Compte rendu

Maruani (Margaret), Meron (Monique) – Un siècle de travail des femmes en France. 1901-2011. – Paris, La Découverte, 2012 (Sciences humaines). 232 p. Figures. Bibliogr. Sources statistiques

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  • Gallot, F.
(2014). Maruani (Margaret), Meron (Monique) – Un siècle de travail des femmes en France. 1901-2011. – Paris, La Découverte, 2012 (Sciences humaines). 232 p. Figures. Bibliogr. Sources statistiques. Revue française de science politique, . 64(5), V-V. https://doi.org/10.3917/rfsp.645.0987e.

  • Gallot, Fanny.
« Maruani (Margaret), Meron (Monique) – Un siècle de travail des femmes en France. 1901-2011. – Paris, La Découverte, 2012 (Sciences humaines). 232 p. Figures. Bibliogr. Sources statistiques ». Revue française de science politique, 2014/5 Vol. 64, 2014. p.V-V. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2014-5-page-V?lang=fr.

  • GALLOT, Fanny,
2014. Maruani (Margaret), Meron (Monique) – Un siècle de travail des femmes en France. 1901-2011. – Paris, La Découverte, 2012 (Sciences humaines). 232 p. Figures. Bibliogr. Sources statistiques. Revue française de science politique, 2014/5 Vol. 64, p.V-V. DOI : 10.3917/rfsp.645.0987e. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2014-5-page-V?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.645.0987e


Notes

  • [8]
    Caroline Ibos, Qui gardera nos enfants ? Les nounous et les mères, Paris, Flammarion, 2012 (dont Marie Cartier et Marie-Hélène Lechien ont rendu compte dans la Revue française de science politique, 63 (2), avril 2013, p. 398-400).
  • [9]
    Isabelle Puech, « Femmes et immigrées : corvéables à merci », Travail, genre et sociétés, 16, 2006, p. 39-51.
Ouvrage

Un siècle de travail des femmes en France

1901- 2011

1 Le projet de l’ouvrage de Margaret Maruani, sociologue, et de Monique Meron, statisticienne, est non seulement de « compter » les femmes au travail de 1901 à 2011, mais également de « conter » l’histoire de ces chiffres (p. 7) pour répondre sociologiquement et statistiquement, à l’aide d’une étude minutieuse des recensements de la population, « au brouillage idéologique, qui, de façon récurrente, occulte l’importance du travail professionnel des femmes, minimise le poids de leur contribution à l’activité économique du pays – et dévalorise par la même leur statut dans la société » (p. 8). La démarche des auteures, inspirée du travail d’Alain Desrosières, vise en outre à rendre compte de l’aspect classant des catégories statistiques, qui en disent long sur ce qui se joue dans l’étude de la place des femmes au travail à un instant t. Pour cela, elles cherchent à « retrouver les logiques qui présidaient aux chiffres de chaque époque, [et à] comprendre, à travers les statistiques et les définitions de l’activité, les contes et codes sociaux qui délimitent les frontières de ce que l’on nomme le travail des femmes » (p. 8). Ponctué d’encadrés donnant divers éclairages internationaux, méthodologiques et historiques, le livre s’organise en quatre parties cherchant à chaque fois à rendre compte des chiffres et à la manière dont ils ont été fabriqués : après avoir dressé un panorama de la place des femmes dans le monde du travail au 20e siècle, il s’intéresse successivement à l’étude des « comportements d’activité féminine », aux « pénuries d’emploi » (chômage, temps partiel et sous emploi) pour établir finalement une « cartographie du sexe des métiers » (p. 16).

2 Dans la première partie, les auteures brossent le tableau du taux d’activité global des femmes. Elles montrent qu’il n’est jamais inférieur à un tiers de la population active sur l’ensemble du siècle. S’il est relativement constant durant la première moitié du 20e siècle, l’année 1954 constitue une rupture dans la mesure où les femmes d’agriculteurs ne sont plus comptées comme agricultrices mais comme « inactives », « femmes au foyer » ou encore « ménagères » (p. 49), ce qui provoque une chute importante du taux d’activité des femmes – qui atteint alors son niveau le plus bas. Les auteures mettent ensuite en évidence la corrélation existant entre l’augmentation de la scolarisation des filles et la féminisation du salariat au cours des années 1960.

