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Évaluer la dépendance à l'aide de groupes iso-ressources (GIR):une tentative en France avec la grille aggir

Pages 111 à 129

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  • Coutton, V.
(2001). Évaluer la dépendance à l'aide de groupes iso-ressources (GIR):une tentative en France avec la grille aggir. Gérontologie et société, . 24 / n° 99(4), 111-129. https://doi.org/10.3917/gs.099.0111.

  • Coutton, Vincent.
« Évaluer la dépendance à l'aide de groupes iso-ressources (GIR):une tentative en France avec la grille aggir ». Gérontologie et société, 2001/4 vol. 24 / n° 99, 2001. p.111-129. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2001-4-page-111?lang=fr.

  • COUTTON, Vincent,
2001. Évaluer la dépendance à l'aide de groupes iso-ressources (GIR):une tentative en France avec la grille aggir. Gérontologie et société, 2001/4 vol. 24 / n° 99, p.111-129. DOI : 10.3917/gs.099.0111. URL : https://shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2001-4-page-111?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gs.099.0111


1De nos jours, il est largement admis que l’amélioration de l’état sanitaire des populations passe nécessairement par une bonne appréciation de leur état de santé avec le développement d’instruments de mesure qui puissent permettre une bonne adéquation des ressources aux besoins de santé. La prise en charge médico-sociale des personnes âgées n’échappe évidemment pas à ce mouvement puisque des instruments d’évaluation apparaissent dans ce champ dès les années 50 et surtout 60 aux Etats-Unis (Reuben et coll., 1992; McDowell et coll., 1996), puis avec le foisonnement des grilles d’évaluation de la dépendance à partir des années 80 (Gardent, 1991,1993,1996; Beaufils, 1992). Compte tenu des objectifs et des besoins de leurs utilisateurs, ces grilles se sont principalement développées selon trois types d’approche : en termes de mesure de la dépendance des personnes âgées, de mesure des soins infirmiers, de régulation économique de la prise en charge des personnes âgées dépendantes.

2D’un point de vue historique, ces grilles ont d’abord commencé par mesurer la dépendance des personnes âgées à l’aide de variables qui correspondent généralement à des activités élémentaires de la vie quotidienne (AVQ), à des activités instrumentales de la vie quotidienne (AIVQ), à des activités avancées de la vie quotidienne (AAVQ) ou à des détériorations cognitives.

3Puis, dans le domaine des soins infirmiers, des instruments ont été conçus dans la perspective d’aider à la mise en œuvre d’un plan de soins comme, par exemple, avec la grille de Virginia Henderson, ou encore pour mesurer les soins requis ou donnés comme c’est le cas avec les instruments PRN 80 (Projet de Recherche en Nursing) et SIIPS (Soins Individualisés Infirmiers à la Personne Soignée).

4Dans le domaine de la régulation économique, des instruments médico-économiques ont été construits dans la perspective de rationaliser la consommation des ressources en s’appuyant sur un nouveau concept : les Groupes Iso-Ressources (GIR) (Fries, 1990; Frutiger et coll., 1991).

5Dans le cadre de cet article, on va examiner cette troisième catégorie d’instruments avec le rappel de leurs origines et de leurs propriétés afin de mettre en valeur les spécificités de l’un d’entre eux qu’on appelle la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources).

APPARITION ET UTILISATION DES GIRS DANS LE SYSTÈME DE SOINS

6Dans les pays de l’OCDE, les progrès réalisés dans la plupart des domaines de la santé au cours des dernières décennies se sont accompagnés d’un engagement financier lourd. Confrontés à ces masses financières croissantes, les acteurs politiques du système de santé ont développé une conviction : dans l’intérêt des patients et des acteurs sanitaires, il est indispensable d’utiliser au mieux les ressources, limitées par définition, en développant de nouveaux instruments de gestion. Dans cette perspective de rationalisation, les « Case-Mix Classification Systems » (CMCS) naissent dans l’optique de regrouper à l’aide d’un système de classification les patients dans des groupes homogènes d’individus, qui nécessitent des ressources ou qui génèrent des coûts similaires, que l’on appelle Groupes Iso-Ressources (GIR) (Coutton, 2000a).

