Article de revue

Perspectives et retours d’expériences

Les valeurs des générations au travail : les introuvables différences

Pages 27 à 41

Citer cet article


  • Saba, T.
(2017). Les valeurs des générations au travail : les introuvables différences. Gérontologie et société, . 39 / n° 153(2), 27-41. https://doi.org/10.3917/gs1.153.0027.

  • Saba, Tania.
« Les valeurs des générations au travail : les introuvables différences ». Gérontologie et société, 2017/2 vol. 39 / n° 153, 2017. p.27-41. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe-2017-2-page-27?lang=fr.

  • SABA, Tania,
2017. Les valeurs des générations au travail : les introuvables différences. Gérontologie et société, 2017/2 vol. 39 / n° 153, p.27-41. DOI : 10.3917/gs1.153.0027. URL : https://shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe-2017-2-page-27?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gs1.153.0027


Introduction

1L’étude des différences entre les générations a gagné en intérêt auprès des organisations, des praticiens et des chercheurs dans les régions du monde qui ont connu le phénomène du baby-boom de façon marquée et bien définie : l’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. J. Ogg et C. Bonvalet (2006) affirment qu’il est possible d’identifier une génération du baby-boom européen malgré une certaine réticence à lui définir des attributs qui lui sont propres.

2Les raisons qui expliquent cet engouement sont multiples. Force est de constater que le vieillissement des populations des sociétés occidentales a eu des conséquences sur les relations intergénérationnelles. Parmi les plus préoccupantes figurent la prétention d’une modification profonde des valeurs des générations, l’obligation de mieux adapter les milieux de travail pour attirer et retenir de nouvelles compétences, et le devoir d’identifier les conditions d’emploi qui devraient prioritairement être modifiées dans le but de stimuler des attitudes et des comportements positifs chez les plus jeunes.

3Parmi les raisons avancées pour expliquer les difficultés que suscite la cohabitation des travailleurs issus de plusieurs générations sur les lieux du travail, on prétend que les valeurs et les attentes au travail sont difficilement conciliables (Mir, Mir et Mosca, 2002 ; Smola et Sutton, 2002 ; Wong et al., 2008). Ensuite, le cycle de carrière devenu moins linéaire entraîne une cohabitation d’une durée plus longue (Guillemard, 2007). Les générations plus âgées tardent à quitter le marché du travail ou y reviennent pour occuper des emplois de transition (Bonikowska et Schellenberg, 2014). Finalement, les difficultés qui émergent de cette cohabitation sont induites par l’incohérence des modes de gestion des entreprises elles-mêmes.

4Cet article présente essentiellement les approches nord-américaines qui ont tenté d’expliquer les différences de génération quant aux valeurs au travail ainsi que les résultats de nos études empiriques effectuées auprès de salariés au Québec (plus de 3 500 répondants) issus des secteurs privés, publics et parapublics qui ont servi de validation. Après une mise en contexte des études sur les différences de valeurs entre les générations, nous montrons que la diversité attribuable à l’âge n’est pas toujours analysée à l’aide de cadres théoriques et analytiques appropriés. En guise de conclusion, nous analysons les résultats des études qui constatent que les différences générationnelles, même dans des contextes très diversifiés, sont un mythe qui est loin de pouvoir être empiriquement démontré.

Les différences entre les générations : une mise en contexte

5Le débat sur les différences de génération continue de prendre de l’ampleur dans les médias et dans le monde organisationnel (Costanza et al., 2012 ; Finegold, Mohrman et Spreitzer, 2002 ; Wong et al., 2008). Or les chercheurs sont incapables, malgré la diversité des cadres analytiques utilisés, d’identifier clairement des différences de valeurs entre les générations et d’expliquer si les comportements et les attitudes au travail varient d’une génération à l’autre.

Les générations appelées à cohabiter dans les milieux de travail

6La typologie des générations la plus commune aux États-Unis a été suggérée par W. Strauss et N. Howe (1991) qui ont utilisé des données démographiques et historiques pour identifier les générations. Le marché du travail en Amérique du Nord est constitué de personnes issues de quatre générations qui sont encore présentes sur le marché du travail : la génération silencieuse ou les vétérans, les « baby-boomers », la treizième génération ou la génération X et la génération Y qui sont les enfants des « baby-boomers » (« Millenial Generation ») (Foot, 1996 ; Verplanken et Holland, 2002 ; Zemke, Raines et Filipczak, 2000).

7Les personnes qui appartiennent à une même génération sont considérées avoir été marquées par des événements historiques et des phénomènes culturels qui se produisent à des stades de développement clés (Noble et Schewe, 2003) et qui contribuent à la formation d’une mémoire collective saillante (Dencker, Joshi et Martocchio, 2008). Ces effets notamment historiques, sociaux et culturels influencent le développement d’attitudes, de valeurs et de caractéristiques de personnalité chez des individus ayant vécu des événements dans des contextes semblables (Caspi, Roberts et Shiner, 2005). Cette approche plus sociologique de la définition d’une génération se distingue du concept démographique, celui de cohorte, qui est basé sur les années de naissance (Parry et Urwin, 2010).

