Compte rendu

Melchior Simioni,Sociologie économique de l’univers carcéral

Page IX

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  • Simioni, M.
(2021). Melchior Simioni,Sociologie économique de l’univers carcéral. Revue Française de Socio-Économie, 26(1), IX-IX. https://doi.org/10.3917/rfse.026.0253i.

  • Simioni, Melchior.
« Melchior Simioni,Sociologie économique de l’univers carcéral ». Revue Française de Socio-Économie, 2021/1 n° 26, 2021. p.IX-IX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-socio-economie-2021-1-page-IX?lang=fr.

  • SIMIONI, Melchior,
2021. Melchior Simioni,Sociologie économique de l’univers carcéral. Revue Française de Socio-Économie, 2021/1 n° 26, p.IX-IX. DOI : 10.3917/rfse.026.0253i. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-socio-economie-2021-1-page-IX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfse.026.0253i


1 Thèse de sociologie dirigée par Philippe Steiner, Professeur, Sorbonne Université – GEMASS et soutenue publiquement à Sorbonne Université le 20 octobre 2020.

2 Jury composé de Céline BESSIÈRE, Professeure, Université Paris-Dauphine (rapporteure) ; Claire de GALEMBERT, Chargée de recherche, CNRS ; Pierre DEMEULENAERE, Professeur, Sorbonne Université ; Didier FASSIN, Directeur d’études à l’EHESS et Professeur à l’Institut d’Études Avancées de Princeton ; Pierre FRANÇOIS, Directeur de recherche, CNRS ; Alexandre Roig, Professeur, Universidad Nacional de San Martin (rapporteur).

3 La prison constitue un univers économique singulier et méconnu. Les pratiques économiques des prisonniers sont pourtant diverses : les prisonniers travaillent, gagnent de l’argent ou peuvent en recevoir de l’extérieur, consomment, et peuvent parfois échanger avec le monde extérieur ou entre eux. Au croisement de la sociologie économique et de la sociologie des prisons, cette thèse vise à réaliser la sociologie économique de cet univers carcéral. Premièrement, cette thèse retrace l’origine des règles qui encadrent l’organisation économique des prisons, en montrant qu’elles s’inscrivent dans une tension entre la morale pénitentiaire et une forme de rationalité économique. Deuxièmement, la thèse décrit les grands mécanismes qui organisent le fonctionnement économique interne des prisons contemporaines à partir d’une ethnographie économique réalisée dans un établissement pénitentiaire. Troisièmement, ce travail de thèse cherche à comprendre la place des dispositifs économiques qui accompagnent la peine de prison dans l’architecture générale du pouvoir pénitentiaire.

4 La partie centrale de la thèse repose sur enquête ethnographique de six mois dans une Maison centrale (une prison pour longues peines), qui mêle observations et entretiens avec les prisonniers et le personnel. Elle retrace finement la structure économique formelle de la prison (l’ensemble des règles qui organisent les consommations des prisonniers, le travail et sa rémunération, les possibilités de transferts avec l’extérieur), et la part informelle de cette économie carcérale (les échanges tolérés et les différents types d’échanges illégaux entre prisonniers). Elle accorde une attention particulière aux circuits empruntés par les marchandises, au déroulement concret des transactions, ainsi qu’au type de contrepartie à ces transactions. Plusieurs résultats émergent de l’analyse de ces « circuits de commerce » (selon la notion de Viviana Zelizer). D’abord, les circulations de ressources « administrées » sont soumises à un processus de segmentation et à des barrières disciplinaires. Ensuite, les échanges – souvent informels – entre prisonniers reposent sur une forme de tolérance discrétionnaire de la part de l’administration et impliquent de la part des échangistes de faire reposer les transactions sur des économies morales qui oscillent entre débrouille et solidarité. Enfin, la réussite des échanges strictement illégaux (de cannabis, de téléphones portables ou de données informatiques) requiert la mise en œuvre de quatre séquences – « faire rentrer », « faire savoir », « fixer un prix », et « réaliser la transaction » – et repose sur des « manières de payer » complexes – qui procèdent souvent par détournement des circulations formelles –, dans un contexte où la monnaie fiduciaire est interdite.

5 Cette thèse propose des résultats de sociologie économique de portée plus générale. Elle montre comment s’institutionnalise une économie disciplinaire d’enfermement, fondée sur l’interdiction de la monnaie, sur le contrôle strict des échanges avec l’extérieur et entre prisonniers. Elle met également au jour les formes de solidarité requises pour la mise en œuvre de transactions dans un univers marqué par la prédation et la violence – violence institutionnelle et entre prisonniers – et par un jeu stratégique autour des règles.

6 Melchior Simioni, chercheur associé au GEMASS, melchior.simioni@sorbonne-universite.fr


Date de mise en ligne : 15/06/2021

https://doi.org/10.3917/rfse.026.0253i