7Parmi tous ces systèmes de classification, les Diagnosis Related Groups (DRG) sont les plus connus et les plus utilisés. Cependant, la diversité des enjeux médico-économiques résultant de contextes culturels, politiques, professionnels et technologiques particuliers ont contribué au développement d’autres versions. C’est donc l’ensemble de ces systèmes de classification qui seront examinés dans cette partie avec d’abord l’étude historique de ces derniers, puis de leurs méthodes d’élaboration.

NAISSANCE ET ÉPANOUISSEMENT DES « CASE-MIX CLASSIFICATION SYSTEMS » (CMCS)

8Les premières études menées sur des CMCS commencent dans les années 60 aux Etats-Unis avec les « Diagnosis Related Groups » (DRG) dans le domaine des courts séjours hospitaliers. Le champ d’application des CMCS va ensuite s’élargir progressivement à d’autres secteurs de la santé (psychiatrie, soins ambulatoires, etc.) et à d’autres pays (Canada, Angleterre, France, etc.) (Coutton, 2000a).

LES ETATS-UNIS : DES DRG AUX RUG

9Les Etats-Unis jouent un grand rôle dans le développement des CMCS. En effet, les travaux les plus anciens et les plus connus proviennent des centres de recherche américains, et c’est d’ailleurs au sein de ces derniers que seront créés les premiers DRG au milieu des années 70.

• Les Diagnosis Related Groups (DRG) et leurs extensions

10 La première mouture des DRG date de la fin des années 60. La motivation initiale de son développement a été de disposer d’un schéma pour surveiller la qualité des soins et l’utilisation des ressources. Sur la base d’un éventail de cas traités appelé « case mix », on part de l’idée que des groupes de patients similaires correspondent à des protocoles semblables de prise en charge. Pour cela, il fallait qu’ils soient cliniquement cohérents, d’où la création de catégories majeures de diagnostics appelés « Major Diagnosis Categories » (MDC) à partir de la Classification Internationale des Maladies (CIM). En effet, si l’on décrit une classe à un médecin, il devrait être capable de comprendre ses caractéristiques et d’identifier un processus spécifique de prise en charge de ses patients. Puis, à l’aide d’un programme informatique appelé AUTOGRP, la détermination des GIR (ou des DRG) s’effectue sur la base d’un échantillon de patients traités dans des institutions américaines en prenant la durée de séjour comme mesure de l’utilisation des ressources (Fetter et coll., 1980; Frutiger et coll., 1991).

11Après s’être cantonné dans le domaine du court séjour hospitalier, les CMCS ont élargi leur domaine d’application dans d’autres secteurs de soins : les soins à long terme, les soins psychiatriques, les soins ambulatoires et les services de rééducation (Stineman et coll., 1997). Les méthodes utilisées varient d’un modèle à l’autre sans toutefois changer les principes de construction à la base des premiers CMCS :

  • détermination au préalable de groupes cliniquement cohérents;
  • et à partir de ces derniers, élaboration de GIR sur la base de plusieurs critères introduits dans un algorithme de partition (AID, CART, etc.).

12Le contexte et la nature du champ d’application imposent cependant des différences notables entre ces CMCS dans le choix des échantillons et de l’ensemble des variables utilisées comme on va le voir avec les RUG dans le secteur institutionnel des soins de longue durée.

• Les Resource Utilization Groups (RUG)

13A la suite des DRGs, des recherches ont été menées pour appliquer la même méthode dans le secteur institutionnel des soins de longue durée. Parmi toutes celles proposées, la méthode RUG est la plus connue et fait déjà l’objet de plusieurs versions : les RUG I Groups en 1985 (Fries et coll., 1985), les RUG II Groups en 1988 (Schneider et coll., 1988), les RUG-T18 Groups en 1989 (Fries et coll.,1989) et les RUG III Groups en 1994 (Fries et coll., 1994).

14En dehors des caractéristiques communes aux CMCS américains (création de GIRs à partir de catégories cliniquement homogènes, emploi d’un algorithme de partition, etc.), on observe quelques différences notables entre les versions. Hormis la première version, la construction classique des GIRs en deux étapes est maintenue. Ainsi, on définit dans un premier temps des groupes cliniquement homogènes appelés « Major Clinical Categories » (MCC), puis les GIR appelés « Resource Utilization Groups » (RUG) sur la base de plusieurs critères introduits dans un algorithme de partition appelé AID (le temps d’intervention auprès d’un patient étant la variable dépendante). Les variables discriminantes ou de classement en GIR sont principalement des variables « Activities of Daily Living » (ADL) (Coutton, 2000a).

