Le crédit des riches et la survie des pauvres
- Par Michel Villette
Pages 87 à 89
Citer cet article
- VILLETTE, Michel,
- Villette, Michel.
- Villette, M.
https://doi.org/10.3917/geco.096.0087
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- Villette, Michel.
- VILLETTE, Michel,
https://doi.org/10.3917/geco.096.0087
On parle beaucoup aujourd’hui de ce fameux « microcrédit », modestes sommes d’argent dont se désintéressent les banques, effrayées par l’absence de cautionnement, mais qui permettront à une Africaine d’acquérir casseroles et réchaud pour vendre des plats de sa confection ou à une Bengalie, la machine à coudre qui lui manque pour fabriquer des saris, dont elle pourra faire commerce. Or, à cette expérience que l’on juge nouvelle et d’avenir, il y a des précédents, que l’historienne Laurence Fontaine analyse, fort à propos, dans son dernier livre, L’Économie morale.
Dans l’Europe d’avant le triomphe du capitalisme industriel et financier, chacun pouvait déposer au Mont de Piété, qui un objet, qui un vêtement, ou bien emprunter auprès d’un noble fortuné pour passer le cap difficile d’une disette, d’un coup du sort ou d’une maladie. La pauvreté poussait à emprunter, dans le contexte d’une économie fondée sur la confiance et le crédit : le noble ou l’aristocrate, le seigneur, par leur crédit – c’est-à-dire leur fortune matérielle mais aussi morale : honneur, réseaux, renom – assuraient protection aux débiteurs, en contrepartie d’une certaine renommée.
Loin de consolider un cloisonnement de la société, le crédit et ses ramifications la traversaient alors verticalement, embrassant tous les groupes sociaux, toutes les institutions et toutes les régions ; il créait des dépendances, où chacun se trouvait à la fois en position de prêteur et d’endetté. C’est ainsi que des réseaux d’obligations se tissaient en cascade…
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