Compte rendu

Mushaben (Joyce Marie) – Becoming Madam Chancelor. Angela Merkel and the Berlin Republic. – Cambridge, Cambridge University Press, 2017, XVI-342 p. Bibliogr. Index.

Page XI

Citer cet article


  • Briatte, A.-L.
(2018). Mushaben (Joyce Marie) – Becoming Madam Chancelor. Angela Merkel and the Berlin Republic. – Cambridge, Cambridge University Press, 2017, XVI-342 p. Bibliogr. Index. Revue française de science politique, . 68(4), XI-XI. https://doi.org/10.3917/rfsp.684.0728k.

  • Briatte, Anne-Laure.
« Mushaben (Joyce Marie) – Becoming Madam Chancelor. Angela Merkel and the Berlin Republic. – Cambridge, Cambridge University Press, 2017, XVI-342 p. Bibliogr. Index. ». Revue française de science politique, 2018/4 Vol. 68, 2018. p.XI-XI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2018-4-page-XI?lang=fr.

  • BRIATTE, Anne-Laure,
2018. Mushaben (Joyce Marie) – Becoming Madam Chancelor. Angela Merkel and the Berlin Republic. – Cambridge, Cambridge University Press, 2017, XVI-342 p. Bibliogr. Index. Revue française de science politique, 2018/4 Vol. 68, p.XI-XI. DOI : 10.3917/rfsp.684.0728k. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2018-4-page-XI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.684.0728k


1 À l’été 2017, la chancelière fédérale d’Allemagne Angela Merkel briguait son quatrième mandat, relativement sereine mais faisant face à une opinion publique partagée entre ceux qui estimaient son bilan politique tout à fait convenable et ceux qui lui reprochaient, en particulier avec sa politique migratoire, d’avoir ouvert grand la porte aux partis contestataires et populistes. Au même moment paraissait le premier ouvrage scientifique en anglais sur la carrière et la politique d’Angela Merkel, intitulé Becoming Madam Chancelor. Angela Merkel and the Berlin Republic, écrit par Joyce Marie Mushaben. L’auteure est professeure de science politique comparée et de gender studies à l’Université Saint-Louis du Missouri, et fine connaisseuse de l’Allemagne, où elle a vécu dix-sept ans pour y mener des recherches sur les Allemands de l’Est et de l’Ouest, la politique européenne de la République fédérale, la citoyenneté, les migrations et les mouvements sociaux.

2 Se présentant comme féministe, l’auteure dédicace, de façon un peu convenue, l’ouvrage à son feu mari, faisant référence à leurs débats sur l’égalité et la différence des sexes, mais aussi, et c’est plus original, à toutes les filles et femmes à la recherche de modèles féminins d’identification dans le domaine politique. Il faut reconnaître qu’ils ne sont pas pléthore. L’auteure est une grande admiratrice d’Angela Merkel et ne s’en cache pas. De fait, on se surprend à la lecture de l’ouvrage à se laisser entraîner par son enthousiasme pour l’objet de son analyse.

3 L’ouvrage n’est pas une biographie politique, retraçant le parcours d’une actrice politique, de sa naissance au jour présent. Il s’applique bien plutôt à montrer comment Angela Merkel, fille de pasteur luthérien ayant grandi en RDA, femme divorcée, ayant travaillé comme physicienne sans s’occuper de la politique de son pays, est devenue chancelière fédérale de l’Allemagne et la personnalité politique la plus influente actuellement en Europe. Il ne retrace donc pas le parcours d’Angela Merkel dans une chronologie linéaire qui commencerait à sa naissance, mais se concentre sur sa période d’activité politique, c’est-à-dire à partir de 1990. C’est ainsi qu’il faut comprendre le sous-titre de l’ouvrage, « Angela Merkel and the Berlin Republic », pour lequel la préposition « in » semblerait néanmoins mieux adaptée : la République de Berlin constitue ici uniquement le cadre chronologique de l’analyse et non un objet d’analyse à part entière.