LA FRANCE : DU PMSI À LA GRILLE AGGIR

15Appuyé par la nouvelle loi hospitalière du 31 juillet 1991 (Loi n° 91-748), le Programme Médicalisé du Système d’Informations (PMSI) a pour objectif de fournir un éclairage médicalisé sur l’activité hospitalière grâce à un recueil d’informations commun aux différentes institutions de santé. Dans le cadre d’une régulation de l’ensemble des moyens hospitaliers, le PMSI devait alors se doter d’un ensemble d’outils médico-économiques permettant d’atteindre des objectifs particuliers telles que la tarification, la planification et la gestion interne des établissements hospitaliers (Frutiger et coll.,1991).

16Destiné à être appliqué dans les différents secteurs hospitaliers, le PMSI s’est respectivement mise en place dans les centres hospitaliers de court (PMSI) et de moyen séjour (PMSI-SSR) en 1986 et en 1997. Des extensions du PMSI à d’autres secteurs de la santé ont aussi été testées en psychiatrie (Rineau, 2000) et envisagées en gériatrie (Saint-Jean, 1997; SNGC, 1993; Arnaud et coll., 1993). Le Syndicat National de Gérontologie Clinique (SNGC) a par exemple mené une grande réflexion sur la mise en place d’un PMSI en gériatrie qui va finalement conduire à l’élaboration de la grille AGGIR.

• Les GHMs du PMSI et les GHJs du PMSI-SSR

17 Dans le cadre du développement du PMSI au secteur des soins de courte durée, la classification des Groupes Homogènes de Malades (GHM), qui est une adaptation de la méthode DRG au système de soins français, permet de classer les séjours hospitaliers de courte durée (médecine, chirurgie, obstétrique) dans des groupes qui présentent une double homogénéité en termes de caractéristiques médicales et de coûts. Jusqu’à maintenant, sept versions successives de GHM ont été établies afin d’actualiser la classification aux évolutions du secteur hospitalier. La dernière version comporte 550 GHM et 55 groupes résiduels (non homogènes) entre les 25 Catégories Majeures de Diagnostics (CMD) et les 3 Catégories Majeures (CM) (Ministère, 2000).

18Commencés en 1993, les travaux d’extension du PMSI au secteur des Soins de Suite ou de Réadaptation (SSR) ont été engagés en adoptant une version clairement modifiée du système RUG pour aboutir à un CMCS composé de 278 Groupes Homogènes de Journées (GHJ) répartis dans 14 Catégories Majeures Cliniques (une CMC supplémentaire étant réservée aux prises en charge non groupables) (Ministère, 1997).

19Après les secteurs de soins aigus et de SSR, que va-t-on envisager pour le secteur des Etablissements Hébergeant des Personnes Agées Dépendantes (EHPAD)?

• Elaboration de la grille AGGIR

20 Dans le cadre du projet de création d’un PMSI en gériatrie au début des années 90 (SNGC, 1993; Arnaud et coll., 1993), une méthode de construction de groupes iso-ressources (GIR) en charge de soins gérontologiques est proposée par un groupe pluridisciplinaire de chercheurs français (Arnaud et coll., 1993). Ces auteurs soumettent l’idée que la détermination d’une échelle de GIR de personnes en perte d’autonomie doit se réaliser en deux étapes distinctes :

  • une classification logique de la perte d’autonomie qui aboutit à des rangs homogènes de personnes âgées en perte d’autonomie évaluées par le modèle Géronte;
  • une classification finalisée qui détermine des groupes iso~ressources (GIR) en charge de soins gérontologiques à partir des rangs homogènes de la première étape.

21Dans des travaux ultérieurs, la même méthode a été appliquée sur un échantillon de 10000 personnes âgées, dont 3000 vivant à domicile et 7000 hébergées en institution, qui a abouti au cours de la première étape à une classification opérationnelle de 13 rangs définie à partir de la combinaison des 10 variables discriminantes retenues dans le modèle Géronte et qui a conduit au cours de la deuxième étape au regroupement de ces 13 rangs en 6 GIR à partir de données représentatives en charge de soins gérontologiques : le PRN 80, les SIIPS et une échelle analogique de charge de travail (Vetel, 1997; Coutton, 2000b). Cette nouvelle classification va s’appeler la grille AGGIR et sera publiée en 1994 par le SNGC dans la perspective d’être utilisée comme l’unique outil d’évaluation des gérontologues français (SNGC, 1994). Elle deviendra progressivement l’instrument d’évaluation incontournable des principaux acteurs français de la prise en charge des personnes âgées dépendantes (CNAM, CNAV, Conseils Généraux, etc.).

