Les guerres civiles du XVIe siècle sont-elles l’avenir des études sur les violences de masse ?
- Par Nicolas Mariot
Pages 127 à 149
Citer cet article
- MARIOT, Nicolas,
- Mariot, Nicolas.
- Mariot, N.
https://doi.org/10.3917/gen.141.0127
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- MARIOT, Nicolas,
https://doi.org/10.3917/gen.141.0127
Notes
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[1]
Il n’est pas aisé de discuter une démarche de renouvellement d’un champ historiographique qui fait actuellement l’objet de commentaires nombreux et denses. Outre quantité de comptes rendus et d’entretiens avec Jérémie Foa (voir par exemple Foa 2023), le dossier récemment publié par la Revue d’histoire moderne et contemporaine propose ainsi une discussion approfondie de son précédent livre, Tous ceux qui tombent (Foa 2021), à travers les contributions de Penny Roberts (« À la recherche des fantômes »), Philippe Hamon (« Saint-Barthélemy et histoire sociale : l’effacement des “guerriers de Dieu” ») et Robert Descimon (« Toujours la Saint-Barthélemy, une nouvelle lecture de l’événement qui n’efface pas les anciennes »), suivie d’une réponse de J. Foa (Descimon 2025 ; Foa 2025 ; Hamon 2025 ; Roberts 2025). Il en est plus encore du dernier livre de Denis Crouzet, Paris criminel. 1572, largement pensé comme une réponse à ce volume (Crouzet 2024). Bien évidemment ces textes croisent pour une large part les questions évoquées dans les pages qui suivent. J’espère néanmoins ne pas trop répéter ce qui y a déjà été écrit, notamment en me concentrant sur Survivre.
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[2]
Voir les livres du prince de Motordu publiés par Pef chez Gallimard Jeunesse.
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[3]
Lire, pour s’en convaincre, le dernier chapitre (« En aval de la “scène originelle” ») de Paris criminel (Crouzet 2024 : 299-318). Il y traite notamment des « désirs de tuer surgis de l’imaginaire » (p. 314) avant de (logiquement) conclure que si « le peuple parisien » a tué, c’est bien « dans l’absolue et terrifiante certitude qu’il faisait son salut » (p. 324).
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[4]
Dans l’introduction de son Génocide au village, Hélène Dumas cite les Guerriers de Dieu en lien au mot de méthode qu’on dira désormais « habituel » : « Regarder la gestuelle meurtrière au ras du sol, dans sa corporéité, comme dans la matérialité des lieux, revient à lire un “texte” révélateur des schèmes mentaux des tueurs » (Dumas 2014 : 29).
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[5]
On peut signaler un autre effet retour de cette circulation trans-centenaire du modèle, puisque dans son dernier livre, D. Crouzet mobilise les travaux des auteurs qui viennent d’être mentionnés (C. Ingrao, J. Chapoutot, S. Audoin-Rouzeau, ou d’autres encore sur le génocide tutsi) pour appuyer la défense de son analyse dans le cas de la Saint-Barthélemy – voir la conclusion du chapitre VI (Crouzet 2024 : 219-220).
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[6]
On écrit « plus guère » notamment en référence à certaines des premières recensions des Guerriers de Dieu qui soulignaient déjà certains des problèmes évoqués ici (Muchembled 1991 ; Audisio 1994).
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[7]
12 issus d’archives départementales, 29 d’archives municipales, 13 des Archives nationales et 13 des Archives de la Préfecture de police de Paris.
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[8]
Les 24 auteurs/textes partagés sont : Agrippa d’Aubigné, Guillaume Bosquet, Jean de Coras, Artus Désiré, Innoncent Gentillet, Simon Goulart, Michel de L’Hospital, Pierre de L’Estoile, Antoine de Mouchy, François Eudes de Mézeray, Blaise de Monluc, Michel de Montaigne, Pierre de Paschal, Étienne Pasquier, Loys Perussis, Florimond de Raemond, Antoine Richart, Gabriel de Saconay, Sully, Jacques-Auguste de Thou, Richard Verstegan, Simon Vigor, Pierre Viret et un texte anonyme, le « Discours merveilleux de la vie, actions et deportemens de la reyne Catherine de Medicis… ».