4 Prenant le contre-pied des ouvrages publiés sur Angela Merkel, qui s’attachent pour beaucoup à critiquer sa façon de diriger ou son « manque de vision », J. M. Mushaben a écrit cet ouvrage pour mettre en évidence la performance hors du commun de la chancelière, qui a su gagner et maintenir le pouvoir en affrontant des crises majeures, aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Celle à qui certains, y compris dans les rangs de son propre parti, ne donnaient aucune chance de tenir à la tête de son parti, puis de son pays, les aura tous deux dirigés bien plus longtemps qu’on aurait pu le croire. Tel est le constat à l’origine de l’ouvrage de J. M. Mushaben, qui s’appuie sur des « sources interdisciplinaires » (p. 6) – on est un peu perplexe face à cette expression –, incluant des discours de Merkel, des publications émanant du gouvernement, du matériel de campagnes électorales, des comptes rendus publiés dans les médias, des publications référencées, des interviews et des centaines de conversations avec des collègues experts. La méthode d’exploitation de ces sources est qualifiée d’« incorrigiblement qualitative et éclectique » (ibid.), mais n’est malheureusement pas explicitée. À la lecture de l’ouvrage, on y voit néanmoins les deux domaines d’expertise de l’auteure, les sciences politiques comparatistes et les gender studies, étroitement imbriqués dans une lecture personnelle, originale et intellectuellement stimulante du parcours et de l’action politique d’Angela Merkel.

5 Pour commencer, l’auteure se penche sur les deux transformations – on est tenté de parler de « relooking » – fondamentales, qui, selon elle, ont conditionné son accession au pouvoir : un relooking au sens physique et politique du terme, gravissant en moins de dix ans tous les échelons au sein du parti chrétien-démocrate (CDU). Dans son analyse de l’ascension politique extraordinaire d’Angela Merkel, extraordinaire à la fois par sa vitesse, sa trajectoire et la souveraineté avec laquelle Angela Merkel a su affronter les préjugés liés à son sexe, l’auteure retrace toutes les étapes de cette double transformation et montre également comment en retour Angela Merkel a transformé la culture politique de son pays et le regard qu’on porte sur les femmes en politique. Intitulée avec le slogan – à l’origine scandé par les féministes des années 1970 – « le personnel est politique », cette première partie analyse la façon dont Angela Merkel a su comme aucun autre de ses prédécesseurs réconcilier les identités des Allemands de l’Est et de l’Ouest et reconfigurer les relations germano-israéliennes, en continuant d’assumer la responsabilité allemande dans la Shoah et envers l’État d’Israël, sans toutefois tout accepter sans discernement de sa politique dans le conflit israélo-palestinien.

6 Dans les deux parties suivantes, l’auteure analyse le leadership d’Angela Merkel, qui a su transformer la façon dont les Allemands se perçoivent eux-mêmes et initier une plus grande implication de la République fédérale à l’échelle internationale, répondant ainsi à un reproche qui lui était souvent fait. Pour illustrer cela, l’auteure étudie dans la deuxième partie de l’ouvrage d’une part les enjeux et les mécanismes du bras de fer entre Angela Merkel et Vladimir Poutine, deux adversaires et partenaires relativement égaux, la première freinant les ambitions hégémoniques du second tout en maintenant le dialogue avec ce partenaire indispensable, et d’autre part les positionnements de la chancelière dans la crise de l’euro, pour une gouvernance intégrée des finances européennes. La troisième et dernière partie est dédiée à la politique intérieure, où l’auteure illustre ce qu’elle appelle la « méthode Merkel » à l’exemple de deux domaines où elle a initié des réformes majeures : le tournant énergétique à l’échelle nationale, sinon supranationale, et la politique migratoire, où elle a opéré un changement de paradigme au cœur de la crise migratoire qui touche l’Europe entière.

7 Cette lecture est à recommander à toute personne s’intéressant aux rapports entre genre et politique, à la politique allemande et européenne et aux relations internationales du temps présent.

8 Anne-Laure Briatte – Sorbonne Université


Date de mise en ligne : 07/09/2018

https://doi.org/10.3917/rfsp.684.0728k