LA MÉTHODOLOGIE D’ÉLABORATION DES GIRS

22Malgré la diversité des CMCS proposés dans la littérature scientifique, une méthodologie générale est commune à l’ensemble des méthodes. Cette dernière se décompose principalement en deux étapes :

  • la construction du système de classification;
  • et la validation de ce système en vérifiant sa qualité à partir d’un certain nombre de critères.

LA CONSTRUCTION DU SYSTÈME DE CLASSIFICATION

23L’édification d’un système de classification nécessite obligatoirement un recueil de données, une technique de traitement des données et le recours à un comité d’experts.

24La constitution des GIR exige au préalable la disposition de données représentatives de l’emploi de ressources. Dans l’ensemble très hétérogène des sources utilisées, on peut distinguer toutefois deux grands types de données :

  • les données indicatives de l’état de la personne;
  • et les données sur l’utilisation des ressources.

25Dans la première catégorie, on trouve habituellement des variables socio-démographiques (sexe, âge, état civil, etc.) et des variables médicales (diagnostics, AVQ, etc.). Dans la deuxième catégorie, on retrouve principalement des variables sur les soins (temps de soins, durée de séjour, etc.).

26A partir d’échantillons représentatifs, des logiciels permettent de regrouper les individus de manière homogène en recourant à des méthodes statistiques d’analyse multivariée qu’on peut regrouper en deux grandes catégories : les méthodes descriptives qui correspondent aux méthodes d’analyse factorielle et de classification automatique et les méthodes explicatives qui sont les méthodes de régression multiple.

27Dans la plupart des CMCS, le comité d’experts intervient à un moment donné de la procédure de construction pour donner son jugement a priori sur la cohérence clinique des groupes. Leur rôle est capital pour l’acceptabilité de la démarche par les utilisateurs parce qu’un groupe d’individus peut être homogène d’un point de vue statistique sans être réaliste d’un point de vue empirique.

VÉRIFICATION DE LA QUALITÉ DU SYSTÈME DE CLASSIFICATION

28Comme tout instrument de mesure, un CMCS doit vérifier un certain nombre de critères qui permettent de s’assurer qu’il présente les qualités nécessaires et correspond à l’objectif visé.

29Les plus classiques sont : sa validité, sa fiabilité, sa sensibilité; ils explorent la structure intrinsèque de l’outil et ses performances potentielles ou théoriques. A l’opposé, son rapport coût/bénéfice, qui inclut sa flexibilité et son acceptabilité, explore des dimensions plus pragmatiques qui vont traduire son efficience, c’est-à-dire sa capacité d’utilisation dans des conditions réelles (Naiditch, 1990; Coutton, 2000a).

• Qualités intrinsèques et théoriques

30 Le premier temps du processus d’évaluation consiste à examiner si l’instrument est valide, c’est-à-dire s’il mesure bien ce qu’il est censé mesurer. Il existe plusieurs types de validation :

  • les validités reposant sur un jugement subjectif, sans base expérimentale, dans lesquelles nous trouvons la validité de contenu (analyse critique par des experts) et la validité de contexte (avis des utilisateurs);
  • et les validités de nature plus objectives dans lesquelles nous retrouvons la validité prédictive (si les hypothèses faites quant aux résultats de son application sont conformes à ceux attendus), la validité discriminante (que le concept mesuré par un système ne se confond pas en fait avec d’autres) et la validité de construction de la classification (exploration de la structure proprement dite du CMCS).

31Une fois explorée la validité d’un système, il faut analyser ses performances théoriques, et en particulier sa sensibilité et sa spécificité qui vont servir à déterminer globalement son pouvoir discriminant, puis sa fiabilité qui explore la reproductibilité et la stabilité des résultats.

32La sensibilité est la capacité du système à détecter des différences fines. A l’opposé, la spécificité d’une classification est d’autant plus grande que les classes ne sont dépendantes que du phénomène mesuré.