8Les études qui ont tenté de distinguer des différences de valeurs ou de comportements en Amérique du Nord ont, pour la plupart, prétendu utiliser une approche sociologique pour distinguer les générations (Costanza et al., 2012). Force est de constater qu’en dehors des deux guerres mondiales, ce continent n’a connu aucun autre événement de grande importance susceptible de le marquer au cours des dernières années.

9En évoquant la théorie des cohortes, on prétend que les vagues de récession et les cycles économiques ont profondément modifié le marché du travail et les relations d’emploi au cours des vingt dernières années. Si ce nouveau contexte a pu susciter de nouvelles valeurs auprès des générations, peut-on cependant aller jusqu’à affirmer que seules les valeurs des nouvelles générations en ont été affectées ?

10En somme, non seulement les années de naissance qui définissent les générations divergent, mais les approches utilisées pour distinguer les cohortes sont loin d’être claires. Une absence de consensus sur les expériences communes qui ont pu induire certains changements de valeurs ou de comportements générationnels est largement constatée (Costanza et al., 2012).

11Par comparaison, la cohorte d’Européens nés dans la période de l’après Seconde Guerre mondiale a également produit un impact majeur par sa force numérique. Les transformations sociales introduites à des moments différents à travers l’Europe ont forgé des appartenances identitaires nationales et non générationnelles. Conséquemment, la génération du baby-boom en Europe est définie comme la cohorte des naissances entre 1945-1954 (Ogg et Bonvalet, 2006).

Une cohabitation qui s’annonce plus longue…

12À la tendance des retraites plus tardives, un phénomène nouveau s’ajoute et se confirme au Canada et aux États-Unis, celui du retour au travail après la retraite et celui de la multiplication des emplois de transition (bridge employment) (Saba, 2014). Au Canada, deux tiers des travailleurs âgés sont réemployés après avoir quitté un emploi à long terme ; la majorité d’entre eux dans les premières années suivant leur départ (Bonikowska et Schellenberg, 2014). Les travailleurs plus scolarisés et dotés d’un régime de pension des employeurs semblent plus susceptibles de quitter leur emploi de carrière, d’activer leurs prestations de pension et de continuer de travailler dans un emploi de transition (Hébert et Luong, 2008).

13Conscientes du déclin démographique, les entreprises multiplient les efforts de maintien en emploi des travailleurs en âge de prendre leur retraite. La crainte de perdre des compétences irremplaçables les force à abandonner les pressions pour inciter les départs hâtifs à la retraite. Les initiatives gouvernementales vont également dans ce sens et prônent dans l’ensemble des pays de l’OCDE des incitatifs au vieillissement actif (OCDE, 2006 ; Saba et Guérin, 2004, 2005 ; Saba, 2014).

Les différences de valeurs au travail qui soulèvent des inquiétudes

14Identifier les différences de génération semble une opération loin d’être évidente. Les descriptions en termes de différences de valeurs, besoins et attitudes sont souvent entremêlées et proviennent d’opinions et de constats spéculatifs (Wils et al., 2011). Plusieurs chercheurs (Lyons et al., 2015 ; Macky, Gardner et Forsyth, 2008 ; Trzesniewski et Donnellan, 2010) ont identifié cette préoccupation comme le principal défi méthodologique dans l’étude des différences générationnelles (Costanza et al., 2012 ; Wils et al., 2011). En voici d’ailleurs quelques exemples.

