Compte rendu

Gouarné (Isabelle) – L’introduction du marxisme en France. Philosoviétisme et sciences humaines. 1920-1939. – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013 (Histoire). 290 p. Annexes. Sources et bibliogr. Index

Page XX

Citer cet article


  • Fertikh, K.
(2014). Gouarné (Isabelle) – L’introduction du marxisme en France. Philosoviétisme et sciences humaines. 1920-1939. – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013 (Histoire). 290 p. Annexes. Sources et bibliogr. Index. Revue française de science politique, . 64(3), XX-XX. https://doi.org/10.3917/rfsp.643.0556t.

  • Fertikh, Karim.
« Gouarné (Isabelle) – L’introduction du marxisme en France. Philosoviétisme et sciences humaines. 1920-1939. – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013 (Histoire). 290 p. Annexes. Sources et bibliogr. Index ». Revue française de science politique, 2014/3 Vol. 64, 2014. p.XX-XX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2014-3-page-XX?lang=fr.

  • FERTIKH, Karim,
2014. Gouarné (Isabelle) – L’introduction du marxisme en France. Philosoviétisme et sciences humaines. 1920-1939. – Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013 (Histoire). 290 p. Annexes. Sources et bibliogr. Index. Revue française de science politique, 2014/3 Vol. 64, p.XX-XX. DOI : 10.3917/rfsp.643.0556t. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2014-3-page-XX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfsp.643.0556t


1 Le livre d’Isabelle Gouarné traite de la réception du marxisme dans les sciences humaines durant l’entre-deux-guerres. Plus précisément, c’est le rôle des milieux intellectuels communistes dans la fabrication et dans la légitimation d’un marxisme scientifique qui est analysé. Le travail repose sur l’étude du conseil scientifique du Cercle de la Russie neuve, lieu d’une certaine « découverte du marxisme » et vecteur de son introduction dans les sciences sociales. En s’appuyant sur des études de trajectoires biographiques (d’une quarantaine de personnes) et en mobilisant de multiples fonds d’archives, le livre met en évidence la formation de ce milieu philosoviétique organisé, des rapports entre ces intellectuels et les institutions communistes ainsi que l’offre théorique et scientifique que ces milieux formalisent.

2 L’ouvrage propose donc une histoire sociale des idées et des disciplines, en tenant le pari d’une analyse contextualisée du marxisme. Le « récit disciplinaire » de la psychologie, l’histoire ou de la sociologie font l’objet d’analyses de l’effort des intellectuels « philosoviétiques » pour y proposer une lecture de Marx, ou l’imposer dans le champ des références disciplinaires légitimes. À travers l’association étudiée, ce sont de multiples réseaux de sociabilité scientifiques qui sont évoqués et qui permettent d’aider à contextualiser la production des sciences humaines dans la France des années 1920 et 1930. L’un des apports centraux du livre est bien de mettre en évidence, de manière contextualisée, les liens entre histoire du communisme et marxisme intellectuel et scientifique, en rappelant aussi les configurations conflictuelles et les relations d’autorité qui travaillent ces rapports. Ce sont encore des mécanismes de « diplomatie culturelle » qui sont évoqués, le cercle de la Russie nouvelle étant un instrument de diplomatie soviétique, et donc une analyse des rapports entre URSS, PCF et milieux intellectuels. L’auteure insiste d’ailleurs sur le caractère idiosyncratique du marxisme français, qui s’installe dans le paysage scientifique français en mettant en avant une revendication de rationalisme et en se présentant comme une réinvention de la tradition cartésienne française.

3 Le livre fait une histoire sociale de la production d’une lecture philosoviétique de Marx dans une fraction des sciences françaises. Il n’est pas une monographie institutionnelle, mais l’entrée par le Cercle de la Russie neuve (et par sa fraction la plus dominante et parisienne, à travers son conseil scientifique), ne permet pas bien de situer les intellectuels philosoviétiques parmi l’ensemble des usagers de Marx à cette époque. De multiples notations dans le livre (Kojève et Aron pressentis pour publier dans la collection « Socialisme et culture », la dénonciation par Febvre du « marxisme fossile des vieux guesdistes ») laissent supposer l’existence d’autres sources (allemandes, socialistes) de présence du marxisme. Si les usages décrits par I. Gouarné sont probablement les plus significatifs, on aimerait disposer d’un moyen de contrôler les spécificités de ce marxisme philosoviétique produit par le Conseil scientifique de Russie neuve dans la production des sciences sociales.

4 Karim Fertikh – EHESS, Centre Georg Simmel


Date de mise en ligne : 04/07/2014

https://doi.org/10.3917/rfsp.643.0556t