33Un système de classification est considéré comme fiable s’il donne les mêmes résultats, soit lorsque des personnes différentes réalisent le classement (mesure de la concordance inter juge), soit lorsqu’on fait répéter à un même juge la mesure sur des sujets a priori identiques (fidélité intra juge). L’ensemble de ces qualités détermine la justesse ou la fidélité du système et rend compte de sa capacité à fournir la vraie valeur du phénomène.

• Qualités pratiques

34 La construction de toute classification implique la collecte et le traitement de nombreuses données, ce qui entraîne un coût en moyens matériels et humains. On dira d’une classification qu’elle est coût-efficace (« cost-effective ») si on peut justifier le coût supplémentaire qu’elle engendre par le fait qu’elle fait mieux sur une dimension, et au moins aussi bien sur les autres que n’importe quelle classification moins chère.

35Un autre paramètre qui explore les qualités pratiques d’une classification et qui participe au rapport coût-bénéfice est sa flexibilité, qui mesure sa capacité à s’adapter à des objectifs pour lesquels elle n’avait pas été initialement conçue.

36Une dernière propriété d’un CMCS est son acceptabilité. Celle-ci dépend essentiellement de l’adhésion des utilisateurs à la logique du système.

APPLICATION DE GIR DANS L’ÉVALUATION DE LA DÉPENDANCE DES PERSONNES ÂGÉES : UNE TENTATIVE AVEC LA GRILLE AGGIR

37La grille AGGIR (Autonomie, Gérontologie, Groupes Iso-Ressources) est aujourd’hui l’instrument national de mesure de l’état de dépendance d’une personne âgée à partir de laquelle on décide de l’aide qui lui est nécessaire. Du fait de ce statut, la connaissance et l’utilisation de la grille AGGIR vont largement se répandre dans les différents champs de la prise en charge des personnes âgées dépendantes en se voulant être un système d’évaluation gérontologique opérationnel (SNGC, 1994; Ducoudray et coll., 1997; Coutton, 2000b).

38L’emploi croissant de la grille AGGIR suscite toutefois de plus en plus d’interrogations à propos de son adéquation à évaluer des GIR de personnes âgées dépendantes. Pour tenter de répondre à ces interrogations, plusieurs études ont été menées afin de vérifier la validité des GIR de la grille AGGIR. Après avoir rappelé sa structure, les résultats de ces études seront ensuite présentés.

LA STRUCTURE DE LA GRILLE AGGIR

39La grille AGGIR est un système de mesure qui se décompose en deux parties :

  • les variables servant au remplissage de la grille;
  • et un algorithme qui permet de passer des réponses données par les évaluateurs aux notes GIR.

LES VARIABLES DU SYSTÈME

40Avant de regrouper les personnes en GIR, l’instrument commence par évaluer l’état de la personne à l’aide de deux ensembles de variables (voir DAS, 1999):

  • 10 variables discriminantes (ou de classification) (Cohérence, Orientation, Toilette, Habillage, Alimentation, Elimination, Transferts, Déplacements à l’intérieur, Déplacements à l’extérieur, Communication à distance) qui servent au calcul du GIR;
  • 7 variables illustratives (Gestion, Cuisine, Ménage, Transport, Achats, Suivi du traitement, Activités de temps libres) qui ne servent pas au calcul du GIR, mais sont indispensables à l’élaboration du plan d’aide, surtout lorsqu’il s’agit de personnes à domicile.

41 Les sept variables illustratives ne sont venues étoffer la grille initiale AGGIR (SNCG, 1994) qu’à partir de la promulgation de la PED (Prestation Expérimentale de Dépendance) (inclue dans la Loi n° 94-637 du 25 juillet 1994) afin de mieux adapter la grille AGGIR au contexte de la vie à domicile (Dubuisson et coll., 1996).

42Chacune de ces 17 variables propose trois modalités de réponse : A (fait seul, totalement, habituellement et correctement), B (fait partiellement, ou non habituellement ou non correctement) et C (ne fait pas). Habituellement est la référence au temps. Correctement est la référence à l’environnement conforme aux usages et aux mœurs.

43Les variables du système permettent une évaluation de la perte d’autonomie de la personne sur le constat de ce que fait ou ne fait pas la personne sans prendre en compte ce que font les aidants et les soignants. En revanche, les aides matérielles et techniques sont considérées comme faisant partie de la personne.