15On prétend que les personnes nées avant 1946 appartiennent à la génération qui a connu les plus grands bouleversements économiques, technologiques et sociaux. On leur associe des valeurs dont le sacrifice, l’effort, le conformisme, le respect de la loi et de l’autorité, la patience, le devoir avant le plaisir et l’honneur (Zemke et al., 2000). Les baby-boomers (1946-1966) sont omniprésents sur le marché du travail. Cette génération se distingue par le grand nombre de ses membres à avoir plus de 50 ans aujourd’hui et par le fait que les femmes issues de cette génération sont présentes en très grand nombre sur le marché du travail (Foot, 1996). Ayant connu des périodes de grande prospérité économique, on attribue aux « baby-boomers » des valeurs comme l’optimisme, l’esprit d’équipe, la recherche de la gratification personnelle, la santé et le bien-être, la croissance personnelle, le travail et l’implication (Lu et Gursoy, 2016 ; Zemke et al., 2000). La génération « X » (1961-1979) se distingue par des besoins d’indépendance, d’autonomie et de contrôle du temps, par un fort esprit d’entreprise, par une forte implication dans la résolution de problèmes, mais par une plus faible loyauté envers l’organisation et les gestionnaires (Lancaster et Stillman, 2002 ; Lu et Gursoy, 2016). Les « X » sont dits plus ouverts à la diversité culturelle, dotés d’une aisance avec la technologie, indépendants et pragmatiques (Zemke et al., 2000). Appelée « Génération Internet », « Y », « Nexters » et « l’écho des Boomers », les membres de cette génération sont nés à partir du début des années 1980 et jusqu’en 2000. Récemment arrivés sur le marché du travail, leur sont attribuées des valeurs telles que l’optimisme, le devoir civique, la confiance, le besoin d’accomplissement, la sociabilité, la débrouillardise, la moralité et l’acceptation de la diversité (Lu et Gursoy, 2016 ; Zemke et al., 2000). Manipulant les technologies de l’information avec une grande aisance, les « Nexters » seraient bien disposés à travailler dans une structure moléculaire, flexible et évolutive (Foot, 1996 ; Tapscott, 1998). Les « Y » cherchent la motivation à travers l’innovation, la création et l’engagement social (Lovern, 2001 ; Lyons et al., 2015).

16Tout cela semble bien étayé et logique. Mais, il ne suffit pas de décrire les générations. Encore faut-il à l’aide d’une théorie solide justifier le caractère distinct de chaque génération pour pouvoir établir des hypothèses et prétendre à de véritables différences qui les distinguent (Chen et Choi, 2008 ; Wils et al., 2011). Nous verrons dans la suite de l’article que les différences significatives qui ont parfois été décelées entre les générations ne vont pas toujours dans le sens attendu.

Les différences de génération : une théorisation s’impose

17Si l’on se fie aux études empiriques réalisées à ce jour, des différences attribuables aux générations sont loin de pouvoir être identifiées. Force est de constater que le discours prépondérant est remis en cause faute d’une capacité de vérifier des hypothèses que, même en partant, on a de la difficulté à formuler.

Les cadres théoriques pour étudier l’impact des différences de génération

18Les études sur les différences générationnelles basées sur des approches théoriques qui supportent la notion de générations ou les hypothèses spécifiques reflétant l’impact des générations sur les milieux de travail sont plutôt rares, mais elles ne manquent pas de diversité dans les perspectives d’analyse qui sont présentées (Saba, 2009).

19La théorie des parcours de vie examine l’importance socio-historique des événements et des expériences qui façonnent le comportement des individus et des générations d’individus au cours de toute leur vie et même à travers les générations (Elder, 1998 ; MacLean et Elder, 2007). Cette théorie, grâce à sa perspective longitudinale s’attache à expliquer comment les individus et les membres de leur cohorte sont façonnés par les contextes historiques et sociaux qu’ils expérimentent. Elle constitue une assise théorique intéressante offrant une conceptualisation élargie des différences générationnelles qui pourrait soutenir des hypothèses spécifiques quant aux motifs et aux types de valeurs et de comportements adoptés par les groupes d’individus (Costanza et al., 2012).

20La « théorie des cohortes » proposée par R. Inglehart (1971) constitue une deuxième approche qui est basée sur l’hypothèse de la rareté et celle de la socialisation. La première hypothèse stipule qu’en période de rareté, les individus accordent une forte importance aux valeurs matérialistes ; telles que la sécurité économique. Ils rechercheront, en période de prospérité, des formes de bien-être et afficheront des valeurs post-matérialistes. La deuxième hypothèse, celle de la socialisation, souligne que les valeurs de chaque génération s’altèrent en fonction des conditions qui ont prévalu durant les années antérieures à la période adulte (Inglehart, 2008 ; Wils et al., 2011). Des événements historiques importants varient considérablement selon le lieu et l’expérience (Costanza et al., 2012). Ainsi, la capacité de généraliser les attributs de certaines générations est loin d’être acquise géographiquement et à travers des cultures différentes (Parry et Urwin, 2010 ; Wils et al., 2011).

21La théorie du contrat psychologique constitue une troisième avenue qui explique essentiellement les transformations importantes de la relation d’emploi. La théorie de l’échange social et la norme de réciprocité qui en constituent les prémisses proposent que les individus réagissent positivement aux traitements favorables qu’ils reçoivent en adoptant, notamment, des comportements positifs contributifs à l’essor des organisations (Rousseau et Tijoriwala, 1998). Appliquée aux différences générationnelles, la théorie du contrat psychologique viserait à expliquer la perception de la relation d’emploi et les différences de comportements et leurs variances en fonction de l’âge et des cohortes (Lyons, Schweitzer et Ng, 2015 ; Saba, Blouin et Lemire, 2006 ; Saba, 2014).

