Guimarães (Nadya Araujo), Maruani (Margaret), Sorj (Bila), dir. Genre, race, classe. Travailler en France et au Brésil. Paris, L'Harmattan, 2016 (Logiques sociales. Sociologie du genre). 360 p. Figures.
- Par Amélie Beaumont
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Citer cet article
- BEAUMONT, Amélie,
- Beaumont, Amélie.
- Beaumont, A.
https://doi.org/10.3917/rfsp.673.0570y
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- BEAUMONT, Amélie,
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1 L'ouvrage Genre, race, classe. Travailler en France et au Brésil fait suite à un colloque international organisé en août 2014 intitulé « Travail, care et politiques sociales : Brésil-France en débat ». C'est la deuxième rencontre du même type organisée dans le but de renforcer les échanges sur le travail et le genre entre les chercheuses et chercheurs français.es et brésilien.ne.s. Le livre, présenté comme des actes de colloque, réunit 24 textes et 32 contributrices et contributeurs de France et du Brésil. Dans la courte introduction, les auteures précisent que l'ouvrage ne cherche pas à comparer les situations françaises et brésiliennes (peu de contributions portent sur les deux pays à la fois) mais entend dresser un « panorama » à la fois des recherches menées dans ces domaines et des situations de travail pour les femmes et les hommes dans les deux pays.
2 Dans la première partie, intitulée « Croiser les inégalités », sont réunies des contributions plutôt théoriques qui font le point sur des concepts clés et montrent leur utilité pour penser le travail aujourd'hui (intersectionnalité et consubstantialité, appropriation des femmes et amalgame conjugal, dénaturalisation des rapports sociaux). Le texte d'Adriana Piscitelli montre quant à lui comment genre, nationalité/ethnicité, « couleur » et position sociale permettent ensemble de comprendre les manières dont des femmes brésiliennes immigrées tentent de se construire une position valorisée sur le marché du travail de care en Espagne. Les Brésiliennes immigrées rencontrées travaillent dans la prostitution ou le service aux personnes âgées et mettent en avant une « brésilianité » pour trouver une place dans ce marché du travail. Pour elles, cela signifie avoir une aptitude au care plus importante que des femmes d'autres nationalités : amabilité, gaieté, affection, tendresse, souci de propreté. Malgré ce travail d'autoprésentation, ces femmes peuvent vite être ramenées à des stéréotypes nationaux qui en font des femmes à la sexualité débridée et les rendent vulnérables dans les interactions au travail, en particulier celles aux origines sociales les plus populaires.
3 La deuxième partie porte sur la mesure des inégalités entre femmes et hommes et apporte une réflexion sur les statistiques produites sur le travail. Le chapitre de Margaret Maruani et Monique Meron est à ce titre tout à fait éclairant. Elles reprennent les questionnements de leur livre paru en 2012 et montrent ainsi comment la part des femmes dans la population active ou le taux d'activité des femmes ont fluctué sur le dernier siècle, en fonction des définitions du travail adoptées. La frontière est en effet floue pour les statisticien.ne.s entre emploi et non-emploi, entre chômeuses et femmes au foyer. Un exemple saillant : le changement de définition de l'activité agricole au milieu des années 1950. Alors qu'une femme d'agriculteur était considérée jusqu'alors comme « agricultrice », elle devient à partir de ce moment une « inactive » aux yeux des statistiques publiques si elle ne déclare pas explicitement exercer cette activité. Un million de femmes sont alors soustraites de la population active. Un exemple qui montre encore que les statistiques sont des outils politiques. La troisième partie de l'ouvrage s'inscrit dans la suite de ces questionnements mais est plus particulièrement centrée sur les enjeux autour des emplois du temps des femmes et des hommes.
4 La quatrième partie aborde « le genre des carrières artistiques et scientifiques ». Une première contribution fait le point sur le nombre de femmes dans les filières universitaires et emplois « scientifiques » au Brésil (elles progressent mais restent très inégalement réparties selon les disciplines). Les trois autres chapitres portent sur trois secteurs différents. Le texte de Liliana Segnini se penche sur les carrières des femmes musiciennes au Brésil et mobilise le concept de consubstantialité pour analyser les conditions qui permettent aux femmes d'accéder à des postes dans les orchestres. Elle montre que la libéralisation de l'emploi dans les orchestres du pays amène une compétition accrue pour les postes. Dans ce contexte, ce sont les femmes aux origines sociales les plus élevées qui ont plus de chances de trouver un emploi dans un orchestre, particulièrement quand un de leurs parents (souvent, la mère) est lui ou elle-même musicien.ne. Elles trouvent alors dans leur famille le soutien financier et artistique nécessaire pour accéder à ces positions, ce qui contribue à en faire des exceptions dans cet univers. Cet exemple comme d'autres présents dans le livre démontre à nouveau que c'est souvent au prix d'une supériorité sociale (et scolaire) que les femmes réussissent à crever le « plafond de verre ».
5 Les deux dernières parties du livre sont consacrées au care, comme ensemble de professions d'abord (partie 5) et comme objet de politiques publiques ensuite (partie 6). La contribution de Luz Gabriela Arango Gaviria s'inscrit dans cette problématique en étudiant les salons de coiffure à destination d'une clientèle noire au Brésil. Elle analyse l'activité de care des coiffeuses comme un travail de « réparation » des clientes. Elle identifie deux types de salons qui s'adressent à des clientèles différentes socialement. Certains salons ont une visée explicitement politique/culturelle de revalorisation de la beauté noire dans la société, et touchent ainsi une clientèle féminine de classe moyenne. D'autres se définissent comme des salons spécialisés dans les cheveux crépus mais sans faire référence à un projet politique et à la race. La clientèle est davantage composée de femmes noires aux origines modestes qui viennent chercher un style de coiffure propre à la marque de cette chaîne : des cheveux ondulés et souples, caractéristiques d'une beauté métisse. Dans les deux cas, les coiffeuses cherchent à réparer l'estime de soi des clientes en réparant leurs cheveux et contribuent, à leur manière, à remettre en cause le monopole de l'idéal de beauté blanche.
6 Une fois refermé, l'ouvrage laisse le sentiment d'avoir exploré les sociétés françaises et brésiliennes sous de nombreux aspects, et montre à quel point celles-ci sont travaillées par des enjeux proches. On peut saluer l'effort de traduction d'auteur.e.s brésilien.ne.s autrement difficiles d'accès pour la plupart des chercheur.se.s français.es. Il est dommage néanmoins que l'introduction soit si courte et que le/la lecteur.trice ne dispose ni d'introductions de partie, ni de conclusion d'ouvrage pour faire le point sur les enjeux et résultats transversaux du livre.
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Amélie Beaumont
Université Paris 1-Panthéon Sorbonne, CESSP/CRESPPA-CSU