44Le remplissage de la grille d’évaluation doit impérativement être réalisé par un personnel formé à respecter scrupuleusement les nombreuses recommandations données par les concepteurs (SNGC, 1994; DAS, 1999).

LES GROUPES ISO-RESSOURCES

45Les groupes iso-ressources sont obtenus grâce à un algorithme inséré dans un logiciel qui donne un groupe en fonction des valeurs A, B ou C données à chacune des 10 variables discriminantes.

46Ces groupes iso-ressources sont au nombre de 6 (voir ci-dessous) et regroupent des individus qui consomment un niveau de ressources significativement proche de soins de base et relationnels (SNGC, 1994; Ducoudray et et coll., 1997). Les 6 GIR sont les suivants :

  • Groupe 1 : personnes ayant perdu toute autonomie mentale, corporelle, locomotrice et sociale imposant une présence indispensable et continue d’intervenants;
  • Groupe 2 (comporte deux sous-groupes essentiels): les grabataires lucides ou dont les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées, et les déments déambulants ou détériorés mentaux graves. La surveillance est permanente et les actions d’aides répétitives;
  • Groupe 3 : personnes ayant conservé leur autonomie mentale et partiellement leur autonomie locomotrice, n’assurant pas majoritairement leur hygiène de l’élimination et qui nécessitent quotidiennement et plusieurs fois par jour des aides pour leur autonomie corporelle;
  • Groupe 4 (comporte deux sous-groupes essentiels): ceux qui n’assument pas seuls les transferts mais qui peuvent se déplacer, ou qui n’ont pas de problèmes locomoteurs mais qui doivent être aidés ou stimulés pour les activités corporelles;
  • Groupe 5 : personnes nécessitant une surveillance et des aides ponctuelles, ayant besoin pour l’essentiel d’aides ménagères;
  • Groupe 6 : personnes autonomes pour les actes discriminants de la vie courante.

47Ainsi, la grille AGGIR vise à regrouper les individus qui ont un niveau de perte d’autonomie évalué à partir de 10 variables discriminantes (appelées aussi variables de classification), en groupes homogènes d’utilisation de ressources (ou en charge de soins).

LA VALIDITÉ DE LA GRILLE AGGIR

48Comme on l’a vu dans la première partie, tout système de classification nécessite une validation avant sa diffusion. Le système AGGIR, comme tous les autres, n’a alors été publié qu’après avoir subi la procédure systématique de validation qui a obligé les auteurs à écarter plusieurs modèles avant d’aboutir à la version finalisée de 1994 (Vetel, 1997).

49Cependant, à la suite de la publication de la grille AGGIR en 1994 et malgré le gros travail de validation effectué par ses concepteurs, d’autres études ont été menées sur tous les aspects de sa validation : validité, fiabilité, applicabilité, etc. Ces derniers seront présentés succinctement en respectant l’ordre de la procédure de validation.

VALIDITÉ

50Le premier temps du processus d’évaluation consiste à examiner si l’instrument est valide, c’est-à-dire s’il mesure bien ce qu’il est censé mesurer.

51Dans la catégorie des validités reposant sur un jugement subjectif, Marie-André Vigil-Ripoche évalue l’adéquation de l’instrument dans une démarche diagnostique infirmière. L’auteur indique que la grille AGGIR ne peut en aucun cas servir comme instrument de mesure de la charge en soins. En identifiant ce que fait ou ne fait pas la personne, AGGIR est donc un outil d’observation et en aucun cas un outil d’analyse diagnostique (Vigil-Ripoche, 1999).

52Dans la catégorie des validités de nature plus objectives, plusieurs études ont voulu vérifier si l’instrument AGGIR parvenait à bien mesurer le champ de la dépendance par des analyses statistiques d’échantillons d’enquête. Christine Olm et Marie-Odile Simon ont par exemple voulu examiner ce que mesure réellement la grille AGGIR en la comparant avec un autre outil d’évaluation de la dépendance construit à partir d’une enquête du CREDOC sur des bénéficiaires de la PED. En comparant les deux mesures, les auteurs concluent que ce sont deux visions de la dépendance qui appréhendent chacune une réalité différente : l’instrument issu de l’enquête est alors censé mesurer le concept de la dépendance perçue et la grille AGGIR le concept de la dépendance mesurée (Olm et Simon, 1997).