22Mesurer les valeurs et leur variance en fonction des générations et examiner leurs liens avec les comportements constituent une quatrième voie fondamentale à la compréhension des différences de générations et leurs incidences sur les comportements au travail (Bardi et Schwartz, 2003). Or une théorisation inachevée résulte du manque de consensus sur la définition d’une valeur au travail qui varie de l’importance accordée par un individu à certains résultats retirés du travail (par exemple le pouvoir social), à l’importance de se comporter d’une certaine façon (par exemple l’acceptation des règles), à l’importance d’utiliser ses compétences (par exemple la créativité), à l’importance accordée aux facteurs de motivation, à l’importance accordée à l’éthique au travail ou à sa centralité (Wils et al., 2011). Une diversité des instruments de mesure des valeurs au travail a vu le jour laissant apparaître un problème majeur, celui de la structuration des valeurs au travail et de leur articulation théorique. T. Wils, M. Luncasu et M.-F. Waxin (2007) ont proposé une conceptualisation des valeurs au travail qui s’appuie sur les travaux de S. Schwartz (1992, 1999). Les valeurs au travail s’articulent autour d’un modèle circulaire qui se compose de deux axes qui opposent chacun deux pôles différents : l’affirmation de soi s’oppose au dépassement de soi et la continuité s’oppose à l’ouverture au changement (figure 1). L’affirmation de soi réfère aux valeurs ayant trait au pouvoir et à l’accomplissement ; le dépassement de soi regroupe des valeurs relatives à la bienveillance et l’universalisme ; la continuité se compose de valeurs associées à la tradition/conformisme et la sécurité, tandis que l’ouverture au changement est constituée de valeurs reliées à l’autoréalisation, la stimulation et l’hédonisme.

Figure 1

Modèle circulaire de structuration des valeurs au travail

Description de l'image par IA : Cercle avec axes et mots décrivant valeurs et attitudes.

Modèle circulaire de structuration des valeurs au travail

(adapté de Schwartz, 1992 et Wils, Luncasu et Waxin, 2007)

Des difficultés associées à l’étude des différences de génération

23Une méta-analyse de D. Costanza et al. (2012) recense les articles publiés sur le thème des générations et les approches utilisées et note les carences théoriques. Parmi celles-ci, certains auteurs ont examiné les tendances sociétales générales et ont référé à des recherches générationnelles à l’appui de leurs hypothèses (Cennamo et Gardner, 2008). Le recours à des affirmations recueillies dans la presse populaire pour fonder l’argumentation de certaines recherches ainsi que la substitution d’hypothèses de recherche par des questions de recherche avec des preuves anecdotiques sont fréquents (Jurkiewicz, 2000 ; Smola et Sutton, 2002 ; Twenge et al., 2010). La méta-analyse a également révélé que les études plus récentes citent les conclusions de certaines études à l’appui de leurs arguments malgré leurs failles théoriques (Westerman et Yamamura, 2007).

24Malgré cette limitation potentiellement critique, presque toutes les études sur les différences générationnelles ont conceptualisé et opérationnalisé les différences à l’aide de devis transversaux ; mises à part les études sur les parcours de vie. Les études empiriques longitudinales sont rares et celles qui incluent une conceptualisation de l’évolution de la nature des différences générationnelles au fil du temps sont pratiquement inexistantes.

Les différences entre générations : les explications et les constats

25Les résultats d’études ayant eu recours à des cadres théoriques appropriés ne supportent pas l’idée qu’il existe des différences systématiques, de fond, entre les générations et qui sont reliées aux valeurs, aux conditions de travail ainsi qu’aux attitudes et comportements au travail. Les quelques différences qui ont émergé sont de faible ampleur, ne distinguent pas nécessairement une seule génération et sont parfois même contradictoires. Ces résultats nous mènent à constater que les écarts entre les répondants s’expliquent nécessairement par autre chose que des différences générationnelles. Nous passons en revue l’essentiel des constats émergents de ces études et des interprétations qui les accompagnent.

26Certaines différences ont en effet été constatées entre les générations en ce qui a trait aux conditions de travail. Les plus jeunes peuvent manifester des attentes plus élevées relativement à l’avancement de carrière, à l’employabilité et à l’équilibre emploi-famille que celles des catégories d’âge plus élevées. Les attentes en termes de stabilité d’emploi, d’autonomie et de reconnaissance sont toutefois équivalentes (Saba, 2009). Les générations plus âgées semblent légèrement plus satisfaites de leur emploi que les jeunes générations (Lu et Gursoy, 2016 ; Lyons, Schweitzer et Ng, 2015). Des différences ont également été détectées entre les générations quant à leurs niveaux d’engagement envers l’employeur. Enfin, les générations plus âgées étaient un peu moins susceptibles de quitter leur emploi que les générations plus jeunes.