3 La deuxième partie du livre aborde les courbes d’activité des femmes afin d’envisager leurs cycles de vie professionnels. Contre toute attente, les auteures montrent ici, entre autres, que « les parcours d’activité des femmes n’ont peut-être pas toujours été discontinus » (p. 71), en particulier au début du siècle. En effet, si cette discontinuité est importante après la seconde guerre mondiale et jusqu’à 1968, elle se réduit peu à peu par la suite jusqu’à devenir très minoritaire. Mais surtout, elles montrent que le taux d’activité des femmes au cours de la vie était à peu près constant lors des décennies antérieures – « la proportion de femmes jeunes travaillant (souvent comme ouvrières) était sensiblement la même que celle des femmes plus mûres (plus souvent « chefs d’établissement » dans l’exploitation familiale ou le magasin) » (p. 195). Cependant, les auteures précisent qu’il faut prendre garde aux biais induits par l’étude du recensement qui, « instantané et transversal », ne rend pas compte des trajectoires des femmes dans l’activité, contrairement par exemple aux travaux de Catherine Omnès à propos des ouvrières parisiennes. En effet, l’historienne montre qu’au début du 20e siècle, ces femmes interrompaient leur activité pendant plusieurs années au moment de leur maternité. Un phénomène que la conjoncture économique et en particulier la crise des années 1930 vient moduler, de sorte qu’il concerne davantage les femmes nées en 1911 que celles nées au tournant du 20e siècle.

4 Puis, les auteures s’intéressent aux pénuries d’emploi, soulignant en particulier l’impossibilité d’établir une série temporelle longue du chômage tant les manières de compter ont varié au cours du siècle, et ce d’autant plus lorsqu’il est question des chiffres du chômage des femmes : « pour elles, et pour elles seules, l’ombre de l’inactivité plane toujours sur la privation d’emploi. Cette proximité douteuse et équivoque, cette confusion possible et permise compliquent considérablement l’analyse, quelle que soit la période considérée » (p. 151). Elles rendent ensuite compte de la manière dont le temps partiel contrecarre « la tendance à l’homogénéisation des comportements d’activité masculins et féminins observée depuis les années 1960 » (p. 152). En outre, les auteures contestent l’idée d’un choix par les femmes du temps partiel, montrant qu’il s’agit le plus souvent d’une forme d’emploi imposée.

5 Dans la dernière partie du livre, la sociologue et la statisticienne reviennent sur la permanence de bastions masculins et féminins au cours du siècle tout en mettant en évidence les subversions à l’œuvre du côté des catégories supérieures (p. 191). À ce propos, plusieurs recherches portant sur la période contemporaine montrent que cette subversion est aussi permise par l’embauche de « nounous » [8] ou de « femmes de ménages » [9], le plus souvent non blanches. Les auteures montrent aussi, par exemple, la présence constante des femmes dans le travail ouvrier mais aussi dans le chômage ouvrier, soulignant les conséquences des fermetures d’usines et du déclin des industries telles que textile et l’habillement, qui embauchent une majorité de femmes. Une analyse qui les conduit à décrire l’existence d’un surchômage féminin particulièrement important dans ce groupe social : « toutes catégories sociales confondues, ce sont les ouvrières qui connaissent les taux de chômage les plus élevés » (p. 183).

6 Pour conclure, bien que l’on puisse regretter l’absence de référence à l’immigration ou la race – ce qui s’explique sans doute en grande partie par les sources –, Un siècle de travail des femmes en France est un outil précieux permettant de resituer les évolutions globales du travail féminin sur plus d’un siècle et d’y replacer une activité, ou un comportement lié à l’activité. En d’autres termes, cet ouvrage parvient à conter sur la durée tout en comptant sur le moment. À cet égard, on apprécie la réflexivité permanente dont font preuve les auteures sur les chiffres, leur caractère construit, leurs limites, et ce, jusque dans leur conclusion où elles continuent de souligner leur « fragilité » (p. 195).

7 Fanny Gallot – Université Paris Est Créteil, CRHEC


Date de mise en ligne : 05/11/2014

https://doi.org/10.3917/rfsp.645.0987e