PERFORMANCE THÉORIQUE

53Une fois explorée la validité d’un système, il faut analyser ses performances théoriques, et en particulier sa sensibilité et sa spécificité qui vont servir à déterminer globalement son pouvoir discriminant, puis sa fiabilité qui explore la reproductibilité et la stabilité des résultats.

54Dans le cadre du programme d’évaluation de l’expérimentation d’une prestation dépendance, Marie-Odile Gilles et Isabelle Groc soulignent que la grille AGGIR éprouve des difficultés à séparer nettement les personnes qui nécessitent l’intervention d’une aide ménagère dans le cadre d’une pratique traditionnelle du maintien à domicile de celles qui nécessitent une aide au titre d’une situation de dépendance. La grille ne prend pas en compte l’articulation personne-milieu et elle reste plus marquée par une vision médicale visant à apporter une aide en termes de présence, voire de nursing qu’elle n’est empreinte d’une vision médico-sociale replaçant la personne dans son contexte (Gilles et Groc, 1995).

55A partir d’une autre enquête, un échantillon de professionnels ont été invités à remplir la grille AGGIR et à s’exprimer sur l’état de dépendance de 15 mêmes personnes âgées. Les résultats indiquent que la grille AGGIR ne permet pas une uniformisation des représentations de l’état de dépendance de la personne âgée. Les auteurs concluent que la grille AGGIR ne mesure pas un état objectif d’autonomie mais une interaction entre des représentations sociales et personnelles de la dépendance (Chauvin, 1998).

56De plus, à partir des enquêtes PAQUID (Personnes Agées QUID) et Pavin, Lafont et coll. confirment la relation entre les performances cognitives et la dépendance évaluée par la grille AGGIR, mais les auteurs soulignent cependant que cette échelle manque de sensibilité pour appréhender les déficits cognitifs sévères et en particulier la démence. Une solution pour améliorer la sensibilité de l’échelle pour ces sujets serait d’introduire les variables illustratives du modèle dans l’algorithme de classification en GIR (Lafont et coll., 1999).

57Enfin, à partir d’une analyse sur les combinaisons de la grille AGGIR, une étude montre que la grille AGGIR attribue des notes à des cas impossibles, que des profils bien éloignés peuvent avoir une même note et que des profils similaires peuvent avoir des notes différentes (Coutton, 2000c, 2001a, 2001b).

APPLICABILITÉ

58La construction de toute classification implique la collecte et le traitement de nombreuses données, ce qui entraîne un coût en moyens matériels et humains. Se pose donc le problème de choisir, parmi un ensemble de mesures également valides, fiables et sensibles, celle qu’on utilisera. On s’intéressera alors au coûtefficacité de l’instrument, mais aussi à son acceptabilité et à sa flexibilité.

59Après l’expérience concluante de l’Hospice Départemental de Saône et Loire (Menecier et coll., 1997) sur l’acceptabilité et le rapport coût-bénéfice de l’instrument, Chambonet et coll. interrogent un échantillon représentatif de médecins généralistes de Loire-Atlantique sur l’importance que pouvaient revêtir les variables discriminantes de la grille AGGIR. On remarque que 8 sur 10 apparaissent importantes ou fondamentales à l’ensemble des praticiens (Chambonet et coll., 1998).

60Enfin, dans le cadre de l’évaluation des expérimentations d’une prestation dépendance, les entretiens réalisés par le CREDOC avec des utilisateurs de la grille ont mis en évidence un certain nombre de difficultés auxquelles les évaluateurs se heurtent. Celles-ci sont de deux ordres :

  • les erreurs de notation, notamment les problèmes pour attribuer une échelle à trois valeurs;
  • et les difficultés d’observation : il est difficile d’observer la dépendance des personnes âgées au cours d’une visite ponctuelle (Olm et Simon, 1997).

61Pour finir, la flexibilité de la grille AGGIR, qui correspond à la mesure de sa capacité à s’adapter à des objectifs pour lesquels elle n’avait pas été initialement conçue, a peut-être été le champ de la validation le plus étudié.