27Ces résultats ne sont pas surprenants ni révélateurs d’un nouveau phénomène pour plusieurs raisons. Le fait de porter une attention particulière à la manière de gérer certains aspects de l’emploi des membres des différentes générations a toujours prévalu dans les diverses études qui ont traité, par exemple, des cheminements de carrière des individus. Les recherches qui montrent que les besoins diffèrent entre employés en début de carrière, en mi-carrière et en fin de carrière sont légion et mettent en exergue l’importance de se pencher sur les besoins de carrière qui varient en fonction non pas de l’âge nécessairement mais du cycle de carrière et d’y appliquer des pratiques de gestion adaptées (Finegold et al., 2002 ; Lu et Gursoy, 2016 ; Saba et Dolan, 2013).

28La recherche suggère que l’âge chronologique et le type d’emploi occupé tendent à être corrélés avec la satisfaction au travail (Ng et Feldman, 2010). Comme l’âge et l’ancienneté affichent une covariance naturelle, leur contribution relative dans la prédiction de la satisfaction au travail a été scrutée. Certains ont trouvé que l’ancienneté est un prédicteur plus stable de la satisfaction au travail que l’âge (Bedeian, Ferris et Kacmar, 1992), mais d’autres ont trouvé l’opposé (Morrow et McElroy, 1987). Ainsi, une affirmation peut en être dégagée ; l’âge ou l’ancienneté, indépendamment de l’appartenance générationnelle, peuvent expliquer les différences observées dans la satisfaction au travail. Cette conclusion a été confirmée par T. Ng et D. Feldman (2010) dans leur méta-analyse.

29Quant aux différences d’engagement organisationnel entre les jeunes et les plus âgés, elles ne sont pas nécessairement attribuables à une seule génération. Une méta-analyse soulignait l’absence de tendance clairement identifiable traçant des différences nettes attribuables aux plus jeunes générations (Ng et Feldman, 2010). Si les recherches sur l’engagement ont eu tendance à montrer une corrélation positive entre l’âge et l’engagement organisationnel, les résultats des méta-analyses laissent perplexes et donnent à penser que l’âge ne constitue pas un bon prédicteur révélant des indices de faibles ampleurs et signification. T. Ng et D. Feldman (2010) confirment les résultats antérieurs de J. Mathieu et D. Zajac (1990) et J. Meyer et al. (2002) qui constatent que les antécédents plus robustes de l’engagement organisationnel étaient les différences individuelles (par exemple, compétence personnelle perçue), les caractéristiques de l’emploi, les variables liées au leadership, le soutien organisationnel, la justice organisationnelle et la clarté du rôle. Les recherches sur l’intention de quitter ont montré que, bien que l’âge chronologique tend à être négativement lié aux intentions de quitter, il ajoute cependant peu de valeur explicative au-delà de l’engagement professionnel, du niveau de scolarité et de l’ancienneté (Parasuraman, 1982 ; Ng et Feldman, 2009).

30En somme, les résultats méta-analytiques suggèrent à juste titre qu’il faut, dans un premier temps, distinguer les capacités explicatives des variables « âge » et « appartenance à une génération » malgré leur proximité. Dans un deuxième temps, tel que déjà souligné, les recherches indiquent que d’autres variables sont susceptibles de mieux expliquer les différences en termes de conditions de travail, d’attitudes et de comportements.

Qu’en est-il des valeurs au travail des plus jeunes versus les plus âgés ?

31Une recherche menée par T. Wils et al. auprès d’environ 1 000 salariés au Québec a réussi à « montrer que chaque génération (des baby-boomers aux Y en passant par les X) a, somme toute, des valeurs au travail assez semblables ». Contrairement aux autres études empiriques, cette conclusion est d’autant plus solide que « l’étude a vérifié la structuration des valeurs au travail avant de comparer les différentes générations, a contrôlé plusieurs facteurs confondants comme le score moyen ou le sexe et a éliminé des biais dus, entre autres, à la désirabilité sociale » (2011, p. 462). Aucune différence significative n’a été trouvée pour les générations, ce qui signifie que le « choc des générations » anticipé dans les écrits spéculatifs n’est pas fondé. Rappelons également que les résultats des études permettent de souligner que les valeurs motivent le comportement, mais que la relation entre les valeurs et les comportements est en partie modérée par des pressions autres ; telles que normatives (Bardi et Schwartz, 2003).

Qu’en est-il de la capacité de généraliser ces constats à d’autres contextes ?

