991-2001)
29Cette contribution témoigne, si besoin en était, du rôle majeur d’une analyse démographique approfondie pour rendre compte de l’évolution numérique de la population institutionnalisée et pour soutenir dès lors toute action politique dans ce domaine. La distinction entre les personnes institutionnalisées, d’une part, et les personnes entrant en maison de repos, d’autre part, nous apparaît comme essentielle au même titre que la caractérisation de ces deux groupes de personnes par sexe et par âge. L’état matrimonial, le niveau d’éducation, le nombre d’enfants mis au monde pour les femmes et la situation de ménage avant l’entrée en maison de repos sont autant de variables qui importent pour rendre compte de la variabilité du phénomène étudié. Enfin, l’offre en matière de lits disponibles dans les maisons de repos et l’importance inégale des générations au sein de la population âgée sont également des éléments clés dans l’interprétation des différences et des tendances relatives à l’institutionnalisation. Dans l’exemple retenu de l’évolution de la situation de la population institutionnalisée en Région Wallonne, notre analyse permet de supposer que l’effet du blocage du nombre de lits depuis 1997 fût gommé par la diminution de la demande liée à l’arrivée des générations creuses de la Première Guerre Mondiale à l’âge modal d’entrée en maison de repos, diminution conjuguée à l’accroissement de l’espérance de vie en bonne santé qui est susceptible de repousser d’autant cet âge modal à l’entrée. Mais ce constat nous fait craindre un accroissement assez rapide de la demande lorsque les personnes nées au lendemain de cette guerre arriveront à leur tour à l’âge modal de la dépendance. Il reste aux démographes à convaincre les politiciens de l’imminence de cette pression démographique sur le nombre de lits nécessaires en maison de repos.