62L’étude de Marie-Odile Simon et de Frédérique Martin signale que la grille AGGIR a été conçue en vue de l’évaluation de la « charge en soins » en institution (aide au calcul du forfait soins) et n’a pas fait l’objet d’une adaptation pertinente à la vie à domicile (Simon et Martin, 1996). D’ailleurs, dans les sites expérimentaux de la PED, les équipes médico-sociales ont été amenées à étoffer l’instrument en détaillant certaines variables (toilette, habillage, etc.) et en lui ajoutant une ou plusieurs colonnes d’observations complémentaires (notamment sur l’intervention d’aidants professionnels ou non). Elles ont également enrichi l’instrument par des informations sur l’environnement (réseaux personnels et professionnels) et l’habitat de la personne âgée (accessibilité, sanitaire, chauffage, équipement).

63Ainsi, de nombreux travaux de validation critiquent la grille AGGIR, notamment sur les critères de flexibilité et de fiabilité. Dans ce mouvement, plusieurs rapports du CREDOC ont indiqué dans le cadre de l’expérimentation de la PED que le modèle initial n’était pas assez orienté vers les soins à domicile et que les évaluations données pour une même personne pouvaient être très hétérogènes en raison des difficultés de remplissage de la grille et des représentations sociales et personnelles que peuvent avoir les évaluateurs (Gilles et coll., 1995; Simon et coll., 1996; Olm et coll., 1997). Par ailleurs, des recherches ont aussi signalé une validité médiocre de l’instrument qui ne permettrait pas de réaliser une analyse diagnostique (Vigil-Ripoche, 1999) ou de mesurer avec précision l’autonomie mentale (Lafont et coll., 1999).

64En opposition aux précédents travaux, d’autres études de validation reconnaissent par contre des qualités à la grille AGGIR, notamment dans le domaine de l’acceptabilité et du rapport coûtbénéfice. En effet, dans le contexte du foisonnement des grilles de dépendance (Gardent, 1993), la grille AGGIR semble avoir répondu à une attente réelle d’uniformisation du langage sans changer considérablement les habitudes des professionnels. Le passage de modèles très popularisés en France comme Géronte ou Kuntzmann à la grille AGGIR semble s’effectuer sans trop de difficultés pour les professionnels compte tenu de la relative similitude du mode de remplissage de leur grille ou de l’interprétation des résultats (Menecier et coll., 1997).

65Cependant, quelles que soient les qualités qu’on lui reconnaît, la grille AGGIR ne respecte pas un certain nombre de critères nécessaires à la validation d’un système de classification de groupes homogènes de patients (ou de personnes en difficulté d’un point de vue médical et social). Mais peut-on pour autant envisager une alternative à la grille AGGIR ?

66Dans le cadre des soins en institution, une solution éventuelle nous viendrait encore des Etats-Unis avec l’emploi du RAI (Resident Assessment Instrument) qui est un instrument multidimensionnel qui peut répondre aux besoins de tous les intervenants (évaluation du résidant en vue d’un plan de soin adapté, construction d’indicateurs de qualité, RUGs III, etc.). De plus, l’instrument RAI fait l’objet depuis 1995 d’une expérimentation en France qui nous donne pour l’instant des résultats très prometteurs pour les institutions (Henrard et coll., 1997,2000) mais pas encore pour le domicile, où vivent pourtant en France 96,4% des personnes âgées et 73,4% des personnes âgées dépendantes (Colin et coll., 2000).

67Si on se situe par contre dans l’optique d’un projet de création d’une version améliorée de la grille AGGIR, il serait souhaitable que le travail s’oriente principalement vers les deux principales critiques de la grille actuelle :

  • mauvaise mesure de l’autonomie mentale et des charges en soins à domicile;
  • hétérogénéité des évaluations d’une même personne.

68Afin de répondre à la première critique, l’intégration des variables illustratives dans un nouvel algorithme est demandée par plusieurs références, mais cela exigera sûrement un investissement lourd dans son élaboration.

69En ce qui concerne la deuxième critique, une solution serait de restreindre les possibilités d’interprétation des évaluateurs en simplifiant le mode de remplissage; mais ce serait au prix d’une perte d’informations dans un champ où règne une grande diversité de situations. Les gains obtenus en fiabilité risqueraient alors d’être perdus dans la validité et la sensibilité de l’instrument.

70Autrement dit, nos problèmes sont loin d’être résolus…

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Date de mise en ligne : 01/04/2009

https://doi.org/10.3917/gs.099.0111