32Compte tenu de la complexité entourant la compréhension des contextes susceptibles de produire des différences intergénérationnelles relatives aux valeurs au travail, il est difficile d’en faire un examen résumé en quelques lignes. Des constats provenant d’études en France semblent cependant pointer dans la même direction que les conclusions présentées ci-dessus. J. Rosanvallon (2013) affirme que les générations correspondent essentiellement à une construction sociale au sein de l’entreprise et qu’elles ne s’opposent pas en raison de valeurs divergentes. Les tensions émanent de « figures stéréotypées » que les plus anciens se font des plus jeunes leur reprochant des comportements de faible attachement à l’entreprise et aux valeurs du travail. Le manque d’interactions entre les générations exacerbe ces convictions sans fondement. P. Vendramin et D. Meda (2010) abondent dans le même sens. Même si les générations sont porteuses d’attitudes et d’attentes particulières à l’égard du travail, les auteurs concluent à « une ambivalence dans les relations générationnelles », évincent toute idée de conflit générationnel dû à une incompatibilité des valeurs au travail ; mais constatent la présence d’iniquités entre les cohortes.

N’y a-t-il donc aucun intérêt à examiner des différences de génération ?

33Des nuances s’imposent. S’attendre à ce que les employés affichent certaines attentes au travail uniquement parce qu’ils appartiennent à une cohorte semble recevoir peu d’appui dans les études. Parmi les raisons principales, rappelons la faiblesse de la théorisation et des fondements explicatifs des différences de générations. Conséquemment, admettre que toute une génération affiche les mêmes attentes, et serait susceptible d’adopter les mêmes comportements et attitudes ne tient aucunement compte des différences entre les individus appartenant à une même génération. Cette affirmation ne tient pas compte non plus des similarités entre individus appartenant aux diverses générations ou qui découlent des particularités des différents milieux de travail et des cultures organisationnelles qui y prévalent (Saba, 2009 ; Twenge et al., 2010 ; Wils et al., 2011).

34L’importance d’individualiser la relation d’emploi prônée en gestion des ressources humaines depuis quelques années déjà a projeté à l’avant-scène l’importance de comprendre les différences entre individus. Les études sur le contrat psychologique vont dans ce sens et ont tenté d’expliquer l’importance des conditions sur lesquelles les employeurs et les employés peuvent s’entendre dès l’embauche et qui détermineront ensuite, selon qu’elles sont respectées ou pas, les attitudes et comportements au travail. Dans un tel cadre, les différences attribuables à l’âge ne se sont pas révélées pertinentes. Examiner les raisons de violation du contrat psychologique indépendamment des préférences, parfois superficielles, qui peuvent être reliées à l’appartenance générationnelle s’avère une avenue d’analyse plus judicieuse (Rousseau et Tijoriwala, 1998 ; Saba et al., 2006).

Conclusion

35L’instabilité du marché du travail affecte toute la population active, indépendamment de l’âge, et accroît la vulnérabilité de certaines catégories d’employés. Les aléas économiques et les réactions des entreprises ont rendu les employés sceptiques. Ils ont accentué la vulnérabilité des employés moins scolarisés dont les qualifications sont moins pertinentes pour le marché du travail.

36La segmentation de la population des travailleurs en catégories d’âge s’est révélée une pratique risquée, et décider qu’il doit nécessairement en résulter des traitements différents est quelque peu perturbant. Aucun résultat ni fondement ne permettent d’anticiper que des valeurs au travail, des attentes en termes de conditions de travail, un comportement ou une attitude puissent s’expliquer uniquement par le fait d’appartenir à une génération.