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[9]
J’utilise cette formule pour indiquer qu’on trouve ces participants « démotivés » (ou ces « complices réticents ») dans les livres de Christopher Browning ou Scott Straus, autrement dit des auteurs qui ne mobilisent pas principalement le modèle « cruautés/imaginaire » comme cadre explicatif, mais aussi chez d’autres qui en sont beaucoup plus proches comme Harald Welzer (2007 [2005] : chap. 2) ou Thomas Kühne (2010 : 110-113).
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[10]
J’ai consacré un article (Mariot 2020), cité par J. Foa (2022 : 73 ; 2024 : 251, précisément dans le chapitre « Les mots qui tuent »), à tenter d’établir, à partir de témoignages des bourreaux dans le cadre de la Shoah à l’est, l’idée qu’une part des tueurs, même chez les plus féroces d’entre eux, peuvent reconnaître l’humanité de leurs victimes – sans évidemment que cette reconnaissance, trop peu remarquée, ne les empêche d’accomplir leur travail de mise à mort. Ils tuent « bien que » ils aient eu à l’esprit l’image de leurs enfants en voyant ceux qu’ils devaient assassiner ; ils tuent « malgré » les scènes de dernière tendresse entre victimes qu’ils racontent, voire les interpellations personnelles dont ils font l’objet de la part des celles-ci.
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[11]
Il faut préciser que D. Crouzet avait bien noté ce caractère de « révélation » de l’inhumanité dans ou par le massacre, mais sans que cela ne le conduise à remettre en question le rôle moteur de l’imaginaire ex ante.
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[12]
Tract recopié dans le Rapport au préfet du commissariat spécial de Dieppe, no 1221, 28 juillet 1921, AD Seine inférieure, 1M337 (cité dans Mariot 2006 : 72).
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[13]
Le titre du livre de Scott Straus, The Order of Genocide, dit bien cet aspect du génocide (Straus 2006). Pour l’exemple cité, voir l’ouvrage rédigé par Alison Des Forges (HRW et FIDH 1999 : 285).
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[14]
J’emprunte ce double mouvement à Gérard Lenclud, formulé le 17 novembre 2003 à Amiens dans le cadre d’une séance du séminaire « Introduction à la sociohistoire » intitulée « Invariants anthropologiques et historicité des formes de pensée ». On en trouve des traces dans sa contribution à La cumulativité du savoir en sciences sociales (Lenclud 2009).
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[15]
Voir sur ce point le collectif « Le nuage était sous nos pieds » luttant contre l’installation de datacenters à Marseille (URL : https://mars-infos.org/reprendre-le-controle-sur-les-7665) ou plus généralement le travail mené par l’association de défense des libertés fondamentales dans l’environnement numérique La quadrature du net (URL : https://www.laquadrature.net/).
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[16]
Je remercie les lecteurs et lectrices du comité de rédaction, mais aussi Camille François et Rachel Renault pour leurs commentaires et suggestions portant sur un état antérieur de ce texte. La présente version leur doit beaucoup.
Proposant une discussion des travaux récents de Jérémie Foa, l’article montre comment l’auteur entend déconfessionnaliser l’étude des guerres de Religion. Il rétablit ce déplacement historiographique dans la controverse qui oppose J. Foa à l’interprétation jusque-là dominante, celle proposée par Denis Couzet, et souligne les potentiels effets à longue distance de la dispute en rappelant les nombreux usages dont le « modèle Crouzet » a fait l’objet parmi les spécialistes des violences de masse contemporaines. Il revient enfin sur les usages de l’anachronisme et de la comparaison promus par les deux auteurs.
- guerres de Religion
- violences de masse
- déshumanisation
- comparaison
Mots-clés éditeurs : guerres de Religion, violences de masse, déshumanisation, comparaison
Are the civil wars of the 16th century the future of mass violence studies? (Regarding: Jérémie Foa, Survivre. Une histoire des guerres de Religion, Seuil, 2024)
Presenting a discussion on the recent works of Jérémie Foa, this article shows how the author attempts to de-confessionalise the study of the French Wars of Religion. It re-establishes this historiographical shift in the controversy that opposes J. Foa to the hitherto dominant interpretation, namely that proposed by Denis Couzet, and underlines the potential far- reaching impacts of the dispute by reminding us of the numerous uses that have been made of the “Crouzet model” among specialists of contemporary mass violence. Finally, it looks at the uses of anachronism and comparison promoted by the two authors.
- Wars of Religion
- mass violence
- dehumanisation
- comparison
Mots-clés éditeurs : Wars of Religion, mass violence, dehumanisation, comparison