Références

  • Bardi, A. et Schwartz, S.H. (2003). Values and behaviour: Strength and structure of relations. Personality and Social Psychology Bulletin, 219, 1207-1220.
  • Bedeian, A.G., Ferris, G.R. et Kacmar, K.M. (1992). Age, tenure, and job satisfaction: A tale of two perspectives. Journal of Vocational Behavior, 40, 33-48.
  • Bonikowska, A. et Schellenberg, G. (2014). Employment transitions among older workers leaving long-term jobs: Evidence from administrative data. Analytical Studies Branch Research Paper Series, Catalogue no. 2014355e. Ottawa, Canada : Statistics Canada.
  • Caspi, A., Roberts, B.W. et Shiner, R.L. (2005). Personality development: Stability and change. Annual Review of Psychology, 56, 453-484.
  • Cennamo, L. et Gardner, D. (2008). Generational differences in work values, outcomes and person-organization values fit. Journal of Managerial Psychology, 23(8), 891-906.
  • Chen, P.-J. et Choi, Y. (2008). Generational differences in work values: a study of hospitality management. International Journal of Contemporary Hospitality Management, 20(6), 595-615.
  • Costanza, D.P., Badger, J.M., Fraser, R.L, Severt, J.B. et Gade, P.A. (2012). Generational differences in work-related attitudes: A meta-analysis. Journal of Business and Psychology, 27(4), 375-394.
  • Dencker, J.C., Joshi, A. et Martocchio, J.J. (2008). Towards a theoretical framework linking generational memories to workplace attitudes and behaviors. Human Resource Management Review, 18(3), 180-187.
  • Elder, G.H. Jr. (1998). The life course as developmental theory. Child Development, 69(1), 1-12.
  • Finegold, D., Mohrman, S. et Spreitzer, G.M. (2002). Age effects on the Predictors of Technical workers’Commitment and Willingness to Turnover. Journal of Organizational Behavior, 23(5), 655-674.
  • Foot, D.K., (1996). Entre le boom et l’écho 2000 : comment mettre à profit la réalité démographique à l’aube du prochain millénaire. Montréal, Québec : Boréal.
  • Guillemard, A.-M. (2007). Vers un nouveau management des âges et des temps sociaux en réponse au vieillissement de la population. Une perspective internationale. Dans D.-G. Tremblay (dir.), D’une culture de la retraite à un nouveau management des âges et des temps sociaux (p. 15-31). Québec, Québec : Presses de l’Université du Québec.
  • Hébert, B.P. et Luong, M. (2008). Emploi en transition. L’emploi et le revenu en perspective, 9(11), 5-13.
  • Inglehart, R. (1971). The silent revolution in Europe: Intergenerational change in post-industrial societies. American Political Science Review, 65(4), 991-1017.
  • Inglehart, R. (2008). Changing Values among Western Publics from 1970 to 2006. West European Politics, 31(1/2), 130-146.
  • Jurkiewicz, C.L. (2000). Generation X and the public employee. Public Personnel Management, 29(1), 55-74.
  • Lancaster, L.C. et Stillman, D. (2002). When generation collide: Who they are. Why they clash. How to solve the generational puzzle at work. New York, NY : Harper Collins.
  • Lovern, E. (2001). New Kids on the block. Modern Healthcare, 31(5), 28-32.
  • Lu, A.C.C., et Gursoy, D. (2016). Impact of job burnout on satisfaction and turnover intention: Do generational differences matter? Journal of Hospitality & Tourism Research, 40(2), 210-235.
  • Lyons, S.T., Schweitzer, L., et Ng, E.S.W. (2015). How have careers changed? An investigation of changing career patterns across four generations. Journal of Managerial Psychology. 30(1), 8-21.
  • Lyons, S.T., Urick, M., Kuron, L., et Schweitzer, L. (2015). Generational differences in the workplace: There is complexity beyond the stereotypes. Industrial and Organizational Psychology, 8(3), 346-356.
  • Macky, K., Gardner D. et Forsyth, S. (2008). Generational differences at work: Introduction and overview. Journal of Managerial Psychology, 23(8), 857-861.
  • MacLean, A. et Elder, G.H. Jr. (2007). Military service in the life course. Annual Review of Sociology, 36, 175-196.
  • Mathieu, J.E. et Zajac, D.M. (1990). A review and meta-analysis of the antecedents, correlates, and consequences of organizational commitment. Psychological Bulletin, 108(2), 171-194.
  • Meyer, J.P., Stanley, D.J., Herscovitch, L. et Topolnytsky, L. (2002). Affective, continuance, and normative commitment to the organization: A meta-analysis of antecedents, correlates, and consequences. Journal of Vocational Behavior, 61, 20-52.
  • Mir, A., Mir, R. et Mosca, J.B. (2002). The new age employee: An exploration of changing employee-organization relations. Public Personnel Management, 31(2), 187-200.
  • Morrow, P.C. et McElroy, J.C. (1987). Work commitment and job satisfaction over three career stages. Journal of Vocational Behavior, 30, 330-346.
  • Ng, T.W.H. et Feldman, D.C. (2009). Re-examining the relationship between age and voluntary turnover. Journal of Vocational Behavior, 74, 283-294.
  • Ng, T.W.H. et Feldman, D.C. (2010). The relationships of age with job attitudes: A meta-analysis. Personnel Psychology, 63, 677-718.
  • Noble, S.M. et Schewe, C.D. (2003). Cohort segmentation: An exploration of its validity. Journal of Business Research, 56(12), 979-987.
  • Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (2006). Vieillissement et politiques de l’emploi : vivre et travailler plus longtemps [version en fichier pdf] DOI:10.1787/9789264035898-fr
  • Ogg, J. et Bonvalet, C. (2006). The baby boomer generation and the birth cohort of 1945-1954: a European perspective. Paper for a seminar organised by the Cultures of Consumption research programme (ESRGAHRC) in collaboration with the ESRC Social Science Week. Récupéré du site : http://youngfoundation.org/wp-content/uploads/2013/06/03_06_Europeanbabyboomers.pdf
  • Parasuraman, S. (1982). Predicting turnover intentions and turnover behavior: A multivariate analysis. Journal of Vocational Behavior, 21, 111-121.
  • Parry, E. et Urwin, P. (2010). Generational differences in work values: A review of theory and evidence. International Journal of Management Reviews, 13, 79-96.
  • Rosanvallon, J. (2013). Les générations au travail : des cultures différentes ou un collectif qui se méconnaît ? Le cas des techniciens d’Edf. La nouvelle revue du travail, 2. DOI:10.4000/nrt.987
  • Rousseau, D.M. et Tijoriwala, S.A. (1998). Assessing psychological contracts: Issues, alternatives and measures. Journal of Organizational Behavior, 19, 679-695.
  • Saba, T. (2009). Les différences intergénérationnelles au travail : faire la part des choses. Gestion, 34(3), 25-37.
  • Saba, T. (2014). Promoting active aging: The Canadian experience of bridge employment. Dans C.M. Alcover, G. Topa Cantisano, M. Depolo, F. Fraccaroli et E. Parry (dir), Research Handbook in Bridge Employment (p. 216-236, chap. 11). Londres, Royaume-Uni : Routledge.
  • Saba, T., Blouin, M. et Lemire, L. (2006). Statut d’emploi et engagement organisationnel : l’effet médiateur de la violation du contrat psychologique. CJAS/Revue Canadienne des Sciences Administratives, 23(4), 318-333. (Prix Verity International, 2007).
  • Saba, T. et Dolan, S.L. (2013), La Gestion des ressources humaines, tendances, enjeux et pratiques actuelles. 5e éd., Montréal, Québec : ERPI-Pearson Education.
  • Saba, T. et Guérin, G. (2004). Planifier la relève dans un contexte de vieillissement : conjuguer les préférences individuelles, les politiques publiques en matière de retraite et les enjeux organisationnels. Gestion, 29(3), 54-63.
  • Saba, T. et Guérin, G. (2005). Extending Employment Beyond Retirement Age: The case of health care managers in Quebec. Public Personnel Management, 34(2), 195-213 (Citation of Excellence by Emerald Management Reviews, UK).
  • Schwartz, S.H. (1992). Universals in the content and structure of values: Theoretical advances and empirical tests in 20 countries. Advances in Experimental Social Psychology, 25, 1-65.
  • Schwartz, S.H. (1999). A Theory of Cultural Values and Some Implications for Work. Applied Psychology: An International Review, 48(1), 23-47.
  • Smola, K.W. et Sutton, C.D. (2002). Generational differences: Revisiting generational work values for the new millennium. Journal of Organizational Behavior, 23, 363-382.
  • Strauss, W. et Howe, N. (1991). Generations: The history of America’s future, 1584 to 2069. New York, NY : William Morrow & Co.
  • Tapscott, D. (1998). Growing Up Digital: The rise of the Net Generation. New York, NY : McGraw-Hill.
  • Trzesniewski, K.H. et Donnellan, M.B. (2010). Rethinking “Generation Me”: A study of cohort effects from 1976-2006. Perspectives on Psychological Science, 5(1), 58-75.
  • Twenge, J.M., Campbell, S.M., Hoffman, B.J. et Lance, C.E. (2010). Generational differences in work values: Leisure and extrinsic values increasing, social and intrinsic values decreasing. Journal of Management, 36, 1117-1142.
  • Vendramin, P. et Méda, D. (2010). Les générations entretiennent-elles un rapport différent au travail ? SociologieS [en ligne], Théories et recherches. Récupéré du site : https://sociologies.revues.org/3349
  • Verplanken, B. et Holland, R.W. (2002). Motivated decision making: Effects of Activation and Self Centrality of Values on Choices and Behaviour. Journal of Personality and Social Psychology, 82, 434-447.
  • Westerman, J.W. et Yamamura, J.H. (2007). Generational preferences for work environment fit: Effects on employee outcomes. Career Development International, 12(2), 150-161.
  • Wils, T., Luncasu, M. et Waxin, M.-F. (2007). Développement et validation d’un modèle de structuration des valeurs au travail. Relations Industrielles/Industrial Relations, 62(2), 305-332.
  • Wils, T., Saba, T., Waxin, M.F. et Labelle, C. (2011). Intergenerational and intercultural differences in work values in Quebec and the United Arab Emirates. Relations Industrielles/Industrial Relations, 66(3), 445-469.
  • Wong, M., Gardiner, E., Lang, W. et Coulon, L. (2008). Generational differences in personality and motivation: do they exist and what are the implications for the workplace? Journal of Managerial Psychology, 23(8), 878-890.
  • Zemke, R., Raines, C. et Filipczak, B. (2000). Generations at work: Managing the clash of veterans, Boomers, Xers, and Nexters in your workplace. Washington, DC : AMACOM.

Mots-clés éditeurs : différences intergénérationnelles, gestion de la diversité, valeurs au travail

Date de mise en ligne : 14/06/2017

https://doi.org/10.3917/